![]() et le v�lo |
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9 juillet 2001
Boulogne-sur-mer, France
Une belle �tape pour les canards. Pour moi aussi. J'aime bien ce temps mouillassieux au bord de la mer. J'aime bien la mer quand il n'y a pas d'�pici�res qui se font bronzer dans son clapot. J'aime bien la mer avec de la vague et de la brume. L'immense plage de Berck �tait vide, et du haut de la c�te du Cap Gris-Nez on a vu l'Angleterre. Non ce n'est pas vrai, on ne l'a pas vue, mais on aurait pu, s'il avait fait beau. J'aime mieux quand il fait pas beau au bord de la mer, tant pis pour l'Angleterre.
Avant la mer, on avait travers� une campagne toute aussi automnale, toute en belles prairies bord�es de boqueteaux de peupliers. Dans les villages les toits de tuiles rouges brillaient � la pluie. � Auchy, j'ai mang� des maquereaux frais, juste grill�s dans la po�le. Avec une salade. En mangeant, je me suis fait raconter par un gendarme les orages tr�s violents de la derni�re nuit, � on a �t� envoy� en renfort � Auchy pour nettoyer la route, � certains endroits elle �tait submerg�e de coul�es de boue �.
On �tait parti le matin de Saint-Omer qui est aussi aristocratique que Dunkerque et Calais sont prol�taires -m�me que Calais pousse la nostalgie jusqu'� �tre la derni�re grande ville de France communiste. Quand j'ai quitt� Saint-Omer, deux bonnes heures avant les coureurs, les cloches de la cath�drale appelaient les fid�les � la messe du dimanche. Rue des Cloutiers j'ai pris en photo une grande dame en chapeau qui s'y rendait au bras d'un petit monsieur chauve. �a fait une photo un peu disproportionn�e. On ne voit pas les pieds du monsieur. J'en ai prise une autre sur laquelle on voit les pieds du monsieur mais on ne voit plus le chapeau de la dame. Laquelle voulez-vous que je vous envoie ? Mais il faudra attendre que je r�ussisse � me brancher sur Internet, ce n'est pas pour aujourd'hui, je crois...
La course, oui. Ne soyez pas si impatients, je vous l'ai expliqu� mille fois, les premi�res �tapes, il ne se passe rien. Exceptionnellement dimanche, il est arriv� un petit quelque chose, un train de marchandise a retard� les deux �chapp�s, Durand et Oriol qui ont attendu trois minutes devant la barri�re baiss�e du passage-�-niveau. Par souci de justice, on a fait attendre le peloton trois minutes au m�me endroit, m�me si le train �tait pass�. Qu'est-ce que vous attendez? Le train ne sifflera pas trois fois, pas deux fois, pas une fois, il est pass� bande de codindes !
La course oui. Les deux �chapp�s ont �t� repris, et tous ceux qui ont essay� apr�s eux, aussi. � signaler tout de m�me une chute grave du leader de la Mapei, l'Italien Daniele Nardello qui s'est pas mal magan�. La course s'est jou�e comme pr�vu dans le dernier 100 m�tres, c'est l'Allemand Erik Zabel qui a emport� assez facilement cette premi�re �tape au sprint, � Boulogne-sur-Mer.
Quoi d'autre ? Ah oui, on me souffle que Boulogne-sur-Mer est la ville natale de Sainte-Beuve, dont je ne sais absolument rien sauf que Proust a �crit un truc qui s'appelle �Contre Sainte-Beuve�, mais vous savez Proust, faut en prendre et en laisser. Anyway.
Roue libre
TA M�RE EST LAIDE - Nous sommes environ 1000 journalistes et photographes � couvrir le Tour. Toujours les m�mes t�tes d'une ann�e � l'autre, la plupart sympathiques mais les effusions sont rares, mes coll�gues parlent plus souvent � leur cellulaire qu'� leur voisin. Quelque chose de chang� aussi depuis deux ou trois ans. Le v�lo a c�d� la place aux affaires dans les conversations. Le d�senchantement est palpable... J'en parlais avec un confr�re d'un hebdo suisse, c'est bizarre, tu ne trouves pas? On a toujours su pour la dope, on ne l'�crivait pas parce qu'on n'avait pas de preuve, mais on savait... alors pourquoi cette morosit� tout d'un coup? Pourquoi cette soudaine distance avec la course elle-m�me ?
La diff�rence, a-t-il avanc�, c'est que maintenant tout le monde sait.
Pis, �a change quoi ?
J'y ai repens� dans l'auto, et j'ai trouv� ce que �a change. C'est comme quand t'es petit et que ta m�re est laide. Tu l'aimes pareil, c'est ta m�re. Mais un jour le prof la fait venir et toute l'�cole la voit. Et l� t'as un peu honte.
LECTURES - Viennent de para�tre trois livres sur le v�lo, je termine Tour de vices (Hachette), une autre confession de repenti, celui-l� �tait directeur technique de la Festina, le patron de Virenque, mais Bruno Roussel ne nous apprend rien qu'on n'ait d�j� lu dans les confessions de Voet, de Menth�our, de Bassons ou de Chiotti. L'impression qu'on a sorti un vieux citron de la poubelle pour le represser encore une centi�me fois... Mais y'a pu de jus, y'en a pu bon.
J'avais lu plus t�t Besoin de V�lo (Seuil) de Paul Fournel, un vrai �crivain celui-l� - il faut absolument relire Les Athl�tes dans leur t�te (Point-vigule) - un �crivain, disais-je, qui roule beaucoup et fort et qui a �crit un livre d'amoureux du v�lo. Un peu transi l'amoureux il me semble, un peu ing�nu aussi, mais souvent d�licieux.
Je ne lirai pas le troisi�me, Je pars demain (Stock) du journaliste du Monde �ric Fottorino qui raconte sa d�j� tr�s m�diatis�e exp�rience au Midi Libre. Y m'�narve, celui-l�.
� L'INSU DE SON PLEIN GR� - Je ne sais pas si Lance Armstrong se drogue, ni � quoi. Mais s'il n'�tait pas coureur cycliste, si c'�tait un homme d'affaires par exemple, je dirais que ce gars-l� est sur la coke. Cette formidable assurance qui confine � l'inconscience, cette conviction d'avoir raison contre tout le monde tout le temps: coca�ne. Je sais, il y en a plein qui sont naturellement n�s comme �a au Texas et m�me au Lac St-Jean, par exemple je n'ai jamais vu R�jean sniffer quoi que ce soit, c'est une blague bon...
Anyway, je lis dans la Gazetta dello Sport que Armstrong veut s'attaquer au record de l'heure et qu'il a retenu, pour se pr�parer, les services du docteur Michele Ferrari, c'est par Ferrari (et Conconi) que l'EPO s'est r�pandu en Italie au d�but des ann�es 90... Ferrari a d'ailleurs �t� mis en examen �pour administration de produits dangereux� et devra subir son proc�s en septembre...
Pourquoi s'accotiner, maintenant, avec Ferrari ? Pure provocation. Armstrong d�cide ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Virenque et Pantani ? Du beau monde. Bassons ce jeune coureur qui a os� briser la loi du silence ? Un pourri.
Le peloton a toujours eu un patron. Hinault �tait tyranique. Merckx imp�rial. Indurain bienveillant. Armstrong? Armstrong n'est pas un patron. C'est le parrain.
LUNDI - Calais � Anvers, 218 km, le plat pays que chantait Brel, entre Bruges et Gand. Et comme � Ostende, quand sur la ville tombe la pluie et qu'on se demande si c'est utile... Mais �a c'est Ferr�. De toute fa�on, j'aime pas les chansons.
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