Hymne à
Apollon
Comme il s'agite, le rameau de laurier, le
rameau d'Apollon, comme elle tremble toute sa demeure! Loin, loin d'ici tout
méchant! C'est lui, Phoibos; ses beaux pieds heurtent les portes. Vois: la
palme délienne, tout à coup, doucement s'incline; et c'est dans les airs le
beau chant du cygne. De vous-même glissez, verrous des portes; tournez sur
vous, clefs de son temple; le Dieu n'est pas loin. Et vous, enfants, tenez
prêts vos chants et vos danses.
Apollon ne se montre pas à tous, mais aux bons seulement. Qui le voit est
grandi; qui ne le voit est abaissé. Nous te verrons, archer, nous ne serons pas
abaissé. Mais quand Phoibos nous visite, que les enfants fassent chanter leur
cithare et résonner leurs pas, s'ils veulent connaître l'hymen et voir leurs
cheveux blancs, et que les murs restent fermes sur les antiques fondements. -
J'applaudis ces enfants, car déjà s'entend leur lyre.
Faites silence; écoutez le chant d'Apollon. Les flots même se taisent, quand
l'aède dit la cithare et l'arc, que tient Apollon Lycoréen; Thétis ne gémit
plus, triste mère, sur Achille, quand résonne la clameur «Ié Paian, Ié Paian»,
et la pierre qui pleure en remet pour un temps son souci, l'humide rocher
dressé sur les bords phrigiens, marbre qui fut une femme à la bouche
gémissante. Ié, Ié, que votre cri retentisse; c'est malheur que lutter avec les
dieux! Qui s'en prend aux dieux, qu'il alle aussi combattre mon roi; qui à mon
roi, qu'il aille aussi combattre Apollon. Au choeur, pour tant qu'il chante au
plaisir du Dieu, au choeur les grâces d'Apollon; il les peut accorder, séant à
la droite de Zeus. Mais le choeur, à chanter Apollon, le chantera plus d'un
jour. Dieu bien fait pour nos hymnes, qu'il est aisé de chanter Phoibos!
D'or est son manteau, et l'agrafe aussi; d'or la lyre et l'arc Lyctien, et le
carquois; d'or aussi les sandales. Apollon est tout or, et toute richesse; on
le voit bien par Pythô. Dieu toujours beau, Dieu toujours jeune; jamais aucun
duvet ne recouvrit ses joues tendres. Sa chevelure épanche à terre l'huile
parfumée qu'elle distille; mais les gouttes n'en sont point humeur grasse; non,
c'est la panacée même; là, dans la ville où la rosée en glisse au sol, là tout
est salut.
Personne qu'Apollon n'a tant d'arts en sa main. Il a dans son lot et l'archer
et l'aède - car l'arc est son bien, et le chant aussi. A lui prophétesses et
devins; et de Phoibos aussi les médecins tiennent la science de retarder la
mort.
Phoibos, nous l'invoquons comme Pasteur aussi, depuis le jour qu'aux bords de
l'Amphryssos, il se fit gardien des cavales d'attelage, brûlé d'amour pour le
jeune Admète. Le parc aura bien vite plus de bétail, et les chèvres de troupeau
auront des petits, si les regards du dieu protègent leur pâture. Les brebis ne
manqueront de lait ni de portée; toutes seront mères, et celle qui n'a mis bas
qu'un agneau en aura deux bientôt.
C'est sur les pas de Phoibos qu'on trace l'enceinte des cités; Phoibos se plaît
à leur établissement, et sa main en bâtit les fondements. Dieu de quatre ans,
il fit pour la première fois tel ajustement dans la belle Ortygie, près du lac
arrondi. Artémis en chasse amassait têtes sur têtes des chèvres dy Cynthe;
Apollon en arrangeait un autel. De cornes il en fit la basse; de cornes il en
ajusta la table; tout autour les parois furent de cornes. Telle fut sa première
école, à bâtir les cités.
Phoibos encore à Battos désigna ma ville au sol fécond, guida corbeau divin, à
la droite du chef, l'entrée de son peuple en Libye, et fit promesse de remettre
un jour ces murailles aux mains de nos Rois. Toujours Apollon tient sa parole.
Apollon, on t'appelle Dieu Secourable, on t'appelle Clarien; sous bien des noms
on t'invoque en tout lieu. Mais moi je te dis Dieu Carnéien; telle est ma
tradition. Carnéien, Sparte fut ton premier séjour, Théra le second, et le
troisième fut la ville de Cyrène. De Sparte un rejeton d'Oedipe, six génération
après lui, te mena avec ses colons vers Théra; et de Théra Aristotélès le fort
te porta en la terre des Asbythes; il te bâtit une demeure splendide, et
institua le sacrifice où, chaque an, les taureaux en masse, pour leur fin,
s'écrassent sur le flanc. Ié, Ié, Carnéien, dieu de tant de prières, tes autels
au printemps sont chargés de toutes les fleurs que les Heures font naître sous
le Zéphyre au souffle de rosée, et en hiver du doux safran; toujours brille
pour toi le feu qui ne s'éteint pas; et jamais sur les charbons d'hier ne
s'épaissit la cendre. Grande fut la joie au coeur de Phoibos, quand, venu le
temps des fêtes Carnéiennes, les hommes d'Enyô, les porte-ceinturons, firent un
choeur de danse parmis les blondes Libyennes. Les Doriens n'avaient pu
approcher encore la source Kyré; ils habitaient Azilis aux vallons touffus. Le
roi Phoibos les vit, et les montra à sa compagne, du haut du rocher de
Myrtousa, là même où la fille D'Hypseus avait mit à mort le lion ravisseur des
boeufs d'Eurypylos. Jamais Apollon ne vit choeur plus vraiment divin; jamais le
dieu n'accorda tant à nulle cité qu'il fit à Cyrène, en souvenir du rapt
d'autrefois. Et les Battiades eux aussi n'ont honoré nul dieu plus qu'ils n'ont
fait Phoibos.
Ié! entendez-vous? Ié Paian! Car le peuple Delphien d'abord inventa ce refrain,
quand de ton arc d'or tu montras ta science d'archer habile. Tu descendais à
Pythô quand tu rencontras le monstre prodigieux, le serpent terrible. Tu le
tuas, sous le vol de tes traits pressés; et le peuple criait sur tes pas: «Ié,
Ié Paian; oui, lance ton trait, Dieu Ausiliateur dès que tu naquis.» Et de là,
depuis lors, l'acclamation qui te salue.
L'Envie se glisse à l'oreille d'Apollon: «Il ne m'agrée, dit-elle, le poète de
qui le chant n'est comme la grande mer.» Mais Apollon la repousse du pied, et
parle: «Du fleuve assyrien aussi le cours est puissant, mais il traîne bien des
terres souillées, bien du limon dans ses ondes. A Déô ses prêtresses ne portent
pas l'eau de tout venant, mais celle-là qui sourd, nette et limpide, de la
source sacrée, quelques gouttes, pureté suprême.»
Salut, ô Dieu; et là où est Envie, que Critique aille aussi.
Hymne à
Artémis
Nous chantons Artémis - malheur à qui, chantant, l'oublie - Artémis, qui aime
l'arc et les chasses, et les choeurs nombreux, et les jeux sur la montagne; et
d'abord nous dirons comment, tout jeune enfant, assise sur les genoux de son
père, elle lui parla: «Donne-moi, petit père, la virginité éternelle, donne-moi
d'être appelée de beaucoup de noms, pour que j'en défie Phoibos lui-même.
Donne-moi arc et flèches... Mais non, père, je ne veux de toi ni carquois ni
grand arc; les Cyclopes vont à l'instant me forger et les traits et l'arc
recourbé... plutôt donne-moi de porter les torches et de ceindre jusqu'au genou
la tunique frangée, pour chasser les bêtes fauves. Donne-moi un choeur de
soixante Océanides, toutes de neuf années, toutes filles sans ceintures; et
donne-moi aussi vingt cervantes, vingt nymphes de l'Amnios, qui prendront soin
de mes sandales de chasse, et, quand j'en aurai fini de frapper lynx et cerfs,
de mes chiens rapides. Que toutes montagnes soient miennes; des villes,
donne-moi telle que tu voudras; Artémis n'y descendra pas souvent. J'habiterai
les monts, et ne fréquenterai les cités des hommes qu'appelée à l'aide par les
femmes qui tourmentent les âpres douleurs; les Moires, à l'heure même où je
naquis, m'ont assigné de les secourir, car ma mère me porta et m'enfanta sans
souffrance, et sans douleur déposa le fruit de ses entrailles.» Ainsi parla
l'enfant; voulant toucher le menton de son père, elle tendait et tendait encore
ses bras, vainement, pour arriver à l'effleurer. Le père appouve et sourit, et,
caressant sa fille: «Que les déesses, dit-il, me fassent de tels enfants, et je
me soucierai peu des fureurs de la jalouse Héra. Reçois, ma fille, tout ce que
tu désires et demandes; reçois-le de ton père, et bien plus encore. Trentes
filles je te donnerai, et non pas une seule, trente villes qui n'honoreront
d'autre divinité que toi, et seront les villes d'Artémis. Et tu seras gardienne
des routes, gardienne des ports.» Il dit, et d'un signe de sa tête assura sa
parole. Et l'enfant descendit vers la Crète, vers les Monts Blancs, à la
chevelure de forêts, de là vers l'Océan; et elle fit choix de beaucoup de
nymphes toutes de neuf années, toutes enfants sans ceinture. Le fleuve Kairatos
eut grande joie, et grande joie Téthys, à donner leurs filles comme suivantes à
la fille de Létô.
Puis elle alla trouver les Cyclopes. Elle les joinit dans l'île de Lipara -
Lipara d'à présent, alors Meliounis; - ils étaient là, dans la forge
d'Héphaistos, devant les masses de fer; on pressait un gros travail, un
abreuvoir pour les chevaux de Poseidon. Les nymphes eurent frayeur, quand elles
virent les êtres monstrueux, tout pareils aux rocs de l'Ossa, avec, sous leur
sourcil, leur oeil unique, tel un bouclier fait de quatre peaux, et leur regard
terrible; frayeur encore, quand elles entendirent le bruit de l'enclume et ses
lointains échos, et les soufflets puissants de la forge, et des Cyclopes
eux-mêmes le souffle pesant. Car l'Etna résonnait, et la Trinacie, demeure des
Sicanes, et la proche Italie; et Cyrnos même faisait entendre une clameur quand
les forgerons, tenant haut les marteaux par-dessus l'épaule et frappant à tour
de rôle la coulée de fer ou de bronze, peinaient à grand effort. Les Océanides
ne pouvaient sans trembler ni les regarder en face ni ouïr leur vacarme. Et qui
leur en voudrait? déjà grandes, les filles mêmes des dieux ne les voient
qu'avec peur; quand l'une d'elles est désobéissante, la mère appelle à l'aide
les Cyclopes, Argès ou Stéropès, et du fond de la maison Hermès accourt,
barbouillé de cendre noire; il fait épouvantail à l'enfant, qui va se cacher
dans le sein de sa mère, les mains sur les yeux. Mais toi, déesse, plus petite
pourtant - tu n'avais que trois ans - quand Létô, te portant dans ses bras, te
mena chez Héphaistos, qui l'avait invitée pour les cadeaux de bienvenue,
Brontès to prit sur ses genoux robustes, et tu tiras les poils épais de sa
large poitrine, et tu les arrachas de toutes tes forces; encore à présent tout
le milieu de son corps est sans poils, comme la tempe où s'est installée
l'alopécie dévastatrice. Et donc, alors, sans peur, tu parles: «Allons,
Cyclopes, pour moi aussi forgez l'arc crétois et les flèches, et le carquois,
abri des traits; moi aussi je suis de Létô, comme Apollon. Et quand de mes
traits j'aurais tué solitaire ou grosse bête, ce sera le repas des Cyclopes.»
Tu dis, ils oeuvrèrent; du coup tu fus armée, déesse.
Bien vite tu partis en quête de ta meute: tu allas en Arcadie, à l'antre de
Pan. Il découpait la chair d'un lynx du Ménale, pour donner la pâture aux
chiennes qui viennent de mettre bas. Le dieu barbu te donna deux chiens blanc
et noir, trois tachés aux oreilles, et un sur tout le corps, bons pour tirer, à
la renverse, leur sautant à la gorge, des lions même, et les traîner tout vifs
jusqu'au parc. Sept autres il te donna, sept chiennes de Cynosurie, plus vites
que le vent, faites pour suivre à la course le faon et le lièvre aux yeux
jamais clos, pour dépister le gîte du cerf et la bauge du porc-épic, pour
repérer les traces du chevreuil. Au départir, suivit de ta meute, tu vis, sur
les avancées du mont Parrhasion, bondir des biches, noble gibier; elles
paissaient sur les bords d'un torrent au lit de noirs cailloux, plus fortes que
des tauraux, et d'or étincelait de leurs cornes. Du coup tu fus en arrêt, et tu
dis en ton âme: «Voici un premier butin de chasse, digne d'Artémis.» Elles
étaient cinq en tout, tu en pris quatre à la course, sans poursuite des chiens,
pour mener ton char rapide; la cinquième, par delà le Kéladôn, pour servir à la
fin - c'était le dessein d'Héra - d'épreuve à Héraclès, trouva refuge au tertre
de Cérynée.
Artémis vierge, Artémis meurtrière de Tityos, d'or sont tes armes et ta
ceinture; tu attelas un char d'or et tu mis à tes biches, déesse, des rênes
d'or. Où, pour la première fois, t'enleva ton char aux coursiers cornus? Sur
l'Hémos de Thrace, d'où vient l'assaut du Borée, qui glace cruellement l'homme
sans manteau. Où fut coupé le pin de ta torche, à quelle flamme allumé? sur
l'Olympe de Mysie; et tu l'enflammas au feu toujours vivace qu'épandent de leur
pointe les foudres de ton père. Combien de fois essayas-tu, déesse, ton arc
d'argent? Une fois contre un orme; une fois contre un chêne; la troisième fois
contre un fauve; la quatrième, non plus contre un fauve, mais contre une cité
de méchants, chargés de crimes et sur leurs frères et leurs hôtes. Malheureux!
tu leur fais sentir ta dure colère; la peste ravage leurs troupeaux et la gelée
leurs champs; les vieillards chez eux coupent leur chevelure pour pleurer leurs
fils; et les femmes meurent en couches, d'un coup subit, ou, si elles
échappent, mettent au monde une progéniture qui ne se tient pas droit et ferme.
Mais à ceux que tu regardes avec bienfaisance et faveur, à ceux-là les belles
moissons, et le bon croît du bétail, et le bien qui prospère. Chez eux, on
n'approche des tombes que pour y porter un corps usé par l'âge; et la discorde
ne fait pas ravage, qui tant de fois mina les maisons les mieux assises; autour
de la même table de fête, femmes de frères et soeurs du mari, toutes les
belles-soeurs prennent leur place. Déesse, qu'il soit de ces heureux, qui m'est
ami sincère; que j'en sois moi-même, ô reine, et que les chants soient toujours
mon souci: je dirai l'hymen de Létô, et toi-même, ô déesse, longuement, et
Apollon, et tes combats et ta meute et ton arc, et le char qui porte ta
splendeur, quand tu le guides vers la maison de Zeus.
Là, dès l'entrée, Hermès le Bienfaisant vient à ta rencontre pour prendre tes
armes, et Apollon ta chasse. Du moins il le faisait, avant que fût venu chez
Zeus le vaillant Alcide; depuis lors il n'a plus ce soin; c'est l'Enclume de
Tirythe qui s'en charge, posté aux portes pour voir si tu rapportes quelque
grasse nourriture. Et les dieux rient d'un rire inextinguible, sa belle-mère
avant tout autre, quand, sortant du char un beau taureau ou un gros sanglier,
il tient la bête, toute pantelante, par le pied de derrière. Il te fait la
leçon, déesse, en sage parole: «Allons, lance tes traits sur les bêtes
sauvages, et les mortels te diront Secourable, tout comme ils font de moi.
Laisse chevreuils et lièvres paître dans les collines; chevreuils et lièvres=,
quel mal font-ils? Ce sont les sangliers qui ravagent les champs, qui gâtent
les plantes; ce sont les buffles qui sont un fléau; allons, à eux tes flèches.»
Il dit, et bien vite d'empresse à l'entour de la bête. C'est que, pour avoir,
au bûcher phrygien, fait divin son corps, il n'a rien laissé de son appétit
glouton; sa faim est la même qu'au jour qu'il trouva sur son chemin Théiodamas
au labour. Les nymphes de l'Amnisos détellent les biches et les étrillent, et
leur portent, coupé dans la prairie d'Héra, part abondante du trèfle qui vite
croît, nourriture aussi des chevaux de Zeus; elle remplissent les auges d'or de
l'eau que les biches aiment à boire. Toi-même, déesse, tu entres en la demeure
de ton père; chacun t'appelle à son côté; tu prends place auprès d'Apollon.
Quand les nymphes, qui vient d'Egypte, ou près de Pitané - car Pitané est à toi
- ou à Limnai, ou bien au bourg d'Halai Araaphénides, ta demeure à ta venue de
Scythie, quand tu rejetas les us cruels de Tauride, ah! qu'alors mes boeufs
n'aient pas, mercenaires au service d'autrui, à labourer leur carré de jachère;
ils retourneraient à l'étable meurtris et le cou rompu, fussent-ils boeufs
d'Epire, boeufs de neuf ans, les meilleurs qui soient pour, tirant sur leurs
cornes, creuser un profond sillon. Car le divin Hékios ne dépasse point dans sa
course le beau choeur de tes Nymphes sans le contempler, arrêtant son char; et
d'autant les jours s'allongent.
Quelle parmi les îles, quel parmi les monts plaît le plus à ton coeur? Quel
port, et quelle cité? quelle nymphe as-tu le plus aimée, quelles héroïnes
furent tes compagnes? Dis-le moi, Déesse; mes chants le rediront aux autres.
L'île que tu préféras, c'est l'Ile Longue; et la ville, Pergé; des monts ce fut
le Taygète qui te plus, des ports ceux de l'Euripe. Plus que nulle autre tu
aimas la nymphe de Gortyne, Britomartis, la tueuse de faons, archer habile;
pour elle Minos, saisi d'amour, parcourut les monts de Crète. Mais elle, ici
sous les chênes, là dans les hautes herbes se dérobait à lui. Neuf mois il
hanta escarpements et précipices; neuf mois il tint sa poursuite, jusqu'au jour
où, tout près d'être saisie, elle bondit dans les flots du haut d'un rogher, et
tomba dans les filets de pêcheurs qui la sauvèrent. D'où les hommes de Kydôn
ont donné à la nymphe le nom de Dictyna, au mont d'où elle sauta dans la mer
celui de Dicté; ils lui ont élevé des autels et lui offrent des sacrifices: en
cette fête on se couronne de pin ou de lentisque, on ne touche pas au feuillage
du myrte; car c'est à une branche de myrte que se prit le péplos de la nymphe,
tandis qu'elle fuyait; d'où, contre lui, sa grande colère. Reine Oupis, reine
au beau visage, toi qui portes les torches, c'est sous le surnom de cette
nymphe que les Crétois t'invoquent. Et Cyrène aussi fut ta compagne; tu lui fis
don des deux chiens de chasse avec qui al fille d'Hypseus, près du tombeau
d'Iôlcos, remporta le prix de la course. Et la blonde épouse de Képhalos, le
fils de Déïon, fut ta camarade de chasse, et la belle Anticlée, qu'on dit que
tu aimas conne tes yeux: les deux héroïnes qu'on vit d'abord porter les traits
rapides et, par-dessus l'épaule, le carquois qui tient les flèches; du côté
droit l'épaule était sans agraphe et le sein se voyait à nu. Tu aimas Atalante
aussi, la chasseresse aux pieds agiles, la tueuse de sangliers, fille d'Iasios,
le fils d'Arcas, à qui tu appris le mener des chiens et le lancer des traits.
Le ban des guerriers chasseurs du sanglier de Calydôn n'a pas de blâme pour
elle: l'Arcadie reçut le trophée de victoire et détient encore les dents du
monstre. Et chez Hadès Hylaios non plus que Rhoicos l'insensé n'osent, avec
toute leur haine, mal parler d'un tel archer; car ils ne mentiront pas comme
eux, leurs flancs dont le sang a rougi le sommet du Ménale.
Salut, déesse aux mille demeures, déesse aux mille cités, salut, Artémis
Chitoné, qui séjourne à Milet: Nélée se mit sous ta conduite, quand il prit la
mer au partir du pays de Cécrops. Artémis de Chésion, Artémis de l'Imbrassos,
Artémis qui trône en prime place, c'est dans ton temple qu'Agamemnon suspendit
le gouvernail de son vaisseau, comjurant le charme par où tu arrêtais sa marche
et enchaîniaas les vents, au temps que les nefs achéennes voguaient, irritées
contre Hélène de Rhamnonte, à la ruine des cités troyennes. Proitos t'éleva
deux temples aussi: l'un d'Artémis «Coria», car tu ramenas ses «filles» de
leurs courses errantes par les monts d'Azanie, l'autre, à Lousoi, d'Artémis
«Hérméra», car tu «adoucis» leur humeur sauvage. Et jadis, au rivage d'Ephèse,
les guerrières Amazones dressèrent ton image, au pied du tronc d'un hêtre; Hippô
accomplit les rites, et les Amazones, rine Oupis, autour de l'idole firent
d'abord la danse armée, la danse des boucliers, puis en cercle déroulèrent leur
large choeur; le chant aigu et léger de la syrinx soutenait leurs pas pour,
d'accord, frepper la terre; on n'avait pas encore les os de faon percés de
trous par l'invention d'Athéna, cruelle aux cerfs. Et l'écho résonnait jusqu'à
Sardes, jusqu'au pays du Bérécynthe. Et les pieds claquaient, avec un bruit
pressé, et les carquois retentissaient. C'est à l'entour de cette image que
plus tard, un vaste sanctuaire se bâtit; la lumière du jour jamais n'en
éclairera de plus merveilleux ni de plus riche; Pythô même ne saurait l'égaler.
Dans sa violence inouïe un Lygdamis se vanta de le ruiner, lançant contre lui la
horde des Cimmériens nourris au lait des cavales, innombrables comme les sables
de la mer, habitants des bords du Passage de la Vache, fille d'Inachos. Roi
criminel, et misérable destin! Ils ne devaient reprendre le chemin de la
Scythie, ni lui ni aucun de ses hommes, de tous les chars rassemblés dans la
prairie du Caystre. Pour garder Ephèse tes traits sont là, toujours. Déesse,
Artémis Mounichia, gardienne des ports, salut, déesse de Phérai. Ne dédaignez
pas Artémis - pour avoir méprisé son autel, Oineus vit de cruels combats au
coeur de sa cité. Ne la défiez pas à la chasse ni au lancer des traits -
l'Atride paya bien lourd le prix de sa vantardise. Ne prétendez pas à sa
virginité - tristes noces, celles que briguèrent Otos et Oarion. Ne fuyez pas
le choeur que l'année lui ramène - Hippô ne refusa pas, sans en pleurer bien
des larmes, la ronde autour de son autel.
Salut, Toute Puissante, sois bienveillante à mes chants.
Voici deux autres petits textes :
A Apollon
Viens, bienheureux Péan, Phoibos Apollon, vainqueur de Tithyon,
Dieu de Memphis, bienfaiteur, révéré, guérisseur,
Flamme et vivante Lyre, ensemenceur céleste, seigneur pythine,
Titan, Grynéien, Smithéen, Delphien et vainqueur de Python,
Devin, porte-flambeau, vivant Éclat, glorieux infant,
Meneur des Muses, maître danseur, Archer souverain,
Seigneur de Délos à l'oeil omnivoyant, dieu traversier
D'or tout nimbé quand tu délivres oracles et prophéties,
Écoute la juste prière que je t'adresse au nom des peuples
Car des hauteurs où tu habites, tu vois toute l'étendue
De l'éther infini et celle de la terre fortunée
Et lorsque sur le monde tombe la nuit aux yeux d'étoiles
Tu perçois tout en bas les racines et les confins de l'univers
Puisque tu es début et puisque tu es fin de toutes choses.
Tu es le Florissant dont la musique harmonise le monde
Quand tu abaisses tes accords jusqu'au plus bas des graves
Ou que tu les élèves jusqu'au plus haut des sons aigus
Ou encore que tu les concilies en un dorique accord.
Ainsi, tout en veillant sur les peuples du monde
Tu règles avec ta lyre l'universel destin des hommes
Et tu sais répartir en deux durées égales et l'hiver et l'été,
L'hiver dans le registre aigu et l'été dans le grave
Et susciter aussi la floraison dorienne du printemps.
C'est pourquoi les humains t'invoquent sous le nom de Seigneur,
Ô Pan à double corne, maître des vents sifflants,
Toi qui détiens le sceau des formes universelles.
Écoute-moi, apporte le salut aux mystes suppliants.
A Artémis
Écoute-moi, ô reine, fille illustre de Zeus,
Grondante Titanide et vénérable Archère,
Déesse porte-flambeau et rétiaire des fauves,
Soutien des accouchées toi qui jamais n'as accouché,
Secours des parturientes, enthousiaste, consolatrice,
Véloce chasseresse, nocturne vagabonde,
Révérée, bienveillante, libératrice, masculine,
Orthia, nourrice attentionnée des enfants et des hommes,
Fille immortelle de la Terre, tueuse de fauves, triomphante
Pourchasseuse de cerfs dans le coeur des montagnes,
Reine absolue, divin surgeon, permanente Présence
Menant tes cortèges de chiens au profond des forêts,
Viens, salvatrice, réjouir tous les mystes
En leur apportant les beaux fruits de la terre
La paix tant désirée, la précieuse santé
Et en chassant vers les forêts et les montagnes
Les souffrances et les maladies.
pp 110-111