CHAPITRE 13LES DIPLÔMESAvancer ou périr. Marche ou crève. C'était un principe que j'allais appliquer et mon objectif de l'année 1991 était de compléter mes deux programmes de baccalauréat et de maîtrise. J'occupais une chambre de résidences semblable à ce que j'avais connu douze ans auparavant et cette condition me satisfaisait. J'allais rédiger un premier texte de mon mémoire et le soumettre à mon directeur de mémoire au printemps. Je rassemblais mes notes et je rédigeais. J'avais une routine bien régulière : je me levais vers 8h00, je travaillais jusqu'à midi, je prenais le dîner, j'allais marcher dans le parc Beauséjour en pensant à ce que j'avais écrit et à ce que j'allais écrire, je prenais le souper et je travaillais jusqu'à l'heure du coucher. J'étais entrer dans un tunnel et j'espérais en sortir avec l'approbation de mon mémoire de maîtrise. Il n'y avait à peu près plus personne pour me chercher querelle. Mes détracteurs avaient réussi un bon coup et ils semblaient satisfaits de leur réussite. Ils imaginaient probablement que le coup était suffisamment solide pour la faute commise ou pour me mettre hors d'état de nuire. J'avais présenté un texte d'environ 125 pages à mon directeur et j'attendais les commentaires. J'avais aidé Diane et mes finances personnelles étaient mauvaises. J'avais appliqué pour obtenir l'assistance de dernier recours et je l'avais obtenu car je me qualifiais aux règles en vigueur. J'étais considéré comme un universitaire avec un mémoire de maîtrise incomplet sans statut d'étudiant. Je n'étais inscrit à aucun cours. Diane me devait 5000 dollars et elle allait m'en remettre uniquement 400. J'avais perdu sa trace et je m'en méfiais en raison de ses liaisons d'affaires peu recommandables. J'avais demandé la bourse d'étudiant de maîtrise en gestion de projets et je me qualifiais à tous les critères. Ma ténacité et la collaboration d'un professeur m'avait permis d'obtenir le tiers du la bourse, soit 1400 dollars, ce qui payera tous les frais de rédaction et de correction de mon mémoire de maîtrise. Mon directeur avait qualifié mon mémoire de trop personnel et c'était délicat de sa part. En relisant le texte, j'avais compris que j'y mettais mes rancunes avec les Campagna et j'avais tout repris le mémoire depuis le début. J'avais fouillé de nouvelles pistes en gestion pendant les semaines d'attente que mon directeur prenait à me donner ses commentaires et j'allais préparer un deuxième texte de plus de 200 pages. Après quelques semaines, mon directeur commentait cette nouvelle version comme étant un très bon redressement et il y avait ajouté les points à préciser et à développer. J'étais sur un bonne piste. | ||
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Il n'y avait que mes obligations personnelles pour me distraire. Les résidences du Cegep n'étaient qu'un lieu de passage et j'avais revu la gérante de mon premier logement à Rimouski qui m'avait proposé le petit logement au-dessus de son nouveau dépanneur. Le logement me convenait et il n'était pas cher. J'avais loué son logement et quitté les résidences. Je comptais chaque dépense que j'effectuais car l'aide de dernier recours ne laisse aucune marge de manuvre à son bénéficiaire. J'avais déménagé mes meubles dans une grande où j'avais loué un espace d'entreposage à la fin du bail du logement du Bic. Diane était absente et elle ne voulait pas m'aider à déménager. J'avais obtenu l'aide d'un autre copain. On avait déplacé plusieurs objets selon les trucs des symboles de désordre organisé et les dégâts d'uf sur le réfrigérateur. J'avais tout lavé et tout rangé. J'avais jeté aux ordures cinq sacs de déchets. Si on s'attendait à une panique de ma part, on devait être déçu. J'avais emménagé dans un logement propre et je remettais un logement propre. En septembre, je m'étais inscrit à mes deux derniers cours du baccalauréat et je poursuivais la troisième version de mon mémoire de maîtrise. J'avais soumis un nouveau texte de 300 pages et mon directeur m'avait demandé quelques corrections au mémoire. Au milieu de semestre, j'avais eu de très bons résultats d'examen aux deux cours du baccalauréat et j'avais accumulé suffisamment de points pour ne plus être inquiet. C'était gagné. Je prenais mon temps et je savourais déjà cette victoire dans les fauteuils de l'atrium. Un copain disait de moi que j'étais l'étudiant en vacances. Je n'avais pas manqué d'être le gardien de but du club de soccer de l'université malgré la fragilité de la cicatrice au ventre. J'avais l'expérience des attrapées de ballon en extension et je savais doser mes efforts. J'avais effectué les quelques corrections demandées et les deux professeurs supervisant mon mémoire l'avaient accepté. J'avais manqué de souffle dix ans auparavant, mais j'étais maintenant un maître es sciences. J'avais obtenu tous les résultats pour les deux diplômes au même semestre, un an après cette chasse où j'étais le gibier. J'avais célébré Noël avec joie et l'arrivée du Nouvel An à Montréal avec mes copains. J'entreprenais une nouvelle vie. Ma situation économique n'était pas enviable et le Québec traversait le pire ralentissement économique depuis la crise de 1982. J'avais beaucoup de temps de disponible et très peu d'argent. Il y avait peu de personnes pour me féliciter de mes succès et je n'en attendais pas. Cet honneur, je le gardais pour moi et j'étais le seul à en connaître tous les mérites. J'avais tenté de rencontrer Claire Delorme, mais elle avait déménagé sans laisser d'adresse. Un officier de la GRC s'était suicidé et j'avais tenté d'expliquer qu'il y avait peut-être un réseau de trafiquants de médicaments psychiatriques qui pouvaient en être la cause et j'avais donné des indications pour retracer Claire. Je ne connais pas les moyens d'enquête pour retrouver une personne disparue et c'était le maximum que je pouvais faire pour aider Claire. Elle est portée disparue à la police de Montréal depuis plusieurs années et je n'en ai jamais eu d'autres informations. | ||
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En revenant à Rimouski, le milieu politique se préparait à la campagne en faveur de l'Accord de Charlottetown. On avait sollicité ma collaboration, mais ma réputation avait ses hauts et ses bas et je n'avais pas participé activement à la campagne. Je tiens à souligner le efforts méritoires de Jos Clark pour en arriver à cet accord. La campagne référendaire s'était très mal déroulée pour les forces favorables à l'accord. Robert Bourassa avait été mis hors de combat par un balayeur d'ondes et une mauvaise conversation enregistrée. Brian Mulroney déchirait l'Accord devant une assistance de personnes âgées et une autre politicienne fédérale amenait une controverse en disant que le gouvernement fédéral ne distribuait l'Accord parce que les gens ne lisaient même pas le guide de leur magnétoscope. Jacques Parizeau devait rire des erreurs de débutants de ses adversaires dont aucun n'avait mentionné que le Parti québécois jouait son avenir politique si la population canadienne votait en faveur de l'Accord. L'Accord était battu sans équivoque par la population canadienne. L'Accord ne plaisait à personne, mais il n'y avait eu que les participants pour comprendre la dynamique de la négociation. Dans toute négociation, tu obtiens des demandes et tu en laisses en échange. J'ai appris cette leçon sur les limites de la démocratie. L'échec de Robert Bourassa offrait au Parti québécois, l'occasion dont il devait profiter. Le gouvernement fédéral avait le succès d'un accord de livre échange avec les américains qui allait ouvrir la voie à un grand marché nord-américain. Brian Mulroney avait stabilisé le déficit autour de 35 milliards de dollars par année, une performance bien moyenne. Le chômage était en croissance et j'étais sur l'assistance de dernier recours. J'avais soumis une demande au doctorat en administration à quatre universités. L'UQAR n'a pas de programme de doctorat en administration et une demande doit être parrainée par un professeur. Je n'avais pas cherché des appuis assez tôt avant la présentation de ma demande et j'avais été refusé à chacune des universités. J'avais passé l'année 1992 sur le statut précaire de diplômé et d'ingénieur en chômage. Je pratiquais le ski de fond durant l'hiver et le soccer l'été. Je lisais beaucoup. J'avais présenté un projet de recherche en gestion de la qualité et j'avais méthodiquement lu un grand nombre de livres traitant du sujet. J'avais complété l'emploi de mon temps par des lectures en sciences économiques et j'avais lu le Coran. La bibliothèque de l'UQAR était ma deuxième résidence. J'y trouvais l'ordre, le silence et la propreté. Mon logement ne me servait qu'à dormir. Les lieux étaient étroits, sombres et l'odeur désagréable. Je préférais nettement la bibliothèque à ce petit logement. Je m'informais de l'actualité internationale. Michaël Gorbachev avait une pratique politique dont j'admirais les stratégies. Il est la personne qui avait le mieux compris le comportement social selon un tenseur de spatialité. Si les collaborateurs de la boîte noire ont initié Gorbachev, l'élève avait dépassé le professeur. Sa femme est une sociologue réputée et un petit fils d'un cosaque sait reconnaître le bien du mal et donner une bonne correction à une personne qui choisit le mal. Son problème est qu'il avait perdu à Reykjavik et les russes aiment les chefs forts. Le nouveau président élu Boris Eltsine voulait occuper toute la place du pouvoir. Une division de l'Armée rouge avait préparé un putch contre Gorbachev et son équipe et Boris Elstine s'était montré l'homme fort en battant les rebelles. Les blindés avaient écrasé trois russes devant les caméras du monde entier. Gorbachev était rentré au Kremlin, il avait affirmé qu'il serait toujours communiste et qu'il espérait transformé le Parti communiste en Parti socialiste et il proclamait deux décrets retirant tous les privilèges des membres du Parti parce que le Parti ne l'avait pas défendu, pas plus de trois jours après son retour au Kremlin. L'URSS allait s'effondrer comme un château | ||
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de cartes. Il n'y avait eu qu'une petite fusillade en Lituanie. Le monde assistait à la révolution la plus importante depuis la révolution chinoise avec un bilan d'une quinzaine de morts et une puissance de feu capable de détruire la planète plusieurs fois. Boris Eltsine n'avait pas compris qu'il avait un intérêt stratégique important à garder un Michaël Gorbachev affaibli pour maintenir la cohésion et l'ordre dans les républiques périphériques de la Russie. En terminant l'année, Gorbachev retirait le drapeau rouge du Kremlin et il adressait une mise en garde au monde que les républiques périphériques de l'Union soviétique représentaient une menace sérieuse à la paix mondiale. Il avait parfaitement raison. Le monde allait jouer une partie de roulette russe dont le point chaud le plus connu est la Bosnie. La santé du président Elstine était aussi une variable significative quand on connaît un peu la mentalité russe. Groznyi était le siège social de la mafia russe et Elstine allait manquer sa première intervention militaire et il allait frapper pour ne pas manquer la deuxième. C'était la principale différence entre Michaël Gorbachev et Boris Elstine. Ce dernier retirait du jeu, un des meilleurs joueurs de la stabilité du monde. Le Conseil de sécurité de l'ONU nommait l'égyptien Boutros Boutros Gali, Secrétaire général. M. Gali avait une mauvaise perception des forces à vaincre et la fâcheuse habitude de placer ses collaborateurs dans des situations intenables. Je prenais la majorité de mes dîners à l'université et je mangeais le soir au Répit du passant, une maison d'accueil pour gens démunies. Le repas me coûtait uniquement deux dollars. J'avais appris à connaître un nouveau groupe de gens très sympathiques. On se motivait mutuellement et on avait une sourire amusé des bourgeois bien pensants qui discouraient sur la situation économique québécoise. Nos loisirs se limitaient à des parties de cartes. Les étudiants amis de l'université observaient les mêmes constances et les québécois favorisés se repliaient sur leurs acquis en rappelant de beaux discours sur la solidarité. Une amie parlait du principe de la bullshit : tout le monde prêche la vertu, mais en pratique, tout le monde fourre tout le monde. Un jour de l'été, un inconnu plaça une revue sur la table où j'étudiais à la bibliothèque. La revue était ouverte à la page d'un article sur le modèle économique par les tenseurs de spatialité. J'avais compris que le groupe de la boîte noire avait mesuré l'effet spatial par une expérience devant le palais de l'Empereur du Japon. Il fallait y penser. L'Empereur a un statut mythique de demi-dieu et demi-homme qu'il acquiert à son couronnement. Les japonais considèrent donc les lieux comme un lieu saint sans pour autant être un lieu de prière. L'article ne donnait pas de détails de l'expérience, ni les résultats des mesures. Les conseillers de la boîte noire avaient des informations privilégiées que je ne connaissais pas, mais j'avais une preuve irréfutable que le modèle socio-économique par les tenseurs mathématiques était bon. Je n'ai jamais eu de diplôme pour cette découverte. | ||
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La revue était probablement une revue de théologie car l'article renvoyait mon modèle à la prophétie de Daniel sur l'interprétation du songe du roi Nabuchodonosor : la pierre tombée de nulle part qui frappe la statue aux pieds à demi-fer et à demie-argile et qui fait crouler la statue. La pierre est le texte sur le modèle socio-économique copié sur le comportement de la mécanique des roches. L'article ajoutait des précisions sur les écrits bibliques secrets que les bibles ne mentionnent pas. Daniel avait écrit : Il unira l'Orient à l'Occident Il ébranlera tous les saints du ciel Il croira dans les dieux païens Il vaincra Israël J'avais compris que j'étais le messie annoncé par le prophète Daniel et que Jérémie avait annoncé Jésus-Christ. Je suis le messie que les juifs attendent, semblable à David, semblable à Salomon et très différent du Christ. Je suis Pierre Boisjoli, un ingénieur, inspecteur de chantier de construction, bon mathématicien et diplômé de sciences administratives. J'ai le langage d'un inspecteur de chantier et je pense comme un banquier. Je me compare à Asser Arafat, un bon ingénieur avec une petite firme d'experts conseil qui s'est retrouvé au centre d'une controverse en se disant que les méthodes de fonctionnement actuelles n'avaient aucun sens selon le bon jugement d'un ingénieur et qu'il fallait le dire haut et fort. Les juifs peuvent en penser ce qu'ils veulent. Je m'en fout. On m'avait donné le pseudonyme de " Haut lieu " que je trouve horrible. Je connais à peu près tous les noms que la Bible me donne et j'userai bien des noms que je veux. J'avais quitté la bibliothèque sans noter le nom de la revue et le numéro de parution. J'étais retourné à la bibliothèque, mais la revue avait disparu. Je n'en ai aucune photocopie et je devrais chercher longtemps pour retrouver l'article. J'avais tenté d'expliquer ces nouveaux faits au psychiatre, mais je m'étais heurté au doute tenace des gens de la profession. J'avais rangé ce nouveau fait dans la filière des faits à considérer en situation de harcèlement. L'effet spatial démontré voulait dire qu'il y avait des lieux où j'avais l'avantage et des lieux où je devais me surveiller. J'étais mieux vu au Répit du passant qu'à l'UQAR et je n'étais jamais intimidé à la bibliothèque. J'avais le parc du Bic comme havre de paix. Je n'étais pas riche, mais j'avais réussi à conserver ma voiture et je me promenais le long de la route du fleuve en regardant les goélands volés sur les courants d'air et les vagues déferlées sur les roches de Pointe-aux-pères. Je n'avais aucune mesure mathématique, mais j'avais compris le principe. | ||
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A la fin de l'année 1992, j'avais appelé Richard Doré qui cherchait à me rejoindre pour m'offrir le poste d'inspecteur de chantier à la reconstruction du quai de Montmagny. C'était une très bonne nouvelle car les entrées d'argent s'anonçaient stables et je n'avais plus à penser à vendre ma voiture, mon seul objet marchand qui avait une certaine valeur sur les marchés d'occasion. J'en avais parlé à Claude et quelques amis du Répit du passant. Claude était bien joyeux de savoir qu'il y en avait un du groupe pour se sortir du cercle vicieux de la pauvreté que tous les québécois bien établis maintiennent. S'entraider, c'est bien autre chose que de donner quelques sous à Centraide pour sa bonne conscience. | ||