![]() et le vélo |
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13 novembre 2003
Je vous appelais Mlle X, c'était en février dernier, nous voici à la fin de l'année et vous n'avez toujours pas de nom. Vous êtes devenue dans les journaux, à la télé et à la radio, « une cycliste de haut niveau ». La chose est plaisante puisqu'il n'y a que deux cyclistes de haut niveau au Québec. L'une est Lyne Bessette. Mon amie Lyne, je ne vous ai pas dit ? Lyne est redevenue mon amie aux championnats du monde à Hamilton, je suppose sur les conseils de son agent... Ah ! je vous en prie ne souriez pas, le vôtre n'est pas mieux, mademoiselle Chose, il vous fait faire plein de bêtises aussi, comme vous dicter des lettres idiotes et vous conseiller de rester cachée. Vous savez à qui vous me faites penser, ainsi masquée ? À ma petite voisine quand elle joue à la cachette. Elle a trois ans, elle se met un sac d'épicerie sur la tête et ne nous voyant pas, pense qu'on ne la voit pas non plus. J'ai un chat comme ça aussi, quand les autres minous lui courent après, il saute sur mes genoux, rentre sa tête sous mon bras et croit qu'il a disparu. Hier soir cela m'a échappé, je lui ai dit, Picotte, imbécile, te prends-tu pour un chat de haut niveau ?
Plus vous vous cacherez mademoiselle, plus on vous cherchera. Les gens du vélo et les journalistes savent évidemment qui vous êtes. Mais au-delà du cercle médiatique et sportif, pour l'immense majorité des gens qui s'intéressent peu au cyclisme féminin, vous restez UNE INFORMATION D'INTÉRÊT PUBLIC. Et les journalistes vont chercher à donner cette information, c'est leur métier, ordonnance de non-publication ou pas. Par exemple, il n'y a pas une loi au monde qui pouvait empêcher ce média que je ne nommerai pas de publier, mardi, une entrevue avec l'ex-capitaine de route de votre équipe, comme par hasard juste à côté de la nouvelle vous concernant. Cela va de soi : plus vous vous cacherez, plus on vous cherchera.
Cela dit, j'ai été très étonné du nombre de gens, profanes évidemment, qui croient qu'il s'agit de Lyne Bessette. Ne serait-ce que pour cela, vous devriez sortir des coulisses et dire voilà, c'est moi.
Mais c'est surtout dans votre propre intérêt que vous devriez abandonner ce grotesque faux anonymat.
Si vous me permettez une trivialité : vous êtes dans la merde jusque-là, mademoiselle. Une seule personne peut peut-être encore sauver la cycliste de haut niveau que vous êtes - et je sais la part immense que prend le vélo dans votre vie - une seule personne, disais-je. vous. Mais ce ne sera pas facile. Même avec l'appui de votre commanditaire.
Je sais comme vous aimez grimper les montagnes, mais celle-là mademoiselle, sera plus dure que le mont Washington, plus dure que le Lincoln Gap par le versant est. Vous allez avoir à nous expliquer comment vous vous êtes retrouvée chez ce bon docteur Maurice Duquette. Et s'il vous plaît, pas le petit air de pipeau que m'a déjà joué votre entraîneur, qui a commencé par me dire qu'il ne connaissait presque pas Duquette. Le plus drôle, c'est que je l'avais cru. Mais j'ai beaucoup vieilli depuis l'automne dernier, je suis un grand garçon maintenant, j'aimerais cette fois la version pour adulte. Laissez-moi vous exposer une petite équation qui me trotte dans la tête depuis des mois. Il y a au Québec en ce moment exactement 361 orthopédistes en exercice. Moins d'une dizaine utilisent une méthode qui recourt à l'EPO comme stimulant pour relancer la production de globules rouges du patient qui vient d'être opéré. J'ai dit moins d'une dizaine. Par quel fichu hasard, vous, une cycliste de haut niveau, vous êtes-vous retrouvée dans le cabinet d'un de ces orthopédistes qui avait de l'EPO dans son frigo? Dix sur 361 et vous tombez sur un de ceux-là ?
Vous êtes particulièrement malchanceuse.
Vous êtes particulièrement innocente.
Vous me prenez pour un con.
Rayez les mentions inutiles, supposons qu'il reste : je suis particulièrement innocente. Bien. À un moment donné, il a forcément été question d'EPO - je vous rappelle que M. Duquette s'est reconnu coupable d'en avoir prescrit à votre entraîneur, que c'est un familier de votre entourage, qu'il a été souvent dans la « photo » de vos victoires, qu'il en a tiré crédit, qu'il m'a confié avoir donné de l'argent à vos parents - on ne donne pas 5000 $ à des gens qu'on a vu trois fois -, bref à un moment donné, vous avez forcément su que ce proche, ce familier, traitait avec de l'EPO. Même s'il était parfaitement justifié de le faire, même si c'était le meilleur orthopédiste d'Amérique, même s'il n'a jamais été question de vous en administrer ou de vous en prescrire, comme cycliste de haut niveau vous n'aviez pas d'affaire là, comme cycliste de haut niveau vous n'avez pas le droit de vous approcher à moins de 12 000 kilomètres d'un frigo qui contient de l'EPO. Ce n'est dans aucun règlement, mais cela tombe sous le sens, même Richard Virenque, qui est con comme seul peut l'être parfois un coureur cycliste, même Virenque sait cela.
Supposons mademoiselle qu'à la fin de tout cela, vous aurez été victime d'un invraisemblable enchaînement de malheureux hasards et de funestes coïncidences qui auront mené à l'injuste fin de votre carrière cycliste. Je devine qu'on vous incitera - j'ai déjà eu l'occasion d'entendre votre charmant père s'exprimer sur la question - qu'on vous incitera à en rendre responsables les médias.
Nenni, mademoiselle. Rappelez-vous que c'est votre entourage qui vous aura mené là.
Ceux qui vous ont conduit dans le cabinet du Dr Duquette. Ceux qui ne vous en ont pas sortie. Les control freaks qui vous enferment depuis des années dans un secret et un mystère quasi sectaires. Et enfin ceux qui aujourd'hui vous donnent le très mauvais conseil de vous cacher et de vous taire. Si vous ne deviez retenir qu'un élément de cette lettre, celui-ci : vous êtes dans la merde jusqu'au cou et il y a juste une personne qui peut vous sortir de là : vous. Personne de votre entourage. Surtout pas de votre entourage (1). Juste vous.
Une chose encore, il vous souviendra peut-être qu'une fois, la seule fois où on a roulé ensemble, vous vous êtes laissée glisser à ma hauteur et vous m'avez demandé un peu abruptement : qu'est-ce que vous pensez de la dope, M. Foglia ? Je ne me souviens plus de ce que je vous ai répondu. Mais je veux ajouter aujourd'hui que quoi qu'il en sera, vous garderez mon amitié.
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(1) Je n'inclus pas votre avocat qui remplit son mandat avec opiniâtreté, comme c'est son devoir.
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