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ANTOINE DE SAINT-EXUPERY, PILOTE DE GUERRE Par Florence Gatté
Publié le 23 juin 2008
Extrait de France Amérique n°25, juin 2008
Le Petit Prince, célébrissime conte d’Antoine de Saint-Exupéry, est né il y a 65 ans à New York. Éternellement jeune, le héros à l’écharpe rouge est toujours une icône de la littérature mondiale, alors que les circonstances mystérieuses de la disparition de son auteur en 1944 sont peu à peu élucidées.
Avant d’être un écrivain, Antoine de Saint-Exupéry était un aviateur culte. Né à Lyon au tournant du XXe siècle, il fut un pionnier dans l’histoire de l’aviation. La Marine n’a pas voulu de lui, qu’importe : il s’engage dans l’Armée de l’air en 1921 pour assouvir sa passion pour l’aventure, et apprend à piloter. Cinq ans plus tard, il survole le désert du Sahara dans un biplan pour le transport du courrier et en profite pour se frotter à l’écriture, avec Courrier sud. Envoyé en Amérique du Sud pour créer une nouvelle ligne aérienne entre l’Argentine et la Patagonie, il y écrit son second roman, Vol de nuit, un grand succès de librairie. Après la faillite de l’Aéropostale en 1931, il intègre Air France, et publie Terre des hommes en 1938 suite à un de ses nombreux accidents d’avion qui le force au repos. Durant cette convalescence, il passe plusieurs mois à New York.
Mobilisé en 1939, l’aviateur trouve refuge aux États-Unis le 31 décembre 1940, après la signature de l’armistice. Grâce au succès qu’a rencontré son livre précédent, vendu à 200 000 exemplaires sur le sol américain, il peut vivre confortablement de ses droits d’auteur, et est incité par son éditeur à en produire d’autres. Il écrit d’abord Pilote de guerre, puis publie dans le New York Times au moment de l’entrée en guerre des États-Unis: An open Letter To Frenchmen Everywhere, appelant tous les Français à reprendre au combat.
Au printemps 42, Saint-Exupéry entame l’écriture du Petit prince. Il en dessine lui-même les illustrations, et s’isole dans une villa de Long Island pour le peaufiner. Le livre est publié un an plus tard, d’abord aux États-Unis - il ne sortira en France qu’en 1946 – et remporte un succès considérable, avec 1 million d’exemplaires vendus. Aujourd’hui encore, Le Petit Prince est l’un des livres le plus imprimé dans le monde, avec 80 millions de copies vendues dans 180 langues, loin devant La Peste, de Camus (12 millions).
Saint-Exupéry tente ensuite de s’engager aux côtés des Américains, mais il est recalé à cause de son âge et de son mauvais état de santé général. À force d'insister il obtient d'être réintégré dans un groupe situé en Corse, où il écrit sa Lettre à un Américain. Le 31 juillet, il s'envole pour une mission de reconnaissance sur Grenoble et Annecy – dont il n’est jamais revenu. Le mystère de sa disparition achève de forger la légende de l’aviateur-écrivain, qu’on a toujours supposé mort au combat, sans savoir exactement où ni dans quelles circonstances.
"J’ai tiré, je l’ai touché"
En 1998, une gourmette au nom de "Saint Ex" est retrouvée dans les filets d'un pêcheur au large de Marseille, ce qui relance les recherches de son avion. Deux ans plus tard, le plongeur marseillais Luc Vanrell retrouve des débris de Ligthning, le modèle d’avion sur lequel volait Saint-Exupéry, près de l'île de Riou à Marseille.Il démontre qu'ils provient de l'avion de l'écrivain. Les morceaux de l'épave sont remontés à la surface en 2003, et l’appareil est identifié grâce à un numéro de série trouvé sur la carlingue. Les débris de l’avion sont exposés au musée de l’air et de l’espace du Bourget depuis 2004.
Parallèlement, des débris d'un Messerschmitt allemand retrouvés à côté de l'épave lancent Luc Vanrell, aidé par le fondateur d'une association de recherches d'avions perdus pendant la guerre Lino von Gartzen, sur la piste allemande.
Le fruit de ces recherches vient d’être publié en France dans un livre co-signé par Luc Vanrell et le journaliste Jacques Pradel, intitulé Saint-Exupéry, l'ultime secret. Ils y rélèvent notamment le nom d’un officier allemand qui affirme aujourd’hui avoir abattu l’avion de Saint-Exupéry. Âgé de 88, Horst Ripper, un ancien journaliste de la chaîne allemande ZDF, affirme n’avoir appris que bien plus tard le nom du pilote qu’il avait descendu ce jour-là. "Après l'avoir suivi, je me suis dit, si tu fous pas le camp, je vais te canarder. J'ai tiré, je l'ai touché, le zinc s'est abîmé. Droit dans l'eau. Le pilote, je ne l'ai pas vu", raconte-t-il aujourd’hui. Honteux d’avoir causé la perte d’un aviateur mythique et d’un grand écrivain, il ne s’était jamais manifesté, jusqu’au jour où il a été contacté par Lino von Gartzen. Manque encore à ce témoignage une preuve tangible, pour dissiper à jamais le trouble autour de la disparition du père du Petit Prince.
Bibliographie
Toute l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry;
Courrier Sud, roman, 1929
Vol de nuit, roman, 1931 (Prix Fémina)
Terre des hommes, roman, 1938 (Grand Prix du Roman de l'Académie Française en 1939 et du Nation Book Award, aux États Unis en 1940)
Écrits de guerre, 1939-1944, publiés en 1982
Pilote de guerre, roman, 1942, Gallimard, publié simultanément en anglais, Reynal & Hitchcock
Le Petit Prince, conte, 1943, en français et en anglais, Reynal & Hitchcock, 1946, Gallimard
Lettre à un otage, essai, 1943,
Citadelle, essai inachevé, publié en 1948
Carnets, notes, publiées en 1953
Lettres de jeunesse, publiées en 1953
Un sens à la vie, textes inédits, publiés en 1956
Lettres à sa mère, publiées en 2006
Manon, danseuse et autres textes inédits, coffret en 4 volumes, publiés en 2007 |
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«C'est moi qui ai abattu Saint-Exupéry»
J.C. (lefigaro.fr) avec Le Figaro Magazine
15/03/2008 .
Un ancien pilote de chasse de la Luftwaffe de 88 ans affirme avoir tiré sur l'avion de l'écrivain, le 31 juillet 1944.
S'il est véridique, ce récit lève le voile sur plus de soixante années de mystère. L'avion d'Antoine de Saint-Exupéry, dont la disparition le 31 juillet 1944, n'a jamais été élucidée, aurait été abattu par un pilote de chasse de la Luftwaffe, selon Le Figaro Magazine, qui publie des extraits du livre événement de Jacques Pradel et de Luc Vanrell, «Saint-Exupéry, l'ultime secret» (Editions du Rocher).
«Après l'avoir suivi, je me suis dit, si tu fous pas le camp, je vais te canarder. J'ai tiré, je l'ai touché, le zinc s'est abîmé. Droit dans l'eau. Le pilote, je ne l'ai pas vu. C'est après que j'ai appris que c'était Saint-Exupéry», raconte l'aviateur Horst Rippert, âgé aujourd'hui de 88 ans.
En poste dans la région deux semaines avant le débarquement de Provence, l'ancien aviateur allemand explique que c'est en regagnant sa base, qu'il a aperçu un avion d'observation Lightning P-38 volant vers Marseille, trois mille mètres en dessus de lui.
Horst Rippert confie qu'il «a espéré, qu'il espère toujours que ce n'était pas lui», car, «dans notre jeunesse nous l'avions tous lu, on adorait ses bouquins».
Hors Rippert, qui fut journaliste à la ZDF (2è chaîne de télévision allemande) a été retrouvé au terme d'une longue enquête, menée par un plongeur marseillais Luc Vanrell, et par le fondateur d'une association de recherches d'avions perdus pendant la guerre, Lino von Gartzen.
«Vous pouvez arrêter de chercher»
Deux ans après la découverte en 1998, d'une gourmette au nom de «Saint-Ex», remontée dans les filets d'un pêcheur au large de Marseille, Luc Vanrell retrouvait des débris de Ligthning et démontrait qu'ils provenaient de l'avion de l'écrivain.
Les morceaux de l'épave étaient remontés à la surface trois ans plus tard par la société d'exploration et de travaux sous-marins Comex. Un numéro de série sur la carlingue permettait d'identifier l'appareil.
Des débris d'un Messerschmitt allemand avaient été retrouvés près de l'épave, orientant l'enquête vers l'Allemagne. «Vous pouvez arrêter de chercher c'est moi qui ait abattu Saint-Exupéry» a déclaré Horst Rippert lorsque Lino von Gartzen l'a contacté.
Parti le 31 juillet 1944 de Borgo, en Haute-Corse, à bord de son Lightning P38 pour une mission de reconnaissance et d'observation photographique pour préparer le débarquement de Provence, Saint-Exupéry n'était jamais rentré à sa base.
Les morceaux de l'avion de l'auteur du «Petit Prince» et de «Pilote de guerre» ont été remis en juin 2004 au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget. |
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PILOTE DE GUERRE Il est affecté à la base de Toulouse-Francazal dans une unité de bombardiers où il doit suivre des cours de formation. Cette situation à l'arrière lui déplaît : lui veut voler. Volontaire pour la chasse, il est cependant refusé à la visite médicale en octobre 1939. Fin novembre, malgré ses 39 ans et son état de santé, il obtient enfin d'être affecté au 2/33, le groupe de reconnaissance basé à Orconte (dans la Marne) qui vole sur une quinzaine de Potez 63.
C'est dans la vieille ferme, reconvertie en PC, que Saint-Exupéry retrouve le 2 décembre 39 l'escadrille " La Hache ". Sont là les lieutenants François Laux et Jean Dutertre, les réservistes Gavoille, Israël et Hochédé, le capitaine Edgar Moreau. En décembre, les sorties sont rares mais réfrigérantes : Saint-Exupéry vole à dix mille mètres par moins cinquante et un degrés dans des combinaisons chauffantes.
Le 18 janvier, le 2/33 est transféré à Montceaux-le-Vas et est confié au commandement d'Henri Alias.
Les mois suivants, la situation de Saint-Exupéry est plus délicate et il doit plaider pour son maintient dans le groupe. Son âge et ses erreurs jouent contre lui. Ses arguments convainquent et pendant tout le mois de mars il essaye et convoie les nouveaux Bloch 174 qui sortent des chaînes. L'appareil est nouveau : très rapide, il ne peut être intercepté par la chasse ennemie.
La guerre éclair se poursuit et le 2/33 doit constater la progression allemande dans les Ardennes. Saint-Exupéry, à Paris pour raisons médicales, rejoint son unité qui, du Bourget (17-21 mai), puis d'Orly (21 mai) et enfin de Nangis (3-10 juin) multiplie les reconnaissances au-dessus d'Arras, d'Amiens, de Péronne, de Soissons, de Château-Thierry. Les vols se succèdent : c'est la trame de Pilote de guerre.
Mi-juin, le capitaine Alias fait partir ses escadrilles vers l'Afrique du Nord. Saint-Exupéry pilote un Farmann et, via Perpignan, il rejoint Oran et Alger. Il refuse de rejoindre Gibraltar et poursuit vers Mers el Kébir. Au sol, les velléités de poursuites de la guerre furent combattues et Saint-Exupéry est démobilisé, ainsi que ses camarades du 2/33. Le 4 août, il embarque pour rejoindre la France et le 21 décembre 1940, il part en exil vers les Etats Unis. |
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