CHAPITRE 14

MONTMAGNY

En janvier 1993, la mise était relancée. J'avais un nouvel emploi avec un bon salaire et une bonne pension dont je connaissais bien les tâches et avec Richard Doré comme superviseur. J'étais entré dans un restaurant Saint-Hubert, j'avais commandé ma première bière depuis deux ans et je regardais le menu en dégustant cette bonne bière à la santé de Richard.

Le projet prévoyait la reconstruction complète du quai. Le vieux quai avait été démoli avant l'hiver et les opérations étaient devenues impraticables tellement les installations étaient vétustes. Le quai est situé sur un parc faunique protégé qui accueille des milliers d'oies blanches au printemps et à l'automne. Les battures étaient l'objet d'une protection particulière par le Ministère Environnement Canada.

La nouvelle structure était constituée de palplanches battues dans une argile molle et retenues par des tirants et des blocs d'ancrage. Un remblai de tout-venant servait à appuyer les pièces de structure et à créer une rigidité d'ensemble de toute la structure. Une rampe d'accès au traversier devait être construite, de la meilleure qualité qui soit, avec un système sophistiqué de cylindres hydrauliques à double valves proportionnelles, le tout selon la norme de qualité Z-299, une norme construite pour l'industrie de l'aviation et la construction des centrales nucléaires. Il n'en existe pas de mieux au Canada pour ce tout petit traversier.

L'entrepreneur avait la contrainte de fournir un accès temporaire au plus tard le 17 avril, à l'ouverture de la saison de navigation. En janvier, cette contrainte semblait facile à réaliser et l'échéancier prévoyait une marge de temps libre avant la date du 17 avril. J'avais connu de nouveaux experts conseil car Richard Doré et les fonctionnaires du Ministère Transports

Canada avaient demandé mon affectation au quai. Nous avions effectué les relevés topographiques par une température de _30 degrés à chercher les bornes d'arpentage sous un mètre de neige. Nous étions prêts à commencer et l'entrepreneur l'était également.

Le chantier n'avait pas débuté comme prévu parce que la fabrication des palplanches avait du retard et que les palplanches ont fait un détour de Pittsburgh au Texas avant d'être livrées à Montréal en raison d'une erreur d'aiguillage des wagons aux États-Unis. Ce double retard avait rendu l'échéancier serré car il fallait foncer les premières palplanches pour mettre en place la rampe d'accès temporaire. Le surintendant avait dû accroître le rythme de travail et j'avais rapidement reconnu et apprécié les qualités de bon constructeur de Guy. Les groupes de travail en construction de quais ne sont pas nombreux et Narcisse était contremaître au fonçage des palplanches. J'avais connu Narcisse sur le chantier de Rivière-du-loup.


Le Ministère nous demandait de mesurer l'épaisseur des palplanches car un concurrent contestait la qualité du fournisseur de palplanches et j'avais un technicien pour m'assister à l'inspection. J'avais établi une procédure de contrôle de qualité selon les normes que le professeur du cours de production m'avait apprises avec référence à l'appui. Les formations ont une valeur interchangeable utile à un ingénieur et les experts de mon nouveau bureau avaient rapidement constaté que le protégé de Richard Doré avait déjà gagné sa renommée.

Je n'avais que des bons mots pour le surintendant que Richard Doré ne connaissait pas et les rapports au chantier étaient rapidement devenus de bonnes relations d'amitié. La direction de la Société des traversiers du Québec pressait les responsables car les retards incontrôlables des palplanches avaient rendu l'échéancier très serré. Le traversier avait été retenu à la cale sèche pour quelques réparations et l'équipe du chantier avait eu le temps de placer la rampe d'accès temporaire avant l'arrivée du traversier. C'était un premier succès.

L'entrepreneur sous les ordres de Guy allait poursuivre méthodiquement la mise en place des palplanches. L'alignement était remarquablement droit malgré les nombreux angles droits et Richard Doré avouait qu'il n'avait jamais observé un aussi bon constructeur depuis le début de sa longue carrière sur les quais. Les réunions de chantier avaient l'atmosphère d'une équipe de sport où l'ingénieur de l'entrepreneur aimait bien tenter de prendre Richard Doré à contre-pieds. Richard a la réplique facile et il appréciait ce genre de confrontation. J'avais la tâche de rédiger les compte-rendu. Il y avait généralement une réunion à toutes les deux semaines et Guy, les deux Marc, les trois Richard et moi y assistaient pour régler les problèmes au fur et à mesure de la progression des travaux.

Nous avions rattrapé le retard à temps et les travaux progressaient mieux que l'échéancier. Il n'y avait même pas de date de fin de contrat, ce qui laissait à l'entrepreneur, la liberté de choisir le rythme de travail. Nous avions complété la mise en place des palplanches et Guy était incertain des méthodes de travail pour préparer le terrain sous la dalle de béton dans la rampe d'accès permanente. Cette résolution de problème en équipe avait été très efficace. La meilleur méthode était d'assécher le sol à l'intérieur des palplanches, mais j'avais calculé que les pressions d'eau étaient la plus grande difficulté de technique. Narcisse avait proposé de construire une digue temporaire afin de limiter les entrées d'eau et Guy avait choisi de pomper les venues d'eau avec une pompe de 20 centimètres. Il avait trouvé un entrepreneur en terrassement possédant une petite pelle hydraulique de la dimension idéale pour les travaux dans l'accès du quai. J'avais fait remplacer le concassé prévu par le bureau d'experts conseil par de la pierre lavée non compactée. Je savais qu'il était impossible de compacter un

concassé sur un fond argileux mou et saturé en eau. La technique à sec donnait une surface dure et Guy avait ajouté une deuxième pompe de 20 centimètres le deuxième jour des travaux pour éviter tous les problèmes d'infiltration d'eau. Nous étions prêts à bétonner la dalle sous la rampe d'accès permanente.


Des curieux avaient cherché à me confronter à l'extérieur du chantier. Richard Doré m'avait dit qu'une personne avait cherché à nuire à ma réputation à Québec. Elle lui avait présenté les lettres d'insultes que j'avais adressées à la parenté et la personne lui avait demandé ce qu'il en pensait. Richard avait répondu qu'il comprenait qu'on me devait de l'argent. L'individu lui avait demandé ce qu'il devait faire. Richard lui avait répondu de payer ses dettes.

Montmagny est un petite ville industrielle. Les citoyens de la ville achètent souvent leurs biens à Lévis ou à Sainte-Foy car la région de la capitale est à proximité. La ville compte quelques professionnels dont plusieurs figures m'étaient familières. A l'approche de la saison été, je profitais des belles soirées chaudes pour prendre une bière à la belle terrasse du bar derrière l'église avec de nouvelles connaissances de passage. Un projet de construction a un début et une fin et un inspecteur de chantier ne recherche pas les alliances à vie. J'avais un beau logement, j'étais joueur du club de soccer local et je partageais mes temps libres à flâner sur les terrasses. J'allais souvent à Québec les week-end sur la promenade du Château Frontenac et à la Place royale pour écouter les musiciens de la rue ou voir les amuseurs publics. J'avais assisté au festival de folklore de Beauport et j'avais connu une charmante russe à la soirée de danse libre avec qui j'ai correspondu quelques années. Je n'avais pas manqué de visiter l'Île de la quarantaine, le lieu de séjour des immigrants au XIXe siècle. J'avais à Montmagny, une vie agréable.

J'avais quelques détracteurs parmi les curieux du quai. Ils auraient eu bien de la difficulté à me prendre en défaut car le chantier progressait admirablement bien et j'étais un inspecteur de chantier des plus fiables. J'avais appris ma profession avec un très bon chargé de projet et j'avais écrit un mémoire de maîtrise de 325 pages sur l'inspection de chantier. J'y avais réfléchi longtemps. Je sais qu'un bon inspecteur de chantier tente de se limiter au contrôle de la qualité des travaux. Il est préférable de remettre au chargé de projet, tout ce qui est affaire d'argent. Richard aimait bien contrôler les finances du projet, ce qui était parfaitement en accord avec ma réflexion sur la gestion des projets de construction. Lorsque qu'un problème survient, il est préférable de le repérer rapidement et de le reporter à la réunion de chantier suivante. Il est difficile de prendre en défaut un inspecteur de chantier s'il applique la dernière règle importante de mon très cours manuel du bon inspecteur de chantier : un inspecteur de chantier doit être un bon soldat et dire non lorsque la situation l'exige. Non, c'est non et oui, c'est oui. Un inspecteur de chantier de construction ne doit pas dire non et dire oui au premier argument du premier venu. Si l'inspecteur de chantier se fait demander une faveur ou l'acceptation d'un travail, il doit analyser la demande et il doit préférablement répondre qu'une seule fois.

L'accès au chantier était difficile. Un camionneur devait tourner à sa gauche à l'entrée du quai et reculer d'un angle droit sur sa droite pour traverser la limite du quai, une manœuvre du sens opposé au chauffeur. Il devait ensuite effectuer un tracé en S avant de décharger. L'entrée était une zone de stationnement interdit, mais plusieurs voitures s'y stationnaient et elle avaient pour effet de restreindre l'espace à l'entrée du quai. J'avais demandé des tréteaux à la ville que je plaçais en évidence pour enlever toutes les voitures dans la zone de manœuvre des camions. Sur le chantier, l'inspecteur est maître et il doit le montrer au besoin. Quatre


motocyclistes s'étaient stationnés juste à l'entrée du quai pendant que les camionneurs devaient agir avec plus de prudence pour éviter de frapper une moto. Je ne les considérais pas comme les bienvenus et j'avais placé un tréteau à 10 centimètres de la dernière moto. Le leader du groupe m'avait lancé un air de défi et j'étais prêt à la bagarre. Il affichait fièrement une veste noire avec un tigre dans le dos. J'attendais le tigre. Quelques curieux s'étaient moqués de lui et il avait quitté le chantier avec ses trois copains.

La guerre des tréteaux était lancée.

Mes détracteurs avaient trouvé une bonne occasion pour me faire plier. Quelques personnes anonymes voulaient perturber l'accès au quai. J'allais maintenir mes tréteaux les jours de camionnage et chasser les véhicules en infraction. C'était devenu le rendez-vous d'un petit clan d'indésirables. Le samedi qui précédait le bétonnage de la dalle sous la rampe d'accès permanente, l'entrepreneur effectuait des travaux mineurs sans nécessiter de camionnage. J'avais décidé de donner une bonne leçon au groupe d'indésirables selon ce que j'avais appris de l'article sur la table de la bibliothèque de l'UQAR. J'avais noté tous les numéros de plaque d'immatriculation des véhicules en infraction dans mon calepin de notes. Une voiture Audi 5000 noire était venue se placer devant l'entrée et j'avais noté son numéro. Le conducteur m'avait demandé pourquoi je notais les numéros et je lui avais répondu qu'il n'y avait rien qui m'en empêchait. Le conducteur était descendu de sa voiture et il avait tenté de me parler. Guy lui avait dit qu'il fallait un casque de sécurité pour entrer sur le chantier. L'homme était reparti sans rien dire. J'avais lancé un jeu où on tentait de rentrer sur le chantier et je me précipitais à noter les numéros de plaque d'immatriculation. Le jeu avait fini lorsque le conducteur d'une camionnette avait avancé centimètre par centimètre, il s'était arrêté, il était parti et tous les autres avaient suivi. J'avais provoqué l'effet spatial. CQFD avais-je en mémoire. Il y avait sur les lieux une observatrice attentive et indifférente au jeu. J'avais supposé que les conseillers de la boîte noire avait délégué cette observatrice. Mes détracteurs s'étaient rendus compte qu'ils n'allaient nulle part. Le jeu était terminé.

Le lendemain, deux chantiers en construction étaient incendiés à Québec. Peut-être un hasard, peut-être pas. Le lundi, un homme mort était trouvé dans une bétonnière avec son amie en larmes à côté de lui. Peut-être un hasard, peut-être pas. Guy avait prévu bétonner la dalle le mardi à 14h00 et j'avais placé mes tréteaux à midi. Le bétonnage s'était bien passé et une violente tempête de sable s'était élevée à l'instant de bétonner le dernier mètre carré de la dalle. Je n'avais jamais vu une tempête de sable au Québec et ce phénomène n'était probablement pas un hasard. Je n'ai aucune idée de sa signification. Les ouvriers effectuaient le lissage du béton que j'avais jeté une pierre de carrière d'une centaine de kilos dans le béton frais. Cette pierre angulaire est ma signature du quai de Montmagny, un avertissement à mes détracteurs que je pouvais en rajouter et la pierre angulaire de la Bible. J'ai toujours interprété les propos suivants de Jésus-Christ : " la pierre que les bâtisseurs auront rejeté deviendra la pierre d'angle sur laquelle on viendra se briser " comme parlant de moi. Le garçon au clin d'œil avait dit que la tour blanche protège le cavalier noir et cette révélation m'a toujours aidé à me donner confiance pour affronter les dangers. J'avais déjà eu la tendance à avoir peur des réactions, mais j'attend maintenant les vraies situations de danger pour avoir peur.


J'avais ramassé mes tréteaux en quittant le chantier et on avait tenté de provoquer un accident devant ma voiture. J'avais roulé jusqu'à mon logement tranquillement. J'étais anxieux ce soir-là et je n'avais pas dormi de la nuit. J'avais tiré les cartes du tarot et j'avais sorti le clown, une possibilité sur environ 120 choix. Je ne voulais pas me fier à ce conseil et je m'attendais à des

tentatives malicieuses de provoquer des événements regrettables. J'étais au chantier à 6h00 et j'avais coupé la page des numéros de plaques d'immatriculation au cas où l'on voulait se servir de mon technicien pour récupérer cette preuve. On avait tenté de me laisser une lettre en disant qu'elle provenait du ministre. Les nouveaux trucs étaient vraiment absurdes. Le château Richer en rénovation avait été incendié.

Dans les jours qui ont suivi, quatre jeunes s'étaient suicidés et deux hommes étaient morts d'un coup de fusil dans la petite ville tranquille de Montmagny. Le curé avait fait un sermon sur l'appel au pardon à la messe du dimanche et les esprits s'étaient calmés. J'avais des gens de Montmagny pour ne pas me chercher rancune et j'en avais entendu une pour dire : " il a du chien dans le corps, mais au quai, ça marche ".

Les travaux avaient poursuivi normalement. L'entrepreneur avait préparé la partie supérieure de la dalle sous la rampe d'accès permanente et les autres structures de béton. Il n'y avait plus personne pour contester le bien-fondé des tréteaux. Le Ministre de la justice et député du comté était venu me saluer et il avait respecté la consigne de l'espace prioritaire aux camionneurs malgré quelques protestataires. Le Ministre présentait à l'époque, un projet de loi à la Chambre des communes pour criminaliser le harcèlement et il est évident que le conflit contre les Campagna m'avait engagé dans des phases de harcèlement dont certains citoyens en avaient des versions trompeuses.

L'entrepreneur exécutait bien les travaux et j'effectuais la surveillance sans faute. Nous avions quatorze pieux à foncer et j'avais calculé les formules de battage des pieux, une partie importante d'une bonne structure que les experts en structure ne connaissent souvent pas. Le battage des pieux est un contrôle suffisamment important pour ne pas se fier sur le technicien pour accepter un pieu. Toutes les charges des structures sont transférées sur les pieux. Un pieu pas assez battu ne donnera pas la capacité portante prévue et un pieu trop battu peut se briser ou flamber en terme technique.

Le bureau de chantier de l'ingénieur occupait le vieux restaurant et les portes étaient mal fermées. Il existait plusieurs copies de la clé, mais personne n'avait jamais rien volé. J'étais descendu au sous-sol par hasard et j'y avais observé un désordre affreux. J'avais parcouru les lieux et j'avais observé mes gants de ski laissés à la maison de Maurice D. Campagna. J'en avais immédiatement déduit qu'on tentait de refaire le coup de la magie noire. J'avais tout ramassé les petits symboles et j'avais jeté aux ordures trois sacs de déchets. J'avais tout replacé les gros objets et j'avais installé des cadenas supplémentaires aux deux portes d'accès.


Au milieu de l'été, l'atelier de structure avait livré les deux tours et la poutre maîtresse supportant la rampe mobile. Leurs ouvriers avaient monté les pièces d'acier galvanisé. Ils avaient livré la rampe mobile assemblée sur un véhicule spécial et les curieux avaient apprécié le défilé. La structure était imposante ; il avait fallu deux jours de préparation pour assembler les accessoires temporaires à la mise en place de la rampe et quatre jours pour fixer la rampe à ses points d'ancrage. Le mur ouest était en mauvaise état et il ne faisait pas partie du contrat. Nous avions ajouté la reconstruction du mur par son remplacement par un mur de soutènement en béton. Si les fonctionnaires confrontent les colonels du Ministère de la défense, les fonctionnaires du Ministère Environnement Canada sont la terreur de l'appareil gouvernemental. Le mur a été construit sans étude environnementale et les battures de Montmagny ont repris leur place l'année suivant les travaux.

Le gouvernement conservateur préparait la nouvelle campagne électorale et la direction de Montréal du Nouveau parti démocratique m'avait contacté pour m'offrir un rôle dans l'organisation. J'avais beaucoup mieux à faire et j'avais refusé. Madame Simone Veil avait été nommée Ministre des affaires sociales et des villes du gouvernement français et je lui avais adressé mes félicitations. Elle n'avait pas manqué de me retourner un petit mot de salutation.

Ma situation financière avait la stabilité de mes beaux jours et j'avais fêté l'événement avec Richard au restaurant du Manoir, le meilleur restaurant à l'est de Québec. Le chantier progressait selon un rythme normal. L'entrepreneur avait installé la rampe d'aluminium et le ponton flottant. Le constructeur du bâtiment complétait la structure et l'entrepreneur électricien avait commencé à installer les boîtes électriques et les câbles souterrains en vue de brancher le compresseur des cylindres hydrauliques à l'alimentation électrique. Le chantier était une fourmilière de sous-traitants et nos réunions de chantier amenaient plusieurs nouvelles personnes sans compter que certains directeurs appréciaient l'atmosphère de nos réunions et profitaient d'un détail de coordination pour venir voir la progression du chantier, le beau paysage des battures de Montmagny et assistaient à nos réunions. Pour les détails de coordination, nous n'étions jamais en retard sur les travaux.

La nouvelle technologie des doubles valves proportionnelles avait ses succès et ses ratées et l'atelier de fabrication du système hydraulique avait supporté une bonne partie des frais. A la fin des réglages, la rampe mobile montait et descendait sans ressentir la moindre secousse. Le test de chargement était concluant et le Ministère était le grand gagnant de ce chantier expérimental et de ce projet pilote. L'entrepreneur avait soumissionné sous l'évaluation et il avait accepté un marché passablement plus bas que le deuxième soumissionnaire. Le Ministère avait un quai d'une qualité inégalée pour un prix plus faible que ses estimés. L'atelier de fabrication du système hydraulique et l'entrepreneur général rentraient dans leurs frais sans bénéfices. Nous avions tous appris les principales particularités de la norme canadienne Z-299 et les donneurs d'ouvrage commençaient à exiger l'accréditation ISO-9000, une norme de qualité internationale construite à partir de la norme britannique et de la norme canadienne. Si certains n'avaient pas gagné autant qu'ils l'espéraient, l'expérience acquise était bénéfique.


L'été était terminé et le rythme du chantier ralentissait à la phase terminale des travaux. J'avais rendu visite à mes copains Gilles et Denis de Ville Lasalle avec qui j'avais l'habitude de passer quelques soirées. Gilles, un habitué des nuits de veille comme policier de la Communauté urbaine de Montréal, réussissait à me faire la tournée des boîtes de nuit jusqu'à 3h00 du matin. Nous avons notre routine : un souper au restaurant, quelques parties de billard à la discothèque, quelques bières au bar de danseuses nues et la soirée se terminait rarement avant 2h00. C'est épuisant. Je profitais surtout de la journée pour bavarder avec Denis sur la terrasse du vieux port, aller voir le dernier film d'action ou la partie de hockey de la Ligue junior majeure. Sa mère nous préparait souvent un bon souper. J'allais parfois rendre visite à madame Arella qui m'invitait souvent à dîner et à boire le vin de la dernière cuvée de son mari. Je ne manquais pas d'aller prier sur la tombe de mes parents et de saluer le terrain des soldats morts à la guerre et de rendre une visite de courtoisie à la mémoire du frère André de l'Oratoire Saint-Joseph. C'était mon pèlerinage à Montréal.

L'entrepreneur dont Guy était le surintendant avait obtenu le contrat de reconstruction du quai de Rimouski-Est. L'expert conseil était le même que le projet de Montmagny et j'étais nommé inspecteur de chantier sur le projet. Les chargés de projet du Ministère étaient différents. J'allais laisser mon logement à Montmagny et retourner vivre à Rimouski.

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