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et le vélo

8 juillet 2001

D'un siècle à l'autre

Dunkerque, France

Le petit rouin Sébastien Talabardon a été le premier à s'élancer, c'était face au Casino, avenue de la Libération, un nom qui sonne comme une bravade pour le départ d'une épreuve prisonnière de ses affaires de drogue et de corruption. Il était 16 heures samedi, le ciel n'était pas bleu et le long de ce parcours très urbain, la foule n'était ni la plus fervente, ni la plus nombreuse que j'aie vue à un départ de Tour. Pourtant Dunkerque est presque considérée comme la capitale du vélo en France. Premier signe d'essoufflement d'un public un peu lassé ?

Le petit Talabardon n'est pas allé bien vite, pas tellement plus vite que l'unijambiste qui s'était produit un peu plus tôt sur son vélo à une seule pédale. On attendait le duel Ullrich-Armstrong en fin de soirée, on attendait surtout qu'ils se fassent baiser tous les deux par le jeune anglais David Millar, mais Millar est tombé. Ce fut, finalement, à la surprise générale, le triomphe de Christophe Moreau, le repenti de la Festina.

« Je pense à ma mère ! » nous a-t-il répété trois fois. Nous les journalistes, on pensait à autre chose. Vous savez comment on est. On se disait c'est quand même bizarre, ce Tour «pour un nouveau siècle», c'était la manchette de L'Équipe dimanche matin - commence par la victoire du dernier survivant de l'équipe la plus dopée du siècle dernier !

Moreau a devancé de trois secondes une autre surprise, l'Espagnol Igor Galdeano. Suivent Armstrong et Ullrich. C'est plus loin que ce prologue nous apprend des choses, Jalabert à 22 secondes n'avance pas, et comme je le disais dans mon premier papier, les Italiens sont bien venus en touristes.

Voilà, mais faudrait pas trop s'énerver quand même. C'était juste huit kilomètres. Il en reste 3446.

Roue libre
À L'INSU DE LEUR PLEIN GRÉ - « Si j'ai pris de la drogue c'est à l'insu de mon plein gré », avait déclaré Richard Virenque au lendemain du scandale Festina. L'expression qui a fait rire toute la France est passée dans le langage courant comme synonyme de « grossier mensonge ». Voilà. Ce sera aussi, dans roue-libre, mon titre de chapitre pour parler dope...

Les 189 coureurs ont donné un échantillon de leur sang. Les petits flacons ont pris l'avion pour le laboratoire suisse accrédité, à 17 heures les résultats étaient affichés dans la salle de presse: yé, tous négatifs, tous en santé, tous à l'eau claire.

Précisons, négatifs à l'EPO. Aux autres machins nouveaux comme l'Hemopure, ou le RSR 13, ou l'Actovegin retrouvé dans les poubelles de l'US Postal, qui ont exactement le même effet que l'EPO, mais sans laisser de traces, allez donc savoir.

Pour les très populaires corticoïdes (de type Ventolin pour soigner l'asthme), il y a les prescriptions médicales validées par les autorités du Tour et la fédération internationale. Croiriez-vous que plus de 30% des coureurs ont un petit papier du médecin qui les autorise à «soigner» leur asthme (Jan Ullrich, par exemple), leurs allergies, ou n'importe quel autre de ces maux qui frappent si méchamment les plus grands athlètes. Bref, les coureurs ne se dopent plus. ILS SE SOIGNENT.

CÉDRIC QUI PLEURE ET LANCE QUI BABOUNE - Cédric Vasseur était atterré: «J'ai envie de pleurer, je ne sais pas quoi vous dire d'autre». Seul équipier français de Lance Armstrong, Cédric Vasseur a été écarté de l'équipe US Postal pour faire place à un jeune Américain, Christian Vandevelde.

Un des coureurs les plus intelligents du peloton, mais aussi un des plus circonspects, Vasseur a refusé de répondre à ma maladroite question : « C'est Lance Armstrong qui vous a viré ? »

- Allez lui demander...

Je ne l'ai pas fait, bien sûr. Nous étions cinquante à attendre Armstrong à sa sortie de l'infirmerie, il s'est dégagé vivement sans répondre à aucune de nos questions : « Pour les entrevues voyez mes agents de press e».

- Quand on les appelle ils nous disent que vous ne voulez pas en donner ! Baveux comme à son habitude, Armstrong confirme : « That's right, vous donner des entrevues, me tue ».

Ça devrait pouvoir s'arranger, moi c'est de les faire qui me tue.

JAJA - Dieu qu'ils sont frêles ces géants de la route. Des petits mollets de rien du tout. Des cuisses pas si grosses que ça. Pas de bras. Pas de torse. Et dieu qu'ils sont jeunes. Des gamins. Sauf Jalabert qui est très vieux, c'est ce qu'il n'arrête pas de répéter en évoquant une retraite plus ou moins prochaine... Je l'ai surpris samedi près de son autobus : « M. Jalabert ? Je ne me trompe pas, vous êtes bien Laurent Jalabert-le-vieux ?

- C'est bien moi !

- Vous devez avoir au moins trente ans !

- 31 !

- C'est affreux.

CLIC CLIC - J'ai apporté un appareil photo numérique dans mes bagages avec l'idée de vous envoyer des images par Internet. Premier essai, samedi à Calais. Je loge à deux pas de l'hôtel des Telekom, rue du duc de Guise, une petite rue commerçante. En passant devant la pharmacie, tiens, le vélo d'un coureur accoté à la vitrine. Son nom est écrit sur le cadre : Giuseppe Guerini. Quelle bonne idée, la photo d'un coureur du Tour de France sortant d'une pharmacie... Je l'attends. Guerini finit par arriver, sauf qu'il ne sort pas de la pharmacie mais de la pâtisserie voisine. C'est moins bon pour la photo. Je lui demande innocemment la permission de le prendre en photo devant la pharmacie. Il n'y voit aucune malice. Clic, clic. Grazie, cavaliere. De retour dans ma chambre je vérifie les photos : ratées. Fouille-moi pourquoi. La lumière. J'ai bougé. Et on ne voit pas que Guerini est devant une pharmacie. Voilà, c'est pour vous prévenir que des photos il n'y en aura peut-être pas. Je vous les raconterai plutôt...

ÉCHANGE D'INFORMATION - Les Mapei (Bartoli) et les Once (Beloki) gîtent au Holiday Inn, toujours à Calais. Le Holiday Inn est sur le chemin du port où les gamins vont pêcher le maquereau. Au retour ils traînent aux abords de l'hôtel. Leurs grandes gaules à la main, ils font la conversation aux mécaniciens qui s'activent dans les bus-ateliers garés devant l'hôtel... Les petits pêcheurs apprennent plein de choses sur les vélos. Les mécaniciens n'apprennent rien sur la pêche aux maquereaux malgré leurs nombreuses questions. Ni où. Ni comment. Ni quel appât. «On le dit pas aux touristes», a résumé le plus effronté.

LE PLAT DU JOUR - La fromagère qui a habité trois ans près du Jardin botanique (le nôtre) m'ostinait : « Ah si vous avez un accent. Quand vous dites du beurrre, par exemple »

Bon ben, donnez-m'en 100 grammes pour danser le tango.

Pardon ?

C'est pour rire. Donnez-moi du beurre, donnez-moi un morceau de Salers, un peu de Gorgonzola et des confitures aux cerises noires.

Ce fut là tout mon souper. Vous n'avez jamais essayé ça ? Sur la même tartine de pain frais, du beurre, du fromage et de la confiture. Quand le fromage est un Cantal 100% lait de vache de Salers et que les confitures sont des Miot, championnes du monde des confitures, le roi est ton cousin mon vieux.

LA CHANSON DE PRÉVERT - Cent quatre-vingt-neuf coureurs, tout pleins de Français, d'Espagnols et de Belges, moins d'Italiens que d'habitude, des Hollandais, des Danois, neuf Américains, neuf Allemands, cinq Russes, trois Kazakhs, deux Estoniens, deux Lettons, deux Suisses, deux Norvégiens, trois Colombiens, trois Polonais , un Tchèque, un Sud-Africain, un Vénézuélien, mais pas un crisse de raton laveur.

DIMANCHE - De Saint-Omer à Boulogne-sur-Mer, 195 kilomètres complètement plats, presque sous le niveau de la mer, il se pourrait qu'on ramasse des moules en chemin. «Un grand boulevard» dans le jargon des coureurs, absolument pour les sprinters. Steels relevant de maladie, Blijlevens invisible... alors ce sera pour Kirsituu, l'Estonien de l'équipe française AG2R, devant Zabel et Baldato.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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