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AVRIL 2003 |
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"Un environement pour la paix", Par Mohamed Shahnoun
L'ONU EN ZONE GRISE
Les interventions massives de l'ONU au Cambodge, en Bosnie, en Irak, et en Somalie posent problème car elles ont produit une zone grise entre maintien de la paix et rétablissement de la paix. Cette zone grise pourrait avoir des conséquences tragiques pour le personnel sur le terrain. L'administration onusienne, qui était mal préparée pour des opérations d'une telle envergure, a pourtant contribué à mettre sur pied un nouveau programme de maintien de la paix.
On ne peut douter que l'intervention armée soit justifiée dans certaines circonstances; dans le cas d'une agression flagrante, la communauté internationale a le droit d'agir en vertu du chapitre VII de la charte de l'ONU. On peut néanmoins soupçonner les puissants membres du Conseil de sécurité d'appliquer le principe des " deux poids, deux mesures ". Parce qu il devient nécessaire, par conséquent, d'établir de solides critères pour justifier l'action du Conseil de sécurité, il serait bon qu une majorité des membres de l'Assemblée générale puissent participer aux décisions. Certaines puissances moyennes, au nom de la modération, assumeraient par la suite une fonction de surveillance des opérations d'intervention.
Il existe par ailleurs un consensus international pour que soient poursuivies les opérations traditionnelles de maintien de la paix proposées par Lester B. Pearson du Canada. Ces opérations, qui ont pour but d'endiguer les conflits avec le consentement des parties concernées, ont dorénavant pris une nouvelle dimension depuis que l'ONU surveille l'application de tout règlement global intervenu entre deux parties en conflit. L'expérience récente n'a toutefois pas toujours été heureuse : succès en Namibie et peut-être au Salvador, mais échec en Angola.
On a dit que les plus récentes interventions armées de l'ONU étaient faites à des fins humanitaires. Cela a été partiellement le cas en Irak, mais la Somalie et la Bosnie constituent les exemples les plus frappants. En de tels cas, l'objectif est d'assurer la poursuite des opérations de secours d'urgence et de protéger les responsables de l'aide humanitaire. Ces opérations soulèvent de sérieuses questions : dans quelles circonstances ont-elles été lancées ? Avec quelle logistique ? Avec quelle stratégie politique ?
Dans l'opération somalienne, il aura fallu débourser 2 milliards de dollars pour assurer l'acheminement des secours d'urgence qui se chiffraient à 50 millions de dollars. Fin 1993, on estimait que 6 000 Somaliens et 83 casques bleus étaient morts au cours d'escarmouches depuis avril de la même année, alors que l'ONU prenait la relève de l'opération " Rendre l'espoir " dirigée par les États-Unis. Cette tragédie mérite une enquête approfondie.
Même s'il ne faut jamais totalement exclure la possibilité d'une intervention armée dans le cas d'une tragédie humanitaire, la prudence exige que l'on épuise toutes les autres possibilités avant de recourir à la force. Toute aggravation d'un conflit doit être réglée avec fermeté. Avant toute chose, on doit empêcher toute ingérence extérieure comme celle des Serbes dans les conflits croate et bosniaque, ou la livraison d'armes aux factions somaliennes. L'ONU et les organismes régionaux doivent définir des lignes directrices précisant les circonstances de leur engagement sur le terrain, ainsi que les actions à entreprendre, séparément ou simultanément. Il faut alors choisir parmi les options politiques, diplomatiques, économiques, humanitaires et militaires.
Il est tragique de constater que les moyens dont dispose l'ONU sont nettement restreints par rapport aux besoins. En 1981, le secrétaire général de Cuellar a créé un bureau de d'information responsable de l'alerte précoce; début 1992, son successeur abolissait ce bureau. De plus, on n a jamais ouvert les postes d'observation proposés dans les régions explosives du globe. Et pourtant, les besoins sont là.
MESURES PRÉVENTIVES
Il semble qu on assiste à la multiplication des centres de pouvoir dans le monde. Il serait opportun que des puissances moyennes comme le Canada et les pays nordiques assurent un leadership moral. Pour cela, on doit définir une stratégie globale qui porte sur le développement et la mise en oeuvre de mesures préventives correspondant à des crises potentielles bien précises. Il serait bon de lancer des plans Marshall à petite échelle dans différentes régions du monde. Si on les nomme ainsi, c'est que ces plans devront se développer en fonction des compétences locales, nationales et régionales et donc compter essentiellement sur les capacités indigènes.
Les intervenants étrangers se contenteraient de créer un environnement positif, reconnaissant ainsi que les changements fondamentaux doivent émaner des pays concernés. Il faut cibler ceux d'entre eux dont la gestion publique est fortement déficitaire et dont la reprise en main serait exemplaire. Le Canada dispose d'un instrument remarquable pour soutenir la recherche dans les pays du Sud : le CRDI. C'est pourquoi le Centre est en mesure d'énoncer clairement certaines mesures préventives qui s'imposent.
Le récent rapport intitulé Canada and Common Security in the Twenty-First Century [ Le Canada et la sécurité collective au 21e siècle ], publié par un groupe d'universitaires et de fonctionnaires, est encourageant :
" Dans un monde où les frontières sont de plus en plus transparentes, nous sommes assujettis non seulement à une économie mondiale dynamique et à un environnement planétaire fragile, mais aussi aux conséquences de la disparité entre le Nord et le Sud en termes de capital humain, social, financier et technologique. Si l'on ne commence pas à prêter une attention adéquate à ces disparités, cela ne peut que nous mener à une situation où une série de menaces diffuses mettront en péril la sécurité collective et notre mode de vie. " Une action préventive est absolument essentielle. Agir dès maintenant pourrait contribuer à secourir utilement des collectivités humaines et à éviter des conflits qu il serait beaucoup plus onéreux d'essayer de régler ultérieurement à coups d'opérations de maintien ou de rétablissement de la paix. Lorsqu on leur en donne le choix, les pays du Sud, comme ceux du Nord, préfèrent continuer à vivre et à travailler dans leurs propres communautés. Pauvreté, chômage, sous-emploi chronique, altération du milieu ambiant, populations sans abri et migrations de masse sont des problèmes qu il est préférable de régler à la source. "
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Publication de l'équipe des Journalistes Modérateurs des Grands Lacs (JMGL). |
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