![]() et le vélo |
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25 août 2000
C'est une Anglaise, répondant au joli nom de Sarah Symington, une petite blonde gentille comme tout, qui a gagné la deuxième étape du Grand Prix cycliste du Québec courue hier dans les vignes et les vergers rouges de pommes de la région de Frelighsburg. Je ne savais même pas que les Anglaises faisaient du vélo. Je pensais qu'elles jouaient toutes au cricket, ce jeu encore plus idiot que le baseball.
Je vous dis des folies. En fait j'ai souvent vu le nom de Sarah Symington dans les classements des grandes courses internationales, elle était d'ailleurs à Montréal ce printemps pour la Coupe du monde, sur le Mont-Royal. Et puis ce n'est pas vrai que les Anglaises jouent toutes au cricket. Il y en a aussi qui font du pudding.
La course ? Bien enlevée. Pas de niaisage, mais pas une grande épopée non plus. Une étape de transition comme ils diraient au Tour de France. Cela veut dire que les grands canons n'ont pas tonné et n'avaient pas à le faire. Le terrain, gentiment vallonné, ne s'y prêtant guère.
Elles sont parties rapidement sous un soleil qui faisait tout ce qu'il pouvait pour excuser son absence de la veille et qui a, ma foi, assez bien réussi. Une chute en partant impliquait quatre coureuses, dont Emma Davies, une autre Anglaise, qui s'arrachait un ongle et se luxait l'épaule ce qui ne l'a pas empêchée de terminer la course, 26 minutes derrière sa compatriote Symington, après avoir roulé 120 kilomètres toute seule. J'ose avancer que ce fut l'exploit de la journée. Elle pleurait à l'arrivée, de douleur, de fatigue, mais surtout d'anxiété. Comme les autres Anglaises qui participent au Grand Prix du Québec, Emma Davies est en route pour Sydney où elle doit disputer, sur piste, la course aux points. Les médecins devaient lui dire hier soir si elle n'est pas trop amochée pour continuer...
Pendant ce temps, devant, la course s'emballait quelque peu dans la côte de Dunham alors que la crème remontait sur le dessus, en particulier le duo Lyne Bessette et Jeannie Longo, les deux se surveillant étroitement. « Laisse-là pas partir ! » criait le mari et coach de Longo dans la côte du chemin St-Armand. « Cela me fait un petit velours d'être l'objet de tant d'attention de Jeannie » nous confiait une Lyne absolument radieuse après la course, et très en jambes, pendant.
Reste que madame Longo, tout de même, quel numéro ! Quel tempérament ! À 42 ans, elle pourrait bien sûr être la mère de pas mal de filles du peloton ; elle est, de fait, la mère du cyclisme féminin, sport qu'elle a largement contribué à mettre au monde. Le plus stupéfiant, c'est qu'à son grand âge (pour une athlète d'élite), la médaillée d'or et d'argent à Atlanta pourrait très bien récidiver à Sydney. Et avant cela, dès aujourd'hui, donner bien des soucis à notre Lyne Bessette nationale. Aujourd'hui les filles grimpent Jay deux fois, pour près de 20 kilomètres de montée. Un rendez-vous au sommet qui se terminera, au couteau, sur les rugueux casse-pattes du Mont-Écho juste avant l'arrivée à Knowlton, dans la cour même de Lyne.
Mais je vous parle de la course d'aujourd'hui sans en avoir fini de celle d'hier, vous m'en excuserez. Remarquez que c'est aussi ce qu'ont fait les favorites hier, les Bessette, Longo, l'Australienne Tracey Gaudry, l'Anglaise Ceris Gîlfillan, etc : elles pensaient toutes à la course d'aujourd'hui dans Jay. C'est pour cela qu'elles ont laissé filer en échappée sept filles qui ne peuvent pas aspirer à la victoire finale. Mais fallait pas non plus exagérer, quand les sept ont eu trois minutes d'avance, les grandes, surtout Bessette et Longo, ont commencé à rogner. À 20 kilomètres de l'arrivée, les sept n'avaient plus qu'une minute et demie d'avance, autant dire qu'elles étaient naufragées. C'est alors que l'Américaine Pamela Schuster (presque aussi vieille que Longo) a sauté du bateau qui prenait l'eau. «Oh yes !» a dit Sarah Symington qui trouvait que c'était une bonne idée. Pamela et Sarah ont fait les vingt derniers kilomètres ensemble, l'Anglaise battant facilement l'Américaine au sprint dans la petite montée vers l'église de Frelighsburg.
Derrière, le peloton, réglé par Karen Dunne de l'équipe Elita, se présentait avec une minute de retard. Voilà qui clôturait une superbe journée de vélo, dans une bien belle région, la plus belle du Québec en fait, vous l'avais-je déjà dit ?
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