CHAPITRE 35

Message aux québécois
et au Canada anglais

Je suis un bon québécois. J'avais voté oui au premier référendum. Jacques Parizeau a créé l'illusion que l'indépendance se ferait sans effort. Je ne partage pas cet avis. Ce n'est pas une réserve d'emprunt de 15 milliards de dollars qui va assurer les québécois d'une indépendance sans misère. Les effets de l'indépendance se feront sentir sur le moyen terme.

Si les québécois disent oui à un nouveau référendum, ils gagnent quelque chose et ils perdent autre chose. Dans un Québec indépendant, il viendra un jour où ils n'auront plus de problèmes d'identité et ils auront des partenaires égaux à la négociation de traités.

Les québécois ont actuellement un leader fort en M. Lucien Bouchard. Jean Rochon est aussi un homme de valeur et il a sauvé un système hospitalier québécois trois étoiles, plutôt que d'aller à la faillite avec un système de santé quatre étoiles. Jean Charest peut réviser ses propos.

Les québécois profite de la qualité de vie que leur apporte sa communautés artistique. Le Québec a produit de très bons artistes et je ne veux en nommer aucun car j'ai mes préférences et je ne tiens pas à lancer un débat de passion sur la valeur artistique de chaque artiste. Si le Québec manque son rendez-vous avec l'indépendance, les nationalistes pourront toujours se rappeler que Gilles Vigneault a écrit : " il existe un pays qui n'a ni président, ni roi, il existe au très fond de moi ".

Les québécois qui favorisent l'indépendance doivent se dire que la chance actuelle ne reviendra pas avant longtemps. La démographie joue contre eux. Si les politiciens fédéraux et ceux des autres provinces voulaient comprendre que la constitution de Pierre Trudeau de 1982 laisse tous les peuples de ce pays insatisfaits sauf les communautés ethniques venues au Canada y trouver une terre d'exil, il y aurait peut-être moyen d'obtenir un accord. La mosaïque culturelle de Pierre Trudeau était une fuite en avant parce que le biculturalisme n'allait nulle part. Le Canada, c'est les 50 ethnies amérindiens, le canadien français replié sur le Québec et les anglophones. Une nouvelle constitution canadienne devrait s'appuyer sur cette réalité fondamentale.

Messieurs et mesdames, les anglophones, ne soyez pas plus royalistes que la reine. Tony Blair a réussi à faire la paix en Grande-Bretagne avec une constitution à quatre pôles asymétriques :

l'Angleterre, l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord. Le statut particulier du Québec est une réalité depuis l'Acte de Québec de 1790. Nous sommes loin des réfugiés de la Deuxième guerre mondiale.


Le Québec n'est pas un modèle d'état socialiste et j'ai une mauvaise opinion des leaders de la génération qui m'ont précédé. La thèse socialiste du syndicaliste Yvon Charbonneau n'est rien d'autre que le nivellement par le bas, le socialisme de la médiocrité. Il est notoirement connu que Louis Laberge aimait beaucoup mieux sa bouteille d'alcool que ses travailleurs et je ne commenterai pas les excès de langage de Gérard Larose parce que je le connais trop bien.

La jeune génération de québécois est écrasée dans un étau de l'emploi précaire par opposition à la sécurité de leurs aînés et les dettes des dépenses somptueuses de ces derniers. Elle est inculte car les professeurs des polyvalentes ne leur ont rien appris les rigueurs du français et des mathématiques. Michel Tremblay pour apprendre à écrire le français ne valait pas mieux que les histoires de bonhomme sept heures de ma grand-mère.

Et la physique prend le bord. Au laboratoire où j'ai travaillé, les techniciens formés au Cegep appliquent des formules pour le calcul des densités des argiles, une propriété de base pour comprendre le comportement des argiles par un géotechnicien. J'ai dû faire la discussion que le calcul de densité était un vieux principe établi par Archimède, 200 ans avant Jésus-Christ. Un technicien sur quatre l'avait compris. A la réplique que les sous-marins fonctionnaient sur le principe d'Archimède, le technicien m'a fait la remarque que les sous-marins fonctionnaient avec des moteurs sans avoir compris l'allusion à la règle du poids du liquide déplacé. J'ai expliqué, mais cela devrait être une évidence pour un technicien.

Un jour, j'ai dû mettre tout mon poids d'ingénieur pour faire comprendre à une québécoise que les marées n'était pas un rapport ésotérique avec la lune, mais l'application des lois de la gravité de Newton et de Coriolis. Ne pas connaître Coriolis, ça va, mais ne pas connaître Newton, c'est navrant. Comment peut-on obtenir son diplôme secondaire et ne pas savoir que les marées se calculent pas la loi de Newton, que les fusées sont lancées par des mesures de forces de Newton.

Les jeunes s'abreuvent de la musique américaine alors qu'il y a de si bons artistes québécois. En culture, le Québec peut marcher la tête haute. Les fabricants de culture américaine sont des êtres en pleine dégénérescence. La culture américaine enlève même l'instinct de survie. C'est une société malade. J'ai vu au Togo des mendiants qui voulaient survivre. Les québécois sont des impies et les jeunes ne ressentent plus Dieu comme une partie de leur moi. Les togolais chantaient et dansaient à la messe dominicale. C'est tout un contraste.

Je tiens à revenir à la mesquinerie des gens favorisés au Québec. Les pêcheurs de crabes d'un village de la Côte-Nord ont arraisonné un navire de la Garde côtière canadienne parce que leur cota avait diminué et leur revenu également. En 1995, un pêcheur de crabes gagnait en moyenne 400,000 dollars en 14 semaines de travail. Les réseaux de télévision servaient servilement la cause des pêcheurs de crabes sur le navire au quai pour quelques milliers de dollars en moins. Pas un seul journaliste n'a posé la question des revenus de leurs prises de l'année. Comme Premier ministre, j'aurais appliqué la solution radicale : l'armée canadienne pour libérer le navire gouvernemental.


Sans un redressement énergique, le Québec ne va nulle part. Je ne travaille pas, je suis sans revenu depuis trois mois et j'ai peu de bonnes perspectives. Je sais à qui la faute. Les leaders de la génération précédente et beaucoup de monde pensent qu'ils auront une meilleure situation par la ruse. Si les journalistes ne démasquent pas une ruse aussi évidente que celle des pêcheurs de crabes : oui, quelques privilégiés en profiteront sans plus.

Le Québec a beaucoup trop de petits seigneurs avec leur cour. Les courtisans ne sont rien d'autres que des suiveux. Ils n'ont aucune opinion sans le secours de leur petit seigneur et ce n'est pas avec des gens comme eux que le Québec s'affirmera. J'ai déjà eu l'image de la boulangerie plutôt que du petit pain. La boulangerie, oui à la condition qu'elle soit payée, cette boulangerie. Les financiers de New-York tirent la plogue et il n'y a plus de pain. Le trottoir sur lequel je marche n'est pas payé par les citoyens du Québec, mais par les financiers de New-York.

Ces financiers installeront, un jour, des postes de péage pour me donner le privilège de marcher sur le trottoir, car il est bien évident qu'ils ne peuvent pas emporter le trottoir en garantie à New-York. Le ratio dette globale sur PIB est supérieur à 120% pour la plupart des québécois. Une telle situation exercera des pressions à la baisse sur le dollar canadien. La marge de manœuvre des canadiens n'est d'aucune commune mesure avec la Federal Reserve. La FED peut bénéficier d'une demande constante de dollars américains alors que les canadiens doivent exporter des biens et des services pour obtenir des devises fortes.

Le Canada doit refinancer une dette de 50 milliards de dollars et les prévisions des économistes sont basées sur la règle " ceteris paribus ". Ces derniers vont à la pêche. Les sommes en jeu ne se trouvent pas dans le bas de laine de monsieur Tout le monde et le Canada doit se soumettre à la loi des marchés financiers. Le Canada est un nain économique fortement exportateur. Il est alarmiste de prétendre que les spéculateurs peuvent dicter la politique monétaire du Canada.

La valeur réelle d'une monnaie est déterminée par le marché et le dollar canadien chute ou remonte selon la différence entre sa valeur nominale et sa valeur réelle. Si les experts financiers constatent que le refinancement des dettes canadiennes se réalise facilement, ils auront probablement des bons mots pour la solidité du dollar canadien. Si l'inverse se produit, ils émettront sûrement des doutes sur la valeur de notre dollar.

Le Canada exporte beaucoup. Des efforts en faveur de l'amélioration de la productivité et des efforts significatifs pour réduire le chômage sont les meilleurs moyens pour améliorer la situation financière des canadiens. Les biens sont vendus en monnaie et la monnaie a plus d'importance que tous les autres biens.

En complément, je tiens à souligner que les québécois ne sont pas habiles pour reconnaître un bon joueur d'un mauvais joueur. Ils peuvent aduler un pas bon comme ils peuvent frapper sur un très bon joueur qui a eu un mauvais départ. Essayez de changer cela.

Demain, j'irai prier et célébrer le 26e anniversaire de la mort des membres de ma famille.

J'évaluerai au temps t+3, ce que je dois faire de mieux au temps t+4.

Le 11 janvier 1999.

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