2.1 L’Église
paroissiale de Sant'Eustorgio en Italie
Don Pigi Perini est un prêtre italien,
curé de la communauté paroissiale catholique de Sant'Eustorgio à Milan. Il a
adopté la structure des cellules de maison pour mener à bien sa mission.
Lorsqu’il fut nommé dans sa paroisse, la proportion de ceux qui fréquentaient
la messe du dimanche était alors de douze pour cent. Formé au séminaire, on
l’avait préparé au manque de réussite pastorale. Il avait théorisé
l’échec : « L'un sème, l'autre récolte… » ; « pourvu que
Jésus-Christ soit annoncé… » ; Beaucoup de petites phrases de la Bible,
utilisées à contresens, venaient renforcer une mentalité de renoncement
ascétique, le manque d'ambition pastorale était justifié par la pauvreté,
l'humilité et les autres vertus évangéliques[1]!
Dans l’Église paroissiale voisine,
c'était la même chose. Et bien qu’il ait été un jeune prêtre plein de vigueur,
son enthousiasme s’est éteint et la routine l'a consumé. Il se réfugiait dans
la culture, les homélies savantes et il ne voyait plus, dit-il, que cette
culture, dans laquelle il vivait, était païenne. Cela dura un certain temps
jusqu’à ce qu’il se trouve devant un choix intérieur : ou bien renoncer à sa
vocation de prêtre ou retrouver une nouvelle vitalité et être à la suite de
Jésus « pêcheur d’hommes »[2].
C’est alors qu’un prêtre d'origine
canadienne, le Père Valeriano Gaudet, o.m.i., est venu chez lui. Il lui a
montré un article d'une revue américaine, intitulé : « Paroisse en
flammes ». Il s'agissait d'une paroisse de Floride, Saint-Boniface, où le
curé, Michel Eivers, animait une communauté particulièrement vivante. Alors il
s’est dit : « Allons voir si c'est vrai… ». Il y a trouvé des
cellules de maison et une Église paroissiale qu’il n'osait rêver rencontrer, une Église paroissiale en croissance. Il
y trouva une orientation fondamentale pour l'évangélisation, une hospitalité
chaleureuse, l'adoration eucharistique de six heures à vingt-quatre heures et
un grand nombre de ministères laïcs gérés par une structure organique. Le
pasteur était à la tête de la communauté, mais il déléguait son autorité avec
un grand respect des autres membres.[3]
Dans cette paroisse de Floride, les laïcs
avaient une très bonne connaissance des Écritures Saintes, ils ouvraient la
Bible comme un livre qu'on connaît et qu'on a toujours sous la main. La
majorité (90%) verse la dîme. On y vit le baptême de l’Esprit et une louange
vibrante[4]. La paroisse Saint-Boniface est fondée sur
l'expérience charismatique. Mais ce n'est pas la chose la plus importante,
dit-il, l'important c'est le renouvellement paroissial que les cellules
apportent.
Les orientations de base de la paroisse sont les
suivantes[5] :
-
Les pasteurs de Saint-Boniface
ont choisi l'évangélisation comme premier but.
-
Ils ont mis sur pied une
structure de cellules de maison.
-
Ils ont mis l’accent sur la
maison, le foyer, l'atmosphère.
-
Ils ont élaboré un système
pouvant gérer la multiplication des cellules.
Don Pigi a compris qu’il devait prêter
une plus grande attention à ceux qui étaient étrangers, éloignés, indifférents
à l’Église paroissiale. Le moment était venu pour lui de poser son regard
pastoral sur ceux qui étaient en dehors de l’Église. Tant d’années il avait
concentré toutes ses énergies et ses efforts sur les mêmes
« habitués », toujours fidèles, toujours plus « choyés » et
toujours plus réduits en nombre. Sa vision n'allait pas plus loin, elle ne
percevait pas ceux qui n’étaient pas là! Pourtant c'est précisément dans ceux
qui sont loin, dans ceux que l’on considère perdus, difficiles à rejoindre,
indifférents que réside le potentiel de croissance d’une communauté chrétienne.
Communiquer sa foi, annoncer Jésus, proclamer la Bonne Nouvelle, voilà les
fruits de l’Église paroissiale, la clé de sa croissance et de son avenir[6]!
Mais Don Pigi s’est également rendu
compte que ses seules forces ne suffiraient pas. En tant que prêtre, il lui
était impossible de rejoindre tout le monde et il lui était surtout difficile
de rejoindre les personnes là où elles vivent, au travail, à l'école, en
famille ou dans les maisons. Il devait compter sur une Église moins cléricale,
se fier à l'œuvre de l'Esprit Saint et compter, comme dans la communauté de
Floride, sur les dons de tous les chrétiens. Il avait besoin de les encourager
et de les motiver afin d'en faire des évangélisateurs, que ce soit au travail,
à la maison, entre amis ou dans leurs immeubles. C'est là l'intuition de base
des cellules de maison qu’il appelle cellules paroissiales d’évangélisation. On
y invite les membres à témoigner dans leur propre milieu de vie (Oïkos)[7].
Quand Don Pigi est revenu chez lui à
Sant'Eustorgio, il a présenté à sa communauté l’expérience de Saint-Boniface et
proposé dans son Église paroissiale une formation à partir d'Evangelii nuntiandi[8]. Puis il a choisi des laïcs et leur a proposé une
formation de responsables de cellule paroissiales d’évangélisation. Cette
formation dura six semaines. Petit à petit, ils sont passés de quatre cellules
provisoires à quatorze et leur nombre a progressivement augmenté[9]. Il y a actuellement plus d'une centaine de
cellules, dont une trentaine composées uniquement de jeunes et de très jeunes,
pour un total de plus d'un millier de personnes[10]. Mais, précise-t-il, la communauté n’est pas
seulement « cellulaire », elle est aussi eucharistique, tous sont
invités à vivre la célébration de la Messe.
Comme dans l’Église du pasteur Cho, les
cellules sont composées de dix à quinze personnes qui se réunissent chaque
semaine dans une maison privée. Jésus y est présenté comme Seigneur,
c’est-à-dire qu’il est appelé à devenir la personne la plus importante de notre
vie, le maître de notre existence, qui devrait être servi d’esprit, de cœur,
dans sa famille et dans son travail, dans ses vacances et dans ses temps libres[11]. Un temps est réservé durant la rencontre à l'écoute
d'un enseignement hebdomadaire préparé par le curé et distribué par cassettes à
toutes les cellules. Ainsi chaque cellule écoute le même enseignement, suit le
même cheminement et se nourrit de la même Parole.
Les membres apprennent à prier en
s’ouvrant à l'action de l'Esprit Saint. Ils cherchent à reconnaître la présence
de Jésus dans leur vie en devenant attentifs aux signes concrets de son amour.
Ils apprennent à écouter leurs frères, à faire silence en eux-mêmes pour
l'accueillir. Ils font l'expérience de l'amour fraternel, ils partagent leurs
difficultés, ils se soutiennent pour surmonter leurs doutes. Pour de nombreux
frères et sœurs, une cellule est une première expérience de vie communautaire
qui les prépare à s'insérer pleinement dans la communauté paroissiale[12]. Les responsables des cellules sont choisis avec
soin par le curé et formés afin de bien remplir leur tâche. Les différentes
étapes des rencontres de cellules sont les suivantes : Prières spontanées
de louange, partage sur ce qui a été vécu dans la semaine, enseignement,
réaction des participants, information sur la vie paroissiale, prière
d’intercession et prière de guérison[13].
De la connaissance personnelle du Christ
vivant surgit, chez les membres de la cellule, le désir de partager et de
proclamer leur expérience aux personnes qui leur sont les plus proches, à
celles qu'ils rencontrent habituellement et qui, d'une manière bien concrète,
font partie de leur vie. C’est pourquoi les cellules grandissent, leurs membres
sont « pêcheurs », au sens évangélique. Ils parlent de Jésus dans
leur milieu de vie, ils témoignent de lui par un changement de leurs goûts et
de leurs priorités, ils partagent l'expérience de l'amour gratuit, fidèle,
miséricordieux, personnel, de Dieu[14]. Ils témoignent dans la famille, au travail ou à
l'école, aux amis, à leurs voisins, en un mot : dans leur oïkos, le milieu dans lequel se déroule
leur vie quotidienne. De cette façon l'autre n'est plus appelé à rester un
étranger : des vies se rencontrent et de nouveaux liens s'établissent.
Les cellules sont profondément insérées
dans le contexte paroissial et en lien avec le pasteur. Elles coexistent avec
toutes les autres réalités présentes dans la paroisse qui continuent à
fonctionner, même si, indubitablement, ces dernières ont trouvé de nouvelles
bases, de nouvelles énergies et un nouvel enthousiasme. À travers une structure
précise : leaders de cellule, leaders de section, leaders territoriaux,
cellule exécutive, le curé est capable de connaître ce qui arrive dans chacune
des rencontres de cellules. Il est au courant des principaux problèmes qui
peuvent surgir, de l'arrivée de nouvelles personnes, des merveilles que le
Seigneur accomplit, de l'orientation et du cheminement des membres, de sorte
que, même s'il n'est pas physiquement présent, il peut suivre le déroulement de
l’évangélisation[15].
Grâce aux cellules, dit-il, sa paroisse
est devenue une vraie famille, une maison fraternelle et accueillante. Toute
personne en son sein y trouve sa place, une attention personnelle à ses
besoins, à ses dons, à ses limites, ses désirs, à l'instar d'un père qui
s'occupe de chacun de ses enfants pris individuellement. Sa communauté
chrétienne est devenue le lieu où chacun peut faire l'expérience de l'amour et
se rendre compte combien grande est sa capacité de donner et de recevoir. On
peut y partager ses joies, ses souffrances, ses doutes et ses découvertes, dans
la certitude d'y trouver de la compréhension, un accueil et des réponses. Elle
est devenue le lieu de la rencontre avec Dieu où l’on apprend et l’on enseigne
à prier, à louer, à communiquer son expérience de Jésus. Le Seigneur y
accomplit des merveilles, et il renouvelle continuellement son alliance avec
son peuple[16].
Même s’il met beaucoup l’emphase sur les
cellules pour l’œuvre de l’évangélisation, le prêtre italien, parle aussi de
l’importance de former les chrétiens de sa communauté. Les former d’abord à la
prière; une prière ardente, qui ne soit pas formaliste, mais qui prenne vie
dans la parole de Dieu, la liturgie et la contemplation : Nous exhortons les évangélisateurs quels
qu'ils soient à prier sans cesse l'Esprit Saint avec foi et ferveur et à se
laisser prudemment guider par lui comme l'inspirateur décisif de leurs plans,
de leurs initiatives, de leur activité évangélisatrice[17]. Il explique à ses paroissiens qu’on ne peut assurer
une transmission authentique de la foi que si on en fait l’expérience
personnelle. La foi doit être accueillie comme une réalité vécue qui soit
transformante[18]. Il souhaite faire naître dans le cœur des chrétiens
le désir de grandir dans une relation personnelle avec Dieu dans la prière,
l'écoute personnelle de la Parole, la participation aux sacrements,
l'accompagnement spirituel, la catéchèse et l’implication
communautaire : Dieu donnera certainement le don de la foi à
qui le cherche de tout son cœur : de ce don reçu le croyant pourra et
saura en témoigner[19].
Don Pigi souhaite aussi donner aux
membres de sa communauté le souci de ceux qui ne sont pas là, le désir de se
faire proches, de créer des liens et de rendre service. Avant d'être une
annonce dans l'Esprit, une manifestation de puissance, le mystère du salut
annoncé aux êtres humains a été amour et service[20] : Celui
qui pratique le service au nom de Jésus doit rechercher les exigences et les
problèmes du frère que le Seigneur appelle à évangéliser. « Cherche la
plaie et soulage-la ! » est une devise qui semble bien exprimer cette
méthode[21]. Voir les blessures intérieures, les attentes et les
aspirations de notre prochain et essayer d’y répondre. Créer des liens, entrer
en relation, donner de son temps, de son sommeil, de sa tranquillité, et
parfois même de son argent, afin que celui qui reçoit se rende compte à quel
point on est prêt à s'engager pour lui et ceci d’une manière gratuite et
désintéressée. Il sera alors profondément interpellé et disposé à écouter notre
témoignage et à y croire[22].
Le souci de Don Pigi est aussi de former
les membres de son Église paroissiale à témoigner. Il cite la parole de Jésus
au Gérasénien dans l’Évangile de Marc : « Va chez toi, auprès des
tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa
miséricorde » (Mc 5:19). Il cite aussi la Samaritaine qui témoigne dans
son village, amenant ses habitants à écouter Jésus et croire en lui (Cf. Jn 4).
Ces deux personnages ont été des témoins efficaces parce qu’ils ont fait
l'expérience de la puissance de Jésus et de sa miséricorde[23]. Une catéchèse peut apprendre à évangéliser et aider
les chrétiens à se perfectionner, mais il faut avant tout leur faire vivre,
dans un processus continu, l’expérience de Jésus vivant et agissant dans ce
monde ; c’est de cela qu’ils pourront témoigner. Ni la capacité des moyens de communication, ni la propagande ne
pourront déclencher l'accueil de l'Évangile, pas plus que les discours radicaux
ou savants ne pourront convertir les cœurs[24] (Cf. 1Co 2:1-5), ni
même les « bons » chrétiens, ceux qui le sont apparemment
depuis toujours, mais qui n'ont jamais expérimenté dans leur vie de changements
réels et de conversions sincères… Évangéliser n'est pas la même chose que convaincre,
il ne s'agit pas d'aider quelqu'un à parvenir à une compréhension
intellectuelle de l’Évangile. L'évangélisation est le témoignage de ce que
Jésus a fait pour eux dans leur vie, elle est le témoignage de la joie qui leur
a été donnée par l'Évangile, de la transformation qui est survenue suite à leur
rencontre avec le Sauveur[25]. Celui qui a
été évangélisé deviendra plus facilement un évangélisateur; un converti saura
aider plus efficacement d'autres personnes dans leur cheminement de conversion[26].
[1] G.
Macchioni, Évangéliser en paroisse
: L’expérience des Cellules Paroissiales d’Évangélisation, 2e
édition, Nouan-le-Fuselier, Editions Pneumathèque, 1996, p. 8.
[2] Cf. ibid., p. 9.
[3] Cf. ibid., p. 10.
[4] Cf. ibid., p. 11.
[5] Cf. ibid., p. 12.
[6] Cf. ibid., p. 20.
[7] Cf. ibid., pp. 20-21.
[8] Evangelii
Nuntiandi est l’exhortation apostolique L’évangélisation
dans le monde moderne de Paul VI (1975).
[9] Cf. G. Macchioni, op. cit., p. 14.
[10] Cf. ibid., p. 22.
[11] Cf. ibid., p. 17.
[12] Cf. ibid., p. 20.
[13] Cf. ibid., pp. 110-116.
[14] Cf. ibid., p. 19.
[15] Cf. ibid., pp. 21-22.
[16] Cf. ibid., p. 16.
[17] Paul VI, Evangelii Nuntiandi (exhortation apostolique, l’évangélisation dans le monde moderne), Coll. L’Église aux quatre
vents, Montréal, Fides, 1975, § 75.
[18] Cf. G. Macchioni, op. cit. p. 77.
[19] Ibid., p. 78.
[20] Cf. ibid., p. 80.
[21] Ibid., p. 84.
[22] Cf. ibid., p. 84.
[23] Cf. ibid., p. 87.
[24] Ibid., p.88.
[25] Cf. ibid., p. 89.
[26] Ibid., p.89.