| Rimbaud et le symbolisme | |||||
| Un artiste, pour �tre consid�r� comme faisant partie du courant symboliste, doit avoir, dans ses �uvres, un certain nombre de caract�ristiques. La po�sie de Rimbaud en referme quelques-unes unes qui sont aussi remarquables dans un tableau de Vittorio Zecchin nomm� Les Mille et une nuits. Celles-ci se regroupent sous trois grands th�mes : l�importance du motif, l�id�al et la d�cadence. Zecchin, un symboliste, a eu, dans son tableau illustrant un extrait des Mille et une nuits, un souci extr�me du motif car, en effet, les personnages se m�lent au d�cor, le rendant plus impressionnant, plus important que l�histoire racont�e elle-m�me, devenant ainsi la repr�sentation de l�adage symboliste : le monde a un sens puisqu�il existe que pour lui-m�me et est, en lui-m�me, d�une importance capitale. Cette caract�ristique de l�importance du motif est pr�sente dans quelques �uvres de Rimbaud. Celles-ci ne contiennent pas d�actions. Elles ne sont pas non plus utilis�es afin de situer une quelconque action. On ne fait que d�crire un lieu ou un personnage dans le but de faire ressentir au lecteur quelque chose, une atmosph�re par exemple, ou qu�il puisse voir ce que l�auteur voit de ses yeux et cette description ne m�ne nulle part ailleurs qu�� l�objet m�me qui est d�crit. Prenons l�exemple du Dormeur du val. On n�y d�crit qu�un homme dans un paysage. C�est un trou de verdure o� chante une rivi�re Accrochant follement aux herbes des haillons D�argent; o� le soleil, de la montagne fi�re, Luit : c�est un petit val qui mousse de rayons. Un soldat jeune, bouche ouverte, t�te nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort; il est �tendu dans l�herbe, sous la nue, P�le dans son lit vert o� la lumi�re pleut. Jamais Rimbaud n�a relat� la bataille qui se d�roula � cet endroit. Pourtant, tous la ressentent bien quand, dans la description de l�homme, qui ne s�en sortit pas, il note les vers suivants : Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille. Il a deux trous rouges au c�t� droit. On retrouve, de plus, dans le po�me en prose Orni�res, tir� d�Illuminations, son dernier recueil, la description d�une parade o� passent � des chars charg�s d�animaux de bois dor�, de m�ts et de toiles bariol�es, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachet�s (�) ; - vingt v�hicules, boss�s, pavois�s et fleuris comme des carrosses anciens ou de contes �. Cette description, � l�habitude symboliste, ne fait que mettre l�emphase sur ce que Rimbaud voit, ne laissant pas m�me pr�sager la raison du d�fil�. Dans V�nus Anadyom�ne, c�est une femme dans une baignoire qui est d�crite avec d�tail : (�) une t�te De femme � cheveux bruns fortement pommad�s (�) Puis le col gras et gris, les larges omoplates Qui saillent; le dos court qui rentre et qui ressort; Puis les rondeurs des reins semblent prendre de l�essor; La graisse sous la peau para�t en feuilles plates; Encore une fois, ce n�est qu�une simple description qui sert � mettre de l�importance � l�objet lui-m�me. L��uvre de Zecchin poss�de aussi la caract�ristique qu�est la repr�sentation de l�id�al, ici �voqu� par le fait que toutes les jeunes femmes qu�il a peintes se ressemblent et sont tout droits sorties d�un canon de beaut�. Cette caract�ristique, chez les artistes symbolistes, peut �tre vue sous diff�rents aspects. Elle peut �tre ce qui est impossible � atteindre; la perfection, comme dans Oph�lie. La jeune fille est morte noy�e, une mort suppos�e horrible, mais pourtant elle est dite belle par l�auteur et l�univers dans lequel elle baigne semble doux, joli et confortable : Sur l�onde calme et noire o� dorment les �toiles La blanche Oph�lia flotte comme un grand lys, Flotte tr�s lentement, couch�e en ses longs voiles� - On entend dans les bois lointains des hallalis. Le vent baise ses seins et d�ploie en corolle Ses grands voiles berc�s mollement par les eaux; Les saules frissonnants pleurent sur son �paules, Sur son grand front r�veur s�inclinent les roseaux. L�id�al peut aussi �tre la hantise de ce qui a �t� perdu, puisque les symbolistes sont r�actionnaires. Ainsi, plusieurs po�mes de Rimbaud se r�f�rent au pass�. Matin commence d�ailleurs par des phrases qui d�montrent bien ce qu�est cette hantise : � N�eus-je pas une foi une jeunesse aimable, h�ro�que, fabuleuse, � �crire sur des feuilles d�or, - trop de chance! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je m�rit� ma faiblesse actuelle? � Dans ce texte, Rimbaud a perdu sa jeunesse heureuse et la regrette. L�id�al peut aussi �tre vu sous l�angle d�un canon, que ce soit de beaut� ou de personnage-type. Dans L��clatante victoire de Sarrebruck, les soldats de la gravure sont st�r�otyp�s. Par exemple, Au milieu, l�Empereur, dans une apoth�ose Bleue et jaune, s�en va, raide, sur son dada Flamboyant; tr�s heureux (�) On y cite quelques soldats qui sont d�crits par les notes de l��diteur . Pitou est le soldat na�f par excellence. Dumanet en est un autre. En plus de ces deux caract�ristiques propres au symbolisme, le tableau de Zecchin montre une certaine d�cadence. En regardant cette �uvre, en voyant ces dames faire la file, les bras pleins de cadeaux, avec ce solide et costaud garde derri�re elles qui les surveille et qui tient une �norme �p�e, on devine de �a va mal tourner. On dirait qu�elles tentent d��viter un �v�nement funeste en donnant ces pr�sents. Rimbaud parle de cette d�cadence dans ces �uvres, notamment dans L�orgie parisienne ou Paris se repeuple : Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes, Le cri de maisons d�or vous r�clame. Volez! Mangez! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes Qui descend dans la rue. � buveurs d�sol�s, Buvez! (�) C�est le dernier spasme avant la tournure dramatique ou, du moins, moins agr�able : Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques, Qu�est-ce que �a peut faire � la putain Paris, Vos �mes et vos corps, vos poisons et vos loques? Elle se secouera de vous, hargneux pourris! Le texte introduisant le recueil Une saison en enfer montre aussi de la d�cadence. Comme s�il n�y avait plus de lendemain, Rimbaud bouscule tout, comme par un regain de vie, sachant que la mort s�en vient. Un soir, j�ai assis la Beaut� sur mes genoux. (�) Et je l�ai injuri�e. Je me suis arm� contre la justice. Je me suis enfui. (�) J�ai appel� les bourreaux pour, en p�rissant, mordre la crosse de leurs fusils. (�) Je me suis s�ch� � l�air du crime. Et j�ai jou� de bons tours � la folie. Un autre po�me rappelle la d�cadence : Oraison du soir. L�auteur, ayant but beaucoup d�alcool, descend de son nuage d�ivresse et ressent tr�s peu de plaisir. Ce texte est une illustration de la d�cadence, vers sa fin. Je vis assis, tel un ange aux mains d�un barbier, Empoignant une chope � fortes cannelures, (�) Mille R�ves en moi font de douces br�lures : (�) Puis, quand j�ai raval� mes r�ves avec soins, Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes, Et me recueille, pour l�cher l��cre besoin La po�sie de Rimbaud renferme bon nombre de caract�ristiques symbolistes, dont l�importance du motif et de l�objet, la repr�sentation de l�id�al et celle de la d�cadence, lesquelles sont communes � l��uvre visuelle de Vittorio Zecchin, Les Milles et unes nuits. Ainsi, Arthur Rimbaud peut �tre consid�r� comme un po�te de ce courant artistique et litt�raire. |
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