De l'eau pure à l'eau purin

À peu près rien du Niagara de merde produit par l'élevage industriel n'est traité, composté. Pas même réglementé, encore moins surveillé.

par Andrew Nikiforuk

Depuis la tragédie de Walkerton, où des puits pollués ont tué au moins une demi-douzaine de personnes, les collectivités rurales s'inquiètent de la multiplication, dans tout le pays, des élevages industriels.
  Contrairement aux exploitations familiales, qui dépassaient rarement la soixantaine de bêtes à cornes et parfois une ou deux douzaines de porcs, ces installations fonctionnent à une échelle gigantesque. Ainsi, en Alberta, l'élevage était naguère l'affaire de milliers d'agriculteurs qui gardaient en moyenne une centaine de têtes; aujourd'hui, une cinquantaine de beef barons (magnats du bétail) assurent 80% de la production. Dans une zone baptisée Feedlot Alley, certains engraissent jusqu'à 25 000 têtes dans des parcs qui tiendraient sur la superficie d'un pâté de maisons de Lethbridge, tout à côté. C'est au Québec qu'on trouve les plus gros éleveurs de porc au pays; une vingtaine d'entre eux produisent près de la moitié des sept millions de porcs abattus chaque année.
«Les gens aiment penser que leur steak ou leur poulet vient d'une petite maison dans la prairie, dit Cor Van Ray, le roi des beef barons. Mais aujourd'hui, seuls les élevages industriels peuvent survivre. L'agriculture est un business.»
  Prenons l'industrie du porc, qui a connu une croissance explosive au Québec, en Ontario et dans l'Ouest. Environ 100 000 emplois, et une production destinée pour le tiers (45% au Québec) à l'exportation vers 35 pays. Les installations sont de plus en plus colossales: Taiwan Sugar, une société chinoise, veut construire près de Lethbridge une porcherie monstre de 80 000 têtes. La population s'inquiète: cette véritable chaîne de montage produira autant de déjections qu'une ville de 240 000 habitants! Sans traitement. Car les gouvernements continuent d'appliquer la même réglementation et la même fiscalité à ces véritables usines industrielles qu'aux fermes familiales.
  Ces fumiers contiennent non seulement des phosphates et des nitrates, qui tuent les lacs et les cours d'eau, et empoisonnent les nappes phréatiques, mais des métaux lourds (en raison de l'enrichissement des moulées en sels minéraux) et des micro-organismes pathogènes comme le tristement célèbre Escherichia coli 0157.
  La vie n'est pas rose pour les humains dans les zones de grands élevages: outre les odeurs et les gaz toxiques, il faut endurer les mouches, la circulation des poids lourds, la poussière et le bruit. Partout où la production industrielle concentre fumiers et lisiers, on a de graves problèmes de pollution des eaux de consommation et on connaît des épidémies. C'est dans sa région administrative de Chinook, où se trouve Feedlot Alley, que le ministère albertain de la Santé relève le plus grand nombre de problèmes sanitaires chroniques.
  Le casse-tête de la disposition des excréments est à l'échelle industrielle: une seule exploitation de 500 truies, avec chacune ses 20 petits par an, produit autant de déjections qu'une ville de 25 000 habitants. L'engraissement terminal de 25 000 bovins apporte 50 000 tonnes de fumier, la même quantité que le quart des habitants de Calgary en un an! Le fumier de la seule province d'Alberta est égal aux fèces d'une fois et demie la population entière du Canada. Les porcs québécois salissent cinq fois plus que la population de la province.

Le rapport de la Commission

Pour lire cet article en entier, procurez-vous le dernier numéro de L'actualité15 septembre 2000, présentement en kiosque.


Hosted by www.Geocities.ws

1