CHAPITRE 7

MA PSYCHIATRE

Ma psychiatre habitait Outremont pas très loin de l'Université de Montréal. Elle offrait des consultations principalement aux étudiants et elle est une excellente psychanalyste. J'allais une heure par semaine au bureau du Dr Cousineau situé dans le sous-sol de sa résidence lui raconter mes sentiments, mes états d'âme, mes souvenirs et les activités que j'aurais voulu réalisées.

Les premières semaines avaient été très difficiles et notre première rencontre prenait tout son sens. Je me sentais fatigué, mais je ne me croyais pas dépressif. Le principe fondamental de la psychanalyse est fort simple. Dire les bonnes phrases au bon moment en est tout autre et ne vous lancer pas comme thérapeute même si la suite de ce livre parlera beaucoup de phénomènes psychiatriques.

J'avais refoulé, refoulé et refoulé. Je n'avais jamais parlé de mon rôle de bouc émissaire de ma mère à un de mes amis car je gardais mes problèmes de famille à la maison. J'avais un très grand plaisir avec mes amis. Personne ne savait que ma mère avait incendié la maison familiale sauf mon oncle Georges. Je n'avais pas parlé de mes mésaventures avec les Campagna par pudeur.

Je m'étais fait fourrer par Jean et Ghislaine pour le prêt à leur ami James et par Daniel qui avait lancé une saga judiciaire sur laquelle je n'avais aucun contrôle. J'avais été abusé sexuellement par André à qui j'avais servi de vulgaire prostitué sans me défendre. J'avais encaissé la réponse malicieuse de Maurice D. à propos de la lame du banc de scie de mon père. J'avais été forcé d'accepter un règlement défavorable avec le philosophe nietzschéen car j'avais signé un billet qui n'était pas beaucoup mieux que ce que Jean et Ghislaine m'avaient enseigné 10 ans auparavant.

J'allais m'asseoir dans le fauteuil de ma psychiatre et je lui racontais mes mésaventures. J'en avais dont le souvenir était entier et je pouvais en raconter tous les détails et d'autres étaient confus car mon esprit les avait camoufler pour les rendre supportables. La psychanalyse est une véritable opération de démolition des idées confuses car l'esprit utilise des détours pour construire les camouflages et ces détours deviennent de mauvais moyens de défense. La psychanalyse détruit les camouflages fabriqués par ton esprit et tu te rends compte que certains moyens de défense personnels sont peu efficaces car ils ont des pièges qu'une personne maligne reconnaît assez facilement et dont elle peut se servir pour te contrôler. Beaucoup de gens dépressifs préfèrent la solitude et j'étais de ce nombre-là.


Le psychanalyste devient ta seule bouée de sauvetage à partir du moment où il a brisé les croûtes de camouflage que ton esprit avait construit pour te protéger. Pendant plusieurs semaines, j'allais dormir, me lever, manger et me promener dans le cimetière Côte-des-neiges et le parc du Mont-Royal, laissant remonter de vieux souvenirs, et m'asseoir une heure par semaine dans le fauteuil du Dr Cousineau pour lui raconter les pensées importantes qui m'étaient revenues sur les situations passées. J'avais vingt-cinq ans de mauvais souvenirs qui revenaient par petits paquets. J'ai pensé de nombreuses fois à me suicider et je me disais que jamais je ne donnerais cette victoire aux Campagna. C'est la seule motivation que les Campagna m'ont fourni pour vous dire à quelle point ma rage contre eux est profonde.

Je revoyais mon oncle Georges que j'engueulais à chaque fois qu'il cherchait un rapprochement tordu avec les Campagna et j'avais beau lui expliquer comment les Campagna m'avaient trahi et s'étaient servis de moi, il répondait invariablement qu'il ne comprenait rien à ce que je lui disais et que je ferais mieux d'aller voir ma psychiatre. Je le traitais de traître, de lavette ou de complice, il en pleurait et il ne cherchait jamais à comprendre ce que je lui disais. Mon oncle avait les oreilles bouchées au point de confirmer le dicton qu'il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas comprendre.

J'étais rentré un soir en passant devant les portes du cimetière et j'avais secoué les grilles violemment en appelant mon père à l'aide tellement j'en avais mal. Mon oncle était l'espèce de bibitte entre la chèvre et le chou et je n'avais pas un choix très varié. Je laissais mes relations avec mon oncle et je ne me fiais qu'au Dr Cousineau ou j'acceptais les reproches malhabiles de mon oncle et j'avais une relation complaisante de plus. Il n'y avait plus personne dans mon entourage, je ne demandais pas d'aide à mes vieux amis et je ne recherchais pas à nouer de nouvelles relations.

Le seul envie que j'avais, était de satisfaire mes plaisirs sexuels et je ne l'avais pas fait une seule fois car le type de filles qui s'offraient à mon plaisir pouvait me donner bien plus que de simples baisers et j'avais une méfiance farouche des maladies transmises sexuellement.

Mon oncle Georges m'invitait au restaurant à tous les quinze jours et il m'offrait généreusement son attention à la condition d'éviter le chemin glissant des Campagna. Il devait parler de moi aux Boisjoli et ma tante Lucille m'avait appelé pour me demander si je voulais récupérer les photographies de mes parents et le portrait de mon grand-père avec ma grand-mère. J'avais répondu que j'en serais très heureux. Ma tante Lucille a une situation privilégiée dans la parenté car elle est célibataire et elle vivait avec ma grand-mère avant sa mort. Elle est généreuse et pas instruite.

J'étais allé à Arthabaska pour rapporter deux boîtes de photos et ma tante m'avait offert le repas. Elle avait mis en évidence une photo de mariage de Maurice et Marie-Ange sur le téléviseur et je trouvais l'action de mauvais goût. Ma tante s'était mise à pleurer et elle avait quitté la table pour aller s'étendre sur son lit. J'avais retourné la photo et j'étais parti en emportant mes deux boîtes de photos. Je n'avais plus l'intention de revenir et, comme la tante Lucille était la porte d'entrée des autres Boisjoli, j'avais décidé de briser mes liens avec les Boisjoli sauf Georges.


J'avais aussi mis en vente le lot boisé près d'arthabaska. Le marché était meilleur et j'aurais éventuellement besoin d'argent. Je ne savais pas combien de temps durerait ma thérapie et j'allais nécessairement devoir vivre sur mes économies. Je ne cherchais évidemment plus d'emploi. J'étais un blessé du subconscient et cela peut ressembler à des os brisés. J'allais vendre le lot boisé pour 15,000 dollars, une perte considérable.

Dr Cousineau m'avait soutenu sans aucun reproche, sans m'imposer de limites et sans profiter de sa situation de thérapeute. Elle avait eu une conduite irréprochable. J'étais passé pour toutes les émotions, de l'envie de la prendre comme mère à l'envie de la baiser. C'était une belle femme qui s'offrait généreusement pour me consoler. J'avais confiance en elle, beaucoup plus qu'en Georges Boisjoli car je ne savais jamais quand ce dernier me servirait la prochaine flèche sortie de sa bouche. Dr Cousineau m'avait dit sans détour que les Campagna étaient des salauds.

Je me considérais bon chrétien et j'allais souvent prier à l'Oratoire Saint-Joseph. Je demandais à mon père de m'aider car il était celui qui m'avait donné sans calculer de façon mesquine et il était fier lorsque je réussissais bien.

Lorsque l'opération de démolition fut complétée, la phase de reconstruction commenca. Il faut choisir les pierres sur lesquelles on rebâtit sa façon de penser et d'agir, ses moyens de défenses contre les agresseurs. J'avais été abusé et je voulais reconstruire pour ne pas me retrouver dans la position difficile que les Campagna m'avaient placé malgré qu'on ne choisit pas le comportement des autres. Ma psychiatre m'avait beaucoup aidé à cette opération de reconstruction et je lui dois la vie. Les pensées suicidaires s'étaient envolées comme par magie. Je me souviens du temps qu'elles ont duré, elles ont été très intenses et elles ont disparu sans raisonnement particulier.

Je me rappelle que la Dr Cousineau avait pris l'initiative de briser le dernier morceau sur mes relations de jeunesse avec ma mère et elle disait que ma mère avait certainement des refoulements maladifs pour m'avoir si mal traité et j'avais pardonné à ma mère. Je l'avais protégé durant l'interrogatoire de l'enquêteur et je m'étais promis que je ne salirais jamais ma mère. Dr Cousineau m'avait dit que j'aurais pu vivre sans pardonner à ma mère et que pardonner une faute grave amenait une souffrance. J'avais acquis la paix de ne pas reprocher des fautes passées à ma mère.

J'avais repris goût à la lecture et j'avais quelques activités autres que ma routine quotidienne. J'allais passer de courtes périodes au domaine des Laurentides durant les mois chauds de l'été. Je m'étais lié d'amitié avec le voisin, un mécanicien au langage coloré avec qui je parlais de la politique provinciale et municipale. La municipalité était un nid de favoritisme, le maire, un parfait idiot, et ses conseillers ne décidaient qu'en fonction de leurs intérêts personnels. Je participais aux activités de la base de plein air. J'étais beaucoup plus actif.

J'avais connu par la radio le nom de Martin Gray en visite à Montréal et le journaliste parlait de sa vie et de ses livres. Il est un juif polonais rescapé du camp nazi de Treblinka. J'avais acheté son premier livre Au nom de tous les miens et j'avais lu son histoire dont je me rappelle les grandes lignes. La phrase qui m'avait le plus marqué était " toujours la première chance ". Il devait en partie sa survie à cette phrase si courte, il a eu plus que sa part de souffrances et il s'en était sorti vivant et bien portant.


Dr Cousineau m'en avait parlé avec enthousiasme. Il est toujours resté une partie de ma reconstruction mentale. En périodes difficiles, je me dis qu'il faut me battre et ne pas lâcher, que la vie renaîtra de la nuit, le titre d'un de ses livres. J'y crois plus qu'aux prières à Saint-Judes.

Une première occasion s'était présentée. J'avais revu le leader de l'association la plus importante de l'université à l'époque où j'étais président à la résidence universitaire. Le groupe préparait un symposium sur l'opinion des jeunes du Québec. J'allais participer à quelques préparatifs à titre de bénévole et je m'étais inscrit à la séance sur le travail. A la fin du mois d'août 1983, le Sommet québécois de la jeunesse rassemblait plus de mille jeunes parmi les plus actifs représentants des associations jeunesse de la province pour une discussion sur neuf thèmes distincts.

La question de la souveraineté nationale était un des thèmes et elle retenait l'attention des jeunes loups de la politique et des médias d'information. Sur un fond de crise économique, les participants du thème sur le travail avaient établi un consensus général incluant les activistes des groupes marxistes sauf une personne qui avait rejeté les propositions en utilisant des arguments irréalistes et toutes les discussions s'étaient déroulées dans une atmosphère de sérénité et de discrétion bien à l'abri de l'imposant média de la télévision.

A la plénière, la question de la souveraineté nationale, un des premiers thèmes discutés, était passée au vote après de longues interventions. Les résultats se divisaient également. Il n'y avait pas de gagnant. Il y avait plusieurs thèmes importants, mais aucun ne dégageait une majorité significative. Lorsque le thème du travail avait été discuté, j'avais présenté les arguments en faveur de la proposition avec conviction, j'en avais gros sur le cœur, et j'avais demandé l'unanimité pour braver celui qui s'était opposé à la résolution. L'assemblée s'était levée pour m'approuver. La proposition fut adoptée facilement. Sur le millier de jeunes présents, il y avait eu deux votes contre et trois ou quatre abstentions.

Les politiciens voulaient savoir ce qui préoccupait les jeunes, ils le savaient et tout le Québec le savait. Un groupe avait préparé une proposition pour donner des suites au Sommet et l'assemblée avait adopté une résolution pour nommer les responsables. J'avais été élu représentant de Montréal centre parmi les 32 délégués des 16 régions représentées. Cette région contenait les deux universités de Montréal et de McGill. C'était le noyau dur des associations étudiantes et des associations jeune par conséquent. Des 32 délégués, il y avait de très bons organisateurs, des leaders marxistes et les représentants jeune des partis politiques importants avaient tous été écartés. Les marxistes avaient réussi là où les grosses machines politiques avaient échoué.

L'organisation allait avoir ses ratées malgré les bonnes intentions de ses délégués. J'allais faire ce que je pouvais pour rassembler les bons organisateurs que je connaissais. Le Parti québécois était au pouvoir et nous n'avions pas la faveur de l'exécutif du gouvernement provincial. Le président du Sommet m'avait dit que nous avions mêlé les cartes et qu'il fallait établir une structure de revendication permanente en faveur des jeunes. Le groupe jeunesse du Parti québécois avait manœuvré pour reprendre une place dans l'organisation et faire mourir l'organisation. Toutes les activités cessaient après deux mois de querelles.


Le président Ronald Reagan avait ses excès de langage que la presse américaine savourait pendant que le président faisait trembler le monde. La Grenade, ce n'est pas une bombe. Les américains pouvaient gagner une guerre nucléaire. Nous aurons un bouclier spatial appelé Star war. Il n'y avait que les américains pour croire son président. L'URSS avait la capacité de détruire 40 fois la planète et les américains en avaient la capacité 29 fois sans compter les bombes atomiques de la France, de la Chine, de la Grande-Bretagne et d'Israël, des armes chimiques et biologiques de destruction massive de nombreux pays. Il n'y a probablement pas un seul général d'armée pour soutenir l'option nucléaire car il n'existe pas de moyens pour contrer une attaque nucléaire. L'arme atomique est l'arme des politiciens. Ils savent où est le bouton, ils ne connaissent rien des mécanismes et ils savent qu'ils en ont le contrôle.

Les russes avaient abattu un avion de la Korean Airline à l'époque où je cherchais des alliés en faveur d'une association jeunesse permanente. Ronald Reagan s'était lancé dans une dénonciation incontrôlée de l'armée soviétique. J'avais déclaré sur la radio d'état à l'émission d'affaires publiques du soir que le président Reagan n'avait pas de leçon à donner à personne avec la fabrication de ses missiles MX et que le prochain accident pourrait bien être une bombe atomique.

Je savais que Pierre Trudeau était défavorable aux armes nucléaires, une opinion que je partage et j'avais lancé un bâton à relais dans la cour du gouvernement fédéral de Pierre Trudeau. J'avais proposé au groupe des 32 délégués de se déclarer contre les armes nucléaires et j'avais présenté un document de travail en rapport avec l'accident de l'avion de la Korean Airline. J'avais rencontré l'attaché politique du ministre des finances, Marc Lalonde, et je lui avais remis une copie du document de travail qui s'était ramassé dans les mains de Pierre Trudeau. Ce dernier était parti en tournée mondiale pour défendre la paix. J'avais eu un plaisir exquis à lire Ronald Reagan me qualifier de " the young leftist " dans le journal The Gazette, de mon avis, le plus mauvais président de toute l'histoire du monde.

Ronald Reagan avait de ces jugements à se taper sur les cuisses une minute de temps. Je reprend le document de travail pour vous laisser apprécier le jugement de ce cher président et de l'usage du qualificatif de " the young leftist ".

Titre : Ce n'est pas la violence qui règlera les souffrances du monde.

J'espère que ce titre vous amènera à penser un instant à ce monde où la force est souvent synonyme de violence. Où sommes-nous rendus dans ce monde ?

Je vous laisse penser à votre vision des choses et je vous livre en partie la mienne. Chaque personne a droit à ses opinions, mais une opinion qui n'est pas transmise dans l'action est le reflet d'une personne sans conviction. Personnellement, j'ai la conviction que le monde est en danger et j'invite chaque jeune comme représentant de la jeunesse au Comité des 32 et chaque personne comme citoyen de ce pays à la marche pour la paix qui aura lieu à Montréal le 22 octobre prochain.


C'est seulement une journée pour réfléchir à la question : " dans quel sorte de monde voulons-nous vivre ? " Si vous pensez un peu comme moi, vous le communiquerez en participant à la marche. Il n'y a que la communication pour sauver le monde. Les pessimistes diront que c'est utopique de penser ainsi et nous nous détruirons plutôt que de nous accorder. Je suis un optimiste qui croit que nous sommes aujourd'hui arrivés à la jonction des chemins

où le monde ne peut plus être divisé ; le monde saura construire dans le respect des différences et de la liberté en mettant à profit ce qu'il connaît et ce qu'il découvrira. Aujourd'hui il faut être conscient du danger qui nous guette, il ne faut ni attendre, ni se cacher la vérité que l'homme est violent. Il suffit d'en compter les victimes.

Conflit libanais :

Plus de 10 ans de guerre sans solution, il nous montre comment la haine engendre la haine qui sème la mort là où elle passe. Ce conflit entraîne actuellement trois grandes puissances militaires et surtout les trois puissances nucléaires du monde. La Syrie appuyée par la Russie cherche à étendre son territoire dans le but de grossir l'influence soviétique. Les États-Unis essaient de protéger un allié pour avoir l'orgueil de dire que le monde peut encore compter sur eux. Ils ne se sont même pas poser la question : avons-nous fait des erreurs dans cette région pendant dix ans ? Les juifs ont beaucoup souffert des persécutions et des exils, mais ils n'ont pas le droit de massacrer leurs voisins comme ils le font actuellement et les Etats-Unis ont tord de protéger Israël par népotisme. Si j'étais russe, je trouverais la situation particulièrement irritante.

Vol 007

Tous ont raison d'être blessés par le geste que les russes ont commis en ordonnant la destruction de l'avion, mais il est aussi grave de se servir de 260 innocents pour faire de l'espionnage si tel était le cas que de tirer sur l'avion. Comme il n'y a rien à changer aux effets de cette mésaventure, il n'est pas utile de sévir ou d'en connaître le fond de l'histoire. Ce qu'il y a d'important, c'est que deux erreurs humaines peuvent entraîner des conséquences graves pour la paix mondiale. L'importance de l'accident n'est rien en comparaison d'un scénario que je ne veux pas imaginer où une bombe à 10 ogives nucléaires irradierait 10 villes en même temps. L'avion de la KAL, c'est un avertissement au monde et certaines personnes auraient plutôt intérêt à réfléchir qu'à provoquer.

L'hypocrisie de la Russie

Ce qu'il y a de gênant dans l'attitude de la Russie, c'est de ne pas reconnaître leur erreur, de ne pas s'excuser et même d'affirmer être prêt à recommencer. C'est également de cacher à sa population ce qui s'est réellement passé ou se qui se passe en général. Que veut le système soviétique ? Comment perçoit-il l'individu dans la société ?

Après avoir étendu son influence sous la présidence de Jimmy Carter, la Russie s'est vue imposer par le peuple américain un cran d'arrêt en la personne de Ronald Reagan. Personnellement, j'aime bien le système américain parce qu'il réagit bien aux situations et sans trop de délais (en comparaison avec le système canadien).


Pour comprendre où nous sommes rendus, il faut regarder ce que nous venons de passer. L'influence soviétique s'est étendue en Éthiopie, au Yémen, en Syrie, en Libye et en Afghanistan, ce qui forme une couronne stratégique autour des principaux puits de pétrole. Là où la discrimination est la règle, on fomente une révolution pour la libération par des gens de bonne volonté et on promet une société égalitaire. Les choses allaient bien jusqu'à ce que deux taches apparaissent : l'Afghanistan et surtout la Pologne. Avec peu de développement

dans le Tiers monde et un énorme budget militaire, on peut se poser la question : Est-ce que la Russie recherche la guerre ? Nous aurons la réponse bientôt ; chose certaine , je suis trop jeune pour avoir connu la guerre, mais je l'ai entrevu dans trois films qui me semblaient réalistes : Deer Hunter, Apocalypse Now et surtout Les uns et les autres. J'ai compris une chose : dans la guerre, il n'y a que des perdants et l'histoire l'a prouvé. J'ajouterai que les pertes sont à la mesure des moyens.

Je ne veux pas par cet exposé justifier la politique de dur de Ronald Reagan et je suis contre toutes ses politiques d'intervention en Amérique centrale. Ce que je veux, c'est une prise de conscience des gens pour qu'ils voient ce qui se joue présentement et que le bout du monde n'est pas si loin avec les missiles d'aujourd'hui.

Il n'y a qu'un moyen de chasser la haine, c'est de pardonner et que ce pardon doit se faire dans une recherche de franchise, de vérité et d'équité. Il faudra apprendre à se parler. Je suis un optimiste et un homme de science ; j'espère vivre longtemps pour voir ce que le monde découvrira car j'ai la conviction qu'on ne fait que commencer à connaître le monde. On a aujourd'hui la possibilité de libérer le monde de ses souffrances et de l'élever au-dessus de cette course à la survie.

Pensons plus à aider les autres et ne recherchons pas la domination dans la violence. FIN

Je m'ai jamais su ce que Pierre Trudeau a changé à cette lettre et ce serait la première question que je lui poserais. Je connais suffisamment les opinions de Pierre Trudeau pour savoir qu'il partage une bonne partie de mes propos présentés dans cette lettre et qu'il était un des politiciens les plus habiles à passer son message. Il a probablement ri comme moi du commentaire de Ronald Reagan dans les journaux du matin. D'autres commentaires l'ont probablement stimulé. Je me souviens de la déclaration du Pape en faveur des hommes de science pour qu'ils transforment la machine de guerre en machine de paix et de la réponse directe et sans détour du Secrétaire général Chernienko que les russes ne recherchaient pas la guerre.

La crise s'était réglée au Siège de l'aviation civile internationale et un vote de blâme avait été adressé à l'URSS sur lequel cette dernière s'était abstenue de voter.

J'avais toujours mes entrées à la faculté de droit et Pierre Trudeau était " un professeur en congé de la faculté "; c'était son statut officiel et il avait un bon nombre d'amis parmi les professeurs. C'était certainement un bon professeur de droit. Un de ses amis était commissaire de la Commission mixte internationale et il m'avait recruté comme secrétaire au colloque annuel tenu dans la région du lac Michigan. Il m'avait avoué que Pierre Trudeau avait bien aimé la façon de lui parler. Je n'étais inscrit à aucun cours à la faculté de droit et j'avais fait détourner les dépenses de voyage aux États-Unis par l'École polytechnique où j'étais inscrit à un cours en santé au travail.


J'avais été secrétaire d'un atelier et j'avais rencontré l'équipe canadienne de représentants à la Commission. Le ministre du Parti québécois Jacques-Yvan Morin, lui aussi professeur de la faculté de droit, n'avait pas apprécié me voir à cette réunion et le commissaire en était ravi. C'est un détail significatif de la méfiance des politiciens. Il y avait quelques professeurs de droit pour savoir que je traînais à la faculté à l'occasion.

J'avais écrit une lettre pour le salut du monde et, à la même époque, une lettre ouverte méprisante à l'endroit des Campagna et des Boisjoli. J'avais dit aux Campagna ce qu'ils étaient et j'avais été méchant pour les Boisjoli. J'avais utilisé un langage indigne du langage courtois des Boisjoli. Mon père nous réprimandait pour l'usage de mots grossiers et des propos blasphématoires que les québécois utilisent abondamment. Cette lettre servait d'exutoire à ma rage et j'allais la poster sans en changer un mot.

Je disais pour la première fois que ma mère avait incendié la maison et je remettais les pendules à l'heure car Georges Boisjoli déformait les événements à sa convenance et se construisait une histoire qui n'avait rien avoir avec les faits. Je le comparais au cardinal Villeneuve, le valet de Maurice Duplessis, ce qui était une réplique assez juste de la relation Georges Boisjoli et Maurice Campagna, et je comparais mes deux tantes à des prostituées, ce qui était un excès de langage.

Je rappelais que Jean et Daniel me devaient de l'argent et que j'avais ramassé mes objets et ceux de mon père sur l'asphalte devant l'entrée du garage et j'avais souligné l'arrogance de Maurice D. Campagna lorsqu'il avait affirmé sa propriété sur la lame de la scie. J'avais écrit tout le mépris que je ressentais pour les Campagna : maudit hostie, maudit calice, maudit tabernacle, maudit christ de rats d'égout, de tas de fumier, de cafards baveux, il n'y a pas un maudit hostie de trou de cul qui se permettra de dire ou de faire quoi que ce soit à mon père quel que soit son âge et quel que soit son nom.

J'en avais également contre les Boisjoli qui prenait la chose comme s'il ne s'était rien passé et j'avais noté deux principes fondamentaux du droit en latin pour mon oncle Georges et en français pour les autres Boisjoli.

Audi alteram partem

Pour juger, il faut entendre toutes les parties

Nemo judex in causa sua

Personne ne peut être juge dans sa propre cause

Je leur disais qu'ils auraient certainement à répondre de leurs actes devant Dieu, que mon père n'aurait peut-être pas des bons mots à leur endroit et, qu'en bon chrétien, j'étais certain que personne n'évitait le jugement après la mort. Je connais les récits des gens qui ont vécu un coma et il n'y a rien de ce que ces gens disent pour nier le jugement après la mort.


Pas un seul Boisjoli ne m'avait appelé pour me demander des explications et Daniel Campagna me remettait environ 6500 dollars, soit le capital et les intérêts sur le prêt que je lui avait généreusement offert environ dix ans auparavant. Tous les autres Campagna étaient restés muets et les contentions ne se limitaient pas au seul aveu de la dette de Daniel comme j'en ai témoigné jusqu'à présent.

Dr Cousineau me fournissait ses conseils et elle ne me culpabilisait pas si j'avais une réaction agressive à certains propos de mon oncle Georges. J'avais fait la paix avec mes souvenirs de famille, j'avais fait le ménage des moyens de défense qui n'avaient aucune utilité et ma psychiatre était convaincue que j'avais les atouts pour repérer et éviter la répétition de mes déboires. Elle disait même, qu'un jour, je parlerais au monde entier.

Mon oncle Georges avait aussi changé. Il était arrogant et il n'écoutait pas ce que j'avais à lui dire. Je parlais à un mur qui roulait sa cigarette entre ses doigts sur lequel était écrit quelque chose comme tu peux bien dire ce que tu veux mon garçon, mais ton oncle a décidé que tu passerais par le chemin du pardon et tu vas y passer. J'avais décidé de provoquer un affrontement ouvert avec la parenté au besoin et de dire ce que j'avais sur le cœur. J'avais écrit une deuxième lettre ouverte et je l'avais montré à ma psychiatre. Elle m'avait déconseillé de la poster. Je l'avais d'abord présenté à mon oncle Georges et je lui avais fait part de mes revendications pour régler le conflit.

1. Remboursement pour résiliation de bail au domaine 950.$

2. Perte de 20 mois de loyer 4400.$

3. Ristourne pour retour de matériaux de construction 1200.$

4. Frais judiciaires et extrajudiciaires 800.$

5. Préjudice à Claire Delorme 2000.$

6. Perte de salaire pendant un an 25000.$

7. Une cruche de Valpolicella grand format

8. Caution à l'ami James 3641.12$

total 37991.12$

Georges avait accepté de présenter la deuxième lettre ouverte à Jean et à André, les principaux intéressés par les propos. Cette démarche n'avait pas eu d'effets et j'avais posté toutes les lettres.

Cette lettre se lisait ainsi :

2e lettre ouverte

Joyeux Noël et Bonne Année

Si le fond est vrai, veuillez me pardonner la forme vulgaire qu'avait prise la première lettre. Vous pouvez rassembler tous ces mots et me les retourner si vous le désirez. Il n'y a qu'un mot pour les qualifier et c'est violence.


Or, ce n'est pas par la violence que l'on se libère de ses souffrances, mais bien plus par la prière. Il n'en reste pas moins que cette souffrance, c'est votre violence qui l'a causé et je vous dis que pour vous en sortir, c'est vers la prière que vous devez vous tourner. Elle seule saura vous sauver.

Je suis disposé à vous pardonner, mais ce pardon doit se faire dans une recherche de franchise, de vérité et d'équité. Je jure devant Dieu et sur la tête de mon père de ne parler que de la vérité. Tous les dires de la première lettre sont authentiques et, par besoin de me libérer de cette plaie que je supporte depuis trop longtemps, j'ai besoin de vous raconter les faits suivants : je venais de perdre ma famille et je restais alors chez Jean. Un soir, nous avions été, Jean Campagna, Ghislaine et moi, invités à une soirée chez André Campagna ; repas et soirée bien réussis. La soirée terminée, Pauline était retournée chez elle, Maurice et Marie-Ange Campagna avaient couché dans le lit de André, Jean et Ghislaine, au salon face au foyer, et André et moi étions allés nous coucher chez Jean-Pierre, un voisin d'André.

J'étais couché sur le divan du salon que André arriva avec une bière à la main et flambant nu ; s'il aime à se promener nu, c'est de ses problèmes, mais là, il s'était assis à côté de moi, il m'avait baissé les culottes et avait sucé mon pénis jusqu'à éjaculation. J'en avais eu tellement honte que je m'étais assis sous la table dans le coin du salon et j'avais pleuré toute la nuit.

J'avais pardonné à André cet écart de conduite et nos relations étaient devenues correctes, Là où le bas blesse, c'est qu'en avril 1981, je me suis fait dire par Jean Campagna que la famille n'acceptait pas que je couche avec mon amie.

L'histoire s'était passée ainsi : un soir avant Pâques, je suis arrivé au chalet avec Jean et Ghislaine. Jean me dit alors : " Pierre, le sac à couchage est dans le coin "; ce qui dans son esprit voulait dire : " Pierre, tu ne coucheras pas avec ton amie ". Ça n'a rien d'évident. Le sac à couchage, je l'ai placé sur le lit et nous avons couché ensemble. Le lendemain soir, Jean, en entrant, avait fait sa colère en jetant les livres de Claire par terre et en plaçant les bottes sales à Mathieu sur ses notes de cours. Claire m'avait alors dit que jamais elle n'avait été aussi mal reçue et elle en a vu du monde. C'est à ce moment que Jean m'avait dit sa célèbre phrase sur la famille.

Drôle d'attitude de la part de quelqu'un que mon père a reçu, a encouragé et a aidé. Le lendemain, jour de Pâques, les cochons de Campagna se sont tous gavés d'une cruche d'un excellent Valpolicella que j'avais apporté pour l'occasion … en mon absence.

Les relations ont subi à partir de ce moment, une détérioration accélérée. Au mois de juin, j'ai demandé mon pécule par besoin. Jean m'avait alors dit : " Pierre, tu vas perdre les deux seules familles qu'il te reste ". Vous connaissez la suite …

" La vérité doit être vue. La vérité doit être dite. " Martin Gray, Le nouveau livre page 77.

Pierre.


Remarquez qu'il y a quelques similitudes avec le document de travail sur la situation mondiale et que je ne pardonne pas pour me faire prendre pour un imbécile. Aucun membre de la parenté ne m'a appelé après l'envoi de la lettre, ni pour me critiquer, ni pour me demander des explications, ni pour s'excuser. Une coquille s'était refermée et ce n'est pas moi qui avait l'intention, ni même le temps de l'ouvrir. J'étais occupé à des études bien plus importantes. J'avais une opinion assez précise sur les Boisjoli. Je savais qu'ils étaient capables d'accepter que Jean Campagna parlent en leur nom sans rouspéter J'avais classé Jean Campagna depuis longtemps. Ce fut le silence pour une bonne période de temps.

Dr Cousineau quittait le Québec pour la France avec son mari français. J'allais terminé l'année et débuté l'année 1984 seul et je me sentais très bien. J'avais des succès secrets qui rendaient les vantardises des gens que je côtoyais agréable à entendre. Je ne vivais plus que de mes économies et je ne cherchais pas d'emploi. Ma voiture Honda avait cassé et je n'avais plus les moyens de la remplacer. J'avais pris des arrangements avec le voisin de mon domaine pour qu'il serve d'intermédiaire à sa vente de la propriété. J'avais commencé une recherche personnelle, celle de déchiffrer la plus grande énigme du monde.

Quelle est, à votre avis, la plus grande énigme du monde ? Peut-être que vous pensez à autre chose en 1998, mais replacez-vous en 1983. Le monde allait mal en 1983 et il a l'apparence

d'aller bien en 1998. La réponse à l'énigme n'est pas très difficile à trouver.

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