Dernière mise à jour le 16/01/04

Les motos russes,

des racines historiques 

La BMW R71

Dans sa course à l'armement d'avant guerre, l'Allemagne nazie se dote (entr'autres véhicules), de motos attelées. En effet, facile à produire, peu cher à entretenir, doué sur tous les terrains, le side-car est d'une grande utilité pour les armées d'alors. Sa mobilité et ses facilités de portage - personnel, armement, approvisionnement- ne tarde pas à susciter des convoitises …

…notamment de la part de son voisin, le géant soviétique, bien mal équipé en moyens de transport légers et qui voit avec inquiétude la militarisation croissante de l'Allemagne ainsi que ses appétits de conquêtes.

La URAL

Aussi en 1939, dans le plus grand secret, et par le biais d'intermédiaires suédois, les russes acquièrent plusieurs attelages et procèdent à du "reverse engineering". Autrement-dit, ils les démontent pour en copier les éléments et les reproduire à l'identique..

Enfin ça c'est la version officielle… On dit également que la maîtrise de la construction de cette machine (plans, savoir-faire) et jusqu'à l'outillage sont volontairement transmis aux russes, par leur ami Allemand,  dans le cadre d'accords industriels et commerciaux qui agrémentent le pacte Germano-soviétique de l'été 1939. Mais cette page peu glorieuse serait volontairement "révisionnée" en un fait d'espionnage plus valorisant…

Par ailleurs, les Allemands travaillent déjà sur la BMW R75 et finalement la R71 dont elle fait "don" à la Russie n'est qu'une technologie dépassée présentée comme un cadeau de valeur... (d'ailleurs, elle ne fut jamais un véhicule réglementaire de la Wehrmacht).

Quoiqu'il en soit, ce nouveau véhicule est baptisé M72 et est fabriqué sur deux sites : Moscou et Léningrad. 

Malheureusement en 1941, les troupes allemandes se ruent sur l'union soviétique et les usines doivent être déplacée hors d'atteinte des bombardements nazis.

Celle de Moscou est reconstruite dans les montagnes de l'Oural à Irbit en Sibérie. Le sigle de l'usine est IMZ (Irbitskiy Motocykletnyi Zavod) et la M72, qui n'a pas vraiment de nom, devient connue sous le nom d'URAL, sa province d'origine.

 

L'usine de Leningrad est, quant à elle, déplacée à Gorkii (jusqu'en 1956, cette usine fabriquera tous les châssis et caisses des side-cars).

Les aléas militaires retardent la production et les premières M72 sont livrées le 25 octobre 1942. 9799 d'entre elles seront produites au cours du conflit.

En fait, il apparaît que, pour des raisons de capacité des sites de production, d'autres usines, à Kiev et Harkov, participeront, au cours de la guerre,  à la production de la M72.

Pendant la guerre, à titre d'aide, Les États-Unis fourniront une partie des machines-outils (certaines, parait-il, encore utilisées de nos jours...) nécessaires à la production de la M72.

Malheureusement, après les hostilités, la méfiance dont fait l'objet l'URSS totalitaire la prive de toute nouvelle aide technologique ou financière de la part des alliés. C'est donc sans évolution majeure que la M72 reste en production et, bien que continuant à fournir l'armée rouge, l'usine Ural commence à approvisionner le marché civil. Dans les années 50 (vraisemblablement encore une fois par "récupération technologique"), la moto bénéficie enfin de la distribution culbutée avec soupapes en tête.

L'usine d'Irbit est alors majoritairement dédiée au marché civil dans les Républiques Socialistes Soviétiques et, à partir de 1953, à l'exportation dans les pays frères du COMECON. En 1957, la production militaire est transféré à Kiev, en Ukraine, pour produire la DNEPR.

A l'occasion de cette redistribution des rôles, le temps des moteurs à soupapes latérale étant presque révolu, l'usine de Gorki est fermée et ses outillages sont cédés à la Chine qui va produire la CHANG-JIANG. Cette mutation se traduit, chez URAL par la production exclusive de modèles civils à 1 roue motrice. Ce n'est qu'en 1995 qu'apparaîtront à nouveau les modèles à 2 roues motrices.

Sous la pression des marchés extérieurs et de leur exigences de qualité, l'usine se remet en cause et procède à sa rénovation (industrielle, économique et culturelle).

Privatisée en 92 (rachetée à 40 % par ses employés et dirigeants,38 % par des actionnaires privés et le reste par le gouvernement), rachetée en 1998 par des investisseurs privés (les parts gouvernementales ont été redistribuées en Juillet 2000, auprès des actionnaires), l'entreprise bénéficie maintenant d'une gestion et d'objectifs plus "modernes"...

Près de 4 millions de motocyclettes (surtout des attelages) ont déjà été fabriquées. L'entreprise essaie de développer les marchés étranger et, à ce titre, fait de gros efforts pour s'adapter aux standards de qualité et de garanties internationaux...

Certains prototypes des bureaux d'étude témoignent de la vitalité de l'entreprise malgré un contexte économique assez lourd, et dénotent une volonté certaine de coller aux demandes d'un marché pas seulement local, il en est de même des études de motorisations :

Culasse à distribution par arbre rotatif (façon Ducati) Moteur à refroidissement liquide Culasse à 4 soupapes
Moteur double ACT, entraîné par arbre ? Moteur à 4 cylindres en "X" Moteur à piston rotatif "Système Wankel"

A l'aube du 3ème millénaire, URAL sort un nouveau moteur de 750 cm3 qui semble plus fiable que le vieux 650 et modifie heureusement le caractère des attelages... 

 

La DNEPR

En 1957, cette nouvelle usine est implantée en Ukraine à Kiev, dédiée à une production exclusivement militaire de la vieille M72 (modèle H), son sigle est KMZ (Kievskii Mototsikletnyi Zavod).

Mais rapidement, la production s'oriente vers la K-750 à moteur culbuté, et la M72 est abandonnée.

Une fois encore, cette moto n'a pas de nom !! la géographie vient alors une fois de plus au secours de l'imagination et le véhicule prend le nom du fleuve qui arrose Kiev : Le DNEPR

Du fait de sa destination militaire, la DNEPR est construite principalement en version à 2 roues motrices. 

Les DNEPR et les URAL vont évoluer parallèlement mais comme il s'agit de 2 sociétés bien distinctes avec des objectifs (et des moyens ?) bien différents, un demi-siècle plus tard on obtient de nouveau des machines semblables et différentes...

Visuellement elles se ressemblent, et pourtant :

DNIEPR URAL
Cylindres en aluminium chemisés Cylindres en fonte - l'ailettage est nettement moins conséquent.
Bielles à chapeaux sur coussinets Bielles montées sur roulements
Pompe à huile dans le carter avant Pompe à huile dans le carter inférieur du moteur (système BMW)
Boite à vitesses semi-automatique Boite mécanique

Les boites des 2 modèles sont interchangeables

Pas de couvercle de coffre sur le side-car Y'en a un !!!
Frein du side-car commandé par un câble Frein du side-car commandé par une tringlerie

Avec l'aimable autorisation de Pavel

http://www.dnepr.cz/dnepr.htm

Zophi

Les DNEPR ont une ascendance purement militaire. Contrairement à URAL, jusqu'à une époque récente, peu de concessions furent faites  à la clientèle civile.

Et bien qu'il existe cependant des modèles à 1 roue motrice et même des modèles solo,  presque tous les DNEPR ont 2 roues motrices (avec parfois un dispositif de blocage du différentiel). Cette spécificité (réapparue sur les URAL dans les années 90) est très recherchée par les amateurs de circulation hors des sentiers battus.

Le pont différentiel du DNEPR...

Zophi - Avec l'aimable autorisation de Vincent

La CHANG-JANG

Depuis ses origines, l'immense République Populaire de Chine a un besoin cruel de toutes sortes de moyens de transports pour ses administrations et populations. Elle s'essaie à la copie de Zündapp KS600, puis, alors que les modèles à moteurs culbutés sortent désormais des chaînes de fabrication, aussi bien à Irbit qu'à Kiev, l'URSS cède ses vieux équipements de Gorkii à son allié Chinois, ainsi qu'une aide technologique pour la mise en production.

Après, semble t'il, bien des vicissitudes, la Chine parvient en 1961 à fabriquer sa propre version de la BMW R71 - pardon - de la M72 : la Chang-Jiang ( ou XiangJiang...).

A partir de ce modèle de base, les évolutions (souvent "inspirées" par ce qui se fait sur les BMW plus modernes) amènent à une machine - sinon originale- réellement différente de celle de son voisin russe.

Notamment, la disposition des différents organes  (alternateur, distributeur, bobine, etc...) est modifiée par rapport à l'original. On note également la présence d'un démarreur électrique.

Les anciens modèles à soupapes latérales sont encore fabriqués, simultanément avec les 750 cm3 beaucoup plus modernes.

La première version du Chang-Jang...

Hélas, un temps importés sous le nom de "Black Star", ces attelages (faute de réseau de distribution correct et... d'une clientèle suffisante !!!) sont assez rares et c'est bien dommage !!! 

...Et la version culbutée

Il semble que ce qu'on appelle communément "La Chang-Jiang" soit issue de plusieurs sites de production, et que chacun d'entre eux (Beijing, Zhuzhou, ...) probablement doté de son propre bureau d'étude, finisse par produire des modèles spécifiques.

Et il y en a pour tous les corps de métier :

Conclusion

Russie, Chine, et leur pays satellites (Cuba, Égypte, Irak, etc...) la vieille BMW R71 a essaimé sur une bonne partie du globe, devenant certainement la moto la plus fabriquée au monde !!!  Et sans compter d'autres copies encore plus inattendues :

Cemec L7

Harley-Davidson XA

Delco

Posséder un de ces véhicules, c'est également posséder une petite part du patrimoine industriel de l'humanité et de son histoire.

Ne restez pas seuls, rejoignez l'Amicale Dnepr-Ural de France

Phizo

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