CHAPITRE IV – LES IDÉES PRINCIPALES DU MOUVEMENT
DE LA CROISSANCE DE L’ÉGLISE
Pendant les années 70, McGavran était en mission dans le
tiers-monde, il n’était donc pas aux États-Unis pour exercer le leadership du
MCE. Le Mouvement continua à se développer sans lui grâce à la fondation
d’instituts pour la croissance et aux écrits d’auteurs comme Peter Wagner, Win
Arn, Lyle Schaller, George Barna, Kennon Callahan, Robert Logan et Robert Schuller.
Bien d’autres noms pourraient être ajoutés, mais le but de ce chapitre
n’est pas de faire une liste exhaustive des auteurs du MCE ; il est plutôt
de dégager ce qui, d’après eux, freine ou favorise la croissance des Églises.
4.1 Les
éléments qui freinent la croissance
Le premier frein à la croissance serait
la crise d’identité des communautés chrétiennes et leur manque de vision.
Confrontées à la décroissance numérique, elles ne verraient que les aspects
négatifs de leur situation, empêchant l’élaboration d’une vision significative
pour l’avenir, vision à laquelle les membres et les personnes nouvelles
pourraient s’accrocher. Pour pallier au manque de personnel, ces Églises
travaillent ou essayent de travailler de concert avec les Églises voisines.
Pourtant cette orientation nuit au sentiment d’appartenance et empêche la
communauté d’avoir une identité propre[1].
Le deuxième frein concerne le manque de
foi et de confiance en Dieu. Beaucoup d’Églises, confrontées à la décroissance,
ne croiraient plus qu’elles peuvent se renouveler et sortir de la crise. En quelque sorte, elles limitent
ce que Dieu serait capable de faire et pensent qu’il y a trop d’obstacles pour
sortir de la décroissance[2]. Elles finissent par développer une estime de soi
négative et ne se pensent plus en mesure d’affecter positivement leur
milieu: on reste petit si l’on pense ne pas pouvoir grandir[3].
Le troisième frein à la croissance vient
de la complaisance en soi[4]. Certaines communautés chrétiennes ont pu avoir des
heures de gloire, mais le contexte a changé et les membres « fichent le
camp ». Étonnamment, ces Églises demeurent dans l’orgueil et ne sont pas
prêtes à reconnaître la mésadaptation de leurs activités[5]. Elles ne font que maintenir le statu quo et vivent
dans l’illusion face à l’impact réel qu’elles ont dans la société. On remarque souvent qu’elles
rejettent la responsabilité de la décroissance sur ceux qui sont partis ou qui
ne viennent pas en disant que leurs églises sont toujours ouvertes et que les
gens intéressés n’ont qu’à venir : The
doors are wide open. If they want to
come to church, all they have to do is walk in, and they’ll find we’ll welcome
them[6].
Le quatrième frein découle souvent du
troisième, il s’agit du problème d’isolement de la communauté chrétienne et la méconnaissance des besoins de son milieu. Parfois,
c’est la non acceptation des changements de population qui sont survenus dans
le milieu qui empêche la croissance. On n’accepte pas les nouvelles ethnies et
la population de l’Église vieillit[7]. Les membres ont de moins en moins de contacts avec
les personnes qui ne viennent pas à l’église. À cause de cet isolement et de la peur de ces changements, l’attitude
qui prédomine est une attitude défensive. Parce que les responsables ne
cherchent qu’à maintenir le statu quo,
le personnel engagé ne remplit plus des postes qui répondent aux besoins qui
ont changé dans le nouveau contexte social. Comme ces emplois ont toujours
existé, on les comble[8].
Le cinquième frein est l’oubli de la
dimension missionnaire de la communauté chrétienne[9]. Une Église ne peut pas grandir si elle met de côté
son mandat de faire des disciples, si elle est indifférente au salut des
personnes de son quartier[10]. Les communautés chrétiennes qui ne grandissent pas
se préoccupent excessivement de l’aspect
matériel de leurs Églises[11] ou ont tendance à mettre la priorité sur des
activités qui ne produisent pas directement la croissance, comme par exemple la
communion et la fraternité à l'intérieur de la communauté. Ce n’est pas une
mauvaise chose en soi, mais trop d’importance est accordée à ces dimensions de
la vie chrétienne empêchant la communauté de s’ouvrir au monde extérieur.
Le sixième frein se manifeste lorsque les responsables
manquent de leadership ou lorsqu’ils ne permettent pas aux
membres non-ordonnés d’avoir une part de leadership[12]. Dans les Églises en
décroissance qui stagnent, certaines responsabilités sont quand même données
aux laïcs mais dans des activités de catéchèse ou de travail de bureau, non pas
dans des activités d’évangélisation[13]. Il y a une
carence de leadership aussi lorsque les responsables ont une peur bleue des
conflits ou qu’ils cherchent à plaire à tout le monde[14]. Un autre problème qui concerne la direction de la
communauté est la longueur de leur mandat pastoral : lorsque les pasteurs sont changés trop souvent ou trop rapidement, car on
ne commence à voir les fruits des orientations pastorales et missionnaires d’un
responsable qu’après quatre ans à six ans[15].
Le septième frein vient d’une
méconnaissance des méthodes d’évangélisation et d’un manque de bon sens.
Certaines Églises par exemple mettent très mal à
l’aise les nouveaux ou les visiteurs en
leur demandant de se présenter devant toute l’assemblée[16]. Les responsables devraient pourtant savoir que la
peur numéro un de la plupart des gens est de parler en public. Ils devraient savoir aussi que
le porte-à-porte est aujourd’hui considéré, du moins dans les sociétés
occidentales, comme une intrusion dans la vie privée[17]. À l’inverse, ne
pas inviter les gens[18], alors que l’on sait que la plupart des personnes
qui remettent les pieds dans une église l’ont fait parce qu’un proche les y a
invitées, ne relève pas de la sagesse. Et lorsque les gens rejettent une
invitation, les membres des Églises en décroissance comprennent ce refus comme
un « non » définitif plutôt que comme un « pas encore »[19]. Une autre erreur est d’essayer de rejoindre et d’attirer tout le monde. Il s’agit plutôt de
cibler une catégorie précise de personnes, celle qui a le plus de chance de
s’identifier à la communauté et d’être intéressée par ses services[20].
Le dernier frein à l’évangélisation relève du domaine
des structures
d’ordre matériel et des moyens de financement de la communauté. Si l’église est pleine à quatre-vingt
pour cent, il est beaucoup plus difficile pour elle de croître. C’est pourquoi
les Églises en décroissance qui
fusionnent peuvent amener une réduction trop importante des places. Ces fusions
limitent aussi le nombre de postes de responsabilités pour les membres
non-ordonnés. Par ailleurs les Églises
qui ne croissent pas sont gênées de demander de l’aide financière ou en
demandent sous forme d’obligation[21]. Ou encore, elles reçoivent leur financement de l’extérieur, ce qui
n’encourage pas les responsables à avoir les meilleures relations possibles
avec les membres de la communauté[22].
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Commentaires
et suggestions :
[1] Cf.
L. SCHALLER, Assimilating New Members, Nashville, Abingdon, 1978, pp. 60-61.
[2] Cf. J. MILLER,
Outgrowing the Ingrown
Church, Grand Rapids, Zondervan, 1986, p. 29.
[3] Cf.
G. BARNA, User-Friendly Churches, Ventura,
Regal books, 1991, pp. 175-176.
[4] Cf. J. MILLER,
op. cit., p. 30.
[5] Cf. G.
BARNA, op. cit.,, p. 176.
[6] L. SchalleR, op. cit., p. 62.
[7] Peter Wagner dans son livre Your Church Can Grow, (Ventura, Regal,
1976) donne le nom d’Ethnikitis la
maladie de certaines Églises de se complaire avec les gens de leur propre
ethnie sans s’ouvrir, sans évangéliser les nouvelles populations qui
s’installent dans leur quartier. À long terme, cette maladie peut amener à la
mort de la communauté.
[8] Cf. G.
BARNA, op. cit., p. 182.
[9] Cf. J.
MILLER, op. cit., pp. 35-36.
[10] Cf. ibid., p.29.
[11] Cf. L.
SCHALLER, op. cit., p. 58.
[12] Cf.
P. WAGNER, Your Church Can Grow,
Ventura, Regal, 1976, p. 148.
[13] Cf.
T. Yamamori, « Factors in
Church Growth in the United States », The
complete book of Church Growth, de Elmer L. Towns, Wheaton, Tyndale House
publisher, Inc., 1986, p. 317.
[14] Cf. J.
MILLER, op. cit., pp. 31-32.
[15]Cf. L. SCHALLER,
op. cit., pp. 53-54.
[16] Cf. G. BARNA,
op. cit., p. 177.
[17] Cf. ibid.,
p. 181.
[18] Cf. L.
SCHALLER, op. cit., pp. 52-53.
[19] Cf. ibid, p.65.
[20] Cf. ibid, pp. 65-66.
[21] Cf. G.
BARNA, op. cit., pp. 180-181.
[22] Cf. L.
SCHALLER, op. cit., pp. 55-56.