CHAPITRE 12LA GUERRE BIZARREJ'étais parti de Rimouski à la pause du milieu de semestre. J'avais pris la route et j'avais filé jusqu'à Victoriaville où j'avais posté toutes les lettres contenant les idéogrammes. J'étais parti dans la région de Charlevoix pour profiter de ma semaine de relâche et pratiquer le ski de fond. Je n'avais aucune idée de la réaction de chacun des membres de la parenté. J'avais enlevé ma cousine Claire de ce vil coup de collégien et j'avais déjà préparé le terrain à une rupture plus tôt avec ma cousine car Claire logeait à proximité de la résidence de mon oncle Georges. Ce dernier avait toujours manipulé les faits pour se placer avantageusement dans le conflit des différents avec les Campagna. Mon oncle est un stratège politique avec de bons alliés dans le quartier. J'avais écrit à ma cousine que j'avais des amis qui avaient beaucoup plus d'estime pour moi que les maudits Boisjoli dont Georges décidait de la ligne de conduite. J'avais replacé quelques fautes grossières d'interprétation notamment l'idée que tout le monde fait ses erreurs. Le geste des Campagna était volontaire, fait en pleine connaissance de cause et pour me faire marcher la tête entre les deux jambes. J'ajoutais que Jean Campagna voulait me faire payer ses erreurs avec l'argent de mon père en oubliant que c'était mon père qui l'aidait financièrement durant ses études lorsqu'il se retrouvait sans un sous. Je soulignais que leurs arnaques des objets sur le pavé et de la poursuite en diffamation m'avaient mené à une profonde dépression et que tous les Boisjoli s'en lavaient les mains. J'affirmais sans détour que les Campagna sont des gens cupides, que Georges Boisjoli était une tête de cochon que je comparais au cardinal Villeneuve du temps de Maurice Duplessis et le champion toute catégorie du paradoxe avec ses amis en faveur des luttes syndicales. Je disais que je n'avais aucune estime pour l'hypocrisie de toute la parenté dans ce conflit. Je concluais que Georges Boisjoli ne me passerait jamais le coup du pardon au bon larron dans cette sale histoire de parenté et j'avais donné une bien meilleure image avec Jésus qui chasse les voleurs du temple de son Père. Je suis un bon chrétien. S'il n'y a pas de justice sur cette terre, il y en a une au ciel et Marcel, mon père, Juliette, ma mère, Anne, Roland, Paul, Hélène et Charles sauront bien informer le jury s'ils ne sont pas eux-mêmes membres du jury avais-je dit. J'étais rentré à Rimouski huit jours plus tard pour mon cours du lundi soir. J'avais remarqué un observateur très attentif à l'entrée de la porte principale et j'avais laissé le gabarit qui avait servi à écrire les codes postaux au gardien de l'UQAR. Mon cousin était membre de la GRC et si cet observateur voulait savoir si les idéogrammes étaient de moi, et bien, il le savait. | ||
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Personne ne m'avait appelé pour quelque commentaire que ce soit, personne ne m'a jamais demandé si j'avais posté les idéogrammes et beaucoup de gens évitaient de me parler. J'allais m'asseoir dans un fauteuil de l'atrium de l'UQAR que tous les fauteuils adjacents se vidaient. Je n'ai jamais su ce que pensait l'étudiant universitaire moyen car un groupe d'étudiants influents avaient pris les moyens pour me marginaliser et ils avaient réussi. Des gens me pointaient du doigt pour dire " le fou, c'est lui ". J'étais devenu le fou, le roteux, le seigneur des patentes, la putain et le communiste de la voirie. Pour le " communiste de la voirie ", je savais que la machine à rumeurs était le responsable des affaires culturelles du service aux étudiants de l'UQAR. Je savais reconnaître que la machine à rumeurs avait deux excellents lieux avec le bar Le baromètre et le café L'auriculaire de l'UQAR. On m'avait condamné sans preuves et sans procès et il y avait bien des gens pour vouloir me punir. Mes détracteurs cherchaient à m'isoler et j'avais mes alliés au moins jusqu'à la fin du semestre. J'avais de suffisamment bons amis pour ne pas croire tous les ragots qui se disaient sur moi. L'université avait un nouveau recteur dont l'ouverture à la vie étudiante l'amenait à consulter les membres des exécutifs des associations étudiantes et à partager régulièrement avec ces étudiants au bar Le baromètre. J'étais un observateur attentif et ma petite formation de juriste m'incitait à être prudent dans mes jugements. Je pouvais nommer le responsable des affaires culturelles et toutes les autres personnes à la langue calomnieuse étaient des inconnus à qui je n'avais jamais parlé. Mon oncle Georges s'était servi du réseau du clergé et le curé de la paroisse Saint-Yves présenta un très bon sermon sur les aveugles du cur. J'avais compris le message, mais il était trop tard pour les subtilités de la sorte. J'avais répondu à mon oncle Georges par un moyen qui m'était familier ; j'avais photocopié les neuf pages du chapitre 9 du livre Les aspects humains de l'organisation édité par Gaëtan Morin. Le titre du chapitre est " Coopération et conflit ". J'espère que mon oncle a trouvé le texte instructif ou le Père qui a ramassé les intentions de prière. Le chapitre explique : qu'est-ce qu'un groupe qui gagne et qu'est-ce qu'un groupe qui perd, quelles sont les stratégies pour éviter de se retrouver dans une situation de gagnant-perdant. Les auteurs favorisaient la communication et ce n'était pas ce qui se passait à l'UQAR. Le livre est un volume scolaire d'un cours de l'université en management et il est évident que le personnel de l'UQAR n'a jamais prêché par l'exemple pour comprendre ma version du conflit. Chacun avait ses méthodes dans ce conflit : les Campagna usaient des coups fourrés, du silence et du mensonge, Georges Boisjoli usait de la manipulation et j'utilisais les trucs et les messages par des détours. J'avais ajouté sur la photocopie de la première page " garde la salade nauséabonde pour toi " et sur la dernière page " je remettrai les pieds dans une église quand le soleil se lèvera à l'ouest et se couchera à l'est ". J'avais glissé les photocopies dans la fente des intentions de prière de la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, sous le support à lampions. Le message était suffisamment clair et Georges Boisjoli ne m'avait pas adressé la parole pendant trois ans. Il évitait même de me rencontrer sur la rue, les jours de visite chez ma cousine Claire. J'avais complété mes sept semaines de cours et j'avais réussi tous mes examens en avril. Claire m'avait appelé pour l'aider à déménager et j'étais reparti pour Montréal. Claire avait choisi de prendre mon parti et mon oncle Georges en gardait rancune. | ||
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J'étais rentré à Rimouski quelques jours plus tard pour poursuivre mon mémoire de maîtrise et j'avais hébergé une ancienne collaboratrice du CREEQ en difficultés financières. La résistance contre moi avait gagné la ville de Rimouski et les propos calomnieux s'étaient développés comme des champignons avec un grand réseau de rhizomes et des légumes à chapeau sortant après la pluie. J'avais des détracteurs un peu partout dans la ville et il suffisait d'ouvrir les oreilles pour entendre les messages les messages les plus divers de monsieur tout le monde dont certains propos étaient " compte sur moi, j'ai les oreilles à la bonne place " avec le regard en croisé d'un nouveau convaincu qu'il allait prendre Pierre Boisjoli en défaut. J'agissais en bon gentilhomme et personne ne m'avait jamais rien reproché. Je savais que ma marge d'erreur n'était pas grande et tous les gens " bien pensant " de Rimouski attendaient que je marche sur la première pelure de banane pour me mettre par terre. C'était la réplique de ce que je supposais venir des Campagna pour montrer à Pierre Boisjoli qu'il devait plier. J'étais retourné à Montréal avec Diane, ma nouvelle colocataire, et j'avais été visité ma cousine Claire et mes amis de Ville Lasalle. Diane cherchait activement un emploi qu'elle trouva dans la vente d'assurances. En revenant de Montréal, Diane devait s'arrêter chez une amie pour reprendre sa voiture et établir les comptes des frais d'usage de sa voiture. Cette amie avait deux jeunes enfants d'environ cinq et six ans et j'amusais les enfants pendant que Diane discutait des comptes dans une pièce adjacente. J'étais assis à la table que la jeune fille de six ans m'apporta une feuille et des crayons de couleur et elle me demanda de dessiner pour elle des poissons. J'avais dessiné de beaux poissons avec quelques crayons de couleur. Je participais à un jeu où mademoiselle menait le jeu. Elle me demanda de dessiner deux pieuvres et je lui avais demandé de quelles couleurs, elle voulait ses pieuvres. Elle en voulait une jaune et j'avais dessiné deux pieuvres dont une jaune. Elle m'avait dit que les poissons et la pieuvre noire pleuraient. J'avais dessiné des larmes. Elle montrait sur mon dessin qu'il y avait un poisson mort et j'avais dessiné un poisson renversé à la surface de l'eau. Elle avait dit qu'il y avait un poisson fâché qui mordait la pieuvre et j'avais dessiné un poisson près de la pieuvre avec des grandes dents. Elle avait insisté pour dire que les dents touchaient la pieuvre et j'avais allongé les dents du poisson pour qu'elles touchent une tentacule de la pieuvre. Elle avait dit que l'eau était sale et que toute l'eau s'éclaircissait lorsque le poisson fâché mordrait la pieuvre et qu'il y avait beaucoup d'oreilles dans l'eau. J'avais dessiné des oreilles. J'étais stupéfait. Cet événement n'avait rien d'ordinaire car je comprenais ce que cette jeune fille voulait me dire et que le monde imaginaire des enfants s'exprimait selon les mêmes règles d'interprétation que les rêves. Toutes ces images d'enfants sorties d'un monde magique avaient un sens et Dieu avait voulu que j'en trouve le secret car l'enfant était venue à moi en m'apportant la feuille et les crayons. J'avais compris que la pieuvre jaune était moi, qu'il y aurait un poisson mort et qu'un autre poisson mordrait la pieuvre, ce qui n'avait rien d'agréable car je n'ai pas de tendance masochiste. | ||
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Le jeune garçon, plus jeune que sa sur, était venu à moi peu de temps après avec quelques pièces d'un jeu d'échec avec un petit aimant à chacune des pièces. Les aimants évitent de déplacer accidentellement le jeu au milieu d'une partie. Il y avait un pion blanc, un pion noir, deux tours blanches, un cavalier noir et une tour noire. Le jeune garçon d'au plus cinq ans s'approcha de la table avec ses pièces de jeu d'échec dans les mains et dit d'une voix d'homme : " regarde, le pion blanc se joint au pion noir, la tour blanche se joint au cavalier noir, mais la tour noire s'éloigne de la tour blanche ; la tour blanche protège le cavalier noir, mais ne met pas la tour noire contre la tour blanche parce que ça ne marche pas ". Le garçon m'avait dit d'essayer par moi-même, mais j'étais tellement médusé que je n'avais pas touché une seule pièce du jeu d'échec. Le garçon quitta la table, il se retourna et il dit d'un air amusé : " c'est de la magie " en me lançant un beau clin d'il qu'un garçon de cinq ans ne sait pas faire. Je savais que Dieu parlait et le message n'avait pas d'ambiguïté. L'interprétation en était relativement simple : j'étais le cavalier noir de Dieu et je devais subir le mauvais coup de dents du poisson fâché sans espérer avoir le support de la police symbolisée par la tour noire. Je devais me fier sur la tour blanche, sur Dieu. Moi, un homme de sciences principalement spécialisé en géologie, croyant en Dieu et à un monde de quinze milliards d'années, aux milliards d'étoiles et de quelques autres galaxies où chaque étoile est un soleil, j'avais une vrai révélation, un événement défiant toutes les lois naturelles avec un message non équivoque que jamais la science ne réussirait à expliquer. Ce n'était ni un phénomène paranormal, ni une vision inventée par une personne ayant un trouble mental connu des psychiatres. Dieu avait parlé à Abraham sans en avoir de détails, Il avait parlé à Moïse par un buisson ardent, Jésus avait parlé à Saint-Paul sur le chemin de Damas puisqu'il avait dit pourquoi me persécutes-tu et, non pas, pourquoi persécutes-tu mon fils, et Il avait choisi un truc de collégien pour parler à un diplômé de science, membre et défenseur des scientifiques qui usent abondamment de trucs pour découvrir les lois du monde. J'ai l'habitude du descriptif en sciences géologiques et j'ai décrit les événements en détails et sans mensonge pour tous les scientifiques du monde. Pas une seule menace et pas une bombe pour les esprits tordus qui croient que Dieu est de l'énergie. La seule réponse que je n'ai pas est de savoir si Dieu parlait ou si Jésus-Christ parlait. Diane était revenue et nous avions repris la route. J'avais regardé les nuages du ciel à quelques milliers de mètres au loin en signe de salut en sachant très bien que l'univers s'éteint beaucoup plus loin que les nuages du ciel. Je n'avait rien dit à Diane, elle n'était pas une confidente, et nous étions repartis vers la maison. Ma petite voix intérieure me disait que la tour blanche épaississait de plus en plus en s'approchant de Rimouski. Nous étions rentrés et j'étais ressorti pour prendre les bagages lorsque quelqu'un à la fenêtre de la maison en face du stationnement cria : " Feu ". Je m'étais retourné pour regarder la fenêtre et j'avais compris que mes adversaires lançaient une guerre des nerfs. J'avais eu un début de psychose en soirée et je reconnaissais les premiers symptômes de ce type de déviation. J'étais rentré à l'hôpital de Rimouski où j'ai un épais dossier de mauvais épisodes mentaux. Le Dr Samson m'avait gardé quelques jours sous l'effet des psychotropes et il m'avait prescrit des pilules d'haldol, un médicament contre l'angoisse profonde, et des | ||
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dalmans, un médicament pour aider au sommeil. J'avais tenté de lui expliquer la révélation de Dieu, mais je m'étais heurté au doute tenace des psychiatres. J'avais rangé mon expérience dans la filière des faits divers. Diane gagnait suffisamment d'argent pour se prendre un logement et elle m'avait promis de me rendre l'argent que je lui avais prêté. Diane était en difficulté et je lui avais prêté de l'argent en ne comptant pas sur un remboursement. J'avais suffisamment d'expérience en la matière pour ne pas prendre des bonnes intentions pour des vérités. J'avais acheté un jeu de cartes du tarot et j'avais placé une petite pyramide de pierre sur le jeu de cartes comme la tireuse de cartes faisait. Je m'initiais aux secrets de ce monde occulte avec un petit cahier d'interprétation et je vérifiais sommairement la qualité des prédictions des cartes. J'avais établi une correspondance avec un tireur de cartes du tarot américain de la Californie. Je ne me souviens pas des détails de notre première correspondance. Il me fournissait une projection de mes expériences du mois suivant et il avait souvent une bonne appréciation des fait généraux. Il me fournissait aussi des numéros de loterie, mais je ne suis pas un joueur de hasard. Les prédications étaient un indicateur des intentions de mon entourage et mon correspondant américain en disait la même chose. J'ai toujours pensé que j'étais maître de mes bons coups et de mes mauvais coups sans déterminisme établi. A l'été 1990, le harcèlement me fatiguait et je lisais la Bible de la première page à la dernière. J'avais eu une seconde révélation très discrète en lisant la Bible alors qu'il était fait mention que j'avais acheté une terre qui ne valait rien et que l'action était planifiée. Je n'ai jamais retrouvé ce passage dans ma Bible même si j'avais cherché à noter la référence quelques minutes plus tard. C'est la seule raison qui me fait croire à une deuxième révélation et elle a très peu de signification. Je ne reprocherai jamais à personne de croire que j'ai pu avoir un défaut de vision à cet instant. Crier feu était le début d'une stratégie pour me faire prendre panique. Des adversaires avaient imaginé les moyens les plus vils et les plus dangereux pour me faire peur. Devant la station d'essence, une voiture avait foncé sur moi à toute allure et son chauffeur effectua une manuvre de dernière seconde pour m'éviter. Une voiture avec quatre gaillards attendait sur le trottoir pendant ma randonnée, histoire de me faire peur. J'allais prendre une bière au bar que des motards aux écussons des Rock Machine ou des Hell's Angels venaient m'intimider. Je prenais aussi quelques jours de vacances à me promener dans le vieux Québec. Cinq motards des Hell's Angels avaient décidé de m'intimider à la Place royale du vieux Québec. Ils s'étaient placés bien en évidence aux sorties de la Place royale et ils avaient oublié le funiculaire. J'avais payé pour une remontée en funiculaire et j'étais allé au zoo de Québec. Je fuyais ce genre d'individus et, eux, me poursuivaient pour le plaisir de me faire peur. Le lendemain de ma visite impromptue au zoo de Québec, une dizaine de motocyclistes avec leur écusson m'avaient suivi sur le boulevard principal de Rimouski. Je ne m'habituais pas à ce genre d'intimidation et j'avais le parc du Bic pour seul refuge. Il n'y avait qu'au parc du Bic où j'avais la paix et j'y apportais ma Bible pour la lire sur la plage du cap Enragé parmi les phoques totalement indifférents aux vacanciers de la plage. | ||
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Je prenais souvent mes dîners à la cafétéria de l'université. Un jour, le vice-recteur aux finances assis à la table voisine avec cinq ou six membres de l'université m'avait pointé du doigt en disant que " je tenais ma famille à la gorge ". Ma famille est morte depuis l'année 1973 et la parenté avait tout intérêt à faire croire ce genre de fausseté. En neuf ans, je les avais croisé une seule fois à une fête de Boisjoli. Il n'en demeure pas moins que le vice-recteur aux finances ne se mêlait pas de ses affaires dans une institution où les ragots n'ont pas la faveur des membres de la communauté universitaire. La culture universitaire valorise généralement les jugements fondés sur des faits plus solides que des ouï-dire. Le vice-recteur aux finances, le sommet de la tour d'ivoire et un ami personnel du recteur, transgressait une règle élémentaire de bienséance universitaire et une professeure de sciences infirmières l'avait rappelé à l'ordre en lui disant que les membres de cette famille n'avaient qu'à se parler. C'est le genre de détail qui me reste longtemps en mémoire. A l'automne 1990, je m'étais inscrit à mon cours de production I que j'allais passer sans difficulté. J'avais été marginalisé comme jamais auparavant et je ne pouvais plus compter sur mes compagnons de travail car la majorité avait complété le programme. Il y avait très peu de gens pour occuper un fauteuil à côté de moi et je savais que même le vice-recteur aux finances participait à une véritable campagne de désinformation. Il y avait des gens curieux pour savoir si les ragots avaient des fondements ou pas et j'avais du plaisir à montrer que j'avais de l'esprit. J'avais même courtisé une étudiante qui se montrait à la fois intéressée et méfiante. J'étais aussi le gardien de but du club de soccer et nous avions tout gagné cette année-là : champion de la saison régulière et champion des séries. Mes détracteurs devaient en rager. Je passais de nombreuses heures à la bibliothèque à préparer les notes du premier texte de mon mémoire et je me mêlais peu aux groupes du baccalauréat. Je ne cherchais pas à lutter contre la machine à rumeurs. Je suis un joueur défensif, je pense en joueur de défense qui joue dur et de façon légale contre un adversaire car j'avais de l'habilité à donner des solides coups d'épaule au hockey et de bons tack au soccer et je prends ma chance de compter uniquement quand la situation me semble favorable. Je garde en mémoire un individu comme je gardais en mémoire le numéro du chandail d'un gars qui attaque un équipier quand l'arbitre a le dos tourné ou que l'arbitre est trop tolérant. Diane occupait un grand logement de six pièces et elle me proposa de le partager avec elle. J'économisais substantiellement en déménageant et Diane économisait également en partageant les frais du loyer. Elle me devait environ 5000 dollars. Elle gagnait en plus tous les services de mes appareils ménagers et de mes meubles. Elle ne possédait même pas un réfrigérateur. C'était une bonne affaire pour moi et une excellente affaire pour elle. J'avais accepté. J'avais tout déménagé et tout rangé dans la même journée. Le logement était beaucoup plus grand et il contenait un hangar pour y remiser mes nombreuses boîtes de livres. Le logement était bien éclairé et l'accès était facile par un grand escalier d'une vingtaine de marches. La vue arrière s'ouvrait sur les magnifiques montagnes du Bic et son terrain de golf en bordure de l'estuaire. Je passais toute la journée à l'université et je rentrais le soir pour regarder un peu de télévision et me coucher pour dormir. Diane avait sa chambre et j'avais la mienne. Nous partagions les autres appartements en commun. | ||
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J'avais quitté Rimouski à la semaine de relâche et j'étais allé visiter mes amis de Montréal et de Ville Lasalle. J'avais téléphoné à Claire Delorme qui m'avait donné rendez-vous à la place Bonaventure au centre ville de Montréal. Claire était venue me rencontrer à un petit restaurant et elle m'avait demandé si quelqu'un m'avait suivi, s'il y avait longtemps que je l'attendais et quelques autres questions en si au point que je lui avais demandé si elle était détective ou l'amie de mes 20 ans. Elle me demanda de l'accompagner et je lui avais proposé de s'arrêter un restaurant loin des regards indiscrets. En sortant de la place Bonaventure, deux personnes complètement débiles répétaient des mensonges qui n'avaient aucun intérêt et Claire m'avait dit que ces pauvres gens étaient des malades mentaux qu'on avait volontairement rendu débile et qu'un groupe mafieux en était responsable. J'avais choisi un restaurant de fruits de mer bien en retrait des principales rues commerciales de Montréal et Claire Delorme m'avait raconté que son séjour à l'institut de psychiatrie n'était rien de plus qu'une séquestration et que les psychiatres avaient tenté sans succès de la rendre folle par des doses massives de haldol. C'était difficile à croire et elle affirmait que les médecins de l'institut lui avaient placé un circuit électronique dans les fosses nasales pour la repérer. Elle m'avait expliqué que des gens d'une petite pègre avaient été informées du délit des psychiatres de l'institut et qu'ils faisaient chanter tout son personnel pour obtenir gratuitement des psychotropes et des somnifères. Un groupe mafieux avait remplacé la petite pègre avec le malin plaisir de rendre des malades mentaux complètement débiles. Claire était manifestement anxieuse et elle voulait que je quitte le Québec avec elle. L'histoire avait du sens car j'avais visité Claire à l'institut avant mon départ de Montréal et elle avait tenté de me convaincre de la sortir de l'institut. J'étais avec sa mère cette fois-là et elle me disait que Claire n'allait pas bien et l'infirmière du comptoir en ajoutait. Elle était d'une bonne lucidité et elle m'avait dessiné un petit croquis pour m'expliquer sommairement la machination. La boucle normale montrait une personne du monde qui passait à un stage de poisson par un arnaque, qui se retrouvait entre les mains des psychiatres et qui retournait dans le monde après la guérison. C'était mon propre cheminement. Claire avait passé la boucle à l'envers en passant du monde normal aux mains des psychiatres. Une fois la bévue connue, une deuxième boucle était apparue entre les psychiatres, un groupe mafieux et les super-poissons dont les deux spécimens de la place Bonaventure étaient membres. Claire était aussi une victime marginalisée d'une machine à rumeurs et peut-être la même que la mienne. J'avais promis à Claire de faire ce que je pouvais pour l'aider et que je devais y réfléchir. J'avais promis à Claire de la rappeler. Je sortais le lendemain avec mon copain Gilles et je lui avais parlé cette histoire. Il est policier et il m'avait conseillé de faire prendre des radiographies du nez et du circuit électronique et de faire retirer le circuit électronique, si tel était le cas, en présence d'un policier. J'avais revu Claire et je lui avais proposé de faire enlever le circuit selon les recommandations de mon copain. Elle avait horriblement peur du milieu qui la harcelait et elle avait refusé. Elle m'avait mis en garde contre ces gens sans scrupules et elle me croyait menacé. Je savais que j'étais épié et je faisais confiance en Dieu et je devais me comporter en bon cavalier noir. Je comprenais que l'histoire de Claire était plausible et que l'eau dont parlait la jeune fille de la révélation était probablement très sale. | ||
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J'avais quitté Montréal et j'étais retourné à ma résidence du Bic. Les choses allaient effectivement se gâter. J'avais à lutter à l'intérieur de l'université contre des gens qui me faisaient passer pour un fou et il est difficile de lutter contre un groupe de spécialistes à ce genre de jeu. Toutes les plus petites manies deviennent des marques de distinction d'un fou. Saddam Hussein avait envahit le Koweit, un événement significatif du monde à la fin de l'année 1990, et Diane avait un ami de cur africain qui supportait Saddam Hussein et qui disait de moi que j'avais le développement intellectuel d'un homme de 30 ans et le développement affectif d'un enfant de 2 ans. Je n'étais même pas en sécurité dans ma résidence du Bic. J'avais appris à consulter les cartes du tarot et à obtenir des appréciations parfois justes et des conseils sages. J'avais réussi à démolir une partie de la machine à rumeurs simplement en manifestant du mécontentement. Ceux qui manipulaient l'information savaient que je les avais repéré et les gens soucieux de comprendre les dessous de l'histoire ne comprenaient rien. Diane me disait que son ami Vincent m'observait et plus elle me parlait de lui, plus je m'en méfiais. Elle était rentrée un soir en me harcelant de propos ambigus et je connaissais ce genre de comportement. Je lui avais dit : " tu as reniflé de la cocaïne ". Elle m'avait répondu : " c'est quoi ça ". Une diplômée de sociologie qui ne connaît pas ce qu'est de la cocaïne. Il aurait mieux valu pour elle de rire de moi. J'avais été au poste de la Sûreté du Québec pour dire que ma colocataire était victime d'un manipulateur mesquin qui l'avait incité à consommer de la cocaïne et l'enquêteur m'avait promis d'y voir. J'allais souvent me promener en voiture le long de la côte jusqu'à Sainte-Luce et l'hiver avait commencé tôt cette année-là. On avait tenté de me coincer et de me forcer à frapper un jeune enfant de trois ou quatre ans. Je l'avais évité de justesse. On avait tenté de provoquer un accident en appliquant fortement sur le frein à la fin d'une plaque de glace. J'avais réussi à ralentir avant de placer l'auto sur la plaque de glace. J'avais commencé à pratiquer le ski de fond et j'étais suivi dans les pistes. J'avais, un jour, demandé au propriétaire d'appeler l'hélicoptère de la Sûreté du Québec si on venait l'ennuyer à mon sujet et un hélicoptère avait longé les collines ce jour-là, probablement par hasard. Avais-je placé la tour noire contre la volonté de la tour blanche ? Je ne le sais pas. Je n'appréciais pas le harcèlement et Dieu aurait bien pu me dire une deuxième fois si je ne respectais pas ses directives. J'avais complété mon cours de production avec succès. Je dormais mal. La maison était dans un désordre déprimant à l'exception de ma chambre que j'aimais bien rangée. Je m'étais aperçu que le désordre du logement avait quelque chose d'organiser. Tout était renversé : le coussin de cuir de la chaise, le bouchon de l'évier ou la petite pyramide sur mon jeu de cartes de tarot. Tout le désordre était organisé en symboles : les clous dans le hangar, mes outils répartis dans la pièce, ma barre à clous sur la corde à linges, les assiettes et les casseroles, les mots d'humour aux messages falacieux comme " si tes dépenses sont trop élevées, c'est que tes revenus sont trop bas ", la chambre libre était tapissée de bouts de papier, les tiroirs de la cuisine contenaient des objets les plus divers. J'avais décidé de tout faire le ménage et de tout replacer à l'ordre. J'étais tombé sur six talons de chèque qui faisait foi que Diane a reçu de la compagnie d'assurance Combined d'Amérique la somme totale de 216,000 dollars. | ||
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36,000 dollars le 8 août 1990 au numéro 222435 36,000 dollars le 11 août 1990 au numéro 223602 36,000 dollars le 17 août 1990 au numéro 225009 36,000 dollars le 1er septembre 1990 au numéro 227761 36,000 dollars le 8 septembre 1990 au numéro 229172 36,000 dollars le 14 septembre 1990 au numéro 230810 Diane participait à une supercherie pour désorganiser tous mes objets et l'affaire n'avait rien d'anodin. J'avais à lutter contre des forces occultes, de la magie noire dont le tout petit jeu de cartes de tarot avait probablement une signification. Les partenaires d'affaires de Diane se servaient même du symbole 6 x 6 x 6, le nombre de l'Antéchrist. J'aime la précision et ce nombre est multiplié par 10 à la puissance 3. A la fin de mes travaux ménagers, j'avais acheté quelques bières à l'épicerie du coin. Sur six canettes, deux canettes s'étaient vidées sans les avoir ouvertes. Des coups étaient frappés dans les murs sans savoir ce qui avait pu se produire. J'avais allumé mon téléviseur qu'un dessin animé montrait un agneau et un crapaud, puis un loup qui disait que l'agneau avait couru après un crapaud et que le loup voulait manger l'agneau. C'est le genre de message que n'a jamais présenté Radio-Canada et on manipulait mon téléviseur sur toutes les chaînes. J'avais fermé le téléviseur et j'avais ouvert la radio. On y diffusait une horrible musique sur l'air des chansons du temps des fêtes. Je n'avais pas fermé la radio, mais simplement baisser le volume à zéro, et j'avais vérifié à la télévision si les petits futés avaient toujours le contrôle de mon téléviseur. Un gros monsieur demandait à un enfant si il était responsable de ce qui n'allait pas et le garçon répondait oui. Leurs trucs avaient une lacune et ils leur demandaient des efforts dont ils ne contrôlaient pas en avais-je déduit. J'avais fait couler un bain chaud pour me détendre et les petits futés savaient faire varier le voltage de la lumière de la salle de bain. J'avais consulter mes cartes de tarot après un moment dans le bain et elles me indiquaient que je devais me battre. Diane était rentrée à 4h00 du matin. J'avais tenté de réciter un Notre Père sans trouver les mots suivants. On bloquait ma mémoire. Les petits futés avaient une connaissance bien supérieure en forces occultes et mon esprit déraillait. Je croyais que quelque chose sortirait du mur et me crèverait les yeux. J'étais sorti du bain et j'avais pris un couteau de table pour me l'enfoncer dans le ventre, mais le couteau n'était pas assez effilé pour traverser la peau. Diane s'était levée pour voir ce qui se passait. | ||
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J'avais pris un couteau à viande, j'étais sorti nu du logement, j'avais descendu les escaliers par temps froid et je m'étais enfoncé le couteau quatre fois dans le ventre. Le sang coulait abondamment. J'avais couru dans la rue et j'avais rencontré deux escrocs à 5h00 du matin, un homme qui m'appelait par mon nom et me disait : " Pierre, crève-toi un il " ; je n'avais pas le contrôle complet de mes agissements et j'avais levé le couteau lorsque la femme ajouta : " Pierre, crève-toi les deux yeux ". J'étais reparti à courir dans la rue jusqu'à ce que l'ambulancier et la police m'interceptent et me disent de jeter le couteau. Diane devait avoir appelé la police. Les ambulanciers m'avaient attaché à la civière et ils m'avaient amené à l'urgence de l'hôpital. J'avais passé trois heures sur la table de la salle d'opération. Le chirurgien m'avait ouvert le ventre, il avait coupé 60 centimètres d'intestins et il avait recousu les intestins, l'artère de l'estomac et le ventre. J'avais été admis aux soins intensifs et je n'avais pas le plein contrôle de mon raisonnement. Une infirmière avait manqué une infiltration et ma main avait enflé. Je me sentais menacer et j'avais exigé la présence du Dr Samson en ce 24 décembre 1990. Je m'étais levé, on ne m'avait pas retenu et j'avais couru jusqu'à l'aile du département de psychiatrie. J'avais demandé à demeurer à cette aile et on m'avait enfermé dans une chambre avec un grillage. Le Dr Samson avait préparé mon admission. Je ne pouvais pas sortir et j'endurais mon sort. Le truc des futés sur le téléviseur fonctionnait encore et on me parlait par bandes dessinées. Je détestais ce maudit truc et j'avais décider de frapper selon l'interprétation que je faisais des faiblesses des initiateurs de cette machination. J'avais imaginé que des couteaux sortaient des murs et du plancher; je mimais la personne prise et ma petite voix intérieure m'avait dit de crier. J'avais crié très fort et l'infirmière était accourue. Je n'avais rien et elle était repartie. Les futés avaient montré sur le téléviseur un cow-boy tombant sur son cheval et un cheval s'écrasant par terre; ils avaient dit que j'avais gagné cette manche et ils avaient montré un petit fort avec un petit canon contre un gros fort avec un gros canon en ajoutant qu'ils allaient prendre leur revanche. J'avais imaginé que tous les accessoires de chirurgie étaient une partie de leurs trucs et j'avais arraché ce que je pouvais : la sonde, le drain et quelques pansements. Je pissais par terre et j'avais essayé de sortir que le préposé m'avait enfermé dans la chambre capitonnée. La crise avait fini par passer. J'avais retrouvé mes esprits, le chirurgien appliquais de la bétamine dans l'ouverture du drain et le téléviseur ne présentait plus de dessins animés à messages. J'étais resté tout le mois de janvier à l'hôpital à panser mes blessures au ventre et à me replacer les esprits en fonctionnement normal. Ma coupure cicatrisait, on m'enleva les broches de chirurgie et je reprenais de la force aux muscles abdominaux. Je n'avais plus seulement Nietzsche comme ennemi, mais des petits futés utilisant des forces occultes et un truc de téléviseur également. Diane venait me voir à l'occasion sans savoir que j'avais retenu les six talons de chèque dans une pince placée dans un tiroir de la cuisine. Ma cousine Claire m'avait également rendu visite. J'avais essayé d'expliquer au Dr Samson que ce n'était pas une tentative de suicide, mais un truc de magie noire. Rien à faire, je n'avais pas insisté, j'étais habitué au doute des psychiatres et j'avais classé ces événements dans la filière des faits divers. | ||
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Je savais qu'il s'était passé un événement imprévu dans le plan de Dieu et j'étais chanceux d'être encore en vie. J'avais eu ma petite voix intérieure pour me conseiller. Aucun signe de Dieu, aucun retour à l'eau claire, aucune oreille parmi les poissons, ma petite vie reprenait son cours normal sans autre apparat. La pieuvre jaune n'avait pas été mordue par un poisson à grandes dents, mais elle s'était coupée une tentacule. Deux poissons mesquins avaient tenté de la rendre aveugle. Ils n'avaient pas gagné parce qu'ils avaient trop voulu gagner. Je n'aurais probablement pas résisté s'ils s'en étaient tenus à un seul il. Le truc du téléviseur reste toujours une énigme. Je m'étais battu selon l'analyse que je faisais des faiblesses de mes adversaires. Pendant ce temps, le monde ramenait Saddam Hussein à la case départ. J'avais pu reprendre mes activités en février 1991 et j'avais loué une chambre à la résidence du Cegep. Ni Diane, ni le propriétaire ne voulaient me voir revenir dans la tranquille petite ville du Bic. J'avais ramassé quelques vêtements et mes notes sur mon mémoire de maîtrise. Mes professeurs croyaient également que c'était une tentative de suicide et j'avais repris la préparation de mon mémoire de maîtrise là où je l'avais laissé. | ||