2.2 L’Église
paroissiale de Sanary-sur-Mer en France
Une autre expérience en milieu catholique
se trouve à la paroisse de Sanary-sur-Mer en France. Des cellules de maison y
ont été formées à partir de décembre 1995. La communauté a commencé avec trois
cellules, composée chacune de dix personnes. Les paroissiens sont maintenant
deux cents à se réunir hebdomadairement dans des maisons privées. Tout a
commencé en décembre 1994, lorsque la paroisse a changé de curé. Dans cette
petite ville balnéaire de 15000 habitants, la communauté chrétienne comptait
moins de 500 fidèles. Plusieurs étaient engagés dans les activités
paroissiales : catéchisme, rosaire, pastorale pour les jeunes, liturgie,
mouvements divers, mais les personnes du troisième âge formaient une bonne
partie de la communauté.
Le
curé, ayant eu vent de l’expérience de Sant'Eustorgio a présenté l’idée à son
Conseil paroissial. Puis il s’est rendu à Milan avec son vicaire et deux
groupes de laïcs pour visiter la communauté italienne. Là, ils ont participé à
un Séminaire international de cellules paroissiales d’évangélisation.
De
retour en France, ils ont décidé de mettre en place les cellules. Les premières
personnes à en faire partie avaient au préalable participé à la fois à une
formation théorique et à une formation pratique qui consistait à vivre
durant trois mois une expérience de cellules provisoires[1]. À l’origine composées d'une dizaine de membres, les
cellules ont assez rapidement atteint seize personnes. Les groupes se sont
alors partagés en deux, multipliant le nombre de cellules... Il y en a
maintenant dix-huit dont deux composées de jeunes de quinze à dix-huit ans.
Elles se réunissent une fois par semaine et leurs membres cherchent à annoncer
la Bonne Nouvelle dans leur milieu par la parole et le service. Ils prient pour
ceux et celles qu'ils évangélisent ainsi que pour les membres des cellules afin
d’acquérir une mentalité missionnaire. Les cellules sont destinées et
organisées pour grandir; chaque membre
de la cellule amène peu à peu de nouvelles personnes : parents, voisins,
amis, collègues de travail ou de loisirs. Quand il y a au moins quinze membres,
la cellule se partage et deux nouveaux groupes sont formés avec le même
objectif de se multiplier.
Comme
dans la paroisse de Milan, l’emphase est mise non seulement sur les cellules,
mais aussi sur la prière communautaire. L'adoration du Saint-Sacrement a été
instaurée pour soutenir l’effort d’évangélisation. Il y a exposition de sept
heures à dix-neuf heures, tous les jours. Les
paroissiens prient pour acquérir une mentalité missionnaire[2]. Ils viennent prier à l'heure qui leur convient ;
rares sont les moments où l’église est vide. Une fois par mois, il y a une
soirée communautaire d'adoration eucharistique de vingt et une heures à minuit.
La prière se veut le point de départ de leur évangélisation. Durant les
rencontres de cellules, ils prient pour ceux qu'ils évangélisent. Chaque membre
fait aussi une liste écrite de quelques personnes qu'il confie quotidiennement au
Seigneur[3].
À part la participation aux rencontres de
cellules, beaucoup des membres de l’Église sont engagés dans un ministère
paroissial : l’accompagnement des familles en deuil, la liturgie, la
catéchèse, les services auprès des pauvres, la chorale, la préparation au
mariage, le secrétariat, le service paroissial de garde d'enfants, l’accueil
des fidèles pendant les messes, etc.
Leurs cellules ont sept buts :
1. Grandir dans l'intimité avec le
Seigneur;
2. Grandir dans l'amour réciproque;
3. Partager Jésus[4] avec les
autres;
4. Développer le ministère dans le corps
mystique qu'est l’Église
paroissiale;
5. Donner et recevoir du soutien;
6. Former de nouveaux responsables;
7. Approfondir l’identité chrétienne[5];
Elles ont
lieu une fois par semaine, durent environ une heure trente et sont centrées sur
l’évangélisation. Elles se déroulent toujours selon un même schéma :
- Chants et prière de louange
- Partage
- Enseignement du curé de la
paroisse transmis par notes, sur papier, ou par cassette audio.
- Approfondissement
de l'enseignement du curé
- Annonces
- Prière d'intercession et prière
d’imposition des mains appelée prière des
frères[6].
Leur processus d'évangélisation comporte six phases[7] :
1°)
Rendre service à quelqu’un : Les membres des cellules cherchent à
interpeller des personnes et à mettre en pratique l’impératif : Cherche
la plaie et guéris-la[8].
2°)
Le témoignage de conversion et de foi chrétienne : La personne dont le
chrétien a gagné la confiance s'ouvre grâce au pont d'amitié construit. Il lui
parle du salut en Jésus et de la place qu’Il occupe dans sa vie.
3°)
Réponse aux doutes et aux préjugés : Le chrétien cherche à aider la
personne à dépasser les préjugés, les hésitations et les peurs.
4°)
Invitation à un acte de confiance et d’engagement envers le Christ : Le
chrétien invite la personne à confier sa vie à Jésus et à s'engager envers lui.
5°)
Entrée dans la cellule : Dans la cellule la personne est accueillie avec
chaleur. Pendant la rencontre elle sentira le besoin d'approfondir son propre
engagement et de connaître à la fois la communauté et le pasteur.
6°)
Entrée dans la communauté et dans la mission : La personne évangélisée a
maintenant pris conscience des dons que le Seigneur lui a faits. Dans son désir
de le servir, on lui propose de faire la liste des personnes de son milieu de
vie et de devenir à son tour évangélisatrice.
Le responsable de l’Église paroissiale de
Sanary explique que leur processus d’évangélisation est un ensemble organique
qui garde une référence avec le pasteur et où toutes les parties ont une
relation et une dépendance réciproque. Le groupe de maison est appelé cellule
paroissiale d’évangélisation parce qu’il est comme une unité biologique fondamentale, capable
d'avoir une vie autonome et de donner la vie à travers un processus de
multiplication[9]. Les cellules ont pour objectif principal l’évangélisation
et elles sont paroissiales parce que le tissu où elles se greffent est
exclusivement la paroisse.
L’Église paroissiale de Sanary décrit
les groupes de maison comme des lieux privilégiés pour les évangélisateurs car
les réunions permettent à leurs membres engagés de se ressourcer : on
n'évangélise pas seul, explique-t-on.
Ils sont aussi des lieux privilégiés pour ceux qui reviennent à l’Église
paroissiale, après s’en être éloignés pendant un certain temps, la cellule est en quelque sorte une
communauté de médiation avant la grande communauté qu'est la Paroisse[10].
Pour cette Église paroissiale française
qui s’inspire très fortement de l’expérience milanaise, la structure et la
méthode des cellules paroissiales ont été une occasion de s’engager dans la
nouvelle évangélisation sans ébranler les structures traditionnelles. Elles
leur ont permis de se renouveler de l'intérieur en faisant appel à la
participation des laïcs. Elles ont aidé toute la communauté chrétienne à
redécouvrir son identité profonde et sa mission d’annoncer le Christ. La vie de
tous ses membres s’en est trouvée transformée[11].
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[1] Cf. Église Saint-Nazaire, http://celsanar.citeweb.net/.
[3] Cf. ibid., http://celsanar.citeweb.net/serpriad.htm#prière.
[4] On entend par l’expression partager
Jésus : partager la connaissance de Jésus.
[7] Cf.ibid., http://celsanar.citeweb.net/filet.htm.
[8] Cette phrase est reprise du livre de Don
Giuseppe Macchioni, Évangéliser en
paroisse : L’expérience des Cellules Paroissiales d’Évangélisation (p. 84)
décrivant l’expérience milanaise. En fait, elle avait sans doute été déjà
reprise de Dale Galloway dans son livre 20/20
Vision (p. 105).
[9] Église Saint-Nazaire, http://celsanar.citeweb.net/4pou7obj.htm.
[10] Église Saint-Nazaire, http://celsanar.citeweb.net/constcel.htm#qui.
[11] Église Saint-Nazaire, http://celsanar.citeweb.net/histsana.htm.