CHAPITRE 9

RIMOUSKI

J'ai adopté Rimouski à partir du mois d'avril 1985 jusqu'à aujourd'hui et les gens de Rimouski ne m'ont jamais adopté.

Bien à l'Est de Montréal, la ville de Rimouski est le centre administratif de la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, une ville 30 fois plus petite que Montréal. Elle longe l'estuaire du Saint-Laurent sur une dizaine de kilomètres. C'est une ville propre, tranquille où les gens sont courtois et qu'ils travaillent à un rythme naturel plus lent qu'à Montréal.

La ville possède une très bonne université, un Cégep, le plus gros hôpital de la péninsule et des centres administratifs importants tels que quelques ministères, le siège social de Québec-téléphone et le centre de distribution d'Hydro-Québec. Le secteur marchand occupe une place démesurée et le clan des notables de la place ne laisse pas n'importe qui ouvrir n'importe quoi. C'est un petit cartel régional où il faut payer son influence. Le secteur manufacturier et les industriels y sont à peu près inexistants.

C'est une ville où la nature est omniprésente. Les parcs de verdure et les terrains de golf sont nombreux, les jardins de fleurs du parc Lepage offrent un havre de paix au milieu de la ville et les jardins de Métis situés à 30 kilomètres sont d'une beauté qui vous enveloppe d'un plaisir à communier avec Dieu. Rimouski est la ville des randonnées pédestres avec les majestueuses collines du Bic, le sentier du littoral et les sentiers le long de la rivière Rimouski jusqu'aux chutes des portes de l'enfer. La rivage est aussi facilement accessible à la marée basse et un bon marcheur peut se promener sur les shales verts et rouges et les autres roches sédimentaires de la région. L'hiver, les sentiers sont aménagés en piste de ski de fond, ce qui change le paysage à tous les six mois.

Rimouski est une ville de passage et 50% de sa population change à tous les trois ans. L'importance des institutions d'enseignement et les déplacements des fonctionnaires sont la principale cause de ce roulement. Le noyau dur des grandes familles de Rimouski est impénétrable à un étranger de la région et les amitiés se forment et se défont selon les déplacements obligatoires du lieu d'emploi. En corollaire, une personne nouvelle n'est jamais vraiment une étrangère.

La nature sauvage offre une grande diversité pour bien des passionnés amateurs. Le parc du Bic est souvent le gagnant de la journée tuit-tuit, vingt-quatre heures où les ornithologues amateurs recensent les espèces d'oiseaux des divers lieux de la province et ces derniers en dénombrent généralement une centaine d'espèces dans le parc du Bic. Les phoques du cap Enragé attirent les touristes européens à chaque été. On peut y cueillir de nombreuses espèces de champignons, de fruits sauvages et les chasseurs et les trappeurs attrapent souvent du gibier car la faune est abondante.


Rimouski possède sa ligue de soccer senior et j'ai repris goût à la compétition. Il existe de très bons joueurs, l'arbitrage n'est pas assez sévère et les entraîneurs ne connaissent pas les tactiques de jeux si je compare la ligue à celle de Montréal. Montréal est un cas à part car les immigrants étrangers, surtout européens, ont leurs clubs de soccer et Montréal possède une organisation dont certains membres sont d'anciens professionnels du sport. Certaine équipe sont aussi la fierté du quartier, ce qui rehausse le niveau de la compétition et place l'association de soccer de Montréal dans une classe à part.

Mon nouveau patron attendait mon arrivée avec impatience. J'avais quitté Montréal pour Rimouski pour y trouver un logement que j'ai loué à proximité du bureau. J'étais rentré à Montréal pour régler les préparatifs de mon départ et acheter une nouvelle voiture pour mes besoins. Je n'étais resté à Montréal que deux ou trois jours que mon nouveau patron s'énervait déjà du temps que prenait mon déménagement et il m'appelait même à Montréal.

J'étais arrivé le dimanche soir à Rimouski et j'avais ramassé tous mes objets au centre de la pièce et je m'étais couché. Le lendemain matin, j'étais au bureau à l'ouverture. J'ai eu droit à un accueil sévère et mon patron avait rapidement établi nos tâches respectives. J'étais responsable des études géotechniques, des expertises particulières sur les sols et les bétons et de la rédaction des rapports d'expertise. Cela me convenait très bien et mon expérience au laboratoire de sols à Montréal était précisément cet ensemble de tâches. Les structures des régions moins peuplées sont de dimensions plus petites et les difficultés rencontrées étaient beaucoup plus faciles à solutionner. Il n'y aurait jamais de problèmes comparables au très difficile contrat du Palais des congrès de Montréal.

Mon patron gardait les tâches administratives et la vérification des rapports de contrôle des bétons de ciment et des bétons bitumineux sur lesquels il avait une longue expérience comme directeur de son nouveau concurrent. Il avait laissé la gérance d'une succursale pour fonder sa propre firme de laboratoire. Il ne connaissait pas la géotechnique et il jugeait les résultats par comparaison avec d'autres études similaires. C'était un peu la raison de son harcèlement à me voir déménager dans un délai très court. L'entreprise était à sa première année d'opération et il n'avait pour unique concurrent, la firme qu'il avait quitté et dont il connaissait bien les clients. Il n'avait probablement pas un bon fond de roulement de départ et il pressait constamment tous les employés sans raison valable. C'est un type nerveux et ses employés servaient ses sautes d'humeur en plus du travail régulier. Il a été le patron le plus difficile que j'ai connu et son bureau n'est pas une atmosphère normale de travail pour un bureau d'expert conseil.

J'avais mes méthodes de travail au laboratoire de Montréal dont la supervision de l'équipe de foreurs et des chantiers de construction. Il avait décidé de répartir les tâches autrement et un technicien voyait à exécuter les tâches accessoires par souci d'économie probablement car les distances étaient souvent plus grandes. Je n'avais jamais une idée visuelle du lieu de l'étude et

je devais interpréter les descriptions que le technicien me rapportait. Mon patron jugeait arbitrairement les résultats des calculs et il changeait les capacités portantes des sols en diminuant la valeur limite, une pratique que je n'approuvais pas.


J'avais été à l'école de M . Ladanyi et ma rigueur scientifique signifiait de ne pas modifier arbitrairement des résultats de calcul. Indiquer une valeur de capacité portante plus faible au rapport assurait à la firme une plus grande fiabilité car le facteur de sécurité était accru, mais le client payait pour les services d'un professionnel de la géotechnique et ce n'était pas une bonne pratique professionnelle. J'apprenais un nouveau principe, celui du patron qui paie l'employé, et mon patron avait été jusqu'à me dire qu'on ne mord pas la main qui nous nourrit.

Il n'y avait que les rapports du Ministère des transports, de Hydro-Québec et du Ministère des richesses naturelles pour ne pas passer sous le couperet du patron car j'avais insisté pour dire que ces organismes possédant leur propres spécialistes et qu'ils pouvaient reprendre n'importe quelle études. La géotechnique n'est pas une science exacte et il y a toujours une marge de manœuvre sur laquelle un expert peut compter. Il suffisait de ne pas exagérer les facteurs de sécurité.

Je travaillais la semaine, je jouais au soccer et je marchais sur les shales de Pointe-aux-pères de couleurs différentes, de textures différentes et de formes différentes en me disant qu'ils avaient les mêmes propriété physiques de comportement, ce qui renforçait ma conviction que le modèle de comportement socio-économique par les tenseurs avait du sens malgré le silence de la boîte noire.

Mon patron m'avait présenté quelques clients et j'étais connu comme le petit ingénieur de la nouvelle firme d'expert conseil de Rimouski. C'était un statut sans prétention. J'allais prendre une bière à la Pomme d'Adam et j'étais vu comme un nouveau professionnel. J'arrivais bien et j'emmagasinais des mois d'expérience. Je gagnais un salaire inférieur à la moyenne, mais mon absence du milieu du génie durant quelques années avait son effet sur ma valeur en tant que professionnel et j'en étais parfaitement conscient. J'avais lu assez de livres de la science économique pour m'en convaincre.

J'avais chargé mon voisin de vendre mon domaine des Laurentides et il avait réussi à trouver de bons acheteurs. J'ai vendu le domaine en deux morceaux et j'avais récupéré environ 45,000 dollars, une perte d'environ 30,000 dollars, et c'était un bon prix car les politiques monétaristes de Milton Friedman avaient eu un effet à la baisse sur toutes les valeurs qui ne rapportaient pas à court terme et les valeurs spéculatives. Cet argent me donnait une réserve monétaire et je songeais déjà à retourner à l'université de Rimouski pour y poursuivre des études d'administration. Une telle solution me donnait tout le loisir de compléter mes bases en sciences économiques et en théories financières.

Je lisais également beaucoup et surtout des livres de philosophie. J'avais suivi l'exemple de Picasso qui était passé de la période bleu à la période rose et au cubisme. J'étais passé de Martin Gray à la science économique et à la philosophie. Cette nouvelle période était plutôt mélangée et j'avais commencé le livre de Kant, Critique de la raison pure, dans lequel il traitait du " Je pense, donc je suis " de Descartes sur cent pages. Je n'ai jamais complété la lecture du livre de Kant et j'ai été amusé de savoir quelques années plus tard que les chinois

avaient résumé les cent pages de critiques de Kant en deux lignes car il existe en chinois deux verbe " être " et qu'il suffit de préciser chacun des verbes " être " pour éviter la confusion. Vive la langue chinoise.


Il y a des livres philosophiques plus facile à lire que Kant et je peux toujours me servir de la logique mathématique pour apprécier la justesse des propos philosophiques. Certains livres ont un contenu intéressant et on y découvre un miroir de l'âme. D'autres auteurs usent de contorsions de langage sur lesquelles je ne comprend rien et je préférais changer de livre. J'ai lu les deux tomes du Capital que je n'avais pas lu et j'ai lu une partie de l'importante production de Nietzsche, le préféré du courtier philosophe de l'université de Montréal. J'ai d'abord appris que les penseurs de l'époque nazi et du troisième reich de Hitler étaient nietzschéens. Nietzsche est facile à comprendre et il se répète souvent.

" Il faut agir comme l'araignée qui tisse sa toile. "

" L'homme est un funambule entre le singe et le surhumain et du dernier des hommes naîtra le surhumain . "

" Dieu est mort, je l'ai tué. "

" Je vois des cercueils avec des enfants qui crient. "

" En me regardant dans le miroir, j'ai vu le rire sardonique d'un démon. "

" Par delà le bien et le mal. "

" O diamant, pourquoi si dur et si beau. "

" Humain, trop humain. "

" L'Antéchrist "

Ce qui est appelé le nihilisme de Nietszche a un sens bien précis pour moi. Cette âme perdue quelque part a compris que Dieu a oublié au moins un détail à la création du monde que les mathématiciens connaissent bien : le vide. Nietzsche l'appelle le néant et si quelqu'un veut battre Dieu, il doit le battre là où Dieu ne possède pas les moyens de se défendre. Pour interpréter les écrits de Nietzsche, je dispose du modèle économique par les tenseurs et Nietzsche a eu de remarquables bonnes intuitions. Nietzsche n'a pas la formation de philosophe, mais celle de philologue, c'est-à-dire un expert du langage et qu'il connaissait très bien les écrits de la Bible. La pensée de Nietzsche n'est rien d'autre qu'une ruse diabolique.

Il n'y avait pas de doute qu'en 1985, le monde était au bord du chaos et le monde n'est pas si stable en 1998. La catastrophe est toujours possible. La télévision a toujours servi à m'informer des grands événements du monde et à m'instruire sur les faits historiques. J'étais un spectateur attentif et inquiet. Le président Reagan ne connaît probablement pas Nietzsche, mais il existe plusieurs groupes paramilitaires qui n'attendent que le moment propice pour profiter du chaos et appliquer des manières nietzschéennes. Le président Reagan était un homme naïf que les journalistes canadiens aimaient appeler le président Téflon car aucune bévue ne changeait sa popularité auprès des américains et il savait très bien comment plaire devant les cameras de télévision. Je préfère l'appeler le président Surprise car il pouvait décider d'une très bonne action et rallier les personnes clé à sa cause comme il pouvait lancer le monde dans le gouffre. Il ne faut pas oublier que la boîte noire avait ses données chiffrées qu'elle fournissait probablement au président Reagan.


Ma période de travail a aussi été marquée par un incident où je me croyais poursuivi à tord ou à raison, je n'en ai pas la moindre idée, mais j'avais été hospitalisé pour des phobies et je m'étais absenté du travail deux semaines. Le Dr Paradis m'avait donné des psychotropes de la

bonne dose et je n'avais pas eu à subir le mauvais effet de la cage invisible. Mon patron voulait de bonne foi m'aider, mais il n'est pas le genre de type à qui on confirait un secret. Il était d'un autoritarisme teinté de paternalisme dont je supportais mal les excès et ma relation se limitait aux affaires professionnelles en pensant que je retirais mon salaire à la fin de la semaine. Je ne mordais pas la main qui me nourrissait, mais je prenais mon change avec un salut courtois sans autre échange.

J'avais fait quelques erreurs de débutants et je n'avais plus la confiance de mon patron. Il relevait plus facilement mes erreurs que mes bons coups et cela minait ma propre confiance en moi. J'avais appris à baisser la tête sans répliquer. Je n'avais plus aucun plaisir à travailler et j'allais présenter mon inscription à l'Université du Québec à Rimouski. Le travail n'était pas difficile. Il était comme je l'avais prévu : quelques fondations à calculer, quelques recommandations pour corriger des travaux en terrain difficile et des expertises en sols et bétons.

La supervision était devenue désagréable à un point tel que je ne savais plus ce que je devais recommander pour donner une opinion d'expert convenable au client et plaire à mon patron en même temps. Il était patron et il avait la carte maîtresse qu'il jouait régulièrement. L'affirmation de son pouvoir d'autorité a dépassé les limites de ce que je pouvais tolérer lors de l'expertise du barrage Métis pour le compte d'Hydro-Québec. Nous avions les carottes de forages et les photographies du barrage sous tous les angles. Je n'avais eu aucune difficulté à diagnostiquer un problème d'éthryngite dans le béton, la pire réaction entre les agrégats de shale noir du béton et le liant. Mon patron voulait que j'indique un problème de gel de silice, un autre type de réaction entre des agrégats de silicate et le liant du béton car un autre rapport qu'il avait préparé précédemment mentionnait les gels de silice. L'expert d'Hydro-Québec à Montréal s'était déplacé et il avait confirmé le problème d'éthryngite, ce qui implique la reconstruction des structures en béton. J'avais repris le rapport six fois jusqu'à ce que le mot éthryngite ne figure plus dans le rapport. A une occasion, mon patron avait tiré le rapport sous le bureau de la secrétaire devant deux clients. C'est un exemple de son manque de maîtrise et du mépris pour ses employés, un geste disgracieux et indigne d'un professionnel. J'avais quitté le laboratoire avec un billet du psychiatre à l'appui. Ma pire expérience de travail s'est terminée par une mauvaise note dans une ville où le nombre d'ingénieurs ne doit pas excéder la centaine.

J'avais choisi de demeurer à Rimouski et d'y poursuivre mes études d'administration. Un collègue de la 11eB de Ville Lasalle exécutait des bâtiments d'acier pour le compte d'un fabricant de structures usinées et il m'avait proposé une collaboration que j'ai accepté. Cette alliance m'a coûté un peu de temps, une mise de fonds d'environ 3000 dollars et ne m'a jamais rapporté un sous. Le seul mérite de cette alliance a été de me faire connaître quelques amis car ce collègue de classe avait déjà vécu à Rimouski. Un contrat mal réalisé par un de ses copains a créé la zizanie et j'avais quitté sans faute, ni revenu. Cette mauvaise aventure a peut-être nuit à ma réputation, mais je ne peux adresser aucun reproche à personne puisque aucun rimouskois ne m'a jamais dit qu'un individu nuisait à ma réputation.


J'avais rencontré ma cousine Claire qui étudiait à l'Université de Moncton en éducation spécialisée. Elle était bien loin du conflit entre les Campagna et moi et je l'ai adopté un peu comme ma petite soeur. J'avais pris quelques semaines pour visite le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l'Île du Prince Edward. J'avais passé de bons moments avec cette cousine avec qui je maintiens de bonnes relations.

J'ai passé tout près d'un an à lire de nombreux livres de philosophie et quelques romans, à emplir mes poumons du bon air marin de Rimouski par mes randonnées pédestres en solitaire dans les nombreux sentiers de la région et à suivre l'actualité politique internationale.

Le président Reagan réaffirmait sans relâche que les gouvernements devaient présenter des budgets équilibrés et il faisait adopter des budgets avec des déficits de 300 milliards de dollars US, il répétait que l'Amérique aurait son bouclier spatial et il proposait à l'URRS l'option zéro en armes atomiques. L'URSS avait un nouveau Secrétaire général en Michaël Gorbachev, réformateur et dynamique qui avait lancé la Glasnost et la Perestroïka. Des réformes majeures s'annonçaient dans le centre du vieux continent et j'en saisissais la portée tout comme les conseillers de la boîte noire au moyen de l'analyse par les tenseurs.

J'allais rentré à l'hôpital pour une psychose lorsque l'Irangate avait fait la une des quotidiens du monde. Le colonel Oliver North et son collègue Pointdexter avaient préparé une attaque contre le colonel Khadafi, qu'ils avaient vendu des armes à l'Iran et qu'ils avaient utilisé les profits de la vente pour financer les opérations des Contras au Nicaragua. Mêlant le tenseur de spatialité à cette supercherie, j'étais certain que le monde vivait ses dernières heures et j'avais passé de très mauvaises journées à l'hôpital sans ressentir le désagréable effet de la cage invisible. Le Dr Paradis connaissait très bien les doses et les effets des psychotropes et les médecins suivants ont profité de son expérience pour établir les bonnes doses lors de mes crises ultérieures. Le Dr Paradis m'avait dit qu'il m'avait donné une dose qui l'aurait fait dormir un mois. Les psychotropes sont des médicaments difficiles à doser et même les médecins devraient en user avec prudence.

Je revoyais le Dr Paradis après mon hospitalisation et je lui avais remis une copie de l'article synthèse sur les tenseurs en économie, mais le doute tenace du psychiatre avait eu gain de cause sur mes secrets de la science économique et je n'avais pas insisté. J'ai aussi appris à me méfier des psychiatres et de l'influence qu'ils ont dans tout l'appareil social de l'état. J'avais rangé mes secrets dans la filière.


A quelques mois d'intervalle, le président Surprise offrait au Secrétaire général de l'URSS, un tête-à-tête pour discuter d'un désarmement nucléaire bilatéral en zone neutre à Reykjavik. Le président Reagan et le Secrétaire Gorbachev se sont effectivement rencontrés et ils ont âprement discuté de désarmement pendant quelques jours. Reagan était prêt à proposer l'option zéro et Gorbachev tenait à l'arrêt du programme de défense stratégique et de bouclier spatial et il liait systématiquement tous les engagements à l'arrêt des recherches en ce domaine. Reagan, mécontent de l'entêtement de Gorbachev, s'était levé et il avait quitté la salle de négociation sans autre commentaire. Les États-Unis venaient de remporter une importante victoire et ils ne s'en rendent peut-être même pas compte aujourd'hui, dans un match où ils partaient perdant. Le duel opposait un acteur de deuxième classe contre un brillant gradué de la meilleure école de droit de Russie. L'événement était si important que j'y reviendrai dans un chapitre ultérieur. La politique canadienne était sans succès, ni échec et le Premier ministre Brain Mulroney était un allié sûr du président Reagan.

J'avais aussi quelques regains de rage contre les Campagna. Je ne voyais pas ma situation de manière optimiste et les Campagna ont été les principaux acteurs de mes difficiles moments de dépression et qu'ils sont responsables de ma piètre situation financière.

Je regardais avec amusement que la thèse de Joseph Schumpeter se vérifiait en informatique, une autre école des sciences économiques. Les compagnies IBM et Apple se livraient un duel de titans pour le contrôle des marchés des micro-ordinateurs. Schumpeter défendait la thèse qu'un nombre restreint d'entreprises était favorable à la recherche et au développement. IBM a fait des déficits durant plusieurs semestres avant de gagner cette bataille et c'est MicroSoft de Bill Gates qui a engrangé les bénéfices.

Je n'avais d'avenir qu'à l'université à Rimouski ou changer de place et recommencer. J'entrais dans une période d'attente avec une situation confortable en espérant que des événements viendraient me sortir de l'anonymat.

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