Patrick Latendresse

MONOGAME, MOI?

JAMAIS!

L’abolition du couple


Le texte original étant libre de droits, tout usage peut en être fait; l’auteur souhaiterait néanmoins être informé au préalable.

 

NUL NE DEVRAIT JAMAIS ETRE EN COUPLE.

Le couple est la source de toute misère, ou presque, dans nos relations amoureuses. Tous les malaises qui se peuvent nommer proviennent de ce que l’on est en couple - ou de ce que l’on vit dans un monde voué au couple. Si nous voulons cesser de souffrir, il nous faut arrêter de être en couple.

Cela ne signifie nullement que nous devrions arrêter de nous aimer. Cela implique surtout d’avoir à créer un nouveau mode de vie fondé sur le libertinage; en d’autres mots, une révolution libertine. Par “libertinage”, j’entends aussi bien la fête que la créativité, la rencontre que la communauté, et peut-être même l’orgie. On ne saurait réduire la sphère du libertinage aux aventures sans lendemain des célibataires, aussi enrichissants que puissent être ces petits amusements. J’en appelle à une aventure collective dans l’allégresse généralisée ainsi qu’à l’exubérance mutuelle et consentie librement. Le libertinage n’est pas une perversion. Il ne fait aucun doute que nous avons tous besoin de consacrer au pur délice sexuel et à l’inconstance infiniment plus de temps que cette époque ne le permet, qu’on soit célibataire ou en couple. Pourtant, une fois que nous nous sommes débarrassés des contraintes de la monogamie, nous désirons presque tous aimer encore. Monogamie et célibat ne sont que les deux faces de la même monnaie de singe.

La vie libertine est totalement incompatible avec la réalité existante. Tant pis pour la “réalité”, ce trou noir qui aspire toute vitalité et nous prive du peu de vie qui distingue encore l’existence humaine de la simple obéissance. Curieusement - ou peut-être pas - toutes les vieilles idéologies sont conservatrices, en ce qu’elles croient aux vertus du couple. Pour certaines d’entre elles, comme la sexologie et la plupart des variétés de psychologie, leur culte du couple est d’autant plus féroce qu’elles ne croient plus à grand-chose d’autre.

Les tenants de la liberté sexuelle disent que nous devrions abolir toute contrainte à la satisfaction génitale. Je soutiens pour ma part le droit à l’inconstance. Les échangistes plaident pour une législation garantissant légalité de l’échange de couple. Dans la liguée des turbulents enfants de Proudhon, Michel Bakounine et Emma Goldman, j’affirme qu’il faut en finir avec le couple. Certains sexologues jappent en faveur de la pornographie. J’aspire à l’orgie, comme les pornographes - sauf que je ne plaisante pas, moi. Les hippies soixante-huitards militaient au nom de la révolution sexuelle. Ma cause est celle de la fête sexuelle.

Or, si tous ces idéologues sont des partisans du couple - et pas seulement parce qu’ils comptent entretenir un certain malaise lucratif -, ils manifestent d’étranges réticences à le dire. Ils peuvent pérorer sans fin sur l’orgasme, les positions, les fantasmes, les gadgets sexuels, la pornographie, la communication; ils sont disposés à parler de tout sauf du couple lui- même. Ces experts, qui se proposent de penser à notre place, font rarement état publiquement de leurs conclusions sur le couple, malgré son écrasante importance dans nos vies. Entre eux, ils pinaillent sur des détails. Les dirigeants et les entrepreneurs sont d’accord pour dire que nous devrions vendre et acheter du sexe. Les échangistes aiment troquer de temps en temps, mais sans détruire le couple. Les libéraux pensent que nous devrions légaliser la prostitution. Les sexologues estiment que nous devrions faire durer notre couple avec des techniques érotiques. Les féministes n’ont rien contre la monogamie, du moment qu’elle soit à l’avantage des femmes. Il est clair que ces marchands d’idéologies sont sérieusement divisés quant à la façon dont ils nous faut gérer la crise du couple. Il est non moins clair qu’aucun d’entre eux ne voit la moindre objection à la structure socio-familiale en tant que telle et que tous veulent continuer le règne de la monogamie.

Vous êtes peut-être en train de vous demander si je plaisante ou si je suis sérieux. Je plaisante et je suis sérieux. Être libertin ne veut pas dire être ridicule. Le libertinage n’est pas forcément frivole, même si frivolité n’est pas trivialité le plus souvent, on devrait prendre la frivolité au sérieux. J’aimerais que la vie soit du libertinage - mais du libertinage dénué d’intérêt et de jalousie. Je veux être libertin pour de vrai.

© Patrick Latendresse 2003

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