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NOTICE sur le VILLAGE d’ALMA-MARINE. Note manuscrite de …
Le village de l’Alma encaissé dans la vallée du Boudaou est dominé sur trois faces par des collines élevées. La rivière coule non loin de là, tandis qu’un canal d’irrigation amène une partie des eaux dans le milieu même du village. Les travaux d’assainissement ont été effectués, mais ils n’ont pu donner entière satisfaction, par suite de la situation même du village dont l’état sanitaire laisse fort à désirer, en été surtout. Les habitants ont pris l’habitude de passer quelques heures des journées d’été au bord de la mer distante de sept kilomètres. Mais le rendez-vous fixé pour ce changement d’air était aussi pernicieux que l’air même du village, la route conduisant à la mer suivant la rivière et aboutissant à son embouchure, lieu le plus propice aux bains, parce que doté d’une plage immense de sable fin. Les habitants aisés, ou ceux que ne retiennent pas leur occupation se rendent au Rocher Noir à 15 km de l’Alma ou à Surcouf à 18 km. Mais là seuls quelques privilégiés peuvent se rendre, tandis que la partie la plus dense du village continue à fréquenter la plage à l’embouchure de la rivière. Le résultat était tout à fait opposé au but cherché, et de nombreux baigneurs ou estiveurs ont vu leurs fièvres augmenter, et le seul agrément qu’ils peuvent se donner pour se délasser doit être abandonné. La côte cependant offrait des endroits merveilleux pour installer une station balnéaire absolument saine. Mais l’accès en était rendu difficile par une plage sablonneuse sur plusieurs kilomètres, et d’autre part aucune route, sinon des chemins d’exploitation réservés par les propriétaires, n’aboutissait à un endroit susceptible de recevoir les estiveurs. Au début de 1918 un groupe d’habitants de l’Alma désireux de créer à leur village une annexe pour passer l’été avec construction de villas dès la guerre terminée, sollicita un propriétaire M. Ancey, dont la propriété s’étend jusqu’à la mer qui la borde sur une largeur de 400 mètres. Un plateau de cinquante hectares dont la moitié en pente vers le chemin d’intérêt communal N° 20 et l’autre moitié en pente douce vers la mer semble tout désigné à l’installation d’une station balnéaire. Éloigné de 2 000 mètres de l’embouchure de la rivière, ne pouvant par sa situation avancée en mer en recevoir les émanations que les vents pourraient y porter, parfaitement plat et élevé de douze mètres à peine au-dessus du niveau de la mer, cet endroit était appelé à être choisi, d’autant mieux que quelques années auparavant existait sur la plage même un puits donnant de l’eau parfaitement douce. Il s’agissait donc de retrouver cette eau et d’obtenir l’autorisation du propriétaire d’occuper une bande de terrain en bordure de la mer. Dés que cette idée fut émise M. Ancey s’y rallia entièrement et des pourparlers s’engagèrent qui aboutirent aux résolutions ci-après. M. Ancey vendit à une trentaine de personnes une bande de terrain, en bordure du domaine maritime, destinée à édifier un village pour servir de station balnéaire. Dans ce but on fit dresser par un géomètre principal, un plan de lotissement du futur village dénommé « Alma-marine ». Ce plan comprend 44 lots dont deux sont réservés et un troisième est réservé par le propriétaire. Ces lots sont groupés par deux et séparés par un chemin de 4 m de large ; ils sont en bordure de la mer divisés en deux lignes, la 1ère immédiatement au-dessus de la berge, la 2ème en retrait et séparée par une route de 10 m de large. Une place dénommée « Place Guynemer » et large de 40 mètres coupe en deux ce groupement de lots qui ont été attribués au sort. Un comité ayant été nommé, des fonds furent versés entre les mains du trésorier et affectés au paiement du creusement d’un puits de neuf mètres qui révéla une eau abondante, très douce, potable et très fraîche. L’eau ayant été trouvée, le plan ayant été établi, les formalités avec le propriétaire furent poursuivies et de suite commençaient d’autres travaux, dont le principal fut la route qui s’embouchant perpendiculairement sur le chemin d’intérêt communal N° 20 aboutit au village sur la place Guynemer. Afin de diminuer en un endroit sur une largeur de 150 mètres un fort vallonnement du terrain, une tranchée fut ouverte sur 8 m de large, 1,20 m de profondeur et 70 m de long, - les terres qui en furent retirer servirent à combler sur une longueur identique le creux du vallon dans le point le plus bas duquel fut construit un petit caniveau pour l’écoulement des eaux. Puis sur les passages les plus défectueux des chemins furent transportés 335 mètres cubes de pierres tendres et de pierres de rivières, ce qui épuisa à peu près complètement les ressources des fonds versés, dépenses qui s’élevèrent à … francs. Pourtant la route ne pouvant être considérée comme carrossable il était indispensable en plus des premiers travaux effectués et qui ne rendaient accessible que provisoirement l’arrivée au village, de songer à l’établissement d’une véritable route empierrée, avec fossés de chaque côté et plantations d’arbres. Une assemblée générale des bénéficiaires de lots fut donc tenue et il fut décidé que chaque propriétaire de lot s’imposait un versement supplémentaire de 200 F en première ligne et de 160 en deuxième ligne, ce qui avec les quelques fonds encore disponibles permettrait de traiter avec un entrepreneur du pays qui se chargeait d’empierrer, de cylindrer la route, d’ouvrir des fossés, faire des accotements et planter des arbres pour un prix forfaitaire de 10 F par mètres courant. La route mesurait 1 200 mètres, ces nouveaux fonds parvenaient à peine à assurer le paiement de ces travaux. Or il reste à empierrer d’autres chemins dans le village, ainsi que la place, il faut en outre creuser un puits au milieu de cette place plus profond que le premier afin d’avoir à discrétion une eau fraîche et potable, et aussi des chemins d’accès à la mer contre la berge doivent être creusés, sans compter les plantations d’arbres indispensables. Ces travaux qu’on ne peut éviter si l’on veut assurer une création bienheureuse de ce village ne peuvent être entrepris avec les seuls versements des propriétaires de lots qui ont déjà augmenté d’un tiers le premier prix convenu, et semblent avoir ainsi fourni le maximum de ce qu’il est raisonnable d’attendre d’eux. En effet outre les charges de création, ils sont tenus de maintenir en tous temps en bon état de viabilité les routes et place du village ; ils auront de ce fait chaque année une contribution volontaire à verser suivant l’importance des travaux à faire. Ils auront enfin à construire sur leur lot ainsi qu’il est stipulé dans chaque contrat particulier, et ce sous peine de déchéance dans un délai de 4 ans après cessation des hostilités, une maison d’habitation en maçonnerie ou en briques et recouverte en tuiles, présentant une apparence convenable et couvrant une superficie d’au moins 20 mètres carrés. Les conditions particulières auxquelles sont soumis les propriétaires sont acceptées par tous, et peuvent être ainsi résumées, en dehors des clauses passées en revus ci-dessus : Chaque parcelle de terrain bénéficiera des servitudes de passage et de rue les plus étendus sur toutes rues et boulevards qui sillonnent ou longent le terrain alloti et celui qui sera ultérieurement alloti. Chaque parcelle bénéficiera ainsi concurremment avec les autres lots du terrain alloti ou à allotir plus tard, du droit d’usage d’un puits à creuser pour la station, comme d’un emplacement dit « Plan Guynemer », qui a été dessiné à la création d’une place commune. L’usage de cette place se restreindra aux droits analogues conférés au public sur les places faisant partie intégrante d’un village. L’assiette et l’étendue des rues et boulevard du terrain alloti ou à allotir, sont fixées au plan dressé à cet effet et chacun des acquéreurs devra se référer exclusivement aux indications de ce plan pour l’ouverture et la création des rues, place, chemins et puits. Les propriétaires de chaque lot en bordure de ces rues … allant du nord au sud, devra respecter le long de ces rues une bande de terrain de largeur uniforme de 0,50 m destinée à l’élargissement de ces rues et qui sont grevées de servitudes identiques de passage et de vue. Le boulevard nord de la station qui s’étend jusqu’au domaine maritime sera planté d’arbres sur une double rangée aux frais de la collectivité des acquéreurs. Les constructions seront faites sur un alignement continu en tenant le corps principal des bâtiments en retrait de 4 mètres de la limite nord de chaque lot, et les quatre façades de chaque construction devront être parallèles aux limites du lot. Telles sont, rapidement exposées, les obligations de chaque acquéreur. D’autre part il faut considérer que de la vente de ces lots, le propriétaire qui les a cédés ne retire absolument aucun bénéfice en espèces et n’a consenti à cette cession non pas dans un but de spéculation mais dans le but de doter le village de l’Alma essentiellement malsain d’un petit village de repos pour l’été et qui sera par beaucoup habité été et hiver. Il est à remarquer que cette création a été faite sans le secours des pouvoirs publics, mais que pour en assurer la réussite complète, il est indispensable que ces derniers viennent en aide à ceux qui ont eu l’initiative de cette station. Il serait donc urgent pour seconder leurs premiers efforts que les routes d’accès et du village soient prises en charge par la voirie non seulement pour leur entretien, mais aussi pour leur création, la voirie pouvant se charger en outre du chargement et cylindrage de la route. La contribution du département à cette création est de toute utilité, sous forme de subvention et sous forme de classement des routes. I l n’est pas douteux que M. le Gouverneur ne veuille seconder cette heureuse entreprise qui dotera l’Algérie d’un nouveau village, traversé dans un avenir rapproché par le C.F.R.A., et constituant par sa proximité de la forêt de Réghaïa un rendez-vous du tourisme en même temps qu’une station balnéaire remarquable par son exposition, sa proximité et l’état salubre de la région. |