Jeux de main, Jeux de super-vilain

Une nouvelle par Jérémy Leroyer

 

Fermez les yeux, chers amis lecteurs, et imaginez pendant un instant un monde impossible et fantastique, un monde où les super-héros existent, un monde où les super-vilains menacent constamment d’anéantir la terre, où derrière les alter ego se cachent des extra-terrestres invincibles, des savants fous mégalomanes, des amazones immortelles, qui chaque jour jouent le destin du monde devant ses habitants impuissants.

Mais qu’est ce que je raconte ? Ouvrez les yeux immédiatement ! D’ailleurs, vous avez l’air ridicule. Bien sûr que les super-héros existent ! Peu de monde semble être au courant, c‘est out. Vous rappelez vous le petit glissement de terrain qui a emporté un village dans le Vaucluse ? Non ? Hmmm, le ministère de la désinformation s’est enfin trouvé des employés compétents, il semble.  Rassurez-vous, les parents du petit Jim Tonnerre l’ont proprement puni, son aéro-scooter lui a été confisqué, et il est privé de télé pendant trois semaines.

Ce n’est pas le petit Jimbo qui nous intéresse dans cette histoire, cependant. Ici, il s’agit d’un super-vilain. Les méchants sont souvent les plus intéressant dans les histoires, vous ne trouvez pas ? Notre histoire concerne le Dr Télépathe, alter ego de Lincoln Lowry. Un nom bien peu imaginatif et un rien désuet, mais à 82 ans, le bon docteur ne fait pas partie de cette génération qui se prend un publiciste en début de carrière. La génération du Dr Télépathe est plutôt celle des simple et direct, et son nom au moins annonçait ce à quoi les super-héros devaient s’attendre : il lit dans vos pensées, il peut vous en implanter des nouvelles, il connaît tous vos secrets. Dans l’Amérique puritaine des années 50, il avait révélé la véritable nature de la relation entre l’homme chauve-souris et son fidèle compagnon à peine pubère. Le scandale avait brisé leur carrière. Difficile de croire que personne s’en rappelle, cela avait fait tellement de bruit à l’époque.

Dr Télépathe s’était fait de nombreux ennemis dans sa carrière, mais seul la vieillesse a finalement réussis à le terrasser. Comment réagiriez-vous si vous aviez été le maître suprême des forces du mal, et que vous vous retrouviez maintenant alité dans une maison de super-retraite de seconde zone, au quartier de sécurité, et qu’une infirmière dotée elle-même de super-pouvoirs venait de rentrer pour votre toilette à l’éponge quotidienne ? Vous seriez aigris vous aussi, hein ? Mais Infirmière SuperImmune, alias Bridget Braddock, en a vu d’autres, et elle ne se laisse pas impressionné.

* * *

–« Bonjour M. Lowry. Comment allez-vous aujourd’hui ? » demanda l’infirmière. « Pas d’incidents pendant la nuit ? »

–« Va mourir, connasse condescendante ! Ca te plait de me rabaisser comme ça , Super-pouvoirs de mes couilles ! Rabaissée à piquer des fesses de vieux et nettoyer la merde ! Tu es la honte de ton espèce ! »

–« Est-ce de l’agressivité que je sens aujourd’hui ? » dit-elle un brin amusée. « Le docteur a bien dit que vous deviez préserver votre tension. Il vous a prévenu à quel point votre cœur était fragile. »

–« Ca te plait, hein, sorcière ? Me faire souffrir, me rabaisser plus bas que terre, c’est comme ça que tu prends ton pied, avoue ? Tu es bien comme ma femme, tiens ! Tu n’es heureuse que quand je souffre ! »

–« Maintenant, M. Lowry ! » L’infirmière prit un air faussement vexée. « Où allez-vous chercher des idées pareils ? »

–« Vous croyez que je ne vois rien ? Comment elle tourne autour de Captain Ultra ? Il a attendu toutes ses années pour me la reprendre, le salaud ! 55 qu’il a patienté, et il a attendu que je sois un vieillard sénile pour me poignarder dans le dos ! »

–« Vous vous calmez maintenant, M. Lowry, où je me verrais forcé d’appeler un infirmier psych’. »

       Le visage du Dr Télépathe se remplit de haine, son regard fixa celui de l’infirmière. Elle reconnut immédiatement le picotement à la base de la nuque qu’on lui avait appris à détecter. Sa main se précipita sur son médaillon, qui s’ornait d’un énorme bouton rouge.

–« Arrêtez ça immédiatement, M. Lowry, ou je déclenche le pensard. » Le picotement s’éteignit immédiatement, la haine fit place à la peur.

–« Vous mentez ! Vous n’avez pas de pensard ! J’ai détruit le dernier de mes propres mains ! »

–« Je peux en construire autant que j’en veux. » La voix appartenait au surhomme qui occupait l’encadrement de la porte, la montagne de muscle connue sous le nom de Captain Ultra. « L’hôpital a jugé prudent de m’en commander un à ta prise en charge. Bonjour Lincoln. Ca faisait longtemps. »

–« James. Qu’est-ce que tu fous ici ? Venu te gausser devant ma décadence ? »

–« Je vais vous laisser seul, M. Jarvis. » dit l’infirmière. Lincoln Lowry suivit des yeux son départ avec suspicion.

         James Jarvis, dit Captain Ultra, leader de la ligue des super-héros, tira une chaise à lui et se pencha sur le lit du Dr Télépathe.

–« Comment est-ce que tu te portes, Lincoln ? » demanda-t-il

–« Comment crois-tu que je me porte, Übermensch ? Comme une épave ! Je dois voir mon corps et mon esprit se dégrader, pendant que ma femme garde le physique de ses 19 ans, et qu’un connard extra-terrestre ressemble à un bodybuilder ad vitam aeternam.

–« Lincoln, ne pense pas comme… »

–« Est-ce que tu la sautes ? »

–« Quoi ? » James Jarvis s’attendait à beaucoup de choses dans cet entretien, mais certainement pas à cela.

–« Ma femme, Lynn. Maintenant que je suis bien inutile, elle a du revenir vers toi en courant. Après tout, tu as toujours aimé les petites jeunes. »

–« Lincoln, tu sais très bien qu’elle était juste ma partenaire. Je ne l’ai jamais touché. Mon Dieu, elle avait 17 ans quand elle m’a quitté pour te rejoindre. Elle a 72 ans maintenant ! Tout cela est de l’histoire an… »

–« Pourquoi est-ce que tu es venu me torturer ? Cela ne te suffit pas de savoir que je suis un légume impuissant, il faut que tu me plonge le nez dedans ? »

James Jarvis sortit une enveloppe de sa poche intérieure de veste et la tendit à la forme alitée. Celui-ci ne bougea pas, se contenta de fixer le regard d’acier du demi-dieu.  
–« Prends-le, s’il te plait. » supplia James Jarvis. « C’est une proposition d’amnistie du Président Forrey, pour raison humanitaire. »

         Lincoln Lowry arracha l’enveloppe d’un geste sec, et en retira la lettre. La lecture lui prit quelques minutes.

–« Je suppose que je doit te remercier pour ça. » dit-il amèrement. James Jarvis hocha la tête. « Forrey doit me considérer particulièrement inoffensif pour me faire une offre si généreuse. »

–« Tu la considérera, alors ? » demanda James Jarvis.

–« Dégage. » Lincoln Lowry rangea la lettre dans le tiroir de sa commode.

         James Jarvis se leva et quitta la pièce. Lincoln Lowry observa son dos en V, ses épaules larges comme une armoire, ses mains grandes comme des battoires, ses jambes fortes comme des pistons, Ce salaud pouvait même voler, comme sa femme ! Ou était-elle, d’ailleurs ? Ne devait-elle pas lui rendre visite ?

* * *

         Toujours avec moi, chers amis lecteurs ? Qu’en pensez-vous alors ? Pathétique, n’est-ce pas ? Comment l’homme qui avait pris en otage Héropolis, avait pris la tête d’un pays d’Europe de l’Est, qui avait ridiculisé plus d’un type en collant, pouvait-il être tombé aussi bas ? Parce qu’on a beau être super-héros ou super-vilain, on n’en est pas moins humain. Et à moins d’être immortel, comme Captain Ultra ou FlashGirl, le temps fait ses ravages sur tout le monde.

         Maintenant, regardez Captain Ultra, alors qu’il sort de la chambre du Dr Télépathe. Cet homme est physiquement incapable de pleurer, mais il pleure intérieurement, car pour lui, rien ne justifie une telle déchéance physique ou mentale. Et le Dr Télépathe, croyez-vous qu’il pleure ? Oh non, le bon docteur est bien au-delà des pleurs. Il fulmine, Dr Télépathe. Parce qu’il sait que sa femme est déjà arrivée. Il l’a lu dans le cerveau de Super-Machin, dans le court instant où il avait baissé sa garde. Il cogite sur ce que cela implique. Sont-ils venus ensemble en volant ?

* * *

         Lynn Larney arriva trop tôt. Elle avait espéré éviter James Jarvis, mais l’énorme masse faillit la renverser en lui rentrant dedans.

–« Nom de Dieu, Jarvis ! Tu ne peux pas regarder devant toi ? » La seule vue de James Jarvis suffisait à rendre Lynn Larney, alias FlashGirl, ancien alias UltraGirl, d’humeur massacrante.

–« Lynn ! » répondit James Jarvis. Sa bonne humeur fut à peine feinte. « Comment ça va ? Tu n’as pas changé depuis la dernière fois que je t’ai vu. »

–« Jarvis, cette blague n’a jamais été drôle, ni maintenant, ni ces cinquante dernières années. »

–« Non, non, Lynn. C’est pas ça. Tu dois répondre ‘Toi non plus, James, tu n’as pas changé.’ » Dégoûtée, Lynn Larney força le passage d’un coup d’épaule. « Je te préviens, » cria-t-il vers elle, « il est d’humeur massacrante. »

         Lynn Larney ne répondit pas. James Jarvis admira un instant son fessier d’éternel rouquine adolescente, moulée dans un Jean serré à faire exploser les rivets. 72 ans, mon Dieu. S’il y en avait plus comme elle, Captain Ultra n’aurait pas à changer aussi souvent d’UltraGirl.

         James Jarvis reprit ses esprits, et se dirigea vers le PC sécurité. Dr Télépathe devenait de plus en plus imprévisible, et il devait discuter avec le responsable des diverses mesures à suivre.

* * *

         Toujours là, chers amis lecteurs ? Bon, maintenant, je n’aimerais pas que vous vous fassiez de mauvaises idées. Captain Ultra est un homme de la plus grande droiture morale. Il est vrai qu’il choisit toujours des talentueuses et charmantes adolescentes comme partenaires dans ses croisades contre la super-vilénie, mais uniquement parce que, lorsque l’on fait un métier aussi fatigant et stressant, il est normal de vouloir allier l’utile à l’agréable. Captain Ultra les prenait sous son aile lorsque leurs talents commençaient à bourgeonner, laissant éclore leurs potentiels, et les laissant voler de leurs propres ailes lorsqu’il les sentait prêtes. Sûrement auriez-vous fait de même à sa place, amis lecteurs (amies lectrices, je vous conseille la lecture de Amazon Woman et ses boys, par AlphaGuy, pour une histoire plus proche de vos préoccupations.)

         Maintenant, identifiez-vous à Lynn Larney, essayez d’imaginer comment cela peut être de vivre dans un corps éternellement jeune, mais avec la maturité d’une femme de 72 ans ? Imaginez que ceux qui ne vous connaissent pas vous traitent immédiatement en dessous de votre niveau d’expérience, sans se douter que pendant 55 ans, vous avez été le soutien physique et moral de votre mari, le plus intelligent et le plus machiavélique homme de tous les temps ? Et imaginez que cet homme, que vous aimez plus que tout, subisse les ravages du temps alors que vous restez éternellement belle ? Que son ventre devienne flaccide, ses cheveux rares, son physique faible, alors que vous ne connaîtrez jamais les outrages du temps ? Et surtout, comment le convaincre que vous vous en fichez, que son aigreur à votre égard est injuste, que votre fidélité et votre amour se situe au dessus des considérations physiques ?

         Et comment gardez-vous espoir, quand son esprit devient une forteresse de ruine ?

* * *

         Lincoln Lowry se rappelait d’un temps où la vie de sa femme était la seule flamme qui pouvait réchauffer son corps, mais plus maintenant. La trahison le frappait dans son sanctuaire. Son nom dans l’esprit de Jarvis avait laissé sur sa langue un goût de cendre. Lynn Larney lui jeta ce regard mélangé de mélancolie et de passion qui l’avait rendu amoureux pour la première fois tant d’années auparavant, mais il ne pouvait voir qu’au delà de ce premier rideau, derrière ces yeux tristes. Même maintenant, il ne pouvait se résoudre à lire directement ses pensées. Même maintenant, il ne pouvait prendre la virginité du seul esprit qu’il n’ait jamais pénétré, le seul qui lui soit resté fidèle naturellement.

         Lynn s’assit dans la chaise encore chaude laissée par James Jarvis. Elle prit la main atrophiée et déformée de son mari, se mit à la caresser. Sa gorge était nouée. Ses lèvres tremblèrent pendant de longues minutes avant qu’elle ne put prononcer un mot :

–« Je me suis précipité ici dès que j’ai appris pour ton attaque cérébrale. Si tout ce qui concernait ton état de santé n’était pas classé Secret Défense, j’aurais été prévenue plus tôt. Seulement, j’étais à l’étranger. Mon Dieu, je me suis tellement inquiétée, tu ne peux… »

–« Où ça ? » demanda Lincoln Lowry. Son expression n’avait pas changé. Sa voix était monotone.

–« En Bulgarie. Je devais représenter l’organisation à une réunion des… »

–« Pourquoi est-ce que Jarvis savait que tu venais aujourd’hui ? » interrompit encore une fois Lincoln Lowry.

         Lynn Larney n’aimait pas la tournure que prenait la discussion.

–« Lincoln, chéri. » Lynn Larney savait reconnaître une crise de jalousie. Mais ce fut la première fois qu’elle en reconnut une chez son mari. « Lincoln, on doit être quatre personnes à avoir le droit de te rendre visite. Moi, James, ton avocat et le procureur. On doit tous signer un cahier de visite. Il a sûrement lu mon nom sur la liste des visiteurs annoncés. »

–« James, hein ? Et depuis quand James et toi ne faites plus tout pour éviter de tomber l’un sur l’autre ? »

         Lynn Larney posa une main sur sa nuque, male à l’aise.

–« Comment le sais-tu ? » demanda-t-elle.

–« Super-alien est une véritable balise Argos quand il baisse sa garde, et il oublie toujours de garder ses défenses quand il n’est plus dans la même pièce que moi. »

–« Lincoln, » s’enhardit Lynn Larney, « je suis au courant pour la proposition d’amnisitie. » Lincoln Lowry pétrifia soudain son visage. « Que comptes-tu faire ? »

–« Ce que je compte faire ? » railla Lincoln Lowry. « Je compte lui dire de la tailler en pointe et de… »

–« Oh Lincoln ! » supplia Lynn Larney. “Reconsidère, je t’en pris ! Je veux que tu quitte cet endroit miséreux. Reviens vivre à la maison, avec moi ! »

         Lincoln Lowry arracha ses mains de celles de sa femme.

–« Et accepter ces conditions ? Démanteler tout ce pour quoi j’ai travaillé toute ma vie ? » Il regarda sa femme comme s’il ne l’avait jamais vu auparavant. « Alors, c’est comme cela que ça se passe, maintenant ? Tu as décidé de te mettre du côté des autres ? Après 55 ans de vie commune, tu me jettes comme un linge sale ? »

         Lynn Larney, choquée, était au bord des larmes.

–« Lincoln, non ! Lincoln, je veux juste que tu reviennes, que je retrouve l’homme avec qui j’ai passé ma vie ! James est intervenu lui-même auprès du président. C’est une chance, Lincoln. Je t’en prie. Prends-la. »

         La rage gonflait les veines de Lincoln Lowry.

–« Lui ! Vous êtes de mèche, tous les deux ! » dit-il. Il secoua la tête, les mots fuyant sa gorge. « Non content de me voir confiné, de me faire souffrir, il veut me prendre le reste de ma dignité, et ma femme par dessus tout ? Vous êtes tous contre moi, vous et cette infirmière qui ne cherche qu’à m’humilier et me torturer ! Depuis quand Jarvis et toi couchez ensemble ? »

         Lynn Larney se précipita sur la forme allongée, en pleur.

–« Non, Lincoln, tu te trompes ! » dit-elle.

–« J’ai dit, DEPUIS QUAND COUCHEZ-VOUS ENSEMBLE ? »

         Lynn Larney reconnut la sensation immédiatement, sans l’avoir connue auparavant. Le picotement s’intensifia, des tentacules invisibles partirent du bas de sa nuque, pénétrèrent son cerveau, l’oppressait comme un étau, activait certains centres bien choisis, en particulier celui de la douleur. A 200 mètres d’ici, dans le PC sécurité, James Jarvis, alias Captain Ultra, détecta l’activité mentale comme un compteur Geiger détecte la radioactivité. En deux secondes et treize centièmes, il était dans la chambre de Lincoln Lowry, pour assister au spectacle de sa femme se tordant sur le sol, le corps pris de spasmes. Le Dr Télépathe se concentrait trop sur sa femme pour faire attention au nouveau venu. Reconnaissant l’urgence, James Jarvis enfonça l’interrupteur mural qui déclenchait le pensard. Aussitôt, le générateur d’ondes cérébrales caché dans les murs fonctionna à plein régime, surchargeant le cerveau récepteur de Lincoln Lowry, mais n’affectant aucunement les autres personnes, comme des ultrasons affectent les chiens sans affecter les humais. Lincoln Lowry tomba immédiatement inconscient, et les spasmes de Lynn Larney s’interrompirent.

* * *

         Bon, je sais ce que vous allez me dire, chers amis lecteurs. Pour l’instant, ça ressemble plutôt à un épisode des Super-feux de l’amour. Un mari jaloux, une femme belle et innocente, un rival beau, fort et musclé. Ajoutez à cela une pincée de super-pouvoirs, une lichette de paranoïa et une larme sex-appeal, et les feuilletons de l’après-midi ressemblent en comparaison à des chefs-d’œuvre d’observation du genre humain. Tout peut arriver lorsque l’on rajoute ces ingrédients.

         Observez donc ce que seul un observateur omniscient, aussi limité soit-il, peut observer pour vous. Car pendant que Captain Muscle transportait Jean-Serré-Girl vers un médecin, Dr Télépathe, bien qu’inconscient, n’était pas inactif. Et si Captain Libido n’avait pas été aussi préoccupé par sa, heu, libido, peut-être aurait-il fait attention à l’activité mentale du légume, aux vagues qui se propageaient dans tout le bâtiment, et aux picotements à l’arrière de sa nuque, Et si Infirmière SuperImmune n’était pas si occupée à redonner connaissance à l’éternel ado, peut-être aurait-elle reconnue les même picotements, et ainsi donner l’alerte. Quand à FlashGirl, elle, elle dormait. Elle ne sentait rien, donc pas la peine de la maudire, ce n’est pas sa faute.

         Imaginez donc un instant, chers amis lecteurs, un monde où les super-héros existent. Tout de suite plus intéressant, hein ? Pas convaincus ? Observez plutôt.

* * *

Quand Lynn Larney ouvrit les yeux, James Jarvis était à son chevet, ses mains énormes autour de la sienne.

–« Salut, mon amour. » dit-il

         Lynn Larney était trop faible pour lever quelque partie de son corps. Elle tourna la tête sur le côté, et ses yeux langoureux rencontra ceux du surhomme qui la couvrait de toute son attention. Un sourire faible mais sincère. Elle était heureuse de la présence rassurante à ses côtés. Auprès de lui, elle se sentait en sécurité. Auprès de lui, elle se pensait aussi jeune que son corps.

–« Combien de temps est-ce que j’ai été inconsciente ? » demanda-t-elle.

–« 34 heures. » dit James Jarvis.

–« Et tu es resté à mon chevet pendant tout ce temps là ? »

         James Jarvis se contenta de hocher la tête. Une boule se noua dans la gorge de Lynn Larney. Elle pleura quand elle reprit la parole.

–« Oh, James, c’était horrible ! Comment ais-je put te quitter pour rejoindre cette homme immonde ? Je le hais ! »

–« Non, maintenant, Lynn. Il est malheureux dans ce centre. N’est-ce pas au final le plus important ? »

         Ce fut au tour de Lynn Larney de hocher la tête. Cette dernière pensée lui redonna le sourire, et ramena le soleil dans une journée bien sombre.

–« Oui, je pense que tu as raison. C’est le plus important. Ca, et nous deux. »

         L’infirmière Bridget Braddock, alter ego SuperImmune, rentra à ce moment là.

–« Alors, comment se porte ma patiente préférée ? » demanda-t-elle.

–« Bien, merci. » dit Lynn Larney. « J’ai l’impression de sortir d’un cauchemar, et de rentrer dans un rêve. »

         Bridget Braddock s’assit sur le bord du lit, et caressa les longs cheveux roux de la femme alitée.

–« Je sais exactement de quoi tu parles, » dit Bridget Braddock, « exactement. » Elle jeta un regard complice vers James Jarvis, qui lui rendit avec un sourire.

         Après plusieurs minutes de discussions légères, l’infirmière se leva pour quitter la chambre.

–« Vous nous quittez déjà ? » implora Lynn Larney.

–« Oui. C’est l’heure pour M. le Dr Télépathe de subir un lavement. Le deuxième de la journée, je tiens à préciser. » dit l’infirmière.

–« Est-ce vraiment nécessaire ? » s’étonna James Jarvis.

–« En aucune circonstance, » pouffa l’infirmière, « mais connaissez-vous quelqu’un qui m’en empêcherais ? »

         Les trois complices éclatèrent de rire à ce moment là, un rire au larme chaleureux. Quand il reprit le contrôle, James Jarvis interpella l’infirmière qui se trouvait déjà dans le couloir.

–« Hey, Bridget ! Dites-lui que celui-ci est de ma part. »

         Bridget Braddock éclata de rire à nouveau.

         James Jarvis se retourna vers Lynn Larney. Elle avait repris suffisamment de forces pour pouvoir s’asseoir. Elle était belle comme le jour. Charmante comme le monde. Fraîche comme une cascade. Et sienne. Il se pencha sur son visage, sentit ses lèvres se refermer sur les siennes. Toute femme est belle quand embrassée, mais une apothéose était atteinte ici. Lynn Larney dans ses bras, jamais James Jarvis n’avait été aussi heureux. James Jarvis dans ses bras, jamais Lynn Larney n’avait été aussi heureuse.

         Poire à lavement dans les mains, jamais Bridget Braddock n’avait été aussi heureuse.

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