7.1.3 La nouvelle Alliance et la multiplication du peuple de Dieu
Avec le temps, la fidélité à l’Alliance s’est petit à petit confondue
avec la pratique extérieure de la Loi amenant le peuple de Dieu à concevoir sa
fidélité uniquement en termes de pratique extérieure. Les écrits de Jérémie,
veulent corriger ce travers et un thème nouveau apparaît : celui de
l’Alliance nouvelle; on y parle de la loi inscrite dans les cœurs. Au-delà des
différentes interprétations sur le thème, ce qui caractérise la dynamique de la
nouvelle Alliance, c'est la rénovation des cœurs[1].
Voici venir
des jours oracle de Yahvé où je conclurai avec la maison d'Israël et la maison
de Juda une alliance nouvelle. Non pas comme l'alliance que j'ai conclue avec
leurs pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays
d'Égypte mon alliance qu'eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître,
oracle de Yahvé ! Mais voici l'alliance que je conclurai avec la maison
d'Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur
être et je l'écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon
peuple (Jer 31:31-33).
Cette
nouvelle Alliance est don d'une loi inscrite dans le cœur, connaissance directe
de Yahvé et pardon des péchés. Elle se fonde sur la rémission des fautes, se
développe par une transformation profonde du peuple et s’accomplit par une
connaissance authentique de Yahvé[2].
La berit
jérémienne est donc en premier lieu un acte de miséricorde de Dieu, elle repose
sur le pardon divin. Yahvé liquide d'un trait le passé sans attendre que son
peuple manifeste son repentir en faisant un pas vers lui, comme le voudrait la
tradition et notamment l'école deutéronomiste. Dieu commence par pardonner, il
offre souverainement sa grâce qui crée une nouvelle possibilité de communion
entre lui et Israël[3].
Dans le Nouveau Testament, le thème de l’Alliance est ressort à
plusieurs endroit ; le corpus paulinien en parle comme l’alliance de l'Esprit
(2Cor 3:6) en opposition avec l’alliance de la lettre (Gal 4:24) : Paul
prend l’image d’Agar et de Sara et fait le parallèle avec l'esclavage de la Loi
et la liberté de l'Esprit[4]. D’après les écrits pauliniens, ce
qui a fait la grandeur d'Abraham, ce n'est pas de s'être soumis à la loi de la
circoncision, c'est d'avoir cru à la Promesse. C’est la foi qui justifie, pas
l’obéissance à la lettre. On retourne aux sources pour redécouvrir que
l’Alliance repose sur l’initiative de Dieu et sur sa miséricorde : Dieu promet, le peuple croit (adhère).
C'est par la foi qu'Abraham fut justifié, non par la Loi. Et dans
l’alliance chrétienne, tous ceux qui croient deviennent, par la foi, les
enfants du père de la foi, Abraham, et héritent avec lui des promesses divines[5]. Un véritable mouvement de bascule s'opère ici entre la théologie juive
et la théologie chrétienne[6]. La filiation abrahamite, qui, dans
la perspective juive enfermait les promesses dans les liens du sang, devient
spirituelle et accessible à tous.
Dans la même ligne, Jésus oriente le cœur des croyants vers une
interprétation intérieure de la Loi. Cette Loi, il l’a lui-même accomplie et il
est devenu le médiateur d'une nouvelle Alliance qui procure l'héritage des
promesses à ceux qui croient en lui. Jésus est l’alliance du peuple (Is 42:6); la circoncision de la chair, qui
était le signe de l’ancienne alliance, devient la circoncision du cœur, opérée
par l’Esprit (Rom 2:29) et dont le baptême est le signe visible. Jésus est venu
rétablir le sens premier de l’Alliance rappelant qu’elle trouve sa source dans
l’amour[7]. Aimer Dieu et aimer le prochain
sont les deux plus grands commandements de la Loi. La Loi n’a pas sa finalité
en elle-même. Son accomplissement se trouve dans l’amour.
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Commentaires
et suggestions :
[1] Cf. ibid., pp. 59-60.
[2] Cf. R. MARTIN-ACHARD, « Quelques
remarques sur la nouvelle alliance chez Jérémie (Jer. 31, 31-34) », dans Questions disputées d’Ancien
Testament : Méthode et théologie par C. Brekelmans, Louvain, Leuven
University Press, 1989, p. 154.
[3] Ibid., p. 154.
[4] Cf. A.
Jaubert, op. cit., p. 447.
[5] Cf. ibid., p. 452.
[6] Ibid., p. 452.
[7] Dans le Nouveau-Testament, le terme agapè, est traduit par ceux de charité ou d'amour. Lorsque je ferai référence à l’amour dans cette thèse c’est pour renvoyer au terme agapè.
L’amour, dans ce sens, est entendu comme raison de croire et raison
d'agir, comme une figure théologique à deux versants. Il y a un double
ancrage: amour de Dieu pour l'être humain et amour de l'être humain pour l'être
humain, à l’image de Jésus : Comme dit St Jean Chrysostome : Veux-tu honorer le Corps du Christ ?, Ne
commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l'honore pas ici avec des
étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la
nudité. Car celui qui a dit: ceci est mon corps, est le même qui a dit : vous
m'avez vu affamé et vous ne m'avez pas nourri. Quelle utilité à ce que la table
du Christ soit chargée de coupes d'or quand il meurt de faim ? Rassasie d'abord
l'affamé et orne ensuite sa table. L’amour agapè est aussi vu sous l’angle du lien entre frères (et sœurs),
considérant que tous les autres sont mes frères (et sœurs) puisque tous sont
créés par Dieu et aimé de lui : la connaissance de l'amour de Dieu pour
nous, marque, colore l'exigence centrale de l'amour de l'autre (Bruno-Marie
Duffé, AGAPE, Lyon, Ed Profac, 1999,
p.14). L’amour est le cœur de l’Alliance avec Dieu et la considération de
l'autre comme lieu d’expression de l’amour pour Dieu est le signe de notre
fidélité à celle-ci. L’amour pour Dieu et le prochain, même s’ils ne sont pas
du même ordre tout en étant inséparables, va à l’image de Jésus, jusqu’au don
gratuit de sa vie. L’amour est un défi, un scandale pour les Juifs, une folie pour les païens (1Co 1:23). Il est
à noter que l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne devraient pas être pensés
ou vécus en opposition. L'amour trouve son origine dans le Père, il se dévoile
dans le Fils bien-aimé à travers une mission qui a toujours pour finalité
ultime de communiquer l'amour du Père aux hommes (Cf. Bruno-Marie Duffé, AGAPE, Lyon, Ed Profac, 1999, p.51).