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ouvrez les yeux n°5 été 2005 |
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Plusieurs d'entre nos lecteurs ont trouvés amusante cette tranche de vie que je vous contai dans le numéro précédent, sous l'intitulé « souvenir de student », où j'ai clamé l'ode à la « brosse des cours », sans pour cela en être fier.
Ce ne sont évidement pas les seules anecdotes qui ont animé ma vie. Vous en revoulez ? Bien, en voici mais dans l'ordre cette fois.
Cela vous étonnerait-il que je n'aie pas assisté au mariage de mes parents? Cela ne choque plus personne aujourd'hui, mais au sortir de la deuxième guerre, c'eut été un véritable scandale!
Liège se reconstituait péniblement après les bombardements acharnés qu'elle avait encourus. Et trouver un appartement digne du nom pour des jeunes mariés équivalait à relever un défit. C'est ainsi que je fus conçu rue Saint-Jean dans une arrière maison coquette : pour être précis, c'est Maman qui le voulut ainsi. Modiste de son état (elle créait et fabriquait des chapeaux, à chaque fois des pièces uniques), ???
avait un goût prononcé pour la décoration et voulait accueillir ses clientes dans un cadre optimal. Mon père, rédacteur à la Grand'Poste disparaissait presque toutes les nuits pour assurer le tri du courrier. Horaires contradictoires, certes, mais semble-t-il, cela les arrangeait bien. Sauf ce soir d'hiver glacial où enceint de trois ou quatre mois, ma mère se trouva à la rue pour une sombre histoire de clé égarée. Si la petite maison se situait dans une arrière-cours à l'abri des regards indiscrets, la porte à rue, elle, côtoyait un nombre incalculable de vitrines roses, bleues, fluorescentes, mais surtout transparentes. Des rideaux toujours en mouvement, attirant «le» clients, et jeunes femmes en tenues très légères attendaient patiemment bien au chaud, bien à l'abri.
C'était cela le «Carré» en ce temps-là. Tout était prétexte à «sexe», «Tu viens chéri», bref la fornication! Cela n'arrangeait pas du tout ma mère. Ce père qui ne rentrerait que plus tard, ces souliers trop fins qui lui déchiraient les pieds, ce manteau dont le col lui dissimulait à peine les oreilles. Et ce froid tenace et mordant comme un chien enragé. Très vite sa présence fut remarquée. D'abord des quidams qui cherchaient l'aventure, évidemment. «Hé toi! C'est combien?». Je l'imagine rougissant de honte et de froid. Tapant du pied, certes, mais sûrement pas enceinte à «faire le tapin».
On peut dire pis que pendre des «filles de joie». Un dénominateur commun les lient toutes: le bon cœur avant même la solidarité. Comprenant très vite le désarroi de Maman, l'une de ces filles enfila vite fait uît manteau de fourrure, en prit un autre sous le bras et bravant la neige, les pieds presque nus, vint le déposer sur les épaules grelottantes de ma génitrice.
«Mais dis donc, s'exclama-t-e11e se rendant compte plus précisément, t'attendrait pas un petit, là ?» désignant le ventre rebondi où je me cachais...
«Surtout, j'attends mon mari» fut sa seule réplique dans un sanglot difficilement réfréné. Puis la fille reprit:
«Ah, ces hommes! Tous les mêmes, jamais là quand il le faut». Puis d'insister «Allez, vient te réchauffer chez moi... » «Non, non, merci, surtout pas» Puis, comprenant sa confusion, la fille renchérit: «on ne te verra pas, je baisserai le volet!» Elle promit encore un petit remontant: un grog, un cognac ou quelques chose comme cela. Je ne m'en souviens pas précisément, mais quelque chose me disait que cela ne pourrait pas être mauvais...
Pas de trompettes de la renommée, ni d'ange qui passa dans la rue. A «moins six mois» je venais d'entrer au bordel! La suite? Mais le jour de ma naissance, il fallut utiliser des «forceps», instruments de torture chirurgicaux réservés aux pédiatres. Je ne voulais pas sortir. Je me sentais fort bien là. Enfin, «vous m'avez au dehors? Bon, je ne me nourrirai pas!» Maman fit effectivement une fièvre de lait qui faillit la tuer, parce que l'inconscient que j'étais refusait le sein!!! Depuis lors, croyez-le bien, mesdames et mesdemoiselles, mon attitude a bien changé! A suivre.
J.L.
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