7.3 La
croissance de l’Église primitive
Difficile
de parler de la croissance de l’Église sans passer par le livre des Actes des Apôtres qui nous parle de la
création de l'Église et de sa première expansion. On trouve, dans les Actes, de
nombreux passages sur la croissance numérique de la communauté chrétienne[1]. À l’instar des
prodiges opérés par Jésus, la croissance apparaît comme un phénomène
miraculeux. Les guérisons opérées par les Apôtres exercent une puissance
d’attraction sur les foules comme cela se passait avec Jésus. À travers ces
manifestations surnaturelles, les hommes et les femmes reconnaissent la
compassion de Dieu pour les malades et ne peuvent que lui rendre gloire. Les
Actes permettent de saisir que la croissance de la communauté est attribuable à
l’action charismatique des premiers chrétiens[2] et plus
exactement, à la collaboration des hommes avec l’action de l’Esprit.
L'une
des caractéristiques remarquables de l’Église primitive fut l'engagement spontané de l’ensemble des
chrétiens dans la mission d’évangéliser. Tous pouvaient, d’une manière ou d’une
autre, reprendre à leur compte la parole de Pierre et de Jean : Pour nous, nous ne pouvons pas ne pas dire
ce que nous avons vu et entendu (Ac 4:20). Le témoignage des évènements vécus n'était pas l’exclusivité des
apôtres. L'évangélisation était la mission de tous : Les croyants les plus simples considéraient l'évangélisation comme leur
responsabilité[3]. C’est pourquoi
l’avancée du christianisme primitif est attribuable aux chrétiens
« ordinaires »; l’Évangile se répandait par le moyen de ces missionnaires
improvisés.
Faire connaître le Christ était une
manière de rendre compte des évènements dont ils avaient eu une expérience
directe. Le message de la Bonne Nouvelle se transmettait dans les réunions de
maisons, dans les conversations occasionnelles, dans les prédications
publiques, dans les discussions sur la place du marché ou à l'école de
philosophie, dans le témoignage personnel, dans la rédaction de lettres et
l'explication des Écritures. Il est intéressant de noter que l'Église primitive
a peu organisé de grandes réunions publiques pour répandre l’Évangile. Cela
tient, partiellement du moins, à la situation historique. Car les grandes
assemblées publiques étaient interdites par décret impérial sauf à Jérusalem.
Si nous exceptons les grands rassemblements dans la ville de Jérusalem qui nous
sont rapportés dans les premiers chapitres des Actes, nous ne constatons rien
de comparable jusqu’à la fin du IIe siècle lors du vaste mouvement qui a porté
les masses vers le christianisme en Afrique du Nord[4].
Il est
intéressant de noter que c’est le foyer qui joua
un rôle considérable pour la propagation de l'Évangile[5]. La dimension relativement restreinte
des groupes qui s'y réunissaient facilitait les échanges et permettait à chacun
de participer : L'aspect informel,
l'atmosphère détendue et généralement accompagnée d'une chaude hospitalité,
tout concourait au succès de cette forme d'évangélisation[6]. Le Nouveau
Testament nous rapporte par exemple les rencontres dans la maison de Jason à
Thessalonique (Cf. Gal 1:12; 1Cor 15:1) et dans celle de Titius Justus à
Corinthe (Cf. Rom 1:1 et Thes 2:2; 2:8-9)[7].
Mais si l'emploi des maisons a été
un des facteurs décisifs pour la croissance de l’Église primitive,
l'évangélisation de personne à personne n'a pas été moins efficace. Les Actes des Apôtres nous fournissent, dans
le récit de Philippe avec l’Éthiopien, un exemple typique de ce genre de
contact qui illustre l’impact de cette forme d’évangélisation (Ac 8:26-39).
Il est une autre caractéristique de
l’Église primitive qu'il faut relever : la
réelle puissance qui accompagnait la proclamation du message chrétien[8]. Elle découlait de la conviction avec laquelle
parlaient les prédicateurs. Ils étaient si
remplis de l'Esprit de Dieu, si convaincus de la vérité et de la pertinence de
leur message[9] qu’ils
impressionnaient les auditeurs lassés par les discours sans fin des
philosophes. Comme nous l’avons mentionné plus haut, la puissance qui
accompagnait le message des prédicateurs se manifestait aussi par les guérisons
et les exorcismes, dont l'importance fut
inestimable pour l'avancement de l'Évangile[10]. Jésus-Christ
envoya ses disciples non seulement prêcher la conversion, mais encore chasser
les démons et guérir les malades. Pierre et Jean ne se bornèrent pas à évangéliser
le boiteux de naissance qui se tenait à la porte du temple, ils lui
communiquèrent, au nom de Jésus, le
pouvoir de marcher (Cf. Ac 3:1 ss).
Les
guérisons, les exorcismes aussi bien que la prédication de la Parole firent que
le nombre de ceux qui croyaient au
Seigneur augmentait de plus en plus (Ac 5:14)[11]. Il y avait aussi
dans l’Église primitive de nombreux prophètes : C'est un ministère auquel le Nouveau Testament fait souvent allusion[12]. Il y en avait à Jérusalem, à Césarée, à Antioche, à
Rome, à Corinthe, à Thessalonique et dans les Églises d'Asie Mineure (Cf. Ac
11:27; 13:1; Rom 12:6, 1Cor 12-14; 1Thes
5:20; Apo 1:3; 22:18). La prophétie était pratiquée indifféremment par des
hommes et par des femmes et elle s'exerçait en vue de l'évangélisation (Cf.
1Cor 14:24 ss.), de l'édification, de la consolation, de l'enseignement (Cf.
1Cor 14:3 ss.). La prophétie est un don de l’Esprit que plusieurs possédaient
(Cf. 1Cor 12:29).
Elle était tenue en très haute estime, et le ministère de Prophète
venait immédiatement après celui d'Apôtre. C'est en effet par ces deux
ministères que Jésus communiquait directement avec son peuple[13].
L’amour
des premiers chrétiens, leur joie, la transformation de leurs habitudes de vie,
donnaient de l’autorité à leur message. Ils avaient aussi une claire
compréhension de la Bonne Nouvelle dont ils étaient les hérauts. Le contenu de
leur message et la manière dont il était présenté dépendaient dans une large
mesure de la capacité à traduire les mots et les idées en des termes adaptés et
aisément compréhensibles pour les auditeurs. Il y avait ainsi une grande
diversité dans la prédication de l'Évangile selon qu'elle s'adressait aux Grecs
ou aux Juifs, aux intellectuels ou aux illettrés. Une chose demeurait cependant
constante : le message était christocentrique, son centre n'était que la
personne du Christ : Ces hommes avaient
la conviction que toute la vérité sur Dieu et sur l'homme avait été révélée en
Jésus[14]. Intensément
sensibles aux besoins de leur milieu, à la pensée du monde dans lequel ils
vivaient, au langage le plus apte à éclairer leur esprit, ils gardaient un
objectif simple et direct : conduire
leurs auditeurs au Christ Jésus[15].
Au
niveau de l’organisation on trouve dans les Actes certains éléments. On y parle
d’abord d'une mise en commun des biens matériels : ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le
prix entre tous selon les besoins de chacun (Ac 2:45). On y trouve en
particulier le cas de Joseph qui possédait un champ et qui le vendit pour en
donner le prix aux Apôtres (Cf. Ac 4:36-37). Cette mise en commun n'était pas
obligatoire; il se peut qu’elle ait servi à renflouer une caisse commune pour
subvenir aux besoins des pauvres, à la manière de ce faisait déjà dans les
Synagogues. C'est éventuellement à cela que fait également allusion le service
des veuves (Ac 6:1)[16].
Des
éléments d'organisation sont également évoqués à propos de l’institution des
Sept, dont Étienne[17]. À l'image de ce
qui se faisait dans les Synagogues, les chrétiens avaient mis sur pied un
service des pauvres et celui-ci était contrôlé par les Apôtres. Pour s’en
dessaisir, ils instituèrent les Sept. Toutefois ceux-ci n’étaient pas destinés
uniquement au service des pauvres; on les voit aussi prêcher et baptiser. Il
semble que les Apôtres aient profité de l’occasion de la dispute relatée dans
les Actes pour s’adjoindre des collaborateurs et leur communiquer une part
de leurs pouvoirs[18].
Les
trois éléments essentiels à retenir de l’évangélisation dans l’Église primitive
c’est que la première communauté chrétienne était missionnaire, accompagnée de
l’action miraculeuse de l’Esprit Saint et unie dans une charité intense[19]. Les apôtres ont
réellement commencé à penser en termes d’organisation que lorsqu’il fallut
régler les problèmes de distribution de nourriture dans la communauté (Ac 6).
Ils ont délégué leurs tâches tant au niveau des services que de la prédication.
Guidés et accompagnés par la puissance de l’Esprit, les premiers chrétiens
avaient un but essentiel : témoigner de la résurrection de Jésus avec la
puissance de l’Esprit. On peut considérer que les miracles opérés par plusieurs
contribuaient à donner autorité au message évangélique et à convaincre de nombreuses
personnes à se joindre à eux.
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Commentaires
et suggestions :
[1] Parmi les versets qui parlent de la
croissance numérique de la communauté chrétienne, on trouve :
Ac 2:41 : Eux donc, accueillant sa parole, se firent
baptiser. Il s'adjoignit ce jour-là environ trois mille âmes.
Ac
2:47 : Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout
le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui
seraient sauvés.
Ac
4:4 : Cependant beaucoup de ceux qui
avaient entendu la parole embrassèrent la foi, et le nombre des fidèles, en ne
comptant que les hommes, fut d'environ cinq mille.
Ac
6:7 : Et la parole du Seigneur
croissait ; le nombre des disciples augmentait considérablement à Jérusalem, et
une multitude de prêtres obéissaient à la foi.
Ac
11:21 : La main du Seigneur les
secondait, et grand fut le nombre de ceux qui embrassèrent la foi et se
convertirent au Seigneur.
[2] James D .G. Dunn dit de l’Esprit Saint qu’il est
: the major force behind the evangelism
and it’s success (The Acts of the
Apostles, Epworth Press, London, 1996, xii).
[3] M. Green, L’évangélisation dans l’Église primitive, St Légier, Éditions
Emmaüs, 1981, p. 332.
[4] Cf. ibid, p. 238.
[5] Ibid, p. 250.
[6] Ibid, p. 250.
[7] Cf. ibid, pp. 250-251.
[8] Ibid, p. 226.
[9] Ibid, p. 226.
[10] Ibid, p. 226.
[11] Cf. ibid, pp. 226-227.
[12] Ibid, p. 240.
[13] Ibid, p. 240.
[14] Ibid, p. 338.
[15] Cf. ibid, p. 335.
[16] Cf. J. Daniélou, L’Église des
premiers temps : Des origines à la fin du IIIe siècle, Paris, Éditions
du Seuil, 1985, pp. 21-22.
[17] Ac 6:1-7 : En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, il y eut des
murmures chez les Hellénistes contre les Hébreux. Dans le service quotidien,
disaient-ils, on négligeait leurs veuves. Les Douze convoquèrent alors
l'assemblée des disciples et leur dirent : " Il ne sied pas que nous
délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt parmi
vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis de l'Esprit et de
sagesse, et nous les préposerons à cet office ; quant à nous, nous resterons
assidus à la prière et au service de la parole. " La proposition plut à toute l'assemblée, et
l'on choisit Étienne, homme rempli de foi et de l'Esprit Saint, Philippe,
Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d'Antioche. On les
présenta aux apôtres et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. Et la
parole du Seigneur croissait ; le nombre des disciples augmentait
considérablement à Jérusalem, et une multitude de prêtres obéissaient à la foi.
[18] Cf. J. Daniélou, op. cit., p. 22.
[19] Dans
l’introduction du livre de James D .G. Dunn : The Acts of the Apostles (Epworth Press,
London, 1996), à la page xix, on trouve le passage : The Christianity of Acts is characterized by
mission from start to finish (1.8; 28.30-31), by the effectiveness and
expansion of 'the word' (see on 4.4). That mission begins with the empowering
of the Holy Spirit (1.5, 8; 2.1~2). Its direction and success is dependent on
and enabled by the Holy Spirit (4.8, 31; 5.32; 6.5; 7.55; 8.29, 39; 10.19-20,
47; 13.2, 4, 9; 15.28; 16.6-7; 20.22).