CHAPITRE 17

LE RETOUR AU CALME

Je retrouvais le confort de ma maison de la rue des Sorbiers à Rimouski et le plaisir de partager des bons moments de détente avec Claude, Christine et Robert. Les journées étaient plus chaudes et nous profitions au maximum de ma terrasse et de bons barbecues préparés par Claude. Ce dernier allait quitter son logement pour emménager chez moi. J'avais deux nouveaux colocataires et cette entente était aussi bonne pour moi que pour Claude et Christine. J'avais ma chambre et ma salle de bain au rez-de-chaussée et Claude et Christine occupaient la grande chambre et la salle de bain du sous-sol. Nous partagions les frais de dépenses d la maison en imposant à mes deux nouveaux colocataires, une rente mensuelle légèrement inférieure au loyer de leur ancien logement. Claude avait pris possession de la galerie arrière où il aimait bien prendre son petit déjeuner en lisant son journal.

J'avais une nette préférence pour la lecture des livres et j'avais dans ma bibliothèque, de nombreux livres à lire dont j'attendais l'occasion entre deux contrats pour me faire le plaisir de nouvelles connaissances. Je respirais d'aise après un dur contrat à travailler au minimum soixante-dix heures par semaine. J'avais gagné plus de la moitié de mon année normale en quatre mois et j'espérais profiter d'au moins deux mois de répit. L'été était bon et j'allais me promener à la plage de la paroisse et sur les galets de la Baie des sables.

J'avais été ébranlé par les événements des dernières semaines à Havre Saint-Pierre et j'étais certain que le monde avait frôlé la catastrophe. Satan avait eu sa chance de gagner d'une manière très vile. J'en avais tiré quelques conclusions dont la principale était de me méfier de tous les trucs de magie noire. J'avais jeté mon jeu de cartes de tarot et tous les accessoires similaires.

Je ne me croyais pas au bout de mes peines et je savais que les forces occultes représentaient toujours un danger. J'ai du mépris pour les dépravés spirituels dont les plus connus sont les membres de l'Ordre du temple solaire. Leur chef spirituel usait des hologrammes et des lasers pour impressionner et endoctriner ses adeptes et ses disciples avaient des pratiques spirituelles expérimentales dangereuses. Une bonne partie du groupe avait opéré des macabres suicides

collectifs, les jours de solstice ou d'équinoxe en écrivant qu'ils dirigeaient leur âme sur l'étoile Orion de la galaxie. Jouer avec les forces spirituelles me semble beaucoup plus dangereux que les dérives sexuelles et ne comptez jamais sur moi pour vous le pardonner.

La plage avait ses assemblages de pierres qui n'avaient rien de naturel et j'en avais parlé à Claude. Je me promenais sur la plage, mais je ne touchais jamais à ces amas dont j'avais la nette impression d'une nouvelle forme de magie noire. On avait été jusqu'à blesser un chien au point que le chien avait erré la tête basse comme une personne dépressive, une réaction tout à fait anormale pour un chien. On tentait peut-être de se servir des forces occultes et j'étais prudent.


Je revoyais régulièrement le Dr Samson à qui je parlais de mes expériences récentes et de ma conception du monde. J'avais vaincu le doute coriace du psychiatre et j'avais su expliquer au Dr Samson, le comportement socio-économique du monde par les tenseurs de spatialité. J'avais le champs libre pour expliquer les autres phénomènes dont ce que je comprenais des forces occultes qui n'ont rien à voir avec le tenseur de spatialité. J'ai un esprit d'analyse différent des esprits usant de la méthode essais et erreurs. Je n'ai pas le caractère d'un téméraire pour chercher à gagner en prenant des risques non calculés et j'avais peur des trucs de magie noire. J'avais fait une courte psychose au point de ne pas regarder les étoiles de peur de lancer la terre dans un infini mathématique. Ce mauvais épisode avait duré quelques jours à l'aile de psychiatrie de l'hôpital et j'étais rentré à la maison en regardant les étoiles à volonté.

J'avais du plaisir à présenter mes hypothèses de conception du monde au Dr Samson et je trouvais des défauts de raisonnement et de nouvelles pistes de réflexion. Les observations du télescope Hubble rendent certaines hypothèses impossibles. En mathématique, on démontre qu'il suffit d'un seul contre-exemple pour réfuter une hypothèse se disant universellement valide. Prenons un exemple que beaucoup de gens vont apprécier. Si l'église catholique affirme que le pape est infaillible, il suffit de donner un seul exemple où le pape s'est trompé pour réfuter cette hypothèse. La grande majorité des gens sensés et un peu cultivés peuvent raconter un événement où un pape s'est fourvoyé. La conclusion mathématique est que les papes ne sont pas infaillibles.

Hubble a observé une collision de galaxies et les physiciens doivent imaginer un big bang à partir d'un point s'éloignant dans toutes les directions et conforme aux lois de Newton et de Einstein. Le modèle du big bang a toutes les chances de ne pas se confirmer. Il faudra un modèle plus cohérent et plus complexe. Les physiciens doivent trouver une théorie qui, selon moi, doit réconcilier un monde en expansion avec des parties en contraction. Certains phénomènes astraux s'expliqueraient seulement si la vitesse de la lumière c est variable et la théorie de la relativité aurait ses limites. La célèbre formule E=mc2 n'a probablement qu'une valeur mathématique car le monde est constitué en partie de matière et en partie de lumière. Le monde est infini dans ses dimensions physiques, mais qu'en est-il des dimensions du monde invisible ? Mettre en évidence l'existence des bosons permet de renforcer des théories sur la physique atomique et les expériences sont très dispendieuses.

Les bosons n'expliquent pas comment les chamans en transes réussissent à défier les lois naturelles de la biologie et de la physique ? Il existe certainement des dimensions psy et le monde des sciences occultes a une dualité bien et mal comme l'électricité ou le magnétisme ont les deux pôles négatif et positif. L'expérimentation du monde des dimensions psy est donc dangereux.

Les spécialistes de la géologie ont observé des inversions des pôles magnétiques au cours des âges géologiques et personne n'a fourni d'explication de ces inversions. Le climat est influencé par El nino et la nina, mais personne ne sait ce qui produit les deux phénomènes et ils ont un effet immédiat sur le climat, les catastrophiques tempêtes et les sévères sécheresses. Quels liens existent-ils entre le monde visible et le monde invisible ? Comprendre et contrôler les effets des courants du Pacifique serviraient beaucoup plus le monde que d'observer la présence des bosons dans les atomes. Les observations du monde invisible abondent par les phénomènes paranormaux, les révélations, les pratiques des sorciers africains, amérindiens ou les initiés et ce que j'ai observé des gens qui usent de la magie noire.


A 29 ans, j'avais reconstitué un puzzle sur le comportement socio-économique du monde et à 40 ans, j'imaginais les fonctionnements et les faiblesses du monde invisible par le même type d'analyse passée. Je ne possède pas une pièce maîtresse du puzzle comparable au graphique économique des 200 dernières années du professeur de Claire Delorme. Je peux poser beaucoup de questions et donner très peu de réponses. J'évite de formuler des hypothèses sur le monde visible car mes connaissances de base en physique sont insuffisantes. Je laisse le champs aux physiciens.

Mon hypothèse la plus probable est que Satan et ses anges se sont rebellés contre Dieu, qu'ils ont trouvé refuge dans la terre et qu'ils ont au moins un allié que Dieu n'a pas puni. Dieu est bon et il a créé un monde imparfait. La tour blanche manque, le cavalier noir tombe et ils ne vous restent plus que ces quelques écrits. La situation est possible surtout que je ne suis pas un modèle de sainteté et j'ai pris des risques. Jésus-Christ a sauvé l'homme et Satan a vainement tenté de l'en empêcher. L'allié ou les alliés de Satan dont Nietzsche est un membre tentent de gagner un territoire. La partie n'est pas terminée à mon humble avis. Le monde vit beaucoup sur les illusions et Satan est un maître illusionniste rusé. Les évangélistes en témoignent et, malgré les moqueries des philologues à leur endroit, les évangélistes n'étaient pas des menteurs. Lorsque Dieu choisit quelqu'un, la crainte du mensonge est plus grande que la peur de la mort. Parmi les prophètes, il n'y a eu que Jonas pour refuser l'appel de Dieu et ce dernier s'en était bien moqué.

Je partage l'opinion du pape Jean-Paul II qui écrit dans le livre " L'évangile de la vie " sa principale réflexion sur le monde en décrivant le monde dans un combat entre les forces de la vie contre les forces de la mort. Les disciples de Satan détruisent par plaisir. Les disciples de Dieu luttent pour la vie, parfois avec force et parfois timidement. L'avantage des disciples de Satan est de briser les maillons faibles car une chaîne rupture toujours par son maillon le plus faible. J'ai choisi de dire la vérité et de présenter mon analyse et mes hypothèses sur le monde car je pense qu'elle est la meilleure arme que je peux donner aux forces de la vie. Je crois en l'effort et au travail pour battre toutes les illusions de Satan.

Je me suis aussi intéressé à l'histoire en cette année 1995 et j'avais lu l'excellent livre de Henry Kissinger, Diplomacy. J'avais une vue générale de l'importance de certains événements et des acteurs principaux du monde depuis le cardinal Richelieu qui a fait la grandeur de la France au XVIIe siècle. J'en ai tiré des hommes modèles surtout parmi les militaires : le maréchal Tito qui a causé tant de problèmes à Hitler pendant sept ans jusqu'à ce que ce dernier se tire une balle dans la tête et qui a résisté à Staline jusqu'à ce que les russes le mettent en terre, le général Eisenhower qui a été le général sur le terrain de la Deuxième guerre mondiale et qui a su prendre des bonnes initiatives comme président des États-Unis

lors des crises de Berlin et du canal de Suez. J'ai reconnu que certains événements avaient une importance capitale et la rencontre Reagan avec Gorbachev à Reykjavik était un de ces événements dont monsieur Kissinger commente en disant que les dirigeants russes avaient analysé toutes les options sauf celle de voir le président Reagan quitter la salle. Le capitalisme a gagné par la peau des dents dans un combat entre le petit fils d'un cosaque gradué de la meilleure école de droit de Russie contre un acteur de cinéma et président de 9h00 à 16h00.


La situation mondiale à l'été 1995 était instable et le danger d'une extension du conflit bosniaque était réel. Boris Elstine avait une santé chancelante et les russes supportaient les serbes malgré les massacres contre les villages croates et musulmans. Bill Clinton était intervenu pour affirmer que l'OTAN interviendrait si les serbes bosniaques pratiquaient la purification ethnique. L'administration américaine montraient les preuves de charniers photographiées par ses satellites espions et l'aviation avait bombardé les positions serbes de Bosnie jusqu'à la reddition sans l'intervention russe. Les serbes bosniaques ont été isolés et une nouvelle confrontation n'est pas exclue car la partie française des forces internationales refuse de livrer les principaux seigneurs de la guerre. Il est possible que des événements amènent le monde dans une position aussi instable que la Bosnie en 1995 et même plus catastrophique

Je n'ai jamais eu de contrôle sur les décisions des dirigeants du monde et ma seule intervention avait été l'influence qu'a pu avoir la lettre à madame Simone Veil à l'automne de 1994.

Après un mois de congé, je cherchais à me replacer sur le marché du travail et j'avais rencontré un directeur de la Banque de développement du Canada par hasard qui m'offrit de démarrer une entreprise de consultants en accréditation ISO-9000. Je n'avais pas d'autre option et j'avais accepté son offre. J'allais prendre le risque de développer une nouvelle entreprise avec très peu de moyens financiers. Les démarches pour enregistrer la nouvelle compagnie étaient exigeantes et j'avais à présenter un plan d'affaire en raison d'une entente avec le centre d'emploi.

J'avais suivi dix cours sur la préparation des procédures d'accréditation à l'École polytechnique de Montréal entre mes périodes de travail à Rimouski. J'allais revoir ma cousine Claire, mon oncle Georges et mes amis de Ville Lasalle. J'allais au cimetière Côte-des-neiges et à l'Oratoire Saint-Joseph.

J'avais fondé trop d'espoir sur cette entreprise et les contrats étaient rares. L'attrait de l'accréditation ISO-9000 n'avait pas la faveur des industriels et des gens d'affaires de Rimouski. Je n'avais pas leur confiance. A la fin de l'année 1995, je doutais sérieusement de mon avenir et, en 1996, je m'étais remis activement à chercher un emploi d'inspecteur de chantier de construction. Mes revenus tirés des consultations en gestion de la qualité couvraient à peine mes frais et je ne pouvais pas maintenir mes acquis avec de si petits contrats.

La direction de Développement et Paix constatait que j'étais un bon souscripteur et le bureau de Rimouski m'avait contacté pour participer à la compagne contre les entreprises Nike et Lewis. J'avais accepté et j'avais connu de nouvelles gens à l'extérieur du groupe d'amis de Claude.

Le Parti québécois de Jacques Parizeau perdait le référendum sur la souveraineté par une faible marge. Jacques Parizeau furieux avait présenté la défaite comme le résultat de la solidarité des communautés italiennes et grecques contre sa position. Madame Arella m'avait toujours reçu comme son fils et madame Jones également. Jacques Parizeau avait tombé bien bas dans mon estime et il allait répéter à Calgary les mêmes propos.

Le pape Jean-Paul II avait pris une excellente initiative en présentant un discours sur l'importance du droit dans nos sociétés à Sarajevo et Bill Clinton avait effectué une visite remarquée en Irlande du Nord.


Toute la première moitié de l'année 1996 ne m'apporta pas succès en affaires. J'avais un bon allié en Claude qui accumulait une dette envers moi et qui diminuait sa dette lorsque sa situation financière s'améliorait. Christine avait complété son baccalauréat et elle était en mesure de travailler sauf que la situation de l'emploi au Québec est difficile depuis de nombreuses années. Je ressentais l'insécurité et la fragilité de ma situation et je cherchais à bien cibler mes meilleures options. J'appliquais sur les postes dont j'avais les qualifications. J'ai toujours eu en arrière plan, la pensée que je méritais mieux que ce que j'avais. Jamais personne de la boîte noire ne s'est manifesté pour prendre la décision de tout dire sur mes découvertes et la promesse de l'eau claire après le poisson à grandes dents avait déjà six ans.

J'avais des relations chaotiques avec mon oncle Georges. Il y avait de nombreuses positions à clarifier et ce n'était plus mon oncle Georges qui allait chercher à me faire la morale. J'avais dû répéter quelques fois que mon oncle Georges ne m'avait jamais défendu car il a souvent les oreilles bouchées selon le proverbe qu'il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mon père n'aurait jamais fait ce que mon oncle a fait, il m'aurait défendu et il aurait remis les Campagna à leur place. C'est une très bonne note en faveur de mon père.

Georges Boisjoli a toujours préféré ménager la chèvre et le chou et, par son attitude, il appliquait le principe de deux poids, deux mesures : un poids pour Pierre Boisjoli et un poids pour Jean Campagna et encore un autre poids pour Daniel Campagna. Je ne me suis jamais gêné pour le penser et pour le lui dire.

Les Campagna avaient menti à Georges Boisjoli ou, à tout le moins, ils l'avaient trompé en ne lui disant pas l'information pour comprendre ce que mon oncle Georges a compris beaucoup plus tard dans le conflit et mon oncle Georges ne l'a jamais reproché aux Campagna. Mon père avait un respect pour la vérité que mon oncle Georges n'a pas, une autre bonne note en faveur de mon père.

Plus je le disais à Georges Boisjoli et plus il répliquait. Moi, je suis ingénieur, inspecteur de chantier de construction et je suis fidèle au code de déontologie de l'Ordre des ingénieurs du Québec. Mon oncle Georges est un Père rédemptoriste qui doit normalement mettre en pratique l'enseignement de Jésus-Christ qui a dit : " si on te frappe la joue gauche, présente la joue droite ". Mon oncle Georges n'a manifestement pas intégré cette partie de l'enseignement de son maître.

J'étais bien heureux le jour où M. Savard m'offrit un poste d'ingénieur à la reconstruction du quai de Lomé au Togo situé dans la partie équatoriale de l'Afrique car mes réserves bancaires diminuaient. Tecsult avait un besoin d'inspecteurs pour le contrôle de la réparation des rues de Montréal et j'avais rejoint l'équipe de réfection des infrastructures pour une dizaine de

semaines. J'avais loué une petite chambre en ville et j'avais apporté mes effets personnels pour mon départ vers le Togo. Ce départ avait été fixé pour les premiers jours de décembre et j'étais retourné à Rimouski un week-end pour établir la consolidation des comptes dus par Claude et Christine.


Ils avaient accumulé une dette d'environ 4000 dollars et ils payaient une rente mensuelle de 400 dollars. J'avais compté que l'argent dû couvrait mes dépenses de maison, mes comptes personnels et une provision pour les imprévus. J'avais changé Claude de gérer ma maison en mon absence et de payer mes comptes en déduction de sa dette durant mon absence. Ils occupaient ma maison et je partais en confiance. J'étais rentré à Montréal et j'avais laissé ma voiture à ma cousine Claire. Je quittais Montréal pour le Togo, le 2 décembre 1996.

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