EDITORIAL – Nov2004
LES RESCAPES OUBLIES
La période du chaos, de
la force, du mensonge au Rwanda et
celle de l’agression, de la vengeance féroce dans la région tardent à finir ;
mais sur les cendres du génocide agonisent encore des gens.
L’horizon
d’une nouvelle société est en train de se tracer entre la volonté
internationale et la responsabilité rwandaise. Le tribunal pénal international
et les tribunaux traditionnels Gacaca sur le Rwanda sont les deux bouts qui
tirent la même corde, de la justice. Celle-ci manque malheureusement encore
d’élasticité. Elle va casser, certes, si le monde entier ne s’ingère pas
humanitairement. La justice rwandaise a besoin d’indépendance pour promouvoir
la vérité et la liberté.
La
notion de rescapé doit-elle renvoyer à des réalités subjectives ou
simplement aux non tués des massacres qui n’ont que trop tué ? Le génocide
et tous les crimes de son genre. Sur ce sujet tabou, les Tutsi comptent autant
de rescapés que les Hutu, une fois où les massacres les ont concernés à différentes
époques. Tous méritent un réconfort moral relatif au droit de mémoire des
leurs disparus ainsi que des gestes remarquables de solidarité. Ce qui se fait
au Rwanda au sujet de la mémoire du génocide tutsi est très louable et mérite
du soutien international. C’est une affaire de droit et de liberté des rescapés
et des victimes. La politisation des événements et lieux de mémoire pour
culpabiliser l’autre ethnie est un déni de la justice.
Quoi
de mieux peut-on ainsi offrir à celui qui souffre de son histoire que de lui
laisser la liberté de s’en remémorer ! Les rescapés des massacres de Kibeho
et de l’ex-Zaïre ont aussi, comme ceux du génocide des Tutsi, le droit de
lever des croix sur les lieux de disparition des leurs, sans prétendre à la
« concurrence d’intérêt » vis-à-vis d’autres sites du Rwanda
ou au « révisionnisme » de l’histoire.
Ainsi, les associations qui surgissent pour chaque groupe social touché par les événements tragiques de ce dernier siècle dans la région méritent-elles du soutien inconditionnel. Notre journal prêtera son oreille et ses pages à tous les rescapés, reconnus ou oubliés, du génocide et du contre-génocide. Certains sont privés de liberté d’expression dans leurs pays, d’autres sont démunis dans leurs pays d’asile. Tous connaissent les mêmes traumatismes et difficultés vitales non négligeables.
MP.PH