9.2
Maintenir en équilibre les
fonctions de l’Église
La priorité quasi absolue donnée à l’évangélisation ainsi que la
poursuite d’objectifs numériques que l’on retrouve dans le Mouvement de la
croissance des Églises a pour conséquence de développer principalement une
des fonctions de l’Église : la fonction prophétique.
La façon traditionnelle en théologie de
comprendre les fonctions de l’Église est de remonter aux grands titres de
Jésus. À Jésus prophète correspond la
fonction prophétique de la mission ecclésiale : évangélisation, catéchisation,
interprétation. À Jésus grand prêtre,
correspond la fonction cultuelle de la mission ecclésiale: prière et offrande
spirituelle de la vie, liturgie et sacrements. À Jésus roi et Seigneur, en lien avec le Règne de Dieu qu'il inaugure sur
l'Église et sur le monde, correspond la fonction royale de la mission. À Jésus
pasteur de la partie de l'humanité qui accepte de le suivre dans le
rassemblement communionel effectif de l'Église, correspond la fonction
communautaire de la mission : formation, consolidation et gouverne de la
communauté, sollicitude pour elle, entr’aide et services. À Jésus sauveur,
guérisseur et libérateur correspond la fonction socioculturelle de la mission
ecclésiale: humanisation et libération au service du monde[1].
On
retrouve ainsi quatre grandes fonctions[2]:
1 ) La fonction
prophétique, qui tient en trois pôles : I'évangélisation première pour un
appel à la foi et à la conversion aux exigences évangéliques; la catéchisation,
ou enseignement et discours chrétien articulé ; I'interprétation :
discernement; interprétation des sources chrétiennes, interprétation de la vie
à la lumière du sens chrétien, réinterprétation des croyances pour un discours
chrétien pertinent.
2) La fonction cultuelle, qui est la
fonction d'animation du culte spirituel :
prière et liturgie.
3) La
fonction hodégétique, qui est la fonction communautaire, c'est-à-dire de
conduite ou de gouverne de la communauté, axée
sur le service de la charité « ad intra » ou d’entr'aide[3]. Elle concerne I'intégration de la
communauté et le service de la fraternité : la prise en charge des services de
la communauté et des formes de solidarité envers ses membres.
4) La fonction
socioculturelle, qui est la fonction de service au monde, dans les
structures de la société, en dehors des frontières de l'Église. Elle est service de la charité «ad
extra »[4] qui implique deux pôles : I'humanisation ou le
service humanitaire; et la libération ou l'entreprise de transformation.
Si l'on ne veut pas tronquer la mission
d'une de ses composantes essentielles, l'intégration des quatre fonctions doit
être maintenue[5]. Pour ce faire, il est nécessaire de fonder la
mission, non seulement sur les impératifs missionnaires de la fin des Évangiles
(Mat 28:19-20 et Mc 16 :15-20) mais aussi sur d’autres passages bibliques
représentant chacune des fonctions. Pour la fonction socioculturelle il y a Mat
25:31-46 : En vérité je vous le dis, dans
la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à
moi que vous l'avez fait… et Mat 10:8 : Guérissez les malades,
ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu
gratuitement, donnez gratuitement; et Luc 10 : 8-9 : Et
en toute ville où vous entrez et où l'on vous accueille, mangez ce qu'on vous
sert; guérissez les malades qui s'y trouveront, et dites-leur: Le royaume de
Dieu s'est approché de vous.
Pour la fonction hodégétique, il y a,
entre autre, la prière de Jésus sur l’unité : … que tous soient un. Comme
toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, afin que le
monde croie que tu m'as envoyé (Jn 17:21). Les versets 22:37-40
de l’Évangile de Matthieu font ressortir
l’importance essentielle de l’amour dans la mission chrétienne et concernent à
la fois les fonctions cultuelle, socioculturelle et hodégétique : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le
premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain
comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que
les Prophètes. En élargissant
l’éventail des textes bibliques qui fondent la mission chrétienne, on arrivera
à déployer les fonctions de l’Église d’une manière plus équilibrée.
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Commentaires
et suggestions :
[1] Cf. A. CHARRON, « La spécificité
pastorale du projet d’intervention » dans la collection : Cahiers d’études pastorales (vol.5), La praxéologie pastorale : Orientations
et parcours / sous la direction de Jean-Guy Nadeau, Tome II, Montréal,
Fides, 1987, pp.165-166.
[2] Cf. ibid., pp.166-167.
[3] Ibid., p.167.
[4] Ibid., p.167.
[5] Cf. ibid., p.167.