1.1 L’Église Yoido
Full Gospel Church
L’Église du Plein Évangile de Yoido est
la plus grande assemblée évangélique du monde. Elle est dirigée par le pasteur
Paul Yonggy Cho. Celui-ci fonda d’abord l'Église de Seo-Dae-Mun qu’il fit croître de manière spectaculaire. En trois
ans les membres sont passés de cinq cents à deux mille six cents. Mais, épuisé
à la tâche, le pasteur tomba gravement malade. Son incapacité à tout faire
lui-même l’obligea à déléguer les tâches de l’évangélisation. Pour ce faire, il
mit au point une structure ecclésiale par groupes de maison, qu’il appelle cellules de maison, animée par des laïcs
et à laquelle tous les membres de l’Église sont appelés à participer. En l’espace de vingt-cinq ans, les membres
se sont multipliés jusqu’au nombre de sept cents mille et leur taux de
croissance est actuellement de dix mille personnes par mois.
Les cellules de maison sont des
rassemblements de six à douze chrétiens qui se retrouvent une fois par semaine
chez l’un des membres de l’Église. La mission de ceux qui y participent est
d’évangéliser leur quartier. Les cellules n’existent pas pour elles-mêmes mais
spécifiquement pour l’évangélisation, pour aller vers les autres. Elles
fournissent un endroit où amener amis et voisins pour les conduire à Jésus-Christ[1]. Un des passages bibliques qui justifie cette
structure ecclésiale se trouve dans les Actes des Apôtres (2:46-47)[2]. On y lit que les premiers chrétiens avaient deux
sortes de convocations ecclésiales; non seulement se réunissaient-ils régulièrement
dans le temple, mais aussi dans leurs maisons[3].
Pour accomplir leur mission d’évangéliser
les membres des cellules ne font pas de porte à porte : l’évangélisation par le porte à porte
s’avère frustrante pour les chrétiens, parce que les résultats sont
maigres [4]. Le pasteur fixe des objectifs de croissance
numérique pour chacune des cellules et pour chaque district composé de
plusieurs cellules[5]. Les animateurs enseignent aux membres à être
attentifs aux personnes de leur milieu[6]. Tout ce qu’il y a à faire pour les membres des
cellules, c’est de découvrir des besoins, rendre service, aimer les gens et les
aider, et très vite, le noyau de la cellule se formera et grandira[7]. Les chrétiens de cette Église font donc des efforts
importants pour créer des liens avec les personnes de leur entourage et les
invitent dans les groupes de maison : Lorsque
les gens voient ce qui se passe dans nos cellules de maison, lorsqu’ils voient
comment les croyants manifestent leur amour envers autrui, ils sont attirés
vers ces cellules[8].
La
rencontre de cellule commence avec des prières et des chants, suivis d’une
prière faite par une ou plusieurs personnes désignées, puis la prédication de
la Parole de Dieu en utilisant les notes du pasteur, et enfin une offrande. La rencontre s’achève par des témoignages,
la prière pour les malades et pour le baptême du Saint-Esprit et une prière de
clôture[9]. Un secrétaire est désigné ainsi qu’un trésorier
pour chaque cellule. Au moment de la collecte hebdomadaire, le secrétaire a la
responsabilité de compter la somme reçue et de tenir un registre. Le trésorier
du groupe garde l’argent et le remet le dimanche suivant au responsable[10].
Les
cellules fonctionnent avec les laïcs. Moyennant une formation, ceux-ci, d’après
le pasteur Cho, sont la ressource la plus efficace pour l’évangélisation[11]. Les responsables peuvent ainsi mieux pourvoir aux
besoins des membres de la communauté chrétienne[12]. Au fur et à mesure que les cellules grandissent,
les groupes sont divisés afin qu’il n’y ait pas plus de quinze familles par
cellule[13]. Les personnes sont plutôt rassemblées par groupes
homogènes : jeunes avec jeunes, professions libérales avec professions
libérales, étudiants avec étudiants, etc., que par répartition géographique[14].
Un
élément essentiel : monsieur Cho
précise que l’évangélisation par cellules de maison doit devenir le programme
principal de l’assemblée[15]. Si les membres se rassemblent sans avoir comme
premier objectif l’évangélisation, les cellules n’engendreront pas de
croissance. Le danger encouru est
qu’elles ne visent qu’à la satisfaction des membres[16]. Une cellule
de maison n’est pas une organisation charitable, bien qu’elle puisse accomplir
des oeuvres de charité. Une cellule de maison n’est pas non plus une veillée de
prière[17]. Une cellule de maison a pour but l’évangélisation,
et est appelée à croître puis à se scinder en deux lorsqu’il y a eu une
croissance suffisante.
C’est
un passage de l’Exode, au chapitre 18, qui inspira au pasteur de déléguer ses
fonctions à des membres non-ordonnés : (...)
Jéthro vit que c’était trop pour Moïse et il lui montra comment déléguer son
autorité afin qu’il ne s’épuise plus à essayer de satisfaire les besoins de
tous les gens dont il avait la charge [18]. Il a appris à déléguer non seulement ses responsabilités,
mais aussi son autorité en nommant des responsables de cellules. La délégation
est, d’après lui, une clé indispensable pour réussir l’évangélisation. Le rôle
principal du pasteur est alors de former les responsables de cellules et de les
motiver : Je motive et
reconnais sans cesse les responsables de cellules[19]. Il insiste sur le fait que si on manifeste de la
reconnaissance aux autres, qu’on les loue, qu’on les aime d’un amour sincère,
ils se sentiront motivés pour accomplir de grandes choses[20]. Beaucoup de personnes sont capables de s’organiser,
et elles le font très bien : Cependant,
toute organisation, quel que soit son raffinement, ne fonctionnera pas
correctement si les gens qui la composent ne sont pas correctement motivés pour
accomplir le travail[21].
Le
pasteur Cho nomme principalement les femmes comme responsables de cellule car
en Corée nombreuses sont celles qui restent encore au foyer et sont par là même
plus disponibles pour remplir cette tâche. Chaque mercredi, il réunit tous les
responsables et, au cours de leur rencontre, il distribue ses notes et il les
commente en indiquant ce qui doit être enseigné. Il a lui-même établi le
programme pour les réunions de maisons[22] et deux fois par an, il leur donne un séminaire de
formation[23].
Le
pasteur doit être la personne responsable du programme d’évangélisation par
cellules de maison[24]. Il doit jouer
un rôle actif pour les mettre en place et motiver les membres[25]. Dans son assemblée, monsieur Cho est toujours
présent et les membres de sa communauté voient que le système de cellules est
important à ses yeux. Beaucoup d’Églises ont échoué à mettre en place les
cellules parce que les pasteurs n'y étaient pas personnellement impliqués.
Monsieur Cho dit toujours aux pasteurs qui assistent à ses séminaires sur la
croissance de l’Église qu’ils doivent assumer personnellement la responsabilité
du projet, sinon les animateurs de cellules et les membres ne seront pas
motivés et le système sera voué à l'échec. Mais quand le pasteur prend vraiment
en charge le système des cellules de maison, qu’il prend une part active pour
les organiser et qu'il forme les responsables et les motive sans cesse, les
membres vont s'enthousiasmer, ils verront que c'est important et ils
travailleront dur en accomplissant un bon travail. Alors les cellules de maison
réussiront et l'assemblée commencera vraiment à croître[26].
Mais
l’assemblée ne pourra jamais croître véritablement si le pasteur ne lui donne
pas son impulsion de leader[27]. Il insiste pour dire qu’il connaît de nombreuses
Églises qui ont tenté d'établir des cellules de maison sans l'engagement
personnel de leur pasteur. Elles ont toutes lutté mais sans succès. Aux
États-Unis, il existe une assemblée chrétienne importante dont le pasteur
assista au séminaire sur la croissance donné à Séoul. Il comprit la valeur des
cellules de maison, cependant au lieu de promouvoir lui-même les cellules de
maison dans son Église, il en remit la responsabilité à un associé. Ce dernier
s'occupa de toute l'organisation et les cellules de maison se constituèrent. Après deux années d'efforts, ces
cellules stagnèrent; peu de personnes y assistaient et les membres n'étaient
pas motivés pour l’évangélisation. Pourquoi ? Les cellules de maison furent
considérées comme un simple programme, parmi tant d'autres. Elles ne furent pas
considérées comme la clé du réveil ou de la croissance ; après tout, tant
d'autres programmes visent ces mêmes buts. Le pasteur n’étant pas activement
impliqué, les membres ne prirent pas conscience de l’importance des cellules. Pour que les cellules de maison réussissent,
le pasteur doit être convaincu de leur nécessité, au point de les considérer
comme étant une question de vie ou de mort pour son assemblée[28].
Monsieur
Cho est convaincu que le grand obstacle à la croissance des Églises est le
manque de vision[29]. Il pense qu’il est important de recevoir de Dieu
une nouvelle vision pour l’avenir[30]. Après que cette vision nous est communiquée, nous
sommes motivés à nouveau[31]. La vision est un but à atteindre et lorsque nous
nous mettons à rêver à ce but, ce rêve
devient créatif[32]. Si nous n’avons pas de vision, nous ne produirons
rien[33]. En parlant constamment de nos buts et de nos
visions, nous engendrons l’enthousiasme des personnes qui nous entourent[34]. Mais il est important qu’il n’y ait pas plus d’une
seule vision au sein de l’assemblée.
Cette
vision doit venir du pasteur[35]. Il la partage avec les diacres et les diaconesses
et ils fixent ensemble des objectifs à atteindre afin de la réaliser[36]. C’est, d’après lui, la condition préliminaire pour
obtenir une véritable croissance[37]; Dieu répond en fonction de la mesure de foi par
laquelle nous lui donnons l’occasion d’agir[38] et il est nécessaire que nous agissions comme si
nous avions déjà reçu cette croissance[39]: Votre
croissance dépend de la mesure de vos rêves[40]. Une de leurs missionnaires se rendit au Japon avec un
objectif de deux cents membres pour la première année. Elle organisa sa
première cellule et se mit en quête de personnes dans le besoin[41]. Au bout d’un an elle dépassa son objectif et
atteint deux cents cinquante membres.
Pour
recevoir une vision et des rêves nouveaux, le pasteur Cho demande aux
responsables de son Église d’apprendre à entrer dans une communion authentique
avec le Saint-Esprit[42] : Pour
réussir dans les affaires du Roi, il est nécessaire d’avoir une collaboration
très étroite avec le Saint-Esprit[43]. C’est pourquoi leur assemblée est une assemblée qui
prie. Une fois par semaine les chrétiens de leur Église prient toute la nuit et
au moins 10.000 personnes participent[44]. La prière est considérée comme une autre clé de
leur réveil[45]. De nombreux responsables de cellules passent aussi
beaucoup de temps dans le jeûne et dans la prière pour le salut des personnes
qu’ils évangélisent. D’habitude ils jeûnent d'un à trois jours par semaine[46].
Le style de la prédication faite par les
animateurs des réunions va souvent déterminer si les cellules produisent une
assemblée qui croit[47]. Dans sa pratique personnelle de prédication, le
pasteur Cho se donne l’objectif principal d’aider les gens à rencontrer
personnellement Jésus-Christ. Son second objectif est d’aider les gens à
réussir dans tous les domaines de leur vie : âme, corps, intelligence et
affaires[48]. Finalement, le but de sa prédication est d’aider
les gens à mieux servir Dieu et leur prochain[49]. D’après lui, une relation intime avec le
Saint-Esprit est un élément primordial pour réussir une prédication. C’est au
contact de Sa présence intime qu’on reçoit l’inspiration et l’onction pour
apporter le message dont l’assemblée a besoin[50] : Si je
n’ai pas l’onction de l’Esprit, mon message n’engendrera aucun résultat, quel
que soit le temps consacré à la préparation du sermon[51]. Il s’appuie peu sur la philosophie et sur
l’histoire de l’Église apprise à son école biblique... Après vingt-trois ans de
prédication, il est persuadé que c’est seulement la Parole de Dieu qui donne
vie à l’assemblée[52]. Il commence toujours sa prédication en parlant de
la bonté de Dieu[53] et il essaye d’orienter ses sermons pour répondre
aux besoins de ses auditeurs[54].
En
résumé, la croissance est possible si l’Église s’engage pleinement dans
l’évangélisation : Si elle ne le
fait pas, soit elle stagnera, soit elle mourra[55]. C’est grâce à la prière, aux buts fixés et à
l’implantation de cellules de maison que la croissance a lieu[56]. Les cellules de maison rassemblent les chrétiens
durant la semaine. La mission de ceux qui participent est l’évangélisation.
L’évangélisation par le système de cellules de maison doit être le programme
principal de l’assemblée et le responsable de l’Église doit s’y investir
pleinement tout en déléguant son autorité. Son rôle est de former les
animateurs et de les motiver. Quant aux membres des cellules, ils s’efforcent
de témoigner du Christ dans leurs milieu de vie : famille, amis, lieu de
travail, activités sociales, voisins, etc.. Ils entrent en contact avec leur
entourage en cherchant à rendre des services selon les besoins qu’ils rencontrent
puis invitent les personnes aux réunions de cellules. C’est là qu’elles
entendront la parole de Dieu prêchée en vue de leur faire connaître le Christ.
Jésus est présenté comme celui qui peut répondre à leurs attentes et à leurs
aspirations : miséricorde, salut, paix, guérisons, etc.. Quand ils
acceptent Jésus comme « Sauveur et Seigneur », ils sont invités dans
la grande assemblée et à participer à l’évangélisation avec les autres membres
des cellules. Leur expérience et leur zèle de nouveaux convertis seront efficaces
pour témoigner auprès des personnes nouvelles.
Malgré
le succès foudroyant qu’a connu ce pasteur coréen, sa réussite n’a été ni
rapide, ni aisée[57]. Pour mettre en place le système il conseille d’être
disposé à investir temps et ressources nécessaires[58]. Mais une fois en place, le système permet une
croissance efficace et durable.
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[1] Cf. P. Y. CHO, Les cellules de maison et la vie de l’église, Miami, Ed Vida, 1989, pp. 43-44.
[2] Ac 2:46-47 : Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple
et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec
allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de
tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui
seraient sauvés.
[3] Cf.
P. Y. CHO, op. cit., p. 22.
[4] Ibid., p. 62.
[5] Cf. ibid., pp. 49-50.
[6] Cf. ibid., p. 63.
[7] Cf. ibid.,, p.81.
[8] Ibid., p. 88.
[9] Ibid., p. 40.
[10] Cf. ibid., p. 44.
[11] Cf. P. Y. CHO, Au-delà des chiffres, Miami, Ed Vida, 1986, p. 35.
[12] Cf. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 118.
[13] Cf. ibid., p. 43.
[14] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 52.
[15] Cf. ibid., p. 49.
[16] Id,
Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 117.
[17] Id,
Au-delà des chiffres, p. 47.
[18] Cf. ibid., p. 42.
[19]
Id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 138.
[20] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 141.
[21] Cf. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 142.
[22] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 40.
[23] Cf. ibid., p. 142.
[24] Cf. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 108.
[25] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 44.
[26] Cf. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, pp. 142-143.
[27] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 11.
[28] P. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 109.
[29] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 22.
[30] Cf. ibid., p. 40.
[31] Cf. ibid., p. 14.
[32] Id,
Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 168.
[33] Cf. ibid., p. 167.
[34] Cf. ibid., p. 169.
[35] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 40.
[36] Cf. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 170.
[37] Cf. ibid., p. 162.
[38] Cf. ibid., p. 165.
[39] Cf. ibid., p. 170.
[40] Ibid., p. 169.
[41] Cf. ibid., p. 79.
[42] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 32.
[43] Id,
Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 123.
[44] Cf. ibid., p. 131.
[45] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 120.
[46] Cf. id, Les cellules de maison et la vie de l’Église, p. 132.
[47] Ibid., p. 145.
[48] Cf. ibid., p. 147.
[49] Cf. ibid., p. 148.
[50] Cf. ibid., p. 145.
[51] Ibid., p. 120.
[52] Cf. ibid., p. 147.
[53] Cf. ibid., p. 148.
[54] Cf. ibid., p. 156.
[55] Ibid., p. 61.
[56] Cf. ibid., p. 83.
[57] Cf. id, Au-delà des chiffres, p. 7.
[58] Cf. ibid., p. 49.