CHAPITRE 22

LA LIBERTÉ DE PENSER

Aujourd'hui, je tourne la page et j'écris au présent.

J'ai écrit ma biographie pour vous redire paix aux gens de bonne volonté et pour dénoncer mes détracteurs et leurs protecteurs. A ces derniers, je dis qu'ils vous ont eu pour pas grand chose et je m'attends à ce qu'ils vous fassent payer votre inefficacité.

Je veux retrouver plus d'harmonie dans ma vie, revoir ma femme avec l'autorisation de Immigration Canada, mes amis de jeunesse et de nombreux collègues de travail. Je suis sans emploi, mais je ne compte pas le rester longtemps. J'écrirai à défaut de compter et de solutionner des problèmes en relation avec ma double formation d'ingénieur et d'administrateur.

J'ai subi des préjudices par le passé. J'ai passé mon message à ceux qui le méritaient. J'ai aussi fait comprendre à ceux pour qui j'ai du respect et qui ont du respect pour moi, qu'il n'y aura pas de demi-mesures, de poire coupée en deux et de passe-droit sans réparation des préjudices. Je suis un inspecteur de chantier de construction et un non ne se change pas en oui pour une petite demande mal faite.

Ceux qui ne le comprennent pas n'ont qu'à aller le crier ailleurs. Jésus-Christ et les prophètes nous ont déjà averti qu'il y aurait beaucoup d'aveugles et de sourds par la dureté du cœur et par le manque de pratique religieuse.

J'étais au dépanneur des Saules et j'y ai rencontré une cliente souriante.

Je lui ai demandé : " vous me semblez joyeuse ".

Cette dernière m'a répondu : " je me sens toujours très bien, que les choses aillent bien ou que ça aille mal, je me sens toujours très bien ".

Elle le disait avec tant de conviction que je trouvais cela remarquable. Moi, je suis toujours préoccupé quand ça va mal.

Par contre, je ne doute pas de ma foi en Dieu même dans les moments les plus difficiles et je reçois l'espoir en récompense. Je vaincrai. Voilà ce qui me fait agir. Et j'ai l'esprit pour vaincre : la double formation de la pensée technique et la pensée syncrétique des gestionnaires.

Je vis bien mes angoisses. Ce peut être un horizon de quelques minutes lorsque je dois trouver la solution à un problème ou lorsque mon ordinateur me présente des menus auxquels je ne suis pas familier.

Mes angoisses peuvent être de quelques jours pour des problèmes de santé. Ce peut être plus long pour mes interminables problèmes de finances, mais je m'en sortirai avec du travail.


Je ne vis plus l'angoisse de la mort. Je suis profondément croyant. La maladie fait probablement plus mal que la mort. Je vis en pensant à remplir mes obligations, d'abord envers ma femme, je remplirai mes obligations vis-à-vis mes enfants que ma femme me donnera et mes obligations envers Dieu et la société.

Je ne crois pas que j'apprendrai un jour, à l'instar de la jeune femme du dépanneur, à dire que je n'entrevois plus de stress pour mes soucis quotidiens. Ce n'est pas dans ma nature. J'ai étudié longtemps pour être parmi les meilleurs, mais aussi pour me former à la capacité de prendre de bonnes décisions en lien avec mon caractère prudent et opportuniste.

J'ai acquis ce que je désirais par beaucoup d'efforts, un peu d'abnégation et du talent naturel que je dois à mes parents, la génétique, la formation acquise jusqu'à 17 ans avec eux et au regard bienveillant de Dieu, une certaine bonne étoile de coups de chance et de coups moins chanceux et j'ai connu l'abandon lorsque les trois Campagna m'ont forcé à ramasser mes biens et ceux de mon père sur le pavé.

Je recherche activement à me reclasser pour obtenir un bon salaire. L'écriture ne présente aucune garantie.

Je me donne des défis intellectuels pour le plaisir de penser.

Notre église nécessitait des réparations. Les maçons viennent tout juste de rénover notre petite église de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Ils ont refait le mortier et ils ont remplacé les briques cassées. Combien de briques ont-ils inspecté ?

Il y a 12 vitraux et chaque section contient 100 rangées de briques avec des rangées moyennes de 30 briques par rangée. Je compte donc 3000 briques par section et 36 000 briques pour les 12 sections. J'estime à 6000 briques, la base frontale du clocher, et un autre 6000 briques, les contrebas du sanctuaire. Les maçons ont dû vérifier un peu moins de 50 000 briques.

Déformation professionnelle. J'ai une première formation d'ingénieur. Vu d'un sens mélioratif, un esprit d'ingénieur a toujours son utilité pour répondre aux problèmes pratiques. C'est un exemple des plaisirs irrécupérables d'un polytechnicien. J'ai d'autres exemples pour vous.

Je marche souvent, presque tous les jours. Je peux traverser la ville de Rimouski en marchant d'ouest en est, de la rue des Sorbiers à la caisse populaire Saint-Yves de Rimouski-Est et rentrer chez moi à pieds. Je suis le marcheur et j'ai remplacé la marcheuse, cette brave anglaise qu'un marin a abandonné à Rimouski et que les rimouskois n'ont jamais adoptée.

Je saluais la marcheuse et elle me saluait avec un petit sourire. J'ai crû qu'elle savait qui j'étais à quelques reprises. Je suis sur terre pour témoigner de Dieu.

Je crois de mon devoir de ne pas passer sous silence, la bonne conduite de la marcheuse malgré de nombreuses moqueries à son endroit. Je voudrais voir les rimouskois de souche se débarrasser de leur souveraine attitude du " je suis né à Rimouski ". Les rimouskois sont restés indifférents à la marcheuse pendant 30 ans. Ils mesurent les faveurs comme on dresse un chien. Ils sont méprisables à plus d'un point de vue.

La marcheuse n'avait pas la cote et je ne l'ai pas moi non plus.


Je trouve généralement mes emplois à l'extérieur de Rimouski, souvent à Québec et à Montréal. J'ai de bons amis dans ces deux villes et je reviens marcher en solitaire à Rimouski après un contrat lucratif à l'extérieur de la région. Je réussis à maintenir ma situation financière et à vivre dans une agréable maison de la riche rue des Sorbiers à Rimouski.

Je sais que ma situation hante la conscience de certains anciens collègues de classe et j'en suis très heureux. C'est comme un petit reproche à leur attitude condescendance. J'ai un vieux démon en moi qui a plaisir à rendre mes détracteurs hargneux.

Si je ne suis pas rimouskois de naissance, je connais bien cette ville pour y habiter depuis 13 ans. Combien y a-t-il de pierres de taille recouvrant la cathédrale ? De combien de briques sont composés les trottoirs du centre-ville ?

Les rimouskois nés à Rimouski n'ont peut-être jamais pensé à prendre le temps de les compter.

Voyons, la cathédrale est le monument central de Rimouski. Je n'aurais pas manqué d'y compter les pierres de taille. Il y a 12 vitraux de chaque côté de la cathédrale, soit 24 vitraux. Il y a 60 rangées de blocs de pierre jusqu'au faîte de la toiture et 15 blocs pour chaque rangée en moyenne entre deux vitraux. Il faut ajouter 3000 blocs pour la tour du clocher et 3000 blocs de plus pour le contrebas arrière. Il suffit de compter. Il y a 900 blocs de pierre par vitrail, donc 21600 blocs plus les 6000 blocs de la tour et du contrebas, ce qui donne un total d'environ 28 000 blocs de pierre pour recouvrir la cathédrale.

Un rimouskois méprisé vous aura appris une donnée essentielle de votre patrimoine culturel, l'ossature du plus important monument de Rimouski.

Cette information est parfaitement inutile comme le nombre de briques de mon église, celui des trottoirs du centre-ville ou un tableau de Riopelle. Soyons fier de cette cathédrale avec le parc à la mémoire des soldats morts au combat juste devant le portail, le musée régional et l'Institut de marine. Je vais régulièrement au musée, je suis plus rimouskois que bien des rimouskois nés à Rimouski et n'oubliez pas que je vous ai donné un quai bien construit.

Je suis un bon professionnel quoi qu'en disent quelques uns de mes détracteurs et j'ai du plaisir à compter quelques ensembles de cette nature, simplement de mémoire sans calculatrice par simple activité de l'esprit.

Avez-vous déjà pensé à compter le nombre de litres d'eau dans les océans ? Le truc est pourtant simple. Il suffit de compter le nombre approximatif de milliards de mètres cubes d'eau et de le multiplier par un facteur de 10. Comptons. Un millilitre est un cube d'un

centimètre de côté. Un litre contient 1000 centimètres cubes. Il y a un million de petits cubes dans un mètre cube. Il y a donc 1000 litres dans un mètre cube. Il ne reste plus qu'à compter le volume approximatif de mètres cubes d'eau dans les océans.

Un ordinateur nous donnerait certainement les six premiers chiffres significatifs, car tous les océans sont cartographiés et l'ordinateur peut en calculer le volume avec une précision qui dépasse toutes les approximations. L'information n'a cependant aucune valeur, sauf le plaisir pour l'esprit.


Le monde est devenu douteux pour tout, à moins d'avoir une démonstration de grande virtuosité. Très bien, vous l'aurez et calculer sans calculatrice. Évitez de croire que je fais ce genre de truc pour épater. Je le fais par plaisir. Je marchais sur la rue de la Plage à l'intersection de la rue du Rocher blanc et je me suis amusé à calculer la longueur du levier pour soulever la terre.

Archimède avait dit : " donnez-moi un levier assez long et je vous soulèverai la terre ".

J'ai voulu donner une réponse à Archimède et j'ai calculé la longueur du levier en deux ou trois minutes en longeant la rue de la Plage.

Il faut faire quelques hypothèses préalables.

J'ai donc supposé que j'avais un point fixe à un mètre du sommet du mont Everest dans le repère galiléen du sommet de cette montagne. J'ai dû également supposer que la poutre était sans poids et parfaitement rigide et que je pesais le même poids quel que soit ma position sur la poutre. Il faut garder à l'esprit les prétentions d'Archimède.

Je commence donc le calcul. La terre est une sphère dont le volume est donné par la formule 4 tiers de pi multipliés par le rayon au cube.

Le diamètre de la terre est d'environ 10 000 kilomètres et son rayon de 5000 kilomètres. Je suis un ingénieur. Je fais toujours des approximations. 4 tiers de pi est à peu près égal à 4. Les 5000 kilomètres au cube sont égaux à 125 fois le facteur 10 à la puissance 6 mètres multiplié trois fois. Je n'oublie pas qu'il faut que je multiplie le résultat par 4. J'obtiens donc un volume de 5 multiplié par le facteur 10 à la puissance 20 mètres cubes.

La densité moyenne de la terre est de 5.5 grammes au centimètre cube, ce qui me donne 5500 kilogrammes par mètre cube. Le poids total de la terre est environ de 2.75 multiplié par le facteur 10 à la puissance 24 kilogrammes.

J'ai la chance de peser 100 kilogrammes et je soulèverais la terre si je me tenais au bout d'une poutre de 2.75 multiplié par le facteur 10 à la puissance 22 mètres de longueur.

Voilà la réponse à l'interrogation d'Archimède. C'est un plaisir d'obtenir une réponse aussi simple à se souvenir et ce n'était pas si compliqué à compter. Il suffisait de transposer le tout en logarithmes.

Au dernier siècle, personne n'aurait pu faire un tel calcul, car le rayon de la terre était une donnée approximative et la densité du centre de la terre était complètement inconnue.

J'ai l'impression de construire un nouveau pont avec Archimède. Il est un peu le père de tous les hommes et les femmes de sciences, comme Hippocrate est le père de tous les médecins et Abraham, le père de tous les croyants.

Vous comprenez pourquoi je trouve toujours du plaisir à marcher. La marche stimule mes sens et les pensées venant de d'autres pensées. Je n'en finis jamais avec le plaisir de marcher. Que mes regards soient portés sur les structures du centre-ville, dans un parc d'arbres et de fleurs, sur les étendues de neige ou sur le rivage de l'estuaire, je trouve toujours le moyen d'être émerveillé.


Je retiens ce qui est beau et la région du Bas Saint-Laurent donne gratuitement ses charmes. Je commencerai par le plus pittoresque : l'estuaire du Saint-Laurent. Par beau temps, je vois la Côte-Nord en sortant de la maison, par mauvais temps, je vois le brouillard et je vais me promener sur la rue de la Plage pour entendre les vagues déferler sur le rivage.

De jour, je vois le ciel bleu et la mer d'un autre bleu et, de nuit, je vois les millions d'étoiles avec la Grande Ourse bien en évidence. Cette beauté ne changera pas en changeant de millénaire.

Le rivage devant la rue de la Plage est accessible à la marée basse sur plusieurs kilomètres de longueur. On peut y marcher à en user ses souliers. La mer a laissé un fond rocheux sédimentaire très édenté à certains endroits et de gros blocaux témoins de la dernière glaciation tout le long du rivage.

Les falaises escarpées de la baie de Sable et du Rocher blanc témoignent de la compétence de la roche lors du passage des glaciers. Ces falaises sont souvent constituées de grès dur et de quelques conglomérats. On peut s'étendre sur les zones de sable par temps chaud.

Les marais salés cachent une vie faunique abondante et les ornithologues veulent protéger ces espaces privilégiés. Les espèces d'oiseaux sont nombreuses à adopter ces milieux marins du printemps jusqu'à l'automne. Rimouski est un paradis pour les marcheurs.

La vie y est partout sous des charmes que Dieu seul a su imaginer.

L'hiver, la marche est moins attirante, car il fait froid, les accès sont limités et les plaques de glace dangereuses. Je prend plus de temps pour écrire et pour raconter mes expériences passées.

Je souffre parfois de schizophrénie. J'entend parfois des voix qui me dictent mon comportement. Ce n'est pas fréquent, mais les voix sont intenses. Je les ai supporté jusqu'à aujourd'hui, mais je connais les risques liés à cette maladie. Elles peuvent complètement me faire perdre la raison.

Le monde est complexe. Ma femme malienne est une chaman, gardienne des esprits du désert. Mon beau-père est aussi un grand chaman, gardien des esprits du fleuve malien. Il aurait des rapports avec les crocodiles comparable à nos rapports avec les chiens.

Je me suis enfoncé un couteau quatre fois dans le ventre par le jeu des forces occultes. Je ne nie pas ce genre de pouvoir et je ne le maîtrise pas. J'ai les réflexes d'un général. Si j'ai à combattre, je préfère choisir mon terrain : celui des forces physiques réelles.

Je ne nie pas l'action des gens qui ont choisi le mal. J'ai fait le choix d'en minimiser l'importance. Je veux raconter ce que je suis. Je suis un défenseur. Je me suis toujours porté à l'attaque pour occuper une meilleure position défensive. Je n'ai jamais adopté volontairement un comportement téméraire.

Je dénonce les fumistes, car ils cherchent à occuper mon territoire. Je prends place sur mon territoire et les autres occuperont le territoire inoccupé. Je suis le cavalier noir de Dieu. Je ne laisserai pas un faux prophète colporter n'importe quoi dans la zone qu'occupe les croyants.


Je souhaite nouer de nouvelles alliances fortes et durables. J'ai parfois un comportement hardi, mais c'est pour bien affirmer mes positions. Je n'empêcherai personne de montrer autant de détermination à me convaincre de ses positions. L'argumentation est une arme que je manie bien. Elle n'est pas inoffensive, mais elle ne fait pas de victime.

J'observe aussi, qu'après vingt ans d'affrontement, les groupes sociaux recherchent les consensus. Les majorités qualifiées sont une bonne voie d'avenir du monde et les voix des groupes minoritaires seront réévalués selon leur mérite. Occupons solidement le centre et nous trouverons des solutions pour les problèmes à la marge.

Je revendique ma place. Je suis un membre actif de Développement et Paix et de l'Association canadienne pour la santé mentale. J'ai fait le choix de me laisser guider plutôt que de tout bousculer comme j'ai pu le faire par le passé.

J'en ai bousculé plusieurs autour de moi et non les moindre. J'aurais pu y laisser ma peau ou plus facilement ma situation financière, mais j'habite encore la riche rue des Sorbiers et j'ai des facilités pour communiquer qui font certainement l'envie de beaucoup de monde.

Il fut une époque où il fallait faire face à la musique et j'avais besoin de mes énergies. Aujourd'hui, c'est différent. Je me retrouve avec un surplus de temps pour écrire.

Je me repose avant d'autres batailles et je me laisse envelopper par mes plaisirs de contemplatif.

Quand je m'assoie dans l'escalier gris menant à la plage du Rocher blanc, je sais aujourd'hui que le bois mort contre le mur de soutènement recèle une faune et une flore microscopique abondante.

Quand je marche de la rue de la Plage vers la baie des Sables, je rencontre toujours une importante colonie de corneilles. Leur cri est agaçant, mais ce sont de beaux oiseaux, des charognards agités au plumage bien lustré. Jean de Lafontaine avait fait un bon choix pour faire parler le renard sur les fausses prétentions du chant des corbeaux.

J'ai autant en mémoire mes randonnées sur le rivage de l'estuaire que la fable de Lafontaine du renard et du corbeau et les deux me procurent du plaisir.

" Si votre ramage est aussi beau que votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois ". " Sachez que tout flatteur vit au dépend de ceux qu'il flatte " ou quelque chose comme cela. " Cette leçon vaut bien un morceau de fromage ". Lafontaine a raison et je suis encore capable de m'acheter un morceau de fromage et de reprendre de mémoire la fable de Lafontaine.

Je sais aussi reconnaître un flatteur et je sais si les honneurs me reviennent ou si ce ne sont que des flatteries mensongères. J'ai eu mes épreuves, mais j'ai appris. La flatterie ne m'apporte plus aucun plaisir.

J'ai un regard neuf sur mes mésaventures passées. Ce sont des polices d'assurance pour des jours meilleurs.

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