![]() et le vélo |
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27 juillet 2001
Le Belge Serge Baguet, vainqueur à Montluçon jeudi, avait arrêté de faire du vélo il y a trois ans.
- Pourquoi avez-vous arrêté, M. Baguet ?
- Parce que je n'avais plus le moral. Je trouvais que c'était un métier trop dur.
- Qu'avez-vous fait ?
- Je suis allé travailler.
- Et puis ?
- Et puis j'ai trouvé que travailler était encore plus dur que pédaler. Alors j'ai repris l'entraînement avec les copains, et voilà, trois ans après, je gagne une étape du Tour de France. C'est fantastique.
J'aimerais bien présenter cet aimable Belge, pour qu'il leur raconte son histoire, à quelques athlètes de ma connaissance, quelques délicats qui ont toujours mal ici ou là, quelques torturés, quelques indécis, quelques mécontents de leur sort.
En tout cas jeudi, il avait un sacré moral le Baguet en question. Rescapé avec l'Italien Lelli et le Danois Jakob Pill d'une échappée de seize qui s'est effilochée, il n'a ménagé ni ses efforts ni ses menaces à l'Italien qui ne voulait pas tirer. On pensait bien qu'ils allaient se battre. On pensait bien aussi que ce serait le Danois, ce Pill qui l'emporterait puisqu'il vient de la piste. Ce fut face (Pill ou face, s'cusez). L'arrivée était jugée au bout d'un long faux-plat légèrement montant et les pistards n'aiment pas monter, même légèrement. Le Belge s'est imposé sans problème.
Il n'y a pas grand chose d'autre à ajouter à cette étape qui ne passera pas à l'histoire. D'ailleurs la caravane avait la tête ailleurs, ces trois faux bourdons l'ont moins intéressée que la vraie guêpe qui a piqué l'autre jour l'oeil de l'Américain Jonathan Vaughters, le forçant à l'abandon. Une intraveineuse de cortisone l'eût sauvé. Seulement voilà, la cortisone, un corticoïde comme son nom l'indique, est sur la liste noire de l'UCI.
C'est con, direz-vous, d'avoir interdit un geste médical nécessaire.
C'est encore bien plus con que vous croyez. Un scoop du journal Le Monde révèle que la moitié des seize coureurs qui ont subi un contrôle dans les deux étapes pyrénéennes étaient positifs aux corticoïdes, mais tous pouvaient produire des certificats de complaisance, alléguant qu'ils étaient allergiques ou asthmatiques, et pouvaient donc se doper en toute impunité.
Le recours aux corticos sous ordonnance -le plus souvent de la Ventoline- est généralisé dans le peloton. Effets euphorisants. Cache la fatigue, calme la douleur. À très fortes doses certains corticoïdes ont aussi des effets anabolisants. Juste pour le fun, quand on dit «à très fortes doses», vous pensez à quoi? Cinq ou six fois la dose utilisée pour soigner une vraie crise d'asthme? Han han. 120 fois la dose normale !
Après les corticos, la dope la plus répandue dans le peloton est une forme d'EPO indétectable, appelée érythropoïétine-retard. Voilà pour ce que l'on sait. Et il y a tout ce qu'on ne sait pas ou si peu, les hormones de croissance, l'hémoglobine réticulée, et ce mystérieux RSR 13 trouvé dans les chambres des coureurs au Tour d'Italie.
Ce qui n'empêche pas le directeur du tour, M. Jean-Marie Leblanc, d'afficher une mine très satisfaite. « Ça va mieux non ? » lançait-il aux journalistes, lundi, à Pau. Comme m'a dit un coureur italien pince-sans-rire au départ mercredi : « Ne me parle pas de dope, et je ne t'en parlerai pas non plus » !
Il faut bien en parler. On m'engueule dans de nombreux courriels, Foglia parle-nous de la course. Fuck achetez L'Équipe et faites-moi pas chier. L'Équipe ne parle pas de dope, c'est eux qui organisent le Tour.
Mais je vous donne raison sur un point. Ce qu'il y a de très fatigant avec la dope c'est qu'elle fausse les perspectives. Je n'ai pas dit les résultats. Prenez Lance Armstrong: il aurait gagné le Tour de toute façon. C'est un athlète considérable, et sans doute aussi considérablement dopé mais cela n'a rien à voir. Non, rien à voir. Armstrong n'est pas considérable parce que dopé. Il est considérable ET (probablement) dopé.
Je lisais dans d'autres courriels l'autre jour ce commentaire : « Tu sais bien Foglia, si Pantani avait été là »... Si Pantani avait été là, il se serait fait planter et par Armstrong et par Ullrich. Mais surtout par Armstrong. Le champion d'Italie Daniele Nardello : « Armstrong a réinventé le coup de pédale ». Cité par L'Équipe, Stefano Garzelli, ex-vainqueur du Tour d'Italie ajoute : « Dans la montagne, Armstrong est plus fort que le meilleur des Pantani »...
Les anciens coureurs, légion sur le Tour, les directeurs sportifs, les coureurs eux-mêmes, les gens passionnés de vélo ont un seul et unique sujet de conversation en ce moment: le coup de pédale très particulier de Armstrong. Cette capacité à tourner les jambes très vite, tout en étant assez puissant pour monter les dix derniers kilomètres d'un col en danseuse (debout sur les pédales).
Si vous n'êtes pas familier avec ce curieux sport, vous vous demandez peut-être pourquoi les autres favoris ne le copient pas? Pourquoi un Ullrich par exemple s'obstine-t-il à «labourer dans le béton», au lieu de se faire plus aérien, plus véloce en utilisant des braquets plus petits? Parce que depuis vingt ans, chez les pros, la mode est à la puissance toute nue. Parce que Indurain a gagné cinq Tours de France en écrasant les pédales, pas en les faisant tourner vite. Parce que je me souviens de directeurs techniques, notamment Patrick Lefevere de la Domo, disant qu'ils se méfiaient des mobylettes, ils préféraient de loin les grosses cylindrées.
Justement, c'est le truc d'Armstrong: la puissance d'un gros moteur qui pétarade comme une mobylette. Puissance et vélocité. Deux qualités antinomiques, le truc d'Amstrong c'est de les avoir rendues complémentaires. Comment? En s'entraînant comme un malade, dix mois par année. Les autres terminent leur saison mi-octobre. Recommencent à s'entraîner mi-novembre. Premières courses en janvier... Le calendrier de Armstrong est totalement différent. Il dispute très peu de courses, vise un unique objectif: le Tour de France. Le reste du temps, entraînement, entraînement, entraînement.
Un des «bénéfices» de l'EPO, un des plus appréciés des coureurs, c'est précisément d'être un raccourci magique à l'entraînement. N'en déduisez pas pour autant que Armstrong, qui s'entraîne dix mois par année avec un soin maniaque, n'a pas besoin de raccourci. Un faramineux volume d'entraînement ET quelques potions magiques, voilà qui expliquerait l'autre mystère Armstrong : comment fait-il pour avoir l'air aussi facile ? Jamais on n'a vu visage de coureur aussi peu marqué par l'effort à la fin d'une étape de montagne.
Comment fait-il ?
Mais je viens de vous le dire.
LE PLAT DU JOUR - Vous vous en fichez sûrement, mais j'ai fait les deux premiers mois de mon service militaire à Montluçon, où les coureurs du Tour étaient hier. Non je n'étais pas parachutiste. J'étais dactylo. Secrétaire d'un colonel quelconque. Le souvenir que je garde de Montluçon n'est pas militaire, mais alimentaire. J'avais 18 ans et demi, je venais d'une famille pauvre où on ne mangeait jamais de viande rouge, sauf du steak haché (de cheval) que nous prescrivait le médecin comme fortifiant. Je vous jure. J'ai mangé mon premier véritable steak -épais, sanguinolent- à Montluçon, c'était du Limousin, une spécialité de la région. C'est tout. Si je vous ennuie vous me le dites, je peux vous raconter des histoires de cul à la place.
QUEL CUL MADAME ! - Justement, la France entière est placardée en ce moment d'une pub-affiche qui montre un cul fendu par un string rouge. À l'entrée des villages, c'est ce cul qui vous accueille sur un immense panneau. Une pub de quoi ? Je ne sais pas. Voyez, la preuve que ce n'est pas une bonne pub, le cul occulte, si j'ose dire, la chose. Mais ce n'est pas pour ça que je vous en parle. À chaque fois que j'ai vu ce cul j'ai pensé à nous, à nos voisins Américains, à nos obsessions, à nos bars de danseuses, à nos crimes sexuels qui n'en finissent plus... me semble qu'un cul comme celui-là sur nos murs nous ferait du bien. Pas parce qu'il est particulièrement beau. Juste parce que, à force de le voir, on le voit plus.
LA MORT EN BOIS - Dans certaines régions en France, comme en Auvergne par exemple, là où il y a eu des accidents mortels, on a planté sur le bas-côté de la route des silhouettes en bois, grandeur nature, noires, avec une grande virgule de sang rouge dans le visage. C'est d'un effet très macabre. Dissuasif? J'ai des gros doutes. Pourquoi ne fait-on pas tout simplement des voitures moins rapides?
VENDREDI - Montluçon- St-Amand-Mont-Rond, 61km. Très long contre-la-montre, s'il fait aussi chaud que jeudi il faut s'attendre à des écarts conséquents. En jeu, la troisième place que l'Espagnol Joseba Beloki devrait ravir au Kazakh Andreï Kivilev. Aussi la glissade attendue du premier Français, François Simon, actuellement cinquième, il pourrait perdre deux places.
La victoire de l'étape devrait se jouer entre Armstrong et Ullrich. Partant derrière l'Allemand, Armstrong est bien placé pour lui laisser la victoire. Si les deux se pognent le cul, alors, ce sera pour Igor Galdeano de la Once.
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