CHAPITRE 24

DÉCEMBRE 1998

En ce samedi soir du 28 novembre 1998, notre curé annonce devant l'autel, le premier dimanche du temps de l'Avant parmi une trentaine de chrétiens pratiquants de la paroisse.

Cet événement ne fait plus courir les foules dans un Québec déchristianisé. A l'exemple de d'autres sociétés fortement industrialisées, la chaînon manquant de nombreux occidentaux est la participation à la saine pratique religieuse. La majorité du monde autour de moi ne ressent plus la magie du temps de Noël.

Noël, c'est l'espoir d'une vie meilleure même après la mort.

Les centres commerciaux conservent les chants traditionnels avec la présence du Père Noël entouré des enfants de la ville. J'écoute les cantiques et je rêve de voir mon propre enfant s'exciter devant le trône du Père Noël.

" Oh, quand j'entends chanter Noël, j'aime à revoir mes souvenirs d'enfant … et je rêve à d'autres Noël blanc ".

Un jour, ma femme me donnera des enfants pour me faire revivre d'autres Noël en famille et ressentir ce plaisir de voir jouer mes enfants autour d'un bon sapin tout décoré.

Ces quatre messes sont les dernières cérémonies ordinaires car les fêtes du Jubilé de l'An 2000 annoncé par le pape Jean-Paul II commenceront par la prochaine première messe du temps de l'Avant 1999 et elles se termineront à la fête des Rois mages du 6 janvier 2001.

Le téléjournal de Radio-Canada du dimanche 29 novembre a montré le pape présentant au monde le programme des festivités du Jubilé.

La communauté catholique du Québec a choisi le thème " Pèlerins de la liberté ". C'est un changement profond du clergé autoritaire des années antérieures et je me sens partie de ce changement. De façon générale, j'ai une piètre opinion du clergé québécois.

Après avoir été trop sévère, le clergé du Québec est devenu moralement mou et il a prêché les discours les plus absurdes pour plaire à des québécois prêts à tout renier. Il y a des limites à vouloir plaire.

Le clergé du Québec a mis beaucoup trop de temps à renier les pommes pourries de ses communautés et à protéger des pédophiles face à des orphelins regroupés et victime des abus sexuels de certains confrères sans scrupule. Il existe un temps pour pardonner et un autre pour frapper du bâton.

Quelle hypocrisie !

Les curés demandaient la soumission pour éviter le feu de l'enfer du haut de la chaire et ils montraient une complaisance inacceptable pour certains confrères en soutane.


En cette première messe du temps de l'Avant, notre curé ne nous a pas fait de sermon, mais il s'est contenté de préparer quelques animateurs pour une discussion sur la parole de l'évangile de Saint-Mathieu : " le fils de l'homme reviendra comme un voleur ".

Discutez-en.

Quand on se sait un vrai prophète choisi par Dieu, on trouve les commentaires des loyaux sujets de Dieu amusants; de bons pratiquants montraient leur peur du jugement. Mathieu était un percepteur d'impôt pour l'empire et Jésus-Christ l'a choisi. Il y en a bien d'autres qui passeront.

Un voleur n'avertit pas. J'espère que ces propos vont faire réfléchir les plus arrogants.

L'an 2000 sera la fête des croyants dévoués à Dieu et Jean-Paul II veut y faire participer le plus grand nombre de croyants du monde. Les églises chrétiennes célébreront l'entrée dans le troisième millénaire de leur fondateur Jésus-Christ.

Je considère que j'ai un devoir moral de témoigner de Dieu.

Jésus-Christ a dit qu'au temps des derniers jours, il y aurait de nombreux faux prophètes et des gens au cœur dur pour refuser de voir les signes du jugement.

Les faits ne trompent pas : les macabres mises en scène de l'Ordre du temple solaire, la révolte des davidiens aux États-Unis, les fous de Dieu de la prise d'otages des islamistes iraniens à Rome en 1984 autant que ceux de la prise d'otage du GIA à Alger en 1994 et la cruauté des meurtres contre le peuple algérien.

Il y a d'autres signes. Combien de québécois baptisés attribuent un pouvoir mythique à une agate, à une statue de Visnou ou à la lune ? Combien de québécois veulent recréer une spiritualité primitive amalgamée à une psychologie expérimentale avec laquelle les divers phénomènes paranormaux servent de réponses toutes faites à leur conglomérat spirituel ?

La foi des chrétiens est la Bible et Jésus-Christ a dit : " je ne suis pas venu pour changer la loi, mais pour l'accomplir ".

Le Coran est le livre sacré des musulmans et Mahomet était un mystique doué pour la poésie.

Il s'écrit à peu près un livre sacré par millénaire si on inclut les bouddhistes et quelques religions orientales.

Difficile de croire dans ces conditions que Dieu s'est manifesté directement à un québécois.

La révélation est la condition nécessaire et suffisante pour se dire prophète.

Je ne vais pas annoncer la fin des temps. Jésus-Christ a lui-même dit que Dieu seul sait la date et l'heure du jugement et que pas même le Fils était au courant. Jésus-Christ nous a donné la parabole du veilleur qui attend l'aurore et celle du voleur qui vient.

A une époque où les québécois moyens préfèrent revivre le bon garçon pour le Père Noël, il y a une sérieuse évaluation à faire pour replacer l'ordre des événements dans leur contexte.


Je me plais à rester le bon laïc aux comportements éthiques conformes à un bon professionnel. Je suis plus libre de cette façon. Mes obligations d'ingénieur ne sont pas un fardeau et j'ai suffisamment porté la croix pour mériter un repos. L'Église catholique du Québec de 1998 offre une grande place aux laïcs de leur paroisse et cela me suffit.

Je suis un pèlerin de la liberté et je ne veux surtout pas porter la croix des pédophiles qui hantent les vieux collèges classiques. Je suis un homme de sciences et un humaniste mou. Je pense même que les fous de Dieu comme les fous d'un humanisme fou sont deux types de faux prophètes.

Le 11 décembre, mon ancien partenaire de maison a reconnu qu'il avait profité de l'argent retiré frauduleusement de mon compte en banque. J'espère retirer cet argent et je ne veux plus revoir ce gars-là. Il n'y aura pas de pardon pour un abus de confiance aussi grave.

Mes seules obligations de laïc sont d'assister à la messe dominicale régulière et de recevoir les sacrements de tout bon chrétien. Je prends plaisir à ces obligations car j'y retrouve la paix de l'âme.

La célébration collective du pardon ne manque pas de popularité. L'église était pleine. Le québécois moyen conserve cette pratique annuelle du pécheur repentant surtout que la cérémonie n'oblige plus personne à passer au confessionnal. Il n'y a plus assez de prêtres dans le diocèse pour entendre les péchés de tous les paroissiens.

Il n'y a plus que le président Clinton pour devoir demander pardon à répétition pour une fellation avec la stagiaire Monica Lewinski. Si Bill Clinton n'était pas président des États-Unis, l'histoire n'aurait même pas fait les journaux à potins. Il y a un paradoxe à obtenir un pardon général aussi facilement et à voir l'acharnement des élus de Washington contre leur président.

Jésus-Christ a affirmé : " il est plus facile de voir la paille dans l'œil du voisin que la poutre devant son œil ". Je pense que Jésus-Christ n'a jamais dit une parole plus d'actualité. Cette phrase est à classer au niveau des grandes maximes comme " l'habit ne fait pas le moine " de William Shakespeare.

Le monde oublie beaucoup trop souvent de parler avec mesure des actes des autres et de proposer des châtiments proportionnés aux fautes en cause. Les mésaventures du président ont atteint un niveau tellement burlesque que deux anciens présidents sont venus au secours de l'Institution qu'est la Maison blanche : messieurs Jimmy Carter et Gerald Ford.

La réplique contre Saddam Hussein représente un fait beaucoup plus important. Cet homme a affamé son peuple depuis huit ans pour acheter des composés pouvant fabriquer des armes de destruction massive. Saddam Hussein ne se cache pas pour dire qu'il veut relancer la guerre au Moyen-Orient. Il faut le prendre au sérieux. Avec ses 400 puits de pétrole incendiés, Saddam Hussein est le plus grand pyromane que le monde ait connu.

Le risque du monde est que les esprits mous en viennent à dicter la norme.


Il est tout à fait paradoxal qu'un dictateur comme Saddam Hussein puisse attirer de la sympathie parmi les contestataires prétendument défenseurs de l'humanisme et de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Les esprits mous ne feront jamais alliance avec les esprits cohérents car les premiers n'ont aucune chance de goûter au pouvoir, le fruit suprême de l'arbre du Paradis terrestre sur terre. Les esprits mous vont plutôt s'allier avec les faux prophètes.

Pensez-vous qu'une chanson disant nous sommes tous des héros, nous sommes tous des Maurice Richard n'est pas l'œuvre d'un faux prophète ?

Tous les vaniteux de la terre ne demandent pas mieux d'entendre quelqu'un leur dire qu'ils sont des héros, des Maurice Richard.

Maurice Richard a été un des meilleurs joueurs de hockey du 20e siècle et le hockey est un sport qui demande des qualités physiques et mentales hors du commun.

Les faux prophètes, les esprits mous et les dictateurs sont le nouveau triangle des Bermudes, une zone où les marins du monde allaient se casser la gueule avant le développement de la météorologie.

Le président russe Boris Eltsine a sévèrement critiqué les frappes américaines et britanniques en Irak. Il faut se souvenir comment Boris Elstine a mâté la rébellion à Grosnie. Il n'a pas de leçon à donner à personne. " Il est plus facile de voir la paille dans l'œil du voisin que la poutre devant son œil " vaut pour monsieur Elstine également.

J'ai pris les arrangements pour quitter Rimouski et aller à Montréal du 24 décembre au 2 janvier 1999. Mon oncle Georges m'a offert la chambre d'invité de la communauté à la paroisse Saint-Alphonse. Mes relations avec mon oncle sont devenues des plus cordiales. Il a appris à m'apprécier avec mon franc-parler d'inspecteur de chantier de construction. Comme il le dit lui-même, je remets mon pendule à l'heure.

J'ai passé une belle veillée de Noël et une très agréable semaine. A l'image des bergers à qui les anges annonçaient qu'un Sauveur était né à Bethléem, la ville de naissance du roi David, j'avais le plaisir et la joie de croire. La Bible annonçait un Sauveur et il était là exactement comme le prophète Jérémie en avait témoigné.

Personne ne se doutait qu'il serait crucifié selon le plan de Dieu. Le Sauveur était le libérateur d'Israël; pas difficile d'éprouver de la joie à cette naissance.

J'ai profité de la belle journée du 25 décembre pour aller prier sur la tombe de ma famille, sur celles des soldats morts et à la chapelle du Frère André de l'Oratoire Saint-Joseph. J'ai prié pour ma famille et pour me trouver un bon emploi.

J'ai revu mes copains de jeunesse, le policier Gilles et le toujours fidèle Denis. Madame Tétreault m'a invité à la soirée de Noël avec ses fils et ses beaux-frères. J'ai mangé des pâtés à la viande et de la dinde farcie à plus d'un repas.


J'ai cherché à entrer en contact avec les fonctionnaires de Immigration Canada pour connaître la situation du dossier de ma femme et ses chances d'obtenir son visa d'entrée au Canada dans les prochains mois. J'ai posé plus de questions que j'ai eu de réponses.

La vie est un peu comme il en va de la température; il y a les beaux jours et les jours pluvieux. Les jours de mauvais temps, on attend que le beau temps revienne.

En cette fin d'année, il m'est devenu une habitude de faire le bilan des réalisations de l'année qui s'achève. La récolte de 1998 est maigre. Je n'ai pas eu d'emploi durant toute l'année. J'ai eu les deux coudes fracturés et je n'ai rien réglé du contentieux qui m'oppose à la SAAQ. Ma femme est toujours au Togo à attendre son visa que la Première secrétaire de l'ambassade du Canada à Accra lui a refusé. Je n'ai plus d'autre source de revenu que l'assistance de dernier recours et je m'appauvris à chaque semaine.

Il ne me reste que ma très belle maison de la riche rue des Sorbiers. C'est la conséquence de mes préférences bourgeoises. J'espère la conserver jusqu'à une période plus prospère.

J'ai réussi à écrire mon deuxième manuscrit si on considère que mon mémoire de maîtrise était le premier.

J'ai fixé un rendez-vous à mon copain d'adolescence Gilles devenu sergent de la police de la Communauté urbaine de Montréal. Il me raconte à chaque rencontre, les aléas de son travail de policier. Je connais quelques détails savoureux de la vie de nuit à Ville Lasalle.

Il m'a raconté que le temps des fêtes et du Nouvel An sont particulièrement actifs car les fêtards turbulents font leurs méfaits généralement entre 2h00 et 5h00 du matin. La direction de la police a même demandé à ses membres de rester en disponibilité pour la période de décembre 1999 à mars 2000.

Aucun congé n'est permis durant cette période. La direction prend des mesures spéciales au cas où il y aurait des troubles sérieux à Montréal à l'arrivée du troisième millénaire.

J'ai appris d'excellentes nouvelles à cette rencontre. J'avais toujours crû que ma mère avait mis le feu à la maison familiale et j'en ai parlé à Gilles cette soirée-là. Il m'a affirmé qu'il avait lu le rapport de l'incendie et la conclusion était que le circuit électrique surchargé avait provoqué l'incendie.

Gilles m'a exposé sommairement la mentalité des gens en marge de la loi et celle des policiers pour comprendre les craintes de la direction lors des prochaines festivités du Nouvel An. Un policier conçoit la société comme des groupes de personnes désireuses de tenter un méfait avec la crainte des se faire prendre la main dans le sac.

Un grand nombre de personnes ont du plaisir à réaliser des actions condamnables sans se faire prendre. Le plaisir du vice est réprimé par la loi et les bonnes mœurs et les juges condamnent les malfaiteurs. Si une personne retire plus de plaisir à pratiquer le vice qu'à subir le châtiment du juge, cette personne deviendra un criminel endurci.


C'est une conception simple et pratique de l'opinion générale d'un policier dans la société. Pour moi, le monde veut le bonheur et le pouvoir. Le jeu des hommes est de se confronter dans les situations de pouvoir et de savourer le plaisir de gagner. Voilà, le malin des hommes, leur péché originel.

A la fin de la soirée, Gilles m'avait ramené au presbytère Saint-Alphonse et je l'ai présenté à mon oncle Georges qui ne l'avait jamais rencontré. Mon oncle était ravi d'apprendre que la cause certaine du feu était une surcharge du circuit électrique.

J'ai aussi été deux fois au cinéma avec Denis pour voir les Boys II et le Prince d'Égypte, un film d'animation sur la mission de Moïse et la sortie du peuple juif d'Égypte.

J'ai célébré l'arrivée du Nouvel An avec les Pères rédemptoristes. Le local des Missions étrangères à côté de ma chambre a été défoncé durant la célébration de la messe. J'ai compris qu'il existe des malfaiteurs comme Gilles les avait décrit, assez téméraire pour prendre des risques élevés pour quelques dollars.

J'ai préféré regarder la revue de l'année à Radio-Canada plutôt que d'assister à la messe. Le téléjournal annonçait que l'Europe se préparait à transiger toutes ses transactions en Euro. Le Bye bye 1998 a suivi et, à minuit, nous nous sommes offerts les bons vœux pour la nouvelle année, qui commence : la santé, la paix, le bonheur et la prospérité.

L'année 1998 a été une année difficile et j'espère obtenir mieux en 1999. L'an 2000 est déjà dans la pensée des pères en ce début d'année.

J'ai quitté Montréal au matin du 2 janvier 1999 et je suis rentré à Rimouski sans difficulté.

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