11.4 Mise en place
d’équipes autonomes dirigées par des laïcs
Pour
libérer les forces vives de la communauté, les responsables de la communauté voient donc leur rôle se transformer
en celui de communicateurs, de formateurs et de motivateurs. Ils communiquent la vision, forment des
responsables laïcs et mobilisent l’ensemble des membres à réaliser la vision.
La mobilisation sera facilitée par un programme diffusant, au sein de la
communauté, les informations relatives à la vision spécifique de la communauté.
Cette
diffusion précisera les étapes à franchir pour la mise en place des équipes
autonomes. Pour chacune seront idéalement précisés : sa finalité, ses
objectifs, ses destinataires, ses caractéristiques principales, ses délais de
réalisation et éventuellement ses coûts. L’équipe des plus proches
collaborateurs du pasteur principal suit la mise en place du modèle, elle est
accueillante aux réactions de la communauté et fait des propositions concernant
les différentes phases de réalisation. Elle manifeste aux yeux de la communauté
sa conviction dans la vision, et en aide l’acceptation auprès des membres.
La communication de la vision et la mise
en place de la structure par équipes autonomes est progressive. Voici quelques
éléments de cette progression.
• Promouvoir les avantages du modèle et de la
vision pour la
communauté;
• Cerner les problèmes;
• Faire
discuter la communauté et l’impliquer dans la recherche des solutions;
• Arriver à
un choix de décisions impliquant un grand nombre de personnes;
•
Montrer que les responsables de la
communauté s'engagent
personnellement
et qu’ils considèrent la vision des petits groupes comme le projet de la
communauté;
• Organiser
un suivi pour que la « motivation au changement » se maintienne[1].
Durant
la période de mise en place des équipes, certains moyens concrets peuvent être
utilisés pour faire connaître les nouvelles orientations : supports
mémorisant l'opération, publications dans le feuillet hebdomadaire de l'état
d'avancement du projet, et autres.
La
transparence au niveau des informations produira un sentiment de confiance,
d’appartenance et même de propriété[2] de la part des membres de la communauté chrétienne.
Cette transparence devrait même concerner le budget : Il n'y a pas de meilleur moyen de montrer aux gens qu'on leur fait
confiance que de partager avec eux l'information de nature délicate[3]. Si les personnes n'ont pas l'impression qu'on leur
fait confiance, la prise de décisions est enrayée[4].
Cette information amènera les membres de la communauté chrétienne à agir
de façon responsable. Dans un modèle d’Église qui souhaite permettre aux laïcs
d’assumer des responsabilités et de prendre des initiatives, la transparence et
la diffusion d’information les aideront est indispensable. L'information est la
clé qui responsabilise et donne accès à la confiance.
L'information continue donnée durant la mise en place des
équipes saura renforcer naturellement l’implication des membres parce qu’elle
aura démontré la préoccupation des leaders à agir avec toute la communauté.
Beaucoup de gens ont de bonnes idées sur la façon
d'améliorer les activités de l’Église et de mieux répondre aux besoins du
milieu. Grâce à l’énoncé de mission, un certain cadre est donné pour orienter
la communauté dans un même sens. Ces équipes peuvent donc bénéficier d’une
large autonomie qui leur permette de concrétiser leurs idées et de prendre des
décisions sans la présence permanente du pasteur. La délégation de pouvoir et
l’amélioration continue commencent ainsi.
Au début, les responsables devront être présents pour aider
ces équipes à fonctionner de manière autonome et à se prendre en main sans
toujours se référer à eux. Ils exerceront leur leadership non pas en contrôlant
ces équipes mais en leur fournissant les moyens de prendre des initiatives pour
réaliser leur mission. Leur but est de confier progressivement de plus en plus
de responsabilités aux équipes.
Dans
les décisions des équipes, certaines erreurs seront commises mais pour ne pas
éteindre l’initiative et la motivation des membres de la communauté il ne
s’agira pas de se poser la question : Quelle
est la personne à blâmer? mais : Quelle
leçon pouvons-nous en tirer? Il y a une façon positive de voir les erreurs.
Les blâmes tuent l'esprit
d'innovation. Les gens ne peuvent pas innover s'ils sont occupés à se protéger.
D'un autre côté, la permission de prendre des risques, de faire des erreurs et
de contester la façon dont les choses ont été faites dans le passé révèlent
l'aptitude qu'ont les gens d'apprendre et de mettre en œuvre leurs talents[5].
Le droit à l'erreur ? Oui! Quand on
montre à la communauté que l’on considère l'erreur de parcours non pas comme
quelque chose de mal ou un sujet de blâme mais comme une occasion d'apprendre,
on encourage les personnes impliquées à continuer à donner de leurs temps et de
leurs efforts, à réfléchir et à s’améliorer. En d'autres mots, les membres de
la communauté peuvent continuer d’aller de l’avant sans avoir peur de se tromper.
Les responsables impliquent donc les membres de la communauté dans la mission
et l’amélioration continue, tout en
reconnaissant qu'ils doivent faire des erreurs pour continuer à s'améliorer[6].
Lorsque Jean-Paul Audet[7] parle du projet
évangélique de Jésus, il explique qu’une « mission » suppose une
authentique liberté d'initiative :
Cela suppose des options. Cela suppose des
préparations, des essais, des tâtonnements, des succès et des échecs. Cela
suppose des risques calculés suivant ce que les circonstances concrètes de
l'action imposent au jugement et à la sagesse[8].
Pour reprendre les différents éléments permettant de libérer les forces vives de la communauté, les responsables laissent aux membres de réelles initiatives, ils leurs communiquent l’information nécessaire permettant des décisions autonomes et ils contribuent à créer une ambiance où les laïcs se sentent en sécurité. Ainsi grandira chez eux un sentiment de confiance et d’appartenance. Leur désir de contribuer selon leurs talents sera plus grand et la collaboration réelle. Quand les gens commencent à sentir qu’on leur fait confiance, ils se mettent à agir en êtres responsables. Cela rend l’Église plus dynamique, tendue vers la réalisation de la vision.
L’idéal est que les équipes définissent
des objectifs elles-mêmes. Elles entreprennent de nouvelles activités et de
nouvelles améliorations pour accomplir l’énoncer de mission tout en travaillant
de concert avec les responsables. Pour y arriver elles devront agir avec peu de règles « venant d'en
haut » sinon celles qui correspondent aux orientations générales de la
communauté, à savoir :
Dans le processus qui vise à mettre sur
pied les équipes autonomes en vue de la responsabilisation des membres de la
communauté chrétienne et de l’amélioration continue, un certain encadrement
sera nécessaire au début pour parvenir à l’autonomie. Sans celui-ci, les gens
continueront de se référer aux responsables au-dessus d’eux plutôt que de
porter attention à ce qu’ils peuvent trouver comme amélioration et décider par
eux-mêmes. Cet encadrement peut éventuellement être confié à un coordonnateur
afin d’aider les équipes à être autonomes. C’est aussi lui qui pourra faire le
lien entre les équipes et la direction de l’Église.
Avant
de terminer ce chapitre citons quelques retombées positives de la délégation
des tâches et du pouvoir[9] :
•
Une plus grande satisfaction d’appartenir à la communauté
chrétienne;
•
Une mentalité qui passe du « je dois » au « je veux »;
•
Un plus grand engagement dans la mission;
•
Une meilleure communication entre les membres et les responsables de la
communauté;
•
Un processus de prises de décisions dans la confiance;
•
Une amélioration de la qualité des activités de l’Église;
•
Une Église plus dynamique;
•
Des responsables de communauté moins débordés, aidés et
soutenus par des équipes;
•
Une multiplication des actions d’aide et de solidarité dans le
milieu.
Le tableau suivant donne une vue
d’ensemble du processus à suivre pour mettre sur pied un modèle missionnaire
intégral.
Plan de délégation de la mission
par équipes autonomes
Commencer par : 1. Formuler
un énoncé de mission
• Observer le milieu pour en découvrir
les besoins, les aspirations et la culture. • Mettre sur papier la raison
d'être, le but, l'image et le caractère unique de l’Église dans le
milieu qui est le sien; •
Exposer les objectifs, les valeurs, les règles et les principes qui guident
l’action; •
Indiquer les principaux services sur lesquels la communauté axera ses
efforts; • Répondre à la double question :
Où va la communauté ? et comment elle y va ?; • Fournir la formation nécessaire
aux membres de la communauté. |
|
Puis
• Partager
l'information sur la façon dont fonctionne
l’Église; • Aider les gens à
comprendre; • Bâtir la
confiance grâce à la transparence au niveau des informations; • Créer des
supports sur lesquels les informations
sont accessibles et compréhensibles; • Ne pas favoriser
une mentalité trop hiérarchique,
qui annihile l’esprit d’initiative; • Aider les gens à
se comporter comme responsables de
la mission. |
Et
3. Constituer des équipes autonomes • Créer des règles
et des procédures qui favorisent
l’autonomie des équipes; • Donner une formation axée sur les compétences, les initiatives et la responsabilité; • Encourager les
membres pendant la période de transition; • Donner
progressivement le contrôle aux équipes; • Être conscient
qu'il y aura des moments difficiles; • Considérer les
erreurs comme des occasions d'apprendre. |
Un des éléments les plus importants est la volonté des
dirigeants d’assurer personnellement la mise en œuvre du processus. C’est aussi
leur réelle volonté de déléguer leurs tâches et de renoncer à tout contrôler[10]. S’ils ne se présentent pas
comme les personnes les plus motivées par le projet, les membres de l’Église ne
suivront pas et s’ils hésitent à déléguer les tâches et à confier de vraies
responsabilités, les équipes manqueront d’autonomie et seront freinées dans
leurs initiatives. Un bon encadrement est nécessaire au début et les animateurs
des équipes ont besoin d’une formation adéquate, mais celle-ci a justement pour
but de permettre l’autonomie des équipes. Les responsables de communauté
montrent le cap à suivre, encouragent et motivent les équipes, mais ne prennent
pas les décisions à la place des personnes à qui ils ont confié des
responsabilités.
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Commentaires
et suggestions :
[1] Cf. C. LE BOEUF ET A. MUCCHIELLI, op. cit., pp. 108-109.
[2] Le sentiment de propriété est un des
principes clés de l’empowerment.
Certains dirigeants souhaitent que leurs employés aient le sentiment que
l’entreprise leur appartient afin que ces derniers soient plus motivés dans
leur travail. Ce sentiment de propriété est applicable à l’Église car les
chrétiens sont l’Église et ce sont leurs contributions qui ont permis
d’ériger les édifices. La séparation clercs-laïc et le contrôle exclusif de la
vie communautaire par les clercs est une situation qui n’est pas propice à
l’engagement de l’ensemble des chrétiens dans la mission.
[3] K. Blanchard, J. P. Carlos, W. A.
Randolph, op. cit., p.47.
[4] Cf. ibid., p.47.
[5] Ibid., p.96.
[6] K. Blanchard,
J. P. Carlos, W. A. Randolph, op. cit., p.97.
[7] Né à Saint-Anselme (Québec), Jean-Paul
Audet fit des études au Collège Dominicain à Ottawa et à l’Institut
d’Égyptologie d’Oxford, puis à l’Université Saint-Thomas d’Aquin et enfin à
l’Institut Biblique Pontifical de Rome et à l’École Biblique et Archéologique
française de Jérusalem. En 1958, il publia un livre qui est devenu un classique
dans les études sur les origines du christianisme : La Didachè. Instruction des Apôtres (Paris, Gabalda, 1958). Il fut,
entre autres lieux, professeur à
l’Université de Montréal. En 1970, il reçu le Prix Molson du Conseil des Arts
du Canada pour l’ensemble de son œuvre.
[8] J.-P.
AUDET, op. cit., p.38.
[9] Certaines de ces idées, reprises et
adaptées, viennent du livre de K.
BLANCHARD, J. P. CARLOS, W. A. RANDOLPH (p.123).
[10] Cf. K. BLANCHARD, J. P. CARLOS, W. A.
RANDOLPH, op. cit., p.128.