Il fait bon parfois de revenir à la source en consultant ses classiques. Le mot libertinage est apparu dans la France révolutionnaire de Diderot. À l’article “Libertinage” de son Encyclopédie, on peut y lire la définition suivante :
LIBERTINAGE, s. m. (Mor.) c'est l'habitude de céder à l'instinct qui nous porte aux plaisirs des sens ; il ne respecte pas les moeurs, mais il n'affecte pas de les braver ; il est sans délicatesse, & n'est justifié de ses choix que par son inconstance ; il tient le milieu entre la volupté & la débauche ; quand il est l'effet de l'âge ou du tempérament, il n'exclud ni les talens ni un beau caractere ; César & le maréchal de Saxe ont été libertins. Quand le libertinage tient à l'esprit, quand on cherche plus des besoins que des plaisirs, l'ame est nécessairement sans goût pour le beau, le grand & l'honnête. La table, ainsi que l'amour, a son libertinage ; Horace, Chaulieu, Anacréon étoient libertins de toutes les manieres de l'être ; mais ils ont mis tant de philosophie, de bon goût & d'esprit dans leur libertinage, qu'ils ne l'ont que trop fait pardonner ; ils ont même eu des imitateurs que la nature destinoit à être sages. (Encyclopédie Diderot et d'Alembert)
Le libertinage "n'est justifié de ses choix que par son inconstance", car l’inconstance est ce qui définit le libertinage. S’"il tient le milieu entre la volupté & la débauche", c’est que le libertinage ne veut pas tomber dans le crime : "il ne respecte pas les moeurs, mais il n'affecte pas de les braver" car le libertin a une certaine idée de l’utopie, idée qu’il met en pratique immédiatement. "La table, ainsi que l'amour, a son libertinage", car l’inconstance n’est pas nécessairement sexuelle, bien que le sens commun du mot “libertinage” soit érotique. Je suis personnellement surpris que cette définition de 17** soit plus juste et davantage rapprochée de la mienne que les encyclopédies actuelles. C’est sans doute que ces libertins "ont mis tant de philosophie, de bon goût & d'esprit dans leur libertinage" qu’ils ont su en faire une attitude éthique, et que ceux qui les ont suivi sont tombés dans la débauche.
Ce que la définition oublie: 1) l’harmonie (égalité réelle) entre femmes et hommes. 2) à la morale ("moeurs"), il faut y subtituer l’éthique !
© Patrick Latendresse 2003
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