Cliquez sur >> à droite pour faire disparaître les annonces. Page optimisée pour Internet Explorer


et le vélo

30 juillet 2001

La démesure

Ce ne fut pas un grand Tour de France, mais il a été gagné par un immense champion. D'ailleurs ceci explique cela. Ce ne fut pas un grand Tour de France parce que, dès l'Alpe d'Huez, il apparut à tous que Lance Armstrong serait intouchable. Il a écrasé le Tour de toute sa classe. Que ce soit dans le contre-la-montre de Chamrousse, sur le Plateau de Bonascre, au Pla d'Adet, rien à faire, le Texan était insolent de facilité. Même pas fatigué, il a écoeuré une dernière fois tout le monde dans le contre-la-montre de Saint-Amand.

Ce ne fut pas un grand Tour de France, mais il aurait pu être totalement insignifiant sans un exceptionnel Ullrich pour donner la réplique à Armstrong. C'est finalement l'Allemand qui a sauvé le show. Vous me direz que cela lui fait une belle jambe de n'avoir jamais été aussi bon puisque, en même temps, il n'a jamais été aussi impuissant... Cela dit, je persiste à croire qu'il a manqué d'imagination. Cela n'aurait sûrement rien changé, mais après l'Alpe d'Huez, il aurait dû prendre des risques, attaquer Armstrong de beaucoup plus loin, quitte à craquer le premier.

Ce ne fut pas un grand Tour de France parce que derrière Ullrich et Armstrong, rien. Des Espagnols décevants, des Italiens inexistants, des Français... pas mal, les Français, le panache de Jalabert, le maillot jaune de François Simon acquis dans l'échappée de Pontalier qui a pris 35 minutes au peloton, les Français s'en sortent bien finalement surtout après le très curieux abandon de Christophe Moreau. Celui-là, plus j'y pense, moins je crois qu'il était malade. Plus je soupconne qu'on l'a contraint à abandonner, va savoir pourquoi...

Ce ne fut pas un grand Tour de France côté ambiance non plus. Moins de monde sur les routes en général. De plus en plus de vieux et d'enfants. Une désaffection totale des jeunes qui trouvent l'événement complètement ringard... Le Tour a été plus ou moins bien reçu à Anvers -même si c'était la folie sur les routes de Belgique, l'accueil d'Anvers a été frais- pas de foule en délire non plus à Sarran, ni à Grenoble, ni à Pontarlier... comme une lassitude, ou serait-ce du désenchantement ?

Ce ne fut pas un grand Tour de France sauf pour ce qui est de la sérénité. Ah ça ! On n'a pas manqué de sérénité. Les dirigeants du Tour s'en félicitaient bruyamment tous les jours. On les comprend. Au lendemain d'un Tour d'Italie d'une absolue confusion qui a montré que les moeurs du peloton n'avaient pas évolué depuis trois ans, un autre scandale eût été la goutte qui aurait fait déborder la vase. Les sponsors qui financent les équipes et le Tour sont rendus à la limite de la contre-production de leur investissement, leur image commence à souffrir d'être associée à des pratiques douteuses. Le cyclisme n'a plus le choix, il doit soit s'assainir, soit enterrer ses merdes comme le font les chats.

C'est ainsi qu'on a multiplié les contrôles sur ce Tour, ce qui a eu pour résultat d'éloigner... les journalistes ! « Vous voyez bien qu'on fait tout ce qu'il faut, alors circulez, messieurs les journalistes, il n'y a plus rien à voir. » Sauf que ces contrôles ne contrôlent rien du tout. On a cherché des drogues que la majorité des coureurs ne prennent plus depuis un an, l'EPO notamment. Les nouveaux produits sont d'autant moins détectables qu'on ne sait pas ce qu'on cherche ! Et les très anciens sont délivrés sur ordonnance à plus de la moitié des coureurs du peloton... Juste pour le fun, quand les coureurs subissent un contrôle, ils doivent noter sur un livre de santé les médicaments qu'ils ont pris pour une raison ou une autre sur ordonnance médicale. À la fin du Tour 2000, seulement trois coureurs n'avaient rien écrit dans le livre de santé, Éric Dekker, Lance Armstrong et un troisième non identifié...

De là peut-être le désenchantement dont je parlais... C'était au Pla d'Adet, la plus difficile des trois étapes pyrénéennes, Lance Armstrong avait lâché Ullrich dans la montée finale, rejoint Jalabert et triomphé en solitaire, pour s'emparer du maillot jaune. Une de ces journées de légende qu'on se raconte encore et encore dix ans après. Armstrong monte sur le podium pour y enfiler son maillot, je me hâtais déjà vers la tente de presse dans le sillage de quelques confrères quand l'un d'eux s'arrête soudain, tend l'oreille : « Vous entendez ? Ils sont en train de huer Armstrong... »

Des huées effectivement. Pas majoritaires, mais assez nombreuses pour pétrifier hôtesses et officiels.

Qui sifflait-on? L'Américain ? L'athlète ? Pourtant le public n'aime rien tant que les athlètes qui lui laissent un sentiment d'invincibilité. Lance Armstrong qui ne manque jamais de rappeler qu'il a remporté sa plus grande victoire contre le cancer, Lance Armstrong, c'est Superman. Je ne sais pas si c'est la première fois que le public hue Superman, mais je sens que ce n'est pas la dernière.

Il y a un doute dans l'air. Et le cyclisme servant de cobaye aux autres sports, je sens qu'il va être de plus en plus difficile d'être Muhammad Ali, Michael Jordan, Emil Zatopek, Carl Lewis, Tiger Woods, Lance Armstrong.

Il y a un doute dans l'air. Il faudra bien vivre avec. Le public croit de moins en moins à Superman. Il croit de moins en moins que la démesure est une manifestation de Dieu. Il se doute de plus en plus qu'elle est une opération chimique, voire biologique. Le public croit de moins en moins au vainqueur du Tour de France. Il y croira de nouveau quand il pourra prendre sa mesure.


page mise en archives par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

Hosted by www.Geocities.ws

1