CHAPITRE 8LES MONTAGNES RUSSESJe dédie ce chapitre au président américain Ronald Reagan dont les déclarations énervaient même ses propres conseillers en communication à la Maison blanche. C'était le temps des montagnes russes et les déclarations impromptues ou les réponses aux questions des journalistes du président Reagan ne laissaient personne indifférent. Les gens passaient d'un optimisme irréaliste à une névrose collective. Saddam Hussein avait profité de la faiblesse de l'Iran pour lancer ses chasseurs sur les installations pétrolières iraniennes et les iraniens avaient riposté d'une manière que les conseillers militaires américains ne croyaient pas possible. La guerre Iran Irak était devenue une dure guerre de tranchées où chaque camp maintenait sa position. Saddam Hussein avait perdu la première manche, lui qui croyait réussir un gain rapide et facile. L'Europe était divisée entre les partisans du déploiement des missiles américains Pershing et une Europe neutre où les américains et les russes s'opposaient en se lançant dans une course aux armements nucléaires sans précédent. Les russes et les américains possédaient déjà 90% de toutes les armes atomiques du monde. Les russes avaient donné le rythme dans un passé récent et c'était maintenant, le président Reagan qui battait la mesure en usant de la même logique. Le général Alexander Haig, alors Secrétaire d'état, avait préparé le nouveau plan de déploiement des missiles américains et Ronald Reagan avait congédié son secrétaire d'état sans remettre en cause la stratégie de son second. Alexander Haig avait beaucoup trop de caractère et de bon sens des choses pour être membre de l'équipe d'un acteur de cinéma Western et David Stockman subira le même sort un peu plus tard. L'Amérique du sud était un continent de dictateurs, de groupes révolutionnaires et de gouvernements mafieux qui exportaient la cocaïne en Amérique du nord et qui avait ses adeptes jusqu'à l'Assemblée nationale du Québec. Le gouvernement militaire de l'Argentine avait lancé une offensive sur les îles Malouines et Margaret Thatcher avait répliqué en ordonnant à la flotte anglaise de reprendre les îles, ce qui avait considérablement accru sa popularité. L'Afrique était un nid de dictateurs que le président Reagan entretenait grassement à la condition qu'ils parlent de libre marché. L'Iran accusait Israël de petit Satan et les Etats-Unis de grand Satan. La Chine avait son homme fort en Deng Xiaopping qui ne se gênait pas pour replacer les pendules à l'heure et dire au président Reagan que la course aux armements était l'affaire des russes et des américains. Les extrémistes indiens avaient assassiné Indira Ghandi. Il n'y avait que le Japon et les dragons du Pacifique pour offrir au monde un oasis de paix et de prospérité. | ||
|
Le Canada se remettait difficilement de la dernière crise économique et il n'y avait que le bon vieux débat constitutionnel pour masquer la réalité et faire croire aux canadiens que le problème canadien revenait toujours à un bout de papier d'une dizaine de pages. Le rideau constitutionnel servait bien les politiciens de toutes les allégeances et les journalistes de tous les quotidiens. Le Canada avait une dette annuelle de plus de 30 milliards de dollars, mais il n'y avait que quelques voix criant dans le désert pour penser que cette dette était un réel problème. Les journalistes de Radio-Canada couvraient les grands événements internationaux mêlés à la salade constitutionnelle et c'était suffisant pour rassembler les événements importants de ce qui deviendra le tenseur de l'histoire. Il y avait une carte du puzzle dont j'étais certain de sa validité car elle était le résultat de données expérimentales. C'était les courbes du développement économique que j'avais observées sur le bureau du professeur d'endocrinologie de Claire Delorme : une période de croissance suivie d'une période de stagnation et d'une période de rupture, en terme social, d'une guerre, le tout répété trois ou quatre fois en 200 ans. Il n'y avait aucune manière de contester ces résultats car la variable indépendante était le temps et l'unité de mesure, les années. Si la mesure de la variable dépendante pouvait être discutable, la forme de la courbe n'en serait pas altérée par le changement de variable. J'avais changé le terme guerre par micro-fissuration du tissu social car en mécanique des roches, nous utilisons le terme micro-fissuration de la roche. En 1984, j'avais retrouvé la santé. J'avais eu de mauvaises expériences de placement et je ne doutais pas de la validité des conclusions de Milton Friedman sur l'importance de la monnaie. J'avais déjà une introduction à l'économie par les cours complémentaires suivis au Cegep et je connaissais les principales conclusions des keynésiens. En 1974, les théories de John Maynard Keynes représentaient les fondements de l'enseignement de l'économie. Il restait Karl Marx à situer dont l'importance n'était pas mise en doute et qui servait de fondement à l'économie soviétique et à la propagande révolutionnaire. J'avais donc acheté le deuxième tome du Capital de Karl Marx et j'avais l'opinion marxiste de quelques jeunes qui avaient participé à des actions communes de revendications dans le mouvement étudiant. J'ai lu le Capital de Karl Marx et j'ai lu également de nombreuses critiques du Capital. Le puzzle ne s'était pas simplifié, mais compliqué. Par exemple, Paul Favra dans L'anticapitalisme réfutait les conclusions de Marx en faisant l'apologie de Ricardo. J'avais donc dû lire David Ricardo et son livre Des principes de l'économie politique et de l'impôt. Il y avait des conclusions de Marx qui, à l'évidence, concordaient avec la réalité contemporaine et elles ne pouvaient pas être écartées. On observait la concentration du capital, la relation argent-argent qui supplantait la relation argent-marchandise-argent, le rendement décroissant sur le capital et la croissance des budgets militaires. Marx avait tout prévu ces événements. Marx avait eu aussi la brillante idée d'appeler son ouvrage " critique de la production capitalisme ", ce qui ne permet pas de mettre en contradiction ses propos puisqu'il ne développait aucun modèle économique alternatif. Marx a fourni un modèle de remplacement avec ses collègues dans Le manifeste du parti communisme. | ||
|
La principale faiblesse de l'ouvrage Le Capital est le manque de rigueur mathématique et l'ouvrage contient de nombreuses fautes de calcul, ce qui n'a rien pour aider à la compréhension de l'ouvrage. Marx était aussi un virulent polémiste, ce qui contraste avec la brillante carrière d'avocat de son père en Allemagne. Robert Solow a effectué des études économétriques sur les théories du Capital de Marx et il a démontré qu'il y avait deux courbes distinctes du rendement du capital, une première avec un optimum et la décroissance prévue par Marx et une seconde continue sans décroissance. Il ne faisait aucun doute dans mon esprit que Marx était le nud du problème et de la solution. Les disputes d'écoles en économie sont une véritable plaie et chacune ressemble à un groupe marxiste où il faut monter les échelons un à un, ce qui est unique dans le milieu scientifique. Les scientifiques ont l'habitude d'attribuer l'honneur au mérite. En économie, il existe des gens dont on courtise l'opinion parce qu'elles ont de bonnes relations avec des personnes influentes. Certains se disent économistes et ils n'ont aucun diplôme universitaire. Il existe un lot de soi-disant économistes qui vont demander la stimulation de la demande sur toutes les tribunes. La profession d'économiste contient beaucoup trop de personnes aux grandes illères et je pouvais compter sur personne pour m'aider à mes recherches. Le seul à qui j'ai parlé de mes interrogations est un professeur de mécanique des roches. Les économistes utilisent abondamment la règle cetaris paribus ou " toutes choses par ailleurs étant constantes " alors que je recherchais un modèle avec des ruptures. Bien des sociologues et bien des économistes ont cherché à percer cette énigme. Ils leur manquaient la pièce centrale sur le comportement social selon un tenseur de spatialité et j'ai construit tout le reste sans chercher de réponses parmi les grands économistes du dernier siècle. J'ai repris obstinément chacun des morceaux que j'avais en mémoire et j'analysais des hypothèses sans procéder à aucun calcul. J'appliquais les deux principes que deux chercheurs célèbres ont dit et repris : Gauss disait qu'il faut trouver la solution et, ensuite, faire le chemin qui mène à la solution et Einstein disait que Dieu ne fait pas les choses à peu près. J'ai tout construit par raisonement. Je marchais du cimetière Côte-des-neiges, à l'oratoire Saint-Joseph et dans le parc du Mont-Royal. Il faut faire le tour à pieds pour savoir ce que cela représente. La promenade en vaut le déplacement car les trois parties forment une coupole verdoyante en plein milieu de la ville de Montréal où les grands chênes abondent. On se croirait en pleine campagne après une heure ou deux de marche. Le parc est très animé par de nombreux passants et le cimetière est le refuge du solitaire si on n'a pas une prédisposition maladive pour les pierres tombales. J'étais l'homme du cimetière pour les employés d'entretien et je pouvais passer une heure assis devant la tombe de ma famille à regarder les bourdons butiner les fleurs. Je connaissais autant le cimetière catholique que le cimetière protestant dont le terrain des soldats morts au combat sert d'accès entre les deux cimetières. J'ajouterai que si vous allez marcher les lieux, sachez que vous vous trouvez sur un diatrème de gabbro, un phénomène géologique très spécial car cette roche intrusive est formée par une cheminée très profonde à la jonction de deux failles qui n'est jamais parvenue jusqu'à la surface et que les glaciers ont décapé lors des périodes de glaciation. | ||
|
Je devais imaginer quatre vecteurs linéairement indépendants pour former un tenseur et j'ai choisi arbitrairement quatre divisions qui avaient de bonnes chances d'être linéaires, un peu comme Marx ou Gauss ont dû faire pour développer leur théorie : une partie par induction et une partie par déduction et l'ensemble doit avoir du sens. Je savais que j'étais près du but et je prenais le temps qu'il fallait pour en faire une bonne analyse. J'avais éliminé l'utilité marginal et je n'ai jamais su où la placer. Le concept économique explique pourquoi la valeur de l'eau est plus grande que la valeur du diamant dans le désert. Les détours et les découvertes en économie passent par ce genre de réflexion. J'ai trouvé la distinction entre bien producteur, bien de plaisir et bien destructeur d'une importance capitale. Je pouvais y inclure une partie de l'économie mafieuse dont les économistes négligent souvent les effets. J'imaginais la distinction entre une pomme de terre, un plant de fraises, un plant de tabac et un plant de coca. Je pouvais y inclure toutes les armes de tout calibre. Il n'y avait pas de doute que le marché, la valeur et l'argent constitue un vecteur. Il y a un vecteur de structure que contient les importations, les exportations et un agglomérat que j'ai appelé l'économie de soutien. Il reste l'économie du travail qui doit avoir son vecteur car le chômage est une donnée de base trop importante pour ne pas agir sur le comportement social global. J'avais mes quatre vecteurs. La correspondance avec une roche nécessite une matrice et un vecteur dont l'explication relève des mathématiques des tenseurs, une construction de l'esprit humain inexplicable sans posséder les pierres mathématiques sous-jacentes à la mise en place du bloc tenseur. La pièce la plus difficile à trouver a été la relation entre les propriétés socio-économiques plutôt abstraites d'un lieu car je n'en mesurais pas les paramètres et le résultat de rupture qui était une évidence sur le graphique du professeur d'endocrinologie et cette relation m'est venue comme un éclair en déménageant les biens d'une de mes amies en attendant devant l'ascenseur de l'immeuble. Vous ne pouvez pas vous imaginer le plaisir que cela procure. Je comprend Archimède d'avoir sorti de son bain et s'être mis à courir nu dans la rue. Tu te donnes un bon coup de poing dans la main et tu dis ça y est. Des variables irrationnelles, plus précisément que l'homme ne réagit pas toujours de façon rationnelle et qu'il fallait compter avec cette réalité. Cela me fournissait en même temps, une hypothèse de base et un processus de micro-fissuration. L'homme ne réagit pas toujours de façon rationnelle. Qui oserait le contester ? Le pape. Il y a longtemps que je ne crois pas à son infaillibilité et il me fait plaisir de l'affirmer. Il restait à placer la macro-économie keynésienne. Le modèle du bloc avec un ressort et un piston que tous les ingénieurs connaissent sert de démonstration à l'analyse keynésienne. Les ressorts représentent les déficits et les pistons, les programmes sociaux. Les ressorts ont très peu d'influence si l'argent est prélevé à l'intérieur du pays, la richesse collective et les fonds de pension de citoyens comme le démontre John Maynard Keynes, et ils sont importants si les fonds proviennent des fonds financiers étrangers car ces derniers offrent leur monnaie en fonction du taux d'intérêt et du risque. C'est la loi des marchés financiers. Le modèle est complet ; il n'explique pas tout, mais il ne néglige rien. | ||
|
J'avais quelques activités à l'extérieur de mes périodes de réflexion et j'avais maintenu le contact avec des jeunes actifs dans les mouvements de jeunes. Une de ces relations m'avait présenté aux principaux responsables de Imag85, une organisation visant la promotion de l'Année internationale de la jeunesse en 1985. Je participais à des activités de routine sans autre intention. Par un concours de circonstances, mon nom a été placé sur la liste des membres au colloque Les jeunes acteurs du développement social à Poitiers en France et les dépenses étaient défrayées par l'Office franco-québécois de la jeunesse. J'avais les antécédents requis pour présenter ma candidature et j'avais été accepté. J'avais aussi appelé Maurice D. Campagna pour lui dire que j'écrirais un jour les arnaques que m'ont fait subir les Campagna et il m'a répondu que je ne lui faisais pas peur. J'ai poursuivi mon combat contre les Campagna et le problème des combats est qu'on sait quand ils commencent, mais on ne sait pas quand ils finissent. Plusieurs sciences ont des écoles. Il existe dans chaque science un corpus de lois et de théories dont il existe suffisamment de preuves pour que toute la communauté scientifique les accepte et une série d'hypothèses vraisemblables qui divisent la communauté en écoles. La géologie a ses écoles, la psychiatrie a ses écoles, l'astrophysique a ses écoles et la science économique a ses écoles dont les positions sont les plus extrêmes. Mon défi était de présenter mes propositions à une personne suffisamment crédible pour ne pas être noyé comme un poisson dans l'eau par quelques fanatiques des écoles établies. Ma période de réflexion était complétée et je devais passer à l'action. J'arrivais à la tâche de rassembler mes documents et d'en faire une synthèse d'une dizaine de pages. Je n'ai plus ce texte car j'en ai détruit toutes les copies par prudence en raison d'événements ultérieurs. Je m'étais donné le pseudonyme de Descartes économiques et j'avais titré l'article : Marx avait raison, on ne peut pas lui reprocher ce qu'il ne pouvait pas connaître. J'imagine que ce cher président Reagan a dû s'étouffer en avalant son café. Le texte décrivait le cheminement du graphique d'économie des 200 dernières années en précisant la structure selon un tenseur d'ordre quatre et de ses quatre vecteurs tel que mentionnés précédemment, des variables de l'irrationalité de l'homme, de la micro-fissuration du tissu social, des blocs avec ressorts et piston de Keynes, de la guerre des Malouines et du présent conflit Iran-Irak qui représentait une réelle menace selon l'analyse par les tenseurs de spatialité. Il y avait quelques autres détails dont je ne me souviens pas la nature sauf le post scriptum à la fin de l'article. J'avais fait quelques photocopies pour en avoir plus d'un exemplaire. | ||
|
Une histoire macabre de terroristes iraniens s'ajoutait au décor à l'aéroport de Rome où les leaders du groupes menaçaient d'exécuter les otages au nom de Dieu. Il y avait eu aussi ma petite voix intérieure pour me demander si je n'oubliais pas quelqu'un. J'avais écrit en post scriptum : " Quand on tue au nom de Dieu, pas étonnant que Marx ait dit : La religion, c'est l'opium du peuple ". Je ne sais pas ce que Dieu en pense, mais je pense que c'était un vrai coup de billard : rappeler au monde que Dieu existe, rendre à Marx, la place qu'il occupe dans l'histoire, fouetter le clergé pour ses prises de position arbitraires et ses alliances avec bien des personnages peu respectables dont Machiavel et mettre les défenseurs du capitalisme à leur place dont les américains et les preachers qui pensent que l'Amérique existe pour établir le monde de Dieu sur terre. Il y en aura bien d'autres que le président Reagan pour avaler leur café de travers. Il restait à trouver à qui je présenterais l'article. Je n'ai aucune formation reconnue en économie et j'ai au mieux, une maîtrise incomplète. Pierre Trudeau n'était plus Premier ministre et il rentrait à Montréal. Il me connaissait par le groupe après le Sommet québécois de la jeunesse et le document de travail que j'avais remis à l'attaché politique du ministre Lalonde. J'avais laissé une lettre à son domicile et il m'avait rappelé. Je lui avais expliqué que j'étais sur une bonne piste pour expliquer les difficultés d'interprétation du Capital de Marx et il s'était montré intéressé à une collaboration. Il était en déménagement et il avait promis de me rappeler plus tard. Pierre Trudeau était un bon collaborateur pour cette étude car il avait ses relations un peu partout dans le monde. J'aurais été forcé d'appuyer ses visions et je ne suis pas un libéral et encore moins, un fédéraliste centralisateur. J'ai toujours vécu avec mes moyens et je n'aurais jamais dépensé l'argent gouvernemental comme Pierre Trudeau l'a fait. Je suis un partisan de la loi et de l'ordre et je pense que la charte des droits et libertés sert principalement les criminels. Le taux de criminalité a monté au Canada de manière constante après l'adoption de la Charte. Pierre Trudeau a quitté la direction du gouvernement avec un déficit annuel de 34 milliards de dollars à une époque où le Canada était autosuffisant en pétrole et que les Premiers ministres précédents équilibraient généralement le budget. Je prenais de bons moments de vacances car j'avais trouvé tout ce qui était possible de déduire sans calcul et la poursuite des études nécessitait des fonds importants et l'utilisation d'un ordinateur de forte puissance pour établir les paramètres du modèle. Je me promenais à pieds jusqu'au centre ville de Montréal et au Palais des congrès qui était complété et dont j'avais été responsable de l'inspection des fondations. Simplement par un hasard de circonstance, le Palais des congrès devait recevoir le colloque de la Conférence internationale d'action sociale et je m'étais inscrit par intérêt pour les sciences sociales. Le titre est trompeur car l'organisme est le groupe conseil de l'exécutif des Nations Unies. | ||
|
Le colloque d'une durée d'une semaine était divisé en matinées de conférences et les après-midi étaient réservés à des ateliers. Une des conférencières était Madame Simone Veil, l'ex-présidente de l'organisme, une ancienne présidente de la Communauté économique européenne et une juive rescapée des camps nazis. Elle avait présenté une conférence sur les risques que présentaient les alliances dans le monde, ce que était une bonne introduction à des analyses par les tenseurs de spatialité. J'avais intercepté Madame Veil à la fin de sa conférence et je lui avais remis le texte synthèse que j'avais préparé en lui disant que j'avais trouvé un modèle pour expliquer la théorie de Marx. Elle avait pris le document et elle l'avait glissé dans sa serviette au moment où les journalistes se pressaient autour d'elle. Je ne crois pas aux rencontres du destin. Je venais simplement de réaliser un bon coup et je passais un deuxième bâton de relais comme je l'avais fait avec le document de travail sur une position opposée aux armes nucléaires. Le Palais des congrès avait été secoué par la foudre et par un léger tremblement de terre et ces événements n'étaient pas du hasard. Je crois aux événements surnaturels, je suis un bon mathématicien et un bon scientifique peut toujours retomber sur ses deux pieds par les probabilités et les statistiques. Ces deux événements presque simultanés n'étaient pas dû au hasard, mais à l'intervention divine ou à ses anges. Je n'ai jamais regretté d'avoir remis à Madame Veil, ma synthèse sur les sciences économiques et je ne pense pas qu'il existe une meilleure politicienne dans ce monde. Le message avait été bien compris car le lendemain, le conférencier suivant en témoignait de sa portée et l'assemblée adoptait un budget de deux millions de dollars pour procéder aux études par une équipe multidisciplinaire. A la soirée de clôture, le nouveau président, un canadien, s'était présenté à moi sous son prénom de Norbert et j'avais eu le privilège de boire aux frais du président. La femme du président avait conversé avec moi une bonne partie de la soirée et je me disais que l'avenir se présentait bien mieux que la perspective d'une collaboration avec Pierre Trudeau. Le bilan du gouvernement libéral de Pierre Trudeau n'a rien de positif à mon avis. Ce que l'histoire en retiendra est son énorme déficit et sa Charte des droits et libertés de la personne avec son rapatriement unilatéral de la Constitution. Cette remise à Simone Veil me permet de ne jamais être associé à Pierre Trudeau et ses actions passées. Tous les autres résultats du gouvernement Trudeau sont discutables et j'ai des positions bien arrêtées sur un bon nombre de résultats que le canadien moyen voit comme une évolution profitable au Canada. | ||
|
Il y a beaucoup d'utopies dans la pensée des canadiens et particulièrement dans celle des journalistes qui font l'opinion canadienne. Pierre Trudeau a décidé d'une croissance phénoménale de la fonction publique alors que Michel Crozier mettait en garde les institutions publiques sur leur inefficacité en 1968 en publiant son livre " Phénomène bureaucratique ". Pierre Trudeau, le naturaliste de jeunesse, n'a jamais intégré à son discours, la prise de conscience écologique à une époque où toutes les entreprises industrielles se servaient des Grands-Lacs comme dépotoir de produits toxiques et les canadiens doivent à M . Blair Seaborn, président de la Commission mixte internationale, le mérite d'avoir répété le discours écologique devant des industriels et certains politiciens américains qui pensent que leur liberté est affectée par l'imposition de règlements interdisant les rejets des pires polluants dans les eaux. En dernier lieu, Pierre Trudeau, le grand voyageur des régions étrangères, favorisait les pays en développement en fournissant de l'argent non liée alors que tous les autres pays développés donnaient de l'argent lié et que la principale conséquence de cette politique était défavorable aux sociétés de génie conseil qui devaient se battre pour les contrats canadiens contre les sociétés étrangères alors que ces dernières avaient l'appui de leur gouvernement national pour tous les contrats qu'eux finançaient. Deux jours après la clôture du colloque, je me promenais dans le cimetière Côte-des-neiges pour passer le temps. Une voiture suspecte, le capot et la valise levés, était arrêtée sur le bord du chemin dans la côte qui mène au sommet du cimetière protestant et un hélicoptère patrouillait le secteur. Je n'avais pas pris de chance et j'avais évité le chemin en coupant à travers le boisée. J'avais rencontré un homme à qui j'avais demandé si ça allait bien par politesse. L'homme m'a répondu que ça allait mal et que j'avais changé tous leurs plans. J'avais compris qu'on avait décidé de s'en prendre à moi et que ni l'automobile, ni l'hélicoptère n'était là par hasard. Je connais bien le cimetière protestant et j'ai été me cacher dans un des nombreux sous-bois des lieux. J'avais attendu sans bouger pendant que des hommes de la voiture me cherchaient et que l'hélicoptère patrouillait à trente mètres au-dessus du sol, juste à la cime des arbres pour repérer les lièvres, je suppose. Je ne me faisais pas d'illusions sur leurs intentions. J'étais sorti du cimetière en passant à côté de la clôture vis-à-vis de la falaise pour éviter une sortie par une des portes du cimetière. J'avais pris un taxi et j'étais allé au quartier général de la Sûreté du Québec. On n'a jamais cru mon histoire et on m'avait demandé les noms des activistes marxistes que je connaissais. J'ai appris ce qu'était l'insécurité et j'avais pris un taxi pour me conduire sur la rive sud du Saint-Laurent chez des personnes que je connaissais. La première personne ne voulait pas me garder et la deuxième m'a offert de prendre une douche et elle a appelé la Sûreté du Québec. Les policiers m'ont ramené à Montréal et ils m'ont laissé à l'hôpital Saint-Mary's dans le quartier où j'habite. | ||
|
J'étais évidemment à l'aile de psychiatrie soigné pour une phobie, probablement la peur d'avoir peur. Les psychiatres sont très avares de commentaires sur ce qu'ils pensent lorsqu'ils rencontrent une personne en état de choc et j'étais dopé au lithium et quelques autres psychotropes qui vous donnent à la tête, une cage invisible assez désagréable. Je n'avais pas l'intention de rester là longtemps car j'étais inscrit au colloque à Poitiers et je souhaitais bien ne pas manquer ma chance. Je répétais qu'on avait tenté de s'en prendre à ma personne, mais pas un seul psychiatre ne croyait ma version. J'avais appris à accepter le doute tenace des gens de cette profession et j'avais classé mes hypothèses de la science économique bien loin dans ma mémoire et la synthèse dans ma filière. J'avais connu la Dr Cousineau et ses techniques de psychanalyse et je connaissais maintenant l'envers de la médaille des psychiatres. L'hôpital Saint-Mary's est un hôpital universitaire rattaché à l'université McGill et j'avais présenté en anglais, à plus de vingt spécialistes, mon expérience de " phobie " et ils s'étaient entendus pour dire que j'avais fait une mauvaise association d'événements pour en arriver à un comportement dérangé. C'était satisfaisant pour tous ces spécialistes. J'avais rangé mon expérience au cimetière dans la filière des faits divers. J'avais des permissions de sortir de l'hôpital et j'étais allé au parc Jarry, la journée où le pape Jean-Paul II a célébré sa messe en plein air. Il n'est pas facile de jouer contre les psychiatres car ils ont remplacé l'église catholique du début du siècle dans la hiérarchie sociale. Ils ont un statut à peu près équivalent à ceux des juges qui méritent ce statut par la Constitution. Les psychiatres sont les maîtres du cerveau et la principale différence entre l'homme et les autres animaux est l'importance de son cerveau. Ils auraient pu faire avorter mon voyage en Europe, mais la psychiatre en chef n'a pas joué contre moi et je suis parti pour la France comme prévu. En deux ou trois semaines, l'Ayatollah Khomeiny avait déclaré que l'action des terroristes iraniens était contraire au préceptes du Coran et l'Otan avait décidé de déployer des missiles au sud de l'Italie, une réaction inutile car Israël possédait déjà des armes atomiques et qu'elles seraient lancées bien avant une décision de l'Otan car les israéliens n'ont pas l'éthique des anglo-saxons, le fair-play anglais. J'avais pris l'avion pour Paris au moment où les conservateurs de Brain Mulroney prenaient le pouvoir à Ottawa. Mes trois collègues de Imag85 s'activaient à nouer des contacts avec les organisations de jeunes de France et je revoyais Paris, ses cafés, ses immeubles caractéristiques et ses musées. J'avais seulement rendu visite au Dr Cousineau dont j'avais retrouvé l'adresse. | ||
|
Nous étions parti tous les quatre à Poitiers pour participer au colloque. Plusieurs délégués québécois avaient une longueur d'avance sur leurs homologues français en raison des discussions au Sommet québécois de la jeunesse et plusieurs français et françaises auraient voulu que je participe à des échanges, mais je n'avais pas l'objectif de poursuivre dans le mouvement jeunesse. J'avais 29 ans et je comptais me replacer dans le milieu du génie. J'ai connu à Poitiers, le seul politicien que je pouvais regarder comme mon égal puisqu'il était délégué au même titre que moi, le plus jeune député de l'Assemblée nationale, Gilles Baril. Ce dernier avait lancé une déclaration de " nous les dieux modernes " tout à fait déplacée qui avait fait la honte de toute la délégation québécoise. J'étais néanmoins satisfait de mon expérience et j'avais poursuivi mon voyage dans le sud de la France et en Italie. Je m'étais rapproché de ma religion et j'avais fait un arrêt à Lourdes et au Vatican évidemment. J'ai assisté à une messe du pape à Rome. L'ingénieur que je suis n'a pas manqué les lieux touristiques d'Italie, la très belle Florence et ses écoles de la Renaissance, Venise et ses canaux, la place Saint-Marc les deux pieds dans l'eau et bien d'autres. Je suis rentré à Paris pour revenir à Montréal et je m'étais mis à la recherche d'un emploi. Dans un Québec où l'église ne rassemblait plus que quelques personnes aux cheveux blancs, j'avais une foi en Dieu affermie et je me sentais appuyé par ma famille, c'est-à-dire mon père, ma mère, mes frères et surs. J'avais des relations difficiles avec mon oncle Georges, ce qui maintenait la vivacité de mon anticléricalisme, et j'insultais les Campagna quand l'envie m'en prenait. La recherche d'un nouvel emploi fut difficile et j'avais adhéré à un groupe de recherche d'emplois. Je n'avais aucune expérience de travail en génie depuis le mois d'octobre 1980, soit environ quatre ans, et c'était un handicap majeur. J'avais présenté de nombreuses applications et j'avais appelé un grand nombre d'employeurs du milieu du génie et de la construction. J'avais tenté d'entrer en contact avec le prénommé Norbert, président de la Conférence internationale d'action sociale, mais je n'ai jamais réussi quelque contact que ce soit. Le groupe de la soirée de clôture du colloque était devenu une boîte noire à la manière des mathématiciens, un algorithme de calcul de prévisions dont le plus connu est le modèle de Box et Jenkins et, non pas, la boîte noire d'enregistrement des avions utilisée lors des accidents. J'avais réussi à obtenir un emploi pour un constructeur spécialisé en fonçage des pieux en janvier 1995. Ce fut la reprise en main de ma carrière d'ingénieur. Je travaillais sur plusieurs aspects du travail de bureau d'un constructeur dont je maîtrisais très peu la connaissance. J'étais initié à l'estimation, la présentation des calculs, la préparation des alternatives au design demandé avec un peu de contrôle de chantier. Mon employeur s'apercevait que je manquais d'expérience et il m'avait dit qu'il cherchait à me remplacer par un ingénieur d'expérience. Je m'étais mis à chercher un nouvel emploi et j'avais appliqué sur un poste d'ingénieur pour un laboratoire de Rimouski. J'avais été choisi pour occuper le poste et je quittais Montréal pour Rimouski en avril 1985, un ville située à 600 kilomètres à l'est de Montréal. J'ai apprécié la franchise de cet employeur en fonçage de pieux. | ||
|
Mes amis de Ville Lasalle m'avaient aidé à préparer mon déménagement. Je quittais des amis, mais j'allais retrouver un travail qui m'était familier dans un laboratoire de sols. Le monde de la politique se débrouillait sans moi avec une boîte noire pour le conseiller. On ne m'a jamais rien donné pour cette découverte, ni remerciements, ni résultats sur les paramètres mesurés. | ||