CHAPITRE II – eXPÉRIENCE de croissance EN MILIEU catholique
En occident et de manière plus récente,
il existe des expériences de croissance dans des Églises catholiques. Celles
présentées ici viennent d’Italie et de France. Il s’agit de la communauté
paroissiale de Sant'Eustorgio en Italie et celle de Sanary-sur-Mer dans le sud
de la France. Nous constaterons plusieurs points communs avec les Églises
observées dans le premier chapitre. Même
si leur croissance n’est pas aussi impressionnante, il est intéressant de noter
les similarités entre les éléments qui ont favorisé leur développement.
2.1
L’Église
paroissiale de Sant'Eustorgio en Italie
Don
Pigi Perini est un prêtre italien, curé de la communauté paroissiale catholique
de Sant'Eustorgio à Milan. Il a adopté la structure des cellules de maison pour
mener à bien sa mission. Lorsqu’il fut nommé dans sa paroisse, la proportion de
ceux qui fréquentaient la messe du dimanche était alors de douze pour
cent. Formé au séminaire, on l’avait préparé au manque de réussite pastorale.
Il avait théorisé l’échec : « L'un sème, l'autre récolte… » ;
« pourvu que Jésus-Christ soit annoncé… » ; Beaucoup
de petites phrases de la Bible, utilisées à contresens, venaient renforcer une
mentalité de renoncement ascétique, le manque d'ambition pastorale était
justifié par la pauvreté, l'humilité et les autres vertus évangéliques[1]!
Dans
l’Église paroissiale voisine, c'était la même chose. Et bien qu’il ait été un
jeune prêtre plein de vigueur, son enthousiasme s’est éteint et la routine l'a
consumé. Il se réfugiait dans la culture, les homélies savantes et il ne voyait
plus, dit-il, que cette culture, dans laquelle il vivait, était païenne. Cela
dura un certain temps jusqu’à ce qu’il se trouve devant un choix intérieur : ou
bien renoncer à sa vocation de prêtre ou retrouver une nouvelle vitalité et
être à la suite de Jésus « pêcheur d’hommes »[2].
C’est
alors qu’un prêtre d'origine canadienne, le Père Valeriano Gaudet, o.m.i., est
venu chez lui. Il lui a montré un article d'une revue américaine, intitulé :
« Paroisse en flammes ». Il s'agissait d'une paroisse de Floride,
Saint-Boniface, où le curé, Michel Eivers, animait une communauté particulièrement
vivante. Alors il s’est dit : « Allons voir si c'est vrai… ». Il y a
trouvé des cellules de maison et une Église paroissiale qu’il n'osait rêver
rencontrer, une Église paroissiale en
croissance. Il y trouva une orientation fondamentale pour l'évangélisation,
une hospitalité chaleureuse, l'adoration eucharistique de six heures à
vingt-quatre heures et un grand nombre de ministères laïcs gérés par une
structure organique. Le pasteur était à la tête de la communauté, mais il
déléguait son autorité avec un grand respect des autres membres.[3]
Dans
cette paroisse de Floride, les laïcs avaient une très bonne connaissance des
Écritures Saintes, ils ouvraient la Bible comme un livre qu'on connaît et qu'on
a toujours sous la main. La majorité (90%) verse la dîme. On y vit le baptême
de l’Esprit et une louange vibrante[4]. La paroisse
Saint-Boniface est fondée sur l'expérience charismatique. Mais ce n'est pas la
chose la plus importante, dit-il, l'important c'est le renouvellement
paroissial que les cellules apportent.
Les orientations
de base de la paroisse sont les suivantes[5] :
-
Les pasteurs de Saint-Boniface ont choisi
l'évangélisation comme premier but.
-
Ils ont mis sur pied une structure de cellules de
maison.
-
Ils ont mis l’accent sur la maison, le foyer,
l'atmosphère.
-
Ils ont élaboré un système pouvant gérer la
multiplication des cellules.
Don
Pigi a compris qu’il devait prêter une plus grande attention à ceux qui étaient
étrangers, éloignés, indifférents à l’Église paroissiale. Le moment était venu
pour lui de poser son regard pastoral sur ceux qui étaient en dehors de
l’Église. Tant d’années il avait concentré toutes ses énergies et ses efforts
sur les mêmes « habitués », toujours fidèles, toujours plus
« choyés » et toujours plus réduits en nombre. Sa vision n'allait pas
plus loin, elle ne percevait pas ceux qui n’étaient pas là! Pourtant c'est
précisément dans ceux qui sont loin, dans ceux que l’on considère perdus,
difficiles à rejoindre, indifférents que réside le potentiel de croissance
d’une communauté chrétienne. Communiquer sa foi, annoncer Jésus, proclamer la
Bonne Nouvelle, voilà les fruits de l’Église paroissiale, la clé de sa
croissance et de son avenir[6]!
Mais
Don Pigi s’est également rendu compte que ses seules forces ne suffiraient pas.
En tant que prêtre, il lui était impossible de rejoindre tout le monde et il
lui était surtout difficile de rejoindre les personnes là où elles vivent, au
travail, à l'école, en famille ou dans les maisons. Il devait compter sur une
Église moins cléricale, se fier à l'œuvre de l'Esprit Saint et compter, comme
dans la communauté de Floride, sur les dons de tous les chrétiens. Il avait
besoin de les encourager et de les motiver afin d'en faire des évangélisateurs,
que ce soit au travail, à la maison, entre amis ou dans leurs immeubles. C'est
là l'intuition de base des cellules de maison qu’il appelle cellules
paroissiales d’évangélisation. On y invite les membres à témoigner dans leur
propre milieu de vie (Oïkos)[7].
Quand
Don Pigi est revenu chez lui à Sant'Eustorgio, il a présenté à sa communauté
l’expérience de Saint-Boniface et proposé dans son Église paroissiale une
formation à partir d'Evangelii nuntiandi[8]. Puis il a choisi
des laïcs et leur a proposé une formation de responsables de cellule
paroissiales d’évangélisation. Cette formation dura six semaines. Petit à
petit, ils sont passés de quatre cellules provisoires à quatorze et leur nombre
a progressivement augmenté[9]. Il y a
actuellement plus d'une centaine de cellules, dont une trentaine composées
uniquement de jeunes et de très jeunes, pour un total de plus d'un millier de
personnes[10]. Mais,
précise-t-il, la communauté n’est pas seulement « cellulaire », elle
est aussi eucharistique, tous sont invités à vivre la célébration de la Messe.
Comme
dans l’Église du pasteur Cho, les cellules sont composées de dix à quinze
personnes qui se réunissent chaque semaine dans une maison privée. Jésus y est
présenté comme Seigneur, c’est-à-dire qu’il est appelé à devenir la personne la
plus importante de notre vie, le maître de notre existence, qui devrait être
servi d’esprit, de cœur, dans sa famille et dans son travail, dans ses vacances
et dans ses temps libres[11]. Un temps est
réservé durant la rencontre à l'écoute d'un enseignement hebdomadaire préparé
par le curé et distribué par cassettes à toutes les cellules. Ainsi chaque
cellule écoute le même enseignement, suit le même cheminement et se nourrit de
la même Parole.
Les
membres apprennent à prier en s’ouvrant à l'action de l'Esprit Saint. Ils
cherchent à reconnaître la présence de Jésus dans leur vie en devenant
attentifs aux signes concrets de son amour. Ils apprennent à écouter leurs
frères, à faire silence en eux-mêmes pour l'accueillir. Ils font l'expérience
de l'amour fraternel, ils partagent leurs difficultés, ils se soutiennent pour
surmonter leurs doutes. Pour de nombreux frères et sœurs, une cellule est une
première expérience de vie communautaire qui les prépare à s'insérer pleinement
dans la communauté paroissiale[12]. Les responsables
des cellules sont choisis avec soin par le curé et formés afin de bien remplir
leur tâche. Les différentes étapes des rencontres de cellules sont les
suivantes : Prières spontanées de louange, partage sur ce qui a été vécu
dans la semaine, enseignement, réaction des participants, information sur la
vie paroissiale, prière d’intercession et prière de guérison[13].
De la
connaissance personnelle du Christ vivant surgit, chez les membres de la
cellule, le désir de partager et de proclamer leur expérience aux personnes qui
leur sont les plus proches, à celles qu'ils rencontrent habituellement et qui,
d'une manière bien concrète, font partie de leur vie. C’est pourquoi les
cellules grandissent, leurs membres sont « pêcheurs », au sens
évangélique. Ils parlent de Jésus dans leur milieu de vie, ils témoignent de
lui par un changement de leurs goûts et de leurs priorités, ils partagent
l'expérience de l'amour gratuit, fidèle, miséricordieux, personnel, de Dieu[14]. Ils témoignent
dans la famille, au travail ou à l'école, aux amis, à leurs voisins, en un mot :
dans leur oïkos, le milieu dans
lequel se déroule leur vie quotidienne. De cette façon l'autre n'est plus
appelé à rester un étranger : des vies se rencontrent et de nouveaux liens
s'établissent.
Les
cellules sont profondément insérées dans le contexte paroissial et en lien avec
le pasteur. Elles coexistent avec toutes les autres réalités présentes dans la
paroisse qui continuent à fonctionner, même si, indubitablement, ces dernières
ont trouvé de nouvelles bases, de nouvelles énergies et un nouvel enthousiasme.
À travers une structure précise : leaders de cellule, leaders de section,
leaders territoriaux, cellule exécutive, le curé est capable de connaître ce
qui arrive dans chacune des rencontres de cellules. Il est au courant des
principaux problèmes qui peuvent surgir, de l'arrivée de nouvelles personnes,
des merveilles que le Seigneur accomplit, de l'orientation et du cheminement
des membres, de sorte que, même s'il n'est pas physiquement présent, il peut
suivre le déroulement de l’évangélisation[15].
Grâce
aux cellules, dit-il, sa paroisse est devenue une vraie famille, une maison
fraternelle et accueillante. Toute personne en son sein y trouve sa place, une
attention personnelle à ses besoins, à ses dons, à ses limites, ses désirs, à
l'instar d'un père qui s'occupe de chacun de ses enfants pris individuellement.
Sa communauté chrétienne est devenue le lieu où chacun peut faire l'expérience
de l'amour et se rendre compte combien grande est sa capacité de donner et de
recevoir. On peut y partager ses joies, ses souffrances, ses doutes et ses
découvertes, dans la certitude d'y trouver de la compréhension, un accueil et
des réponses. Elle est devenue le lieu de la rencontre avec Dieu où l’on
apprend et l’on enseigne à prier, à louer, à communiquer son expérience de
Jésus. Le Seigneur y accomplit des merveilles, et il renouvelle continuellement
son alliance avec son peuple[16].
Même
s’il met beaucoup l’emphase sur les cellules pour l’œuvre de l’évangélisation,
le prêtre italien, parle aussi de l’importance de former les chrétiens de sa
communauté. Les former d’abord à la prière; une prière ardente, qui ne soit pas
formaliste, mais qui prenne vie dans la parole de Dieu, la liturgie et la
contemplation : Nous exhortons les
évangélisateurs quels qu'ils soient à prier sans cesse l'Esprit Saint avec foi
et ferveur et à se laisser prudemment guider par lui comme l'inspirateur
décisif de leurs plans, de leurs initiatives, de leur activité évangélisatrice[17]. Il explique à ses paroissiens qu’on ne peut assurer
une transmission authentique de la foi que si on en fait l’expérience
personnelle. La foi doit être accueillie comme une réalité vécue qui soit
transformante[18]. Il souhaite
faire naître dans le cœur des chrétiens le désir de grandir dans une relation
personnelle avec Dieu dans la prière, l'écoute personnelle de la Parole, la
participation aux sacrements, l'accompagnement spirituel, la catéchèse et
l’implication communautaire : Dieu donnera certainement le don de la foi à
qui le cherche de tout son cœur : de ce don reçu le croyant pourra et
saura en témoigner[19].
Don
Pigi souhaite aussi donner aux membres de sa communauté le souci de ceux qui ne
sont pas là, le désir de se faire proches, de créer des liens et de rendre
service. Avant d'être une annonce dans l'Esprit, une manifestation de
puissance, le mystère du salut annoncé aux êtres humains a été amour et service[20] : Celui qui pratique le service au nom de Jésus doit rechercher les
exigences et les problèmes du frère que le Seigneur appelle à évangéliser.
« Cherche la plaie et soulage-la ! » est une devise qui semble bien
exprimer cette méthode[21]. Voir les blessures intérieures, les attentes et les
aspirations de notre prochain et essayer d’y répondre. Créer des liens, entrer en
relation, donner de son temps, de son sommeil, de sa tranquillité, et parfois
même de son argent, afin que celui qui reçoit se rende compte à quel point on
est prêt à s'engager pour lui et ceci d’une manière gratuite et désintéressée.
Il sera alors profondément interpellé et disposé à écouter notre témoignage et
à y croire[22].
Le
souci de Don Pigi est aussi de former les membres de son Église paroissiale à
témoigner. Il cite la parole de Jésus au Gérasénien dans l’Évangile de
Marc : « Va chez toi, auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le
Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5:19). Il cite aussi la
Samaritaine qui témoigne dans son village, amenant ses habitants à écouter
Jésus et croire en lui (Cf. Jn 4). Ces deux personnages ont été des témoins
efficaces parce qu’ils ont fait l'expérience de la puissance de Jésus et de sa
miséricorde[23]. Une catéchèse
peut apprendre à évangéliser et aider les chrétiens à se perfectionner, mais il
faut avant tout leur faire vivre, dans un processus continu, l’expérience de
Jésus vivant et agissant dans ce monde ; c’est de cela qu’ils pourront
témoigner. Ni la capacité des moyens de
communication, ni la propagande ne pourront déclencher l'accueil de l'Évangile,
pas plus que les discours radicaux ou savants ne pourront convertir les cœurs[24] (Cf. 1Co 2:1-5),
ni même les « bons » chrétiens, ceux qui le sont
apparemment depuis toujours, mais qui n'ont jamais expérimenté dans leur vie de
changements réels et de conversions sincères… Évangéliser n'est pas la même
chose que convaincre, il ne s'agit pas d'aider quelqu'un à parvenir à une
compréhension intellectuelle de l’Évangile. L'évangélisation est le témoignage
de ce que Jésus a fait pour eux dans leur vie, elle est le témoignage de la
joie qui leur a été donnée par l'Évangile, de la transformation qui est
survenue suite à leur rencontre avec le Sauveur[25]. Celui qui a été évangélisé deviendra plus
facilement un évangélisateur; un converti saura aider plus efficacement
d'autres personnes dans leur cheminement de conversion[26].
Retour
à la table des matières
Commentaires
et suggestions :
[1] G. Macchioni, Évangéliser en paroisse : L’expérience des Cellules Paroissiales
d’Évangélisation, 2e édition, Nouan-le-Fuselier, Editions
Pneumathèque, 1996, p. 8.
[2] Cf. ibid., p. 9.
[3] Cf. ibid., p. 10.
[4] Cf. ibid., p. 11.
[5] Cf. ibid., p. 12.
[6] Cf. ibid., p. 20.
[7] Cf. ibid., pp. 20-21.
[8] Evangelii Nuntiandi est l’exhortation
apostolique L’évangélisation dans le
monde moderne de Paul VI (1975).
[9] Cf. G. Macchioni, op. cit., p. 14.
[10] Cf. ibid., p. 22.
[11] Cf. ibid., p. 17.
[12] Cf. ibid., p. 20.
[13] Cf. ibid., pp. 110-116.
[14] Cf. ibid., p. 19.
[15] Cf. ibid., pp. 21-22.
[16] Cf. ibid., p. 16.
[17] Paul
VI, Evangelii Nuntiandi (exhortation
apostolique, l’évangélisation dans le
monde moderne), Coll. L’Église aux quatre vents, Montréal, Fides, 1975, §
75.
[18] Cf. G. Macchioni, op. cit. p. 77.
[19] Ibid., p. 78.
[20] Cf. ibid., p. 80.
[21] Ibid., p. 84.
[22] Cf. ibid., p. 84.
[23] Cf. ibid., p. 87.
[24] Ibid., p.88.
[25] Cf. ibid., p. 89.
[26] Ibid., p.89.