![]() et le v�lo |
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10 juillet 2001
Anvers, Belgique
Les Belges sont contents. Ils ont connu un week-end glorieux, cela ne leur arrive pas si souvent. D'abord, cette gamine de 19 ans, Justine Henin, finaliste � Wimbledon dimanche. Et hier, � Anvers, la victoire du Flamand Marc Wauters qui fait coup double. Victoire d'�tape et, par le jeu des bonifications, maillot jaune.
Les Belges sont contents. Moi, pas tellement. Moi, ce sont les paysages qui m'exaltent et les paysages �taient, comment dire?... Je cherche un mot entre beau et laid. Disons convenables. Et propres. Ah pour �a! Propres vous n'avez pas id�e. Le v�lo est le sport le plus populaire en Flandre, mais leur deuxi�me sport le plus populaire, c'est le balai. La seule chose qu'ils ne balaient pas, c'est leurs ciels tout barbouill�s et toujours si bas qu'ils s'embrochent aux fl�ches des �glises.
Les petites villes, toutes reli�es par la m�me piste cyclable, �gr�nent leurs jardinets et leurs pavillons de briques le long de la grande rue. Vous n'avez pas id�e, quand on traverse ces petites villes, du nombre de gens qu'on voit balayer devant leur porte.
Et puis l'unilinguisme flamand dans l'affichage m'a titill�. Je ne sais pas pourquoi, je l'ai trouv� malveillant et inhospitalier.
Et puis j'ai mal mang�. Du boudin curieusement servi avec des pruneaux. C'�tait en allant � Gistel, entre Ostende et la route du Tour. Gistel que j'avais encercl�e sur ma carte parce que c'est la ville de Johan Museeuw (prononcez Mus�ou).
Pardon monsieur, la maison de Museeuw ?
Le bonhomme a point� le manche de son balai dans la direction de l'h�tel de ville: � � un coude de l'h�tel de ville ! � Un coude ? � Bien s�r, il n'y a personne aujourd'hui �, a-t-il ajout�. Bien s�r. Puisque Johan est dans le peloton, et que ses parents doivent �tre sur le bord de la route... Je ne pensais pas les rencontrer. J'ai fait le d�tour comme �a. Pour voir o� vit le dernier grand Flandrien, trois fois vainqueur du Tour des Flandres, de Paris-Roubaix, champion du monde, etc... Et pour manger du boudin.
Le boudin n'�tait pas bon. Le paysage juste convenable et la course, n'en parlons pas. J'arrive � la salle de presse, je m'installe devant l'�cran g�ant juste pour voir se dessiner l'�chapp�e d�cisive anim�e par quatre coureurs de Cr�dit Agricole. Ils sont seize en tout � filer vers Anvers, dont deux sprinters, l'Australien O'Grady et le Sud-Africain Robert Hunter. Je gage sur O'Grady, reste deux kilom�tres, pouf, l'�cran g�ant s'�teint. La panne! Nous voil� 500 joyeux t�tons qui n'avaient rien vu de la course puisque nous avons l'obligation de la devancer de deux heures au moins, qui n'ont rien vu non plus de l'arriv�e puisque la panne... 500 joyeux t�tons, dont moi qui, je vous le souligne, signent n�anmoins ce matin des papiers sur le Tour de France, comme s'ils y �taient. Anyway.
Quand l'�cran s'est rallum�, la Reine de Belgique f�licitait le vainqueur qui �tait ni O'Grady, ni Hunter, mais le Flamand Marc Wauters...
Comment elle s'appelle, leur reine ? a demand� quelqu'un.
Fabiola, a lanc� une voix.
S�rement pas, j'ai dit. Mon nom c'est Foglia, quand j'�tais petit, dans la cour de l'�cole, on m'appelait d�j� Fabiola. Comme �a fait un sacr� bout de temps que j'�tais petit, elle doit �tre sacr�ment vieille, Fabiola.
La reine des Belges, elle s'appelle Paola, m'a gliss� mon voisin.
T'es pas Italien, toi ?
Si. Mais justement, la Paola, elle vient d'Italie.
La reine des Belges est Italienne ? Tu parles d'une journ�e toute croche !
Sans ajouter que je n'ai toujours pas compris l'�tape. Si le v�lo est un bien sport d'�quipe, je n'ai pas compris comment une �quipe -nomm�ment le Cr�dit agricole- qui �tait repr�sent�e par quatre coureurs dans l'�chapp�e dont le meilleur sprinter du groupe, comment cette �quipe a bien pu se faire fourrer par un Flamand qui a gagn� une course en dix ans ?
Il est � combien, le franc belge d�j� ?
Mais la vraie raison de ma mauvaise humeur est ailleurs. Vous vous rappelez cet hiver, quand Wallpaper, cette revue anglaise tr�s branch�e avait choisi Montr�al comme une des villes les plus agr�ables � vivre au monde? Dans le m�me classement figurait, tr�s avantageusement, Anvers. Eh bien, je suis � Anvers. J'y suis arriv� � trois heures de l'apr�s-midi, dans la partie la plus laide de la ville, du mauvais c�t� de l'Escaut, le c�t� industriel, c'est l� qu'�tait jug�e l'arriv�e. Quand je vais avoir termin� ce texte, je vais me mettre � la recherche d'un h�tel. J'en trouverai probablement un en p�riph�rie, pr�s d'une autoroute. Et il sera l'heure de dormir.
Et demain, direction Li�ge, qui est aussi une ville magnifique...
Roue libre
� L'INSU DE SON PLEIN GR� - � Vous n'avez pas id�e de ce qu'est le Tour de France, dit Henri P�lissier. C'est un calvaire... Nous souffrons du d�but � la fin. Voulez-vous savoir comment nous marchons ? Tenez...�
De son sac, il sort une fiole : � �a, c'est de la coca�ne pour les yeux; �a, c'est du chloroforme pour les gencives. Et des pilules ? Voulez-vous voir des pilules ? Tenez, voil� des pilules �.
Il en sort trois bo�tes.
� Bref, ajoute encore P�lissier, nous marchons � la dynamite �
Ce que cette confession a de particulier, c'est qu'elle date de 1924. Le journaliste qui recueillait les propos de P�lissier s'appelait Albert Londres, le premier grand reporter de l'histoire du journalisme. L'article dont est tir� cet extrait � �t� publi� dans Le Petit Parisien, le 27 juin 1924.
C'EST PAS JUSTE - Dans la zone d'�chauffement, hier matin � Calais, l'ambiance habituelle des d�parts. Les coureurs vont faire un petit tour de reconnaissance, reviennent � leur autobus, embarquent sur les rouleaux, font monter leurs pulsations, acc�dent � une autre plan�te. C'est dans la zone r�serv�e � l'�quipe US Postal que se pressent le plus grand nombre de curieux. Faute de Lance Armstrong f�ch� des articles du jour dans L'�quipe, mais surtout de ceux de la veille du Sunday Times de Londres, faute de Lance Armstrong, les curieux se rabattent sur son lieutenant, Tyler Hamilton, qui mouline tranquillement. Un enfant tend un papier et un crayon.
D'o� es-tu ? demande le coureur en signant l'autographe.
De Boston, r�pond le gar�on en anglais.
Hey ! moi aussi, dit le coureur. Attends. Il descend de son v�lo stationnaire et va chercher une casquette pour le gamin, ravi, bien s�r.
La gentilesse de Hamilton n'a pas �t� pay�e de retour. Victime d'une lourde chute en queue de peloton, il a termin� l'�tape � pr�s de sept minutes. Sans �tre un des favoris, Hamilton peut, pouvait, pr�tendre � une place dans les dix premiers � Paris.
DONNEZ-MOI UN FUSIL - �mission sur le Qu�bec � la radio hier matin, premi�re chanson � parce que le Qu�bec, c'est surtout des chansons �, dit le cr�tin au micro, et j'ai d�j� envie de le gifler, premi�re toune, un machin folklorique interpr�t� par le quatuor Alouette � bien connu dans la belle province �, pr�cise l'�pais. Vous, le quator Alouette, vous ? Apr�s, on a entendu Bozo les culottes, F�lix, Pauline Julien, encore Vigneault et le g�n�ral de Gaulle au balcon. Basta. Je me suis mis une cassette de Foreigner. Dirty white boy. Basse, guitare, drum. Je suis un primaire.
AUJOURD'HUI - Anvers-Seraing, 198 kilom�tres. Une �tape enti�rement belge. Les 50 derniers kilom�tres, dans les Ardennes, sont casse-pattes, l'arriv�e est jug�e sur un faux-plat montant, on ne verra pas les purs sprinters, une arriv�e pour baroudeurs, un Bartoli, un Museeuw, un Dierckxsens, un Jalabert, et plus encore pour un Erik Dekker. Pour ceux qui le se demanderaient, Seraing est une petite ville sans aucun int�r�t de la grande banlieue de Li�ge.
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