1.2 L’Église
New Hope Community Church
L’Église New
Hope Community Church est un autre exemple remarquable de communauté en
croissance. Son fondateur est le pasteur Dale Galloway, expert dans les groupes
de maison et dans la formation de leaders laïcs. Il a obtenu trois diplômes
universitaires dont deux en théologie; un au Nazarene Theological Seminary en 1963; et l’autre au Western Evangelical Seminary en 1992.
C’est en faisant de la prédication dans un cinéma ‘drive-in’ à Portland que le
pasteur Galloway a commencé à rassembler les premières personnes de sa
communauté chrétienne. Il a ainsi fondé la New Hope Community Church en
1972 et fit grandir le nombre de ses membres jusqu’à plus de 6000 en 1995,
année où il devint recteur du centre Beeson. Son Église a reçu le prix du Guidepost Magazine : meilleure
Église de l’année. Il est un pionnier de ce que les anglophones appellent need-meeting ministries, c’est-à-dire
des pastorales d’Églises dont les responsables sont des laïcs et qui
fonctionnent en général sous forme de petits groupes pour rejoindre les besoins
du milieu. Prédicateur très connu aux États-Unis, il a donné des séminaires et
des conférences à des milliers de laïcs et de ministres ordonnés. Des pasteurs
du monde entier sont venus à son Institut pour la croissance des Églises afin
d’apprendre comment créer et animer des ministères pour les personnes
non-ordonnées. Quand il quitta la New Hope Community, il y avait cinq
cents pasteurs laïcs dans son Église exerçant leur ministère dans cinq mille
petits groupes de maison. Il a écrit treize livres, dont un des plus connus est
20/20 Vision(1986). Pendant plus de
deux ans, lui et sa femme ont animé une émission chrétienne télévisée diffusée
sur la chaîne américaine CBS[1].
Dans son livre 20/20 Vision, Dale
Galloway parle des orientations
pastorales et missionnaires de sa communauté qui auraient contribué à sa
croissance numérique. Dès les premières pages, il insiste, comme McGavran, pour dire que Dieu veut la croissance numérique des
Églises :
Dieu veut la croissance de votre Église et c’est sa volonté que vous appreniez personnellement, ainsi que vos frères chrétiens, à coopérer avec le Saint Esprit pour que cela devienne réalité.[2].
Comme le
pasteur Cho, il parle aussi de
l’importance de la vision. Pour lui, la vision aide à savoir pourquoi l’on agit
et dans quelle direction l’on va. Il la définit comme la capacité de voir des choses alors qu’elles n’ont pas encore été
réalisées [3]. Plus la vision est grande, plus l’Église va
devenir grande : Racontez-moi votre vision et je vous prédirai votre
avenir[4]. Elle est
intiment reliée à la foi car, dit-il, la
vision c’est voir les choses bien avant qu’elles ne se réalisent[5]. La vision vient de la capacité à visualiser les
éléments de sa foi et c’est dans la communion avec l’Esprit Saint, dans la
prière, que les pasteurs peuvent recevoir la vision que Dieu veut leur donner[6]. La vision est très importante, dit-il, car avant de voir les choses se réaliser, il
faut en avoir une image dans son esprit[7]. Elle demande maturation et prière mais aussi qu’on
la communique à la communauté avant même qu’elle ne soit réalisée[8].
Dale Galloway souhaite que la prière ait
la première place dans son Église. Pour lui, il est impossible qu’il y ait
croissance sans prière[9]. La vie et le développement de l’Église dépendent de
l’Esprit Saint[10]. Galloway fait donc de la prière la priorité numéro
un[11] et souhaite que tous les membres de sa communauté
aient une relation intime avec l’Esprit Saint. C’est aussi par l’amour vécu
dans la communauté qu’il explique sa croissance : Le secret de notre croissance est l’amour[12]. L’amour motive, il unifie et crée une synergie.
Quand les bénévoles se sentent aimés, ils veulent aider et travailler. L’amour
crée l’unité, ainsi tous travaillent de concert et arrivent au succès[13].
Galloway estime que le pasteur doit être
une personne qui montre la direction à prendre, qui sait voir les obstacles
avant qu’ils n’arrivent, qui écoute les conseils et prend les décisions au bon
moment. Il est un homme rempli de l’Esprit Saint qui communique le projet et
l’identité de l’Église. Rempli d’enthousiasme, il donne envie d’agir. Dale
Galloway aime les gens, il se veut un homme de relations humaines qui dirige
par l’amour et qui acquiert, des personnes dont il a la charge, le droit de
diriger. Son rôle est de fixer des objectifs qui ont du sens et qui sont
mesurables, mais il ne fait pas tout lui-même, il délègue ses responsabilités
et ses tâches et s’appuie sur la motivation et les compétences de chacun. Il
choisit, si possible, ses employés parmi les personnes de sa communauté
chrétienne car ils sont plus aptes à en saisir la vision. Il les rémunère
autant que pour un emploi similaire qu’ils exerceraient ailleurs[14].
Dans son Église, le plus possible de
membres reçoivent une formation afin d’exercer un ministère laïc. Rien n’est
plus gratifiant pour les chrétiens, dit-il, que de se savoir instruments de
Dieu. Comme le pasteur Cho, il a mis sur pied une structure de petits groupes
qui permet l’implication active de la plupart des membres de sa communauté[15]. Il aide les laïcs à réussir dans leur ministère, il
les motive, il leur montre de l’amour et les récompense. Plus ils sont
impliqués, plus ils sont récompensés[16].
Dale Galloway pratique aussi une
évangélisation par objectifs de croissance numérique[17], mais il insiste aussi sur les notions de qualité et d’excellence[18]. La poursuite de l’excellence dans la qualité
des services proposés par l’Église apporte le respect des non-célébrants (unchurched) et donne aux membres de
l’Église le sens de la dignité. Les employés ont à être les premiers à en donner
l’exemple afin que les personnes en contact avec l’Église rendent gloire à
Dieu. L’excellence devrait être recherchée dans toutes les activités de
l’Église: que ce soit la prédication, le décor, l’accueil, le système de son et
d’éclairage. Elle doit aussi être poursuivie au niveau de la fraternité et de
l’amour. Comme dans la grande majorité des Églises évangéliques, on fait en
chaire, pour les visiteurs ou les nouveaux, un appel à la conversion, à savoir
une invitation à confier publiquement sa vie à Jésus et à accepter le salut[19]. Pour les personnes qui ont posé ce geste, une
formation est donnée en vue du baptême et d’une alliance ou d’un engagement
envers l’Église.
Le pasteur accorde une grande importance
à la liturgie : la musique, la prédication et même de l’ambiance qu’il
souhaite être celle de la fraternité et de l’amour inconditionnel : faites
de toutes les célébrations un temps de réjouissance, conseille-t-il. Ses services religieux visent à faire rencontrer
Jésus et à faire advenir des miracles. Le pasteur estime que la chorale,
l’orchestre, les chants, la prédication, la prière, la fraternité aident à
élever le cœur et font aimer Dieu. Il souhaite que les gens qui viennent à
l’Église aient l’impression « qu’il va se passer quelque chose » et
que de fait cela se réalise. On pratique l’imposition des mains pour les
besoins des membres[20].
Dans la mise sur pied des activités
locales, un de ses principes est de répondre aux besoins du milieu, de soulager
et de guérir les souffrances qui s’y trouvent : Trouvez un besoin et
répondez-y, trouvez une blessure et guérissez là[21]. Il dit que les pasteurs devraient avoir un cœur de
pionnier et d’entrepreneur. Il faut construire peu à peu, c’est-à-dire ajouter
de nouvelles activités selon les possibilités de la communauté. La communauté
doit construire sur ses forces mais aussi
avoir le courage de regarder ses points faibles afin d’y remédier[22].
La stratégie idéale est l’innovation dans
les activités ecclésiales et l’adaptation au milieu. Il souhaite ne jamais se
laisser emprisonner dans une culture d’Église ou des façons de faire qui ne
sont plus pertinentes dans le temps présent et la culture actuelle[23]. Il utilise son potentiel humain et matériel au
maximum[24]. Il assure une bonne accessibilité à l’Église
avec suffisamment d’espace de parking. Lorsque le lieu de culte est trop
rempli, il préfère multiplier les services religieux que de se lancer trop tôt
dans une nouvelle construction.
[1] Cf. Asbury seminary, Beeson center staff, http://www.asburyseminary.edu/bc/beeson/staff/daleg.shtml,
2000.
[2] D. GALLOWAY, 20/20Vision, Portland, Scott Publishing, 1986,
p.9 (notre traduction).
[3] p.24 (notre traduction).
[4] Ibid., p.32.
[5] Ibid., p.29.
[6] Cf. ibid.,
pp. 30-31.
[7] Ibid., p.34 (notre traduction).
[8] Cf. ibid., pp. 40-41.
[9] Cf. ibid., p. 101.
[10] Cf. ibid., p. 43.
[11] Cf. ibid.,
p. 60.
[12] Ibid., p. 74 (notre traduction).
[13] Cf. ibid., pp 78-79.
[14] Cf. ibid., pp. 106-107.
[15] Cf. ibid., pp. 16 et 104.
[16] Cf. ibid., pp. 95-105.
[17] Cf. ibid., p. 91-92.
[18] Cf. ibid., p. 107.
[19] Dans les Églises évangéliques, cette
démarche pastorale est courante, on peut même dire qu’elle fait partie du
rituel. Les prédicateurs, après leur enseignement, exhortent les auditeurs qui
s’y sentent interpellés à s’avancer face à l’autel et à répéter une prière de
repentir. C’est une démarche de conversion initiale ou de renouvellement pour
« recevoir Jésus » et accepter son salut.
[20] Cf. D. GALLOWAY, op. cit., pp.
102-103.
[21] Ibid.,
p. 105 (notre traduction)..
[22] Cf. ibid., pp. 107-109.
[23] Cf. ibid., p. 16.
[24] Cf. ibid., pp. 108.