Université Lumière LYON 2
Faculté des Sciences Juridiques
DEA d’Administration Publique
LA POLITIQUE
D’AMÉNAGEMENT
ET
DE PROTECTION DU SITE DE LA
RÉGION DE SIEM REAP-ANGKOR
(AU CAMBODGE)
Mémoire présenté par OUCH Channora
Sous la direction de Monsieur J. P. JOUGUELET,
Professeur à l’Université Lumière LYON 2
Année Universitaire 1999-2000
__________________________________________________________________________
SOMMAIRE
INTRODUCTION_______________________________________________3
A. Rappel historique de l’état de protection du site_______________________3
- Au début du XX e siècle : époque coloniale________________________________3
- De l’Indépendance à la fin des années quatre-vingts________________________3
B. Le site d’Angkor à l’aube du nouveau millénaire,
une politique d’aménagement_________________________________________7
- Contexte____________________________________________________________7
- Concrétisation_______________________________________________________9
C. Problématique____________________________________________________13
- Constat du lieu_____________________________________________________13
- Présentation de l’objectif_____________________________________________17
PREMIÈRE PARTIE - AMÉNAGER POUR PROTÉGER :
LES MÉCANISMES DE SAUVEGARDE DU SITE__________19
CHAPITRE I : LES CADRES JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL____20
I. Au niveau international___________________________________21
A. Le cadre institutionnel__________________________________________21
B. L’encadrement juridique_________________________________________25
1. Convention pour la protection des biens culturels en cas de
conflit armé et ses Protocoles _________________________________25
2. Convention concernant la protection
du patrimoine culturel et naturel_______________________________29
II. Au niveau national______________________________________32
A. Le cadre institutionnel de gestion________________________________32
1. Conseil supérieur de la Culture Nationale (CSCN)_________________32
2. Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement
de la Région d’Angkor (APSARA)______________________________34
B. Le fondement juridique_________________________________________38
1. Protection constitutionnelle___________________________________39
2. Décret royal portant sur le Zonage et la gestion
de la région de Siem Reap/Angkor_____________________________39
3. Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel_____________________42
CHAPITRE II : LES PROJETS PRIORITAIRES DE PROTECTION____47
I. Mesures de sauvegarde du site et de lutte contre les vols,
le pillage et le trafic illicite des objets d’art_________________48
A. Le site en danger______________________________________________48
B. L’arsenal de protection…_______________________________________50
1. … à l’échelle internationale___________________________________50
1.1. Convention concernant les mesures à prendre pour interdire
et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert
de propriété illicites des biens culturels___________________________51
1.2 La convention UNIDROIT sur le retour
international des biens culturels_______________________________52
2. … à l’échelle nationale_______________________________________52
2.1. Police du Patrimoine___________________________________________53
2.2. Inventaire____________________________________________________56
C. Le combat de la restitution______________________________________58
II. Autres programmes : préservation, restauration et mise
en valeur du site, campagne de sensibilisation,
formation et recherche _________________________________61
A. Conservation, restauration et mise en valeur
des monuments du site d’Angkor__________________________________61
1. Objectif et stratégie____________________________________________61
2. Problème de gestion___________________________________________64
B. Actions de sensibilisation…_______________________________________65
1… auprès des médias____________________________________________65
2. … auprès des populations et des touristes__________________________66
C. Recherche et formation__________________________________________67
DEUXIÈME PARTIE – AMÉNAGER POUR DÉVELOPPER : LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE, URBAIN ET RÉGIONAL________________________________71
CHAPITRE I : STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE___72
I. La potentialité et la contrainte_____________________________73
A. Les opportunités________________________________________________73
1. La spécificité des sites d’Angkor__________________________________73
1.1. Aspect environnemental_______________________________________73
1.2. Aspects historique, culturel et monumental_________________________74
2. Les autres facteurs_____________________________________________75
2.1. La stabilité politique_________________________________________75
2.2. La sécurité________________________________________________76
2.3. La volonté politique_________________________________________77
B. Les limites______________________________________________________78
1. Insuffisance des infrastructures, des institutions et des ressources
humaines_78
2. Capacité d’accueil limitée du site__________________________________79
C. Le choix________________________________________________________80
1. Tourisme culturel de qualité, une stratégie
à long terme______________81
2. Effets_______________________________________________________82
II. Les plans privilégiés d’aménagement et de développement_______83
A. La mise en place des moyens juridique,
institutionnel et humain de gestion________________________________83
1. Les moyens institutionnels______________________________________83
1.1. Le Département de Développement Touristique
d’Angkor (DDTA) de l’Autorité APSARA________________________84
1.2. Les autres partenaires publics et privés____________________________85
2. Les moyens juridiques__________________________________________86
2.1. Les textes législatif et réglementaire______________________________86
2.2. Le contrat de concession_______________________________________88
3. Le moyen humain, la nécessité du programme de
formation____________91
B. Les infrastructures et les équipements______________________________92
1. Les hébergements_____________________________________________92
2. Le développement des aéroports__________________________________94
3. Les autres infrastructures et équipements__________________________96
CHAPITRE II : LES DÉVELOPPEMENTS URBAIN ET RÉGIONAL____98
I. Le développement urbain de la ville de Siem Reap____________99
A. Les outils juridique et institutionnel_______________________________99
1. Instrument institutionnel_______________________________________99
2. Dispositif juridique___________________________________________101
B. Les enjeux et les stratégies______________________________________104
1. Contexte___________________________________________________105
2. Stratégies__________________________________________________105
3. Cité Hôtelière, un défi pour l’avenir______________________________107
II. L’intégration du développement régional__________________110
A. Développement du Parc Archéologique____________________________110
1. Objectif____________________________________________________110
2. Aménagement_______________________________________________111
B. Développement des espaces écologique et rural_____________________112
1. Problématique_______________________________________________112
2. Programme de conservation et de développement de lac
Tonlé Sap_____113
3. Programme de développement rural, de réhabilitation
de la forêt
et de mise en valeur des paysages du Parc d’Angkor_________________117
CONCLUSION________________________________________________120
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES
___________________________________________________________________________
Le résumé de la hiérarchie des textes dans le droit cambodgien :
- La Constitution ;
- Le Krâm : acte de promulgation de la loi, signé
par le Roi ;
- Le Chbap (loi) : acte adopté par le parlement ;
- Le Kret (décret royal) : acte proposé par le Conseil
des ministres et signé par le Roi en tant que chef d’Etat, ayant
ici le caractère réglementaire et autonome ;
- L’Anukret (sous-décret) : acte ou décret pris
en Conseil des ministres pour l’application de la loi ou du décret
royal, signé par le Premier ministre ;
- Le Prakas (arrêté ministériel) : acte pris par
un seul ministre ou par plusieurs ministres (arrêté interministériel)
pour l’application du sous-décret.
_____________________________________________________________________________
« (…) Nous reconnaissons que les monuments d’Angkor, symbole
national du Cambodge et de son peuple, constituent l’un des patrimoines
culturels mondiaux les plus importants en Asie et que la coopération
internationale pour la sauvegarde et le développement de la région
d’Angkor et de ses monuments revêt une importance particulière
pour la reconstruction nationale.
Nous reconnaissons que c’est au peuple cambodgien souverain qu’il revient
en premier lieu d’assurer la sauvegarde et le développement du site
historique du site d’Angkor et qu’à cet effet nous l’aiderons à
mener à bien et à poursuivre cette tâche. (…) Nous
nous félicitons (…) qu’ainsi la coopération internationale
sur le site et la région d’Angkor puisse être renforcée.
Nous nous félicitons également de l’annonce par le Gouvernement
du Royaume du Cambodge des mesures tant législatives qu’organisationnelles
destinées à assurer la protection du site, la prévention
du pillage, le maintien de la sécurité dans la région
et une conduite efficace d’opérations de préservation, de
restauration et de développement (…) » (Déclaration
de Tokyo) .
«(…) Si par APSARA (Autorité pour la Protection du Site
et l’Aménagement de la Région d’Angkor), nous faisons preuve
de détermination et de fermeté, la gestion, la promotion
et la recherche sur le patrimoine culturel khmer – tout en étant
part du patrimoine mondial – reviendront entre des mains khmères,
entre ces mêmes mains qui le sculptèrent, le caressèrent
et le protégèrent pendant tant de siècles. Et cela
sera fait de la seule façon possible : en contribuant à former
une nouvelle génération de spécialistes, de techniciens,
d’intellectuels, de penseurs et des gens efficaces. Qualifiés et
dévoués, ils se dresseront, sur la scène internationale,
debout dans le présent avec un bras autour du passé et les
yeux tournés vers l’avenir (…)» (Norodom Sihanouk).
_____________________________________________________________________________
INTRODUCTION
La Déclaration de Tokyo et le message de Sa Majesté
Norodom Sihanouk nous montrent bien que la politique de la Communauté
internationale et du Gouvernement du Cambodge est plus que jamais déterminée
à protéger et à aménager le site d’Angkor afin
de le sauver et de le développer convenablement après avoir
été « attaqué, pillé, (…) victime à
la fois des hommes et de la nature, (…), de la politique, des guerriers,
des trafiquants (…) » .
Avant la Déclaration de Tokyo, l’Angkor a connu une longue
histoire soit il fut grandiose et respecté, soit il fut tragique,
oublié et repensé comme l’indique M. Federico Mayor, Directeur
général de l’UNESCO : « Dans l’histoire de l’humanité,
il y a des monuments où l’histoire et l’humanité se taisent.
(…). Il faut donc attendre que l’histoire, et avec elle les hommes, se
réveillent pour que la tragédie, la beauté et l’espoir
se rencontrent (…) » .
A. Rappel historique de l’état de protection du site
Après sa redécouverte à la fin du XIX e siècle, Angkor a commencé à diffuser sa notoriété dans le monde entier, par le biais de l’École Française d’Extrême-Orient. Grâce à sa grande valeur archéologique et patrimoniale, le site d’Angkor a bénéficié de beaucoup de mesures de conservation, de protection et de mise en valeur de la part des autorités nationales et de la communauté internationale.
- Au début du XX e siècle : époque coloniale
« Angkor constitua probablement l’une des motivations présidant
à la création de l’École Française Extrême-Orient
(EFEO) en 1899 » . C’est grâce à cette célèbre
École que la Conservation d’Angkor a été créée,
en 1908, qui se chargeait s’assurer de sauvegarder, de restaurer le site
et de mener des travaux de fouilles et d’inventaires à grande échelle.
Une politique de protection et de gestion de la forêt a
été instaurée, en 1911, dans un objectif de restaurer
et préserver les monuments et le site. C’est en 1925 qu’on a aménagé
une zone de forte concentration des monuments comme le Parc archéologique
d’Angkor.
Quant à la politique de promotion touristique d’Angkor,
elle était restée très minime par rapport à
aujourd’hui. Car, à cette époque, qu’« on appréciait
le Parc pour sa valeur archéologique et son importance historique
plus que pour son attrait touristique » .
Pour le secteur urbain, la ville de Siem Reap qui était,
au début, un groupement de villages, s’est développée
peu à peu en une seule unité administrative et sociale, et
après en un chef-lieu provincial. Une grande partie des infrastructures
urbaines de la ville actuelle a été mise en place par l’administration
coloniale : la plupart d’entre elles (bâtiments, barrages, station
d’épuration d’eau, réseau routier…) sont toujours en état
de fonctionnement.
- De l’indépendance à la fin des années quatre-vingt
Les travaux de la Conservation d’Angkor et de l’École Française
Extrême-Orient étaient très satisfaisants depuis leur
création jusqu’à l’Indépendance en 1953. Cependant,
la Conservation d’Angkor n’a jamais entamé la formation de nationaux
cambodgiens en domaine de la recherche archéologique, en technique
de conservation et de restauration ou en gestion du patrimoine culturel.
Cela explique pourquoi même après l’Indépendance, le
gouvernement cambodgien « continua à confier la gestion scientifique
et technique à l’École Française Extrême-Orient
» .
La création de l’Université Royale des Beaux-Arts
de Phnom Penh en 1965 avait pour but de former les archéologues
et de nationaliser la gestion du patrimoine culturel. Cette politique générale
de khmérisation a été interrompue par la guerre dès
1970.
Pendant la guerre, la Convention de La Haye de 1954 portant sur
la protection des biens culturels en cas de conflit armé a eu un
rôle primordial qui permettait au Cambodge en tant que signataire
d’éviter les attaques militaires dans la zone du Parc.
La Conservation d’Angkor, avec l’assistance de l’UNESCO, a mis
l’emblème de la Convention de La Haye sur les principaux monuments
d’Angkor afin de rappeler l’obligation de démilitariser la zone.
Certains objets d’art précieux conservés dans les dépôts
de la Conservation ont été envoyés à Phnom
Penh pour des raisons de sécurité. Toutes les activités
de la Conservation ont été totalement arrêtées
en 1973.
En 1975, les Khmers rouges sont arrivés au pouvoir. Ils
n’ont pas eu de « politique particulière » pour la gestion
de ce patrimoine culturel. Le site d’Angkor a été oublié
. Les Khmers rouges ont détruit plusieurs objets d’art, surtout
les statuts de Bouddha en pierre et en bois de l’époque post-angkorienne.
Ils ont aveuglément modifié le système hydraulique
avant la guerre et construit sans efficacité par des travaux forcés
un nouveau système d’irrigation dans la région d’Angkor.
Sur le plan urbain, la ville de Siem Reap, comme toutes les autres
villes du pays, a été vidée de sa population. Les
villageois qui habitaient dans le Parc ont également été
déportés.
Sous le régime des Khmers rouges, Angkor, comme le Cambodge
et son peuple, a subi le plus grand malheur dans l’histoire de l’humanité.
Le régime khmer rouge s’est achevé en 1979. Le
nouveau régime communiste installé par le Vietnam est alors
né. Ce régime est arrivé à son terme à
la fin des années quatre-vingts.
Pendant cette période il y a eu certains aménagements
urbains dont on se servait pour la plupart comme « points stratégiques
» pour renforcer le pouvoir politique du régime. Par exemple,
une digue a été dressée aux abords de la ville aux
fins de protection contre les attaques des Khmers rouges. En général,
il n’y pas eu de grands apports aux infrastructures urbaines existantes.
Certainement, le site d’Angkor a été en insécurité.
Certains monuments ont été occupés par les troupes
vietnamiennes qui les ont utilisés comme des bases militaires stratégiques.
Une grande partie du Parc archéologique est restée sous le
contrôle des Khmers rouges. Seuls les monuments qui restaient proches
de la ville ont été ouverts aux touristes nationaux.
Au cours des années 1980 et 1990, le site d’Angkor était
en danger pour plusieurs motifs : grande pauvreté de la population,
abondance des armes, insécurité généralisée,
autorité militaire grandissante et incontrôlable, instabilité
politique, émergence du réseau international de trafic illicite
d’objets d’art…
Le site d’Angkor, depuis sa création jusqu’à la fin des
années quatre-vingts, a connu seulement un aménagement minime
qui ne concernait que la politique de restauration et de conservation.
Il n’y a jamais eu de politique globale d’aménagement et de protection
du site afin de le développer rationnellement et durablement.
Grâce à la prise de conscience de la part des dirigeants
cambodgiens du danger que connaît le patrimoine culturel national
et grâce aux préoccupations internationales, une nouvelle
ère pour la région d’Angkor a commencé. Une
bonne politique d’aménagement et de protection du site de la région
de Siem Reap a permis au Cambodge d’obtenir de meilleures opportunités
pour développer son économie puisque le site d’Angkor «
constitue un facteur essentiel de renaissance économique, sociale
et culturelle (…), après les terribles épreuves subies
par le peuple cambodgien (…) » .
B. Le site d’Angkor à l’aube du nouveau millénaire,
une politique d’aménagement
Angkor ne doit être plus laissé « orphelin », il faut le « sauver » comme l’a indiqué M. Federico Mayor, Directeur général de l’UNESCO. Il a ajouté qu’ : « (…) Aujourd’hui, au Cambodge la tragédie recule, l’espoir vient de naître et la beauté d’Angkor affirme sa permanence (…) » . Dans son histoire, Angkor n’a été jamais si entretenu, conservé, protégé, aménagé, et développé, qu’aujourd’hui, après des années d’oubli et de dégradation sans précédent.
- Contexte
La guerre civile dont a souffert le Cambodge pendant les dernières
décennies, a épuisé les richesses nationales dans
tous les domaines. Au début des années 1990, le Cambodge
commençait à s’ouvrir vers l’extérieur après
des années d’isolement et d’embargo international . Cette ouverture
a permis au Cambodge de se reconstruire et de se renforcer de cadres nationaux
de gestion avec l’appui international. Mais, cela risque également
de mettre le pays sous diverses formes d’exploitation qui nuiront énormément
à la société khmère. La première victime
de cette conséquence est l’« héritage » patrimonial
d’Angkor qui est devenu la « cible » principale du trafic d’art
illicite à l’échelle internationale.
Face à cette menace, la question de préserver le site
d’Angkor internationalement a été soulevée, en 1989,
par S.A.R. le Prince Norodom Sihanouk au moment où la situation
politique du Cambodge a changé (début des négociations
pour la paix). C’est à partir de cette année que l’UNESCO
a eu la possibilité d’envoyer ses experts techniques à Angkor
pour évaluer le danger pour le site.
Avec la Résolution 26 C/3-13 lors de la Conférence générale
, l’UNESCO s’est vue attribué un rôle de coordinateur des
aides internationales en faveur de la sauvegarde des monuments d’Angkor.
Cette résolution prévoit également que le Directeur
général va continuer entre autres « à mettre
en place, en collaboration avec les autorités cambodgiennes, le
mécanisme international qui convient pour assurer la conservation
et la mise en valeur du site d’Angkor avec l’assistance de spécialistes
ressortissants de divers pays » et « à aider les autorités
cambodgiennes à renforcer les institutions culturelles nationales
et à développer les ressources humaines nationales ».
Après des années d’efforts de la part des autorités
cambodgiennes, en collaboration avec la communauté internationale,
en 1992, le site d’Angkor a été inscrit sur la Liste du Patrimoine
Mondial. Le Comité du Patrimoine Mondial qui a approuvé la
demande d’inscription, a suivi les critères suivants :
i. Angkor représente une réalisation artistique unique,
un chef-d’œuvre du génie humain ;
ii. Angkor a exercé une profonde influence sur le développement
de l’architecture, de l’art de la construction des monuments et de l’organisation
de l’espace pendant une période donnée, dans une aire spécifique
;
iii. Angkor constitue un témoignage exceptionnel d’une civilisation
du passé ;
iv. Angkor offre un exemple remarquable d’un type de construction ou
d’un groupe architectural illustrant d’une période de l’histoire.
En raison de la grande ampleur du danger et des « urgences »
de conservation avec « rapidité » et « efficacité
», le Comité a inscrit le site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine
Mondial en péril et a demandé au Gouvernement royal de prendre
les mesures nécessaires pour que soient remplies les conditions
suivantes :
a) Législation de protection adéquate promulguée
;
b) Établissement d’une agence nationale de protection avec personnel
adéquat ;
c) Établissement de limites permanentes basées
sur le projet du PNUD ;
d) Définition de zones tampons significatives ;
e) Établissement de la surveillance et de coordination
de l’effort
internationale de
conservation.
Le Comité a laissé trois ans (1993-1995) au Cambodge
pour accomplir ces conditions afin de protéger la zone en question
et de permettre une inscription permanente du site sur la liste. En même
temps, le Comité a demandé à l’UNESCO d’effectuer
une étude approfondie spéciale sur le site et la région
limitrophe, dans le but d’accélérer cette inscription et
d’aider le Cambodge à respecter ses obligations.
Certes, il appartient ensuite au Cambodge, à son peuple et surtout
à ses dirigeants de se montrer à la communauté internationale
leur vraie volonté politique de protéger et de conserver
leur propre patrimoine national pour les générations futures.
De plus, dans le contexte actuel de pauvreté générale
persistante dans les domaines économique et administratif, la richesse
potentielle de ce patrimoine pourra être exploitée de façon
non rationnelle. Sans la grande participation du Cambodge, tous les efforts
internationaux ne seront sûrement pas réalisables ni réussis.
- Concrétisation
Il est très remarquable et sans contestation possible qu’il
y a aussi eu une augmentation des mesures de protection, au moment de transition
politique (1989-1993), face aux menaces néfastes à l’égard
du patrimoine national. Plusieurs conventions internationales relatives
à la protection des biens culturels ont été signées
et ratifiées par le Cambodge. A titre d’exemple, en 1991, S.A.R.
le Prince Norodom Sihanouk en tant que Président de Conseil National
Suprême (CNS) , a signé la Convention de 1972 concernant la
protection du patrimoine mondial culturel et naturel.
Le Cambodge a, depuis longtemps, ratifié de principales conventions
internationales et leurs protocoles additionnels sur la protection des
biens culturels : en 1962, la Convention de La Haye de 1954 pour la protection
des biens culturels en cas de conflit armé, en 1972, la Convention
de Paris de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire
et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété
illicites des biens culturels.
Les ratifications de ces conventions internationales par le Cambodge
poussent ce dernier à prendre des mesures législatives, réglementaires
et institutionnelles concrètes et efficaces dans ce domaine. Selon
les tâches fixées par l’inscription du site d’Angkor sur la
Liste du Patrimoine Mondial, des amendements ont été faits
dans le Code pénal prévoyant des sanctions contre la destruction,
le vol et le trafic illicite des biens culturels. L’élaboration
des textes juridiques portant sur la protection du patrimoine national
(en janvier 1996, la loi sur la Protection du Patrimoine culturel ; en
mai 1994, le décret royal portant sur le zonage et la gestion de
la région de Siem Reap-Angkor) et la création des institutions
nationales de gestion (Conseil Supérieur de la Culture Nationale,
Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la
Région d’Angkor : APSARA, par exemple), ont été rapidement
lancées avec l’aide des experts internationaux (de l’UNESCO, de
l’ONU, … etc.).
Le Cambodge proclame solennellement dans sa nouvelle Constitution (articles
69, 70 et 71), promulguée en septembre 1993, sa responsabilité
nationale de protection du patrimoine culturel.
Au niveau international, le Comité International de Coordination
pour la Sauvegarde et le Développement du Site Historique d’Angkor
(CIC) a été créé, afin de coopérer avec
la communauté internationale et les organes nationaux existants.
Ce comité est coprésidé par la France et le Japon.
En collaboration avec le Gouvernement royal, de nombreuses études
approfondies sur la région ont été préparées
ou financées par l’UNESCO (Plan de zonage et de gestion de l’environnement
du site d’Angkor : ZEMP, septembre 1993), par la Caisse Française
de Développement (Plan d’Urbanisme de Référence et
Projets Prioritaires, Rapport de 1ère phase, novembre 1994), par
l’Agence Française de Développement (Assistance pour l’Établissement
de Documents d’Urbanisme Réglementaire de Siem Reap-Angkor, Rapport
de 1ère phase, juillet 1999) …etc.
En se basant sur ces études fondamentales et sur celles réalisées
dans le passé, le Gouvernement royal a la possibilité d’élaborer
des stratégies globales pour la protection et l’aménagement
du site à « long terme » et pour le « développement
intégré » de la région de Siem Reap dans son
ensemble.
En constatant des améliorations accomplies par le Cambodge pendant
trois ans pour l’établissement des mécanismes juridiques
de protection et d’aménagement du site, en décembre 1995,
le Comité du Patrimoine Mondial a confirmé « l’inscription
permanente » d’Angkor en le gardant encore sur la Liste
du patrimoine mondial en péril . Ces inscriptions permettront une
sorte de conservation et de protection très forte pour le site d’Angkor
en tant que patrimoine national et mondial.
Ce n’est pas un hasard si le Gouvernement cambodgien et la communauté
internationale se sont mobilisés afin que le site d’Angkor soit
aménagé et protégé raisonnablement. Mais c’est
une décision politique prise avec précaution et fermeté
puisque que « l’avenir du Cambodge repose en grande partie sur Angkor
» .
Angkor n’est pas seulement un patrimoine culturel national et mondial
qui doit être effectivement protégé et mis en valeur,
mais aussi un « potentiel économique » irremplaçable
qui doit être développé pour l’intérêt
de la région et de la Nation. Pourtant, le contrôle du développement
est nécessaire pour que le patrimoine culturel ne soit pas mis en
cause par une forme d’exploitation sauvage. Il incombe donc au Gouvernement
royal de balancer et de faire cohabiter ces deux intérêts,
culturel et économique, qui sont « divergents », voire
« conflictuels » .
Les développements économique et touristique bien maîtrisés
et harmonieux sont le but primordial et le plus cher souhait du Gouvernement
royal, qui contribuent, par conséquent, à éviter la
destruction fatale du patrimoine culturel, et en plus, à protéger
et développer ce dernier.
La création de l’APSARA (Autorité pour la Protection
du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor) par le Gouvernement
a eu lieu, sans aucun doute, pour répondre à cette ligne
directrice et aussi à la deuxième obligation (établissement
d’une agence nationale de protection avec personnel adéquat) imposée
par le Comité du Patrimoine Mondial. Dans l’avenir, cette Autorité
aura un rôle essentiel pour la recherche, la conservation, la protection
du patrimoine culturel et les développements urbain et rural ainsi
que la gestion touristique dans toute la région de Siem Reap-Angkor.
Angkor ayant été classé patrimoine mondial, la
gestion et la protection de celui-ci ne relèvent pas seulement des
compétences des autorités nationales mais aussi de celles
de la communauté internationale qui participent activement à
promouvoir ce précieux et inestimable patrimoine mondial. C’est
dans ce but que des instruments de coopération nationale et internationale
ont été établis, notamment le CIC , créé
lors de la première Conférence intergouvernementale pour
la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor, qui
s’est tenue à Tokyo en octobre 1993. Quant à l’UNESCO, elle
joue un rôle de secrétariat dans ce Comité. Le CIC
a ensuite décidé de créer un sous-comité (Comité
Technique) chargé des affaires techniques et tenant ses sessions
plénières annuelles à Phnom Penh ou à Siem
Reap. Avec ce mode de fonctionnement, tous les projets nationaux et internationaux
sur Angkor doivent être soumis au CIC, par le biais de son Comité
Technique pour discussion. Ce CIC élabore chaque année son
rapport annuel d’activités relatif à tous les travaux ou
projets sur Angkor. Il y a d’autres mécanismes de gestion d’Angkor,
par exemple la Réunion Quadripartite entre la France, le Japon,
le Cambodge et l’UNESCO et la création du groupe d’experts Ad Hoc,
chargé de conseiller l’Autorité APSARA sur des questions
techniques à des problèmes précis ou plus larges liés
à la sauvegarde d’Angkor .
La grande et admirable consécration du Royaume du Cambodge et
de la communauté internationale pour « sauver » le site
d’Angkor donne, jusqu’à maintenant, des résultats très
positifs porteurs d’espoir pour l’avenir. Mais, le défi reste encore
long et très difficile à surmonter pour un pays où
toutes les structures administratives, les infrastructures de base ont
été presque détruites par la guerre durant les deux
dernières décennies.
Au moment de l’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine
Mondial, la promesse du Gouvernement royal était très lourde,
à l’égard de la communauté internationale. Malgré
les considérables efforts et le courage
du
Gouvernement avec le concours de la communauté internationale,
la maîtrise d’aménagement et de développement du site
restent toujours difficiles à réaliser en raisons des problèmes
rencontrés sur le terrain.
La complexité des problèmes de gestion, la pauvreté
de la population, l’instabilité politique, la fragilité de
la paix, l’insécurité, le manquement des textes juridiques
et des ressources humaines, le non-respect des lois, la politisation de
l’administration, la corruption, le vandalisme, … sont de très grands
obstacles pour le Cambodge l’empêchant atteindre son ambition de
se reconstruire rapidement.
C. Problématique
Une étude sur les textes ne nous permet pas de comprendre
toutes les réalités d’une politique publique de l’État,
puisque celle-ci est lancée par l’administration centrale de haut
niveau, mais elle est appliquée sur le terrain par son service déconcentré
ou ses représentants, qui a toujours un écart entre la théorie
et la pratique . Seule une étude sur le terrain est le meilleur
moyen permettant de découvrir cette déviation et d’établir
des critiques analysées. Cette dernière étude sera
servie comme expérience et réflexion de toutes nouvelles
stratégies. La compréhension de ces réalités
permet aux décideurs politiques de réagir rapidement et efficacement
et de bien choisir une ligne politique prioritaire d’action dans l’avenir.
C’est ce mode de travail que nous allons adopter tout au long de notre
recherche.
- Constat du lieu
C’est une démarche d’entretien avec les hauts responsables
de l’Autorité APSARA qui sont chargés de mettre en place
la politique du gouvernement. Avec ces entretiens, nous pouvons obtenir
beaucoup d’informations importantes relatives au dysfonctionnement de travail,
aux divergences de points de vues entre la communauté internationale,
le Gouvernement, l’Autorité l’APSARA et l’administration provinciale,
aux difficultés de l’application de cette ambitieuse politique…
L’objet de ces entretiens concerne plusieurs volets principaux
qui sont tous des questions pratiques. Par exemple la façon de coordonner
toutes les directions opérationnelles de l’Autorité APSARA
entre elles ainsi que la coordination de ces dernières avec les
autres autorités. Cela concerne également les problèmes
-politique, économique, social, financier et technique - ainsi que
les opinions personnelles de chaque responsable.
Les entretiens ont été faits avec les directeurs
de trois départements de l’Autorité APSARA . Avec des analyses,
nous pouvons résumer ces entretiens en certaines idées principales
en essayant, ensuite, d’élaborer des propositions.
Nous constatons que l’Autorité APSARA reste toujours un
jeune établissement en plein de construction, ayant peu d’expérience
et fonctionnant mal bien qu’il ait été créée
en 1995, dispose de bons responsables chargés des affaires de l’Autorité
et ait la confiance et le soutien de la communauté internationale.
Cela s’explique par plusieurs raisons, soit internes, soit extérieures.
Dans le contexte externe, l’Autorité APSARA a subi de
nombreuses pressions, politique, juridique, institutionnelle, socio-économique
et financière.
Comme c’est une instance de coordination et d’arbitrage entre divers
ministères (son Conseil d’Administration comprend des ministres
concernés par cette politique d’aménagement et le gouverneur
de la province de Siem Reap) , elle a donc besoin de bonnes coopérations
entre partenaires pour bien accomplir ses missions. Mais, la situation
actuelle au Cambodge ne permet pas d’aboutir. En général,
dans l’administration cambodgienne, la forme inter-ministrérielle
ne fonctionne pas bien et, dans la plupart des temps, rencontre des échecs
pour des raisons politiques, administratives, juridiques ou techniques
.
En ce qui concerne les incohérences de décision
et les entraves venues de l’extérieur qui empêchent l’APSARA
de travailler correctement et de réaliser ses projets, d’après
les responsables de cette dernière, il s’agit de non-respect des
règles établies (zonage, zone hôtelière, répartition
des compétences…) par les autorités locales, les militaires,
les investisseurs, les hommes de pouvoir, et même par le Gouvernement
.
Celles-ci peuvent être également expliquées par
la question de la corruption généralisée au sein des
organes de décideurs politiques du Gouvernement royal et en partie
dans les autorités locales, ainsi que l’empiètement des pouvoirs
et la méfiance à l’égard de cette nouvelle autorité
par les autorités provinciales, les autres ministères et
les populations, puisque cette dernière s’occupe de plusieurs domaines
relatifs à l’aménagement et à la protection du site,
aux développements touristique et urbain qui étaient, avant
sa création, pris en charges par les différentes autorités
.
Nous découvrons enfin que si l’APSARA est concernée
par les questions politiques, économiques, financières ou
d’ « investissements », elle a moins de liberté d’action
par rapport à celles qui sont proprement techniques (par exemple,
la restauration, la conservation des monuments…) . Au moment de la réunion
du Conseil d’Administration d’APSARA, les préoccupations des représentants
du Gouvernement et de la plupart des membres sont principalement relatives
aux développements « touristique », « économique
», « urbain » et « régional ». Les
préoccupations de l’APSARA, soutenues par la communauté internationale,
sont les « développements harmonieux » et « globaux
» en protégeant le site au maximum .
Tous ces obstacles ne peuvent être réglés
si le Gouvernement n’a pas de bonne volonté politique et n’intervient
pas illégalement dans les compétences de l’Autorité
APSARA. Le Gouvernement a été critiqué vivement par
le parti d’opposition pour sa pression sur l’APSARA afin de signer un «
contrat de concession » relatif à la perception des droits
d’entrée au site d’Agnkor avec une société privée
s’appelant « Sokha Hôtel » . Ce contrat de concession
a été « tout rédigé par le Gouvernement
et l’Autorité APSARA n’est obligée que de le signer et appliquer
» .
L’APSARA n’a bien fonctionné qu’après 1998. C’est
à dire après avoir eu sa vraie autonomie financière.
Avant cette année, elle a eu beaucoup de problèmes financiers,
de restructurations ou de conflits internes . Il y a aussi de carence de
bonne coordination entre les départements sous tutelle de l’Autorité.
Certains départements n’ont pas de véritable stratégie
globale pour leur action et ne disposent pas d’assez de personnels pour
assurer le travail. APSARA est une autorité très centralisée,
même si elle a ses bureaux à Siem Reap, presque tous les dossiers
sont envoyés à Phnom Penh et les hauts responsables de l’Autorité
prennent des décisions .
Si l’Autorité APSARA veut réussir son objectif,
elle doit se montrer son prestige, sa capacité et sa détermination,
en évitant absolument tous les scandales de corruption, de partisan,
d’inefficacité et de gaspillage qui dominent actuellement la vie
politique et administrative cambodgienne. Avec toutes la confiance de la
communauté internationale, du peuple cambodgien et de son Roi, l’APSARA
va travailler avec fierté et avec une grande responsabilité.
L’observation sur les pratiques permet de bien comprendre toutes
les réalités de notre problématique, et à partir
de cela nous ne choisirons que de grands domaines, considérés
comme prioritaires pour l’avenir du site et de la région de Siem
Reap-Angkor, à traiter dans notre étude.
- Présentation de l’objectif
La mise en place de la politique d’aménagement et de protection
du site d’Angkor par le Gouvernement s’explique par le fait que la potentialité
historique, culturelle, archéologique… de ce dernier nécessite
une administration et un système d’aménagement modernes adaptés
afin d’obtenir de grandes opportunités.
Le Gouvernement et la communauté internationale sont persuadés
qu’avec cette potentialité, il peut avoir des développements
économique, urbain et rural qui vont donner au Cambodge une nouvelle
chance de combattre la pauvreté de la population et du pays. Ces
développements se réalisent grâce au tourisme qui se
progresse spectaculairement pendant ces dernières années.
Cependant, le tourisme peut également avoir des conséquences
désastreuses pour la société et le patrimoine angkorien.
Le choix du type de tourisme est très important.
La question de protection du site d’Angkor attire de plus en plus l’attention
du Gouvernement royal et de la communauté internationale. L’inscription
d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial s’est bien sûr faite
dans ce but. C’est pourquoi, de nombreux dispositifs juridiques et institutionnels
de protection du site et des biens culturels ont été aménagés
et mis en place par le Cambodge et la communauté internationale
(Première partie).
C’est dans le même contexte que le Gouvernement a élaboré,
par le biais d’APSARA, une politique de développement touristique
maîtrisé. Mais, une seule politique touristique bien gérée
ne peut pas défendre sûrement le site dans son ensemble, il
faut avoir en plus des contrôles de développement urbain et
régional qui jouent également un rôle déterminant
pour la protection du parc archéologique. Ce sont seulement de bonnes
politiques prioritaires d’aménagements touristique, urbain et régional
qui peuvent contribuer efficacement à la protection du site et au
développement du pays (Deuxième partie).
Notre étude ne concerne pas seulement les aspects juridiques,
mais aussi les considérations politiques, socio-économiques,
socio-culturelles et urbaines dans son ensemble avec des analyses critiques
et les perspectives d’aménagement et de développement du
site de la région de Siem Reap-Angkor.
PREMIERE PARTIE : AMENAGER POUR PROTEGER : LES MÉCANISMES
DE SAUVEGARDE DU SITE
Angkor en tant que patrimoine culturel national et mondial
est placé sous la haute protection conjointe du Cambodge et de la
communauté internationale. Ce sont des tâches nationales et
internationales. C’est pour cette raison que de nombreux outils juridiques
et institutionnels au niveau international et national ont été
mis en place afin d’accomplir ces obligations (Chapitre I).
Après les cadres de gestion, nous consacrerons ensuite
nos études aux plans prioritaires choisis par le Gouvernement et
la communauté internationale pour sauvegarder, préserver,
restaurer et mettre en valeur les monuments et le site d’Angkor (Chapitre
II).
CHAPITRE I : LES CADRES JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL
Conformément à « l’esprit de Tokyo »
, des mécanismes de coordination au niveau international ont été
créés afin de mobiliser la communauté internationale
et l’impliquer dans l’action de sauvegarde et de développement de
la zone d’Angkor. C’est toujours au niveau international que le site d’Angkor
en tant que patrimoine culturel a reçu les mesures de protection
spéciale des conventions internationales dont le Cambodge est signataire
(I).
C’est avec le même « esprit de Tokyo »
et dans le respect des obligations découlant de l’inscription du
site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial que le Cambodge va assurer,
en premier lieu, la responsabilité de préservation et de
mise en valeur de son patrimoine national pour la génération
future avec la mise en place de cadres juridiques et institutionnels efficaces
pour gérer ce patrimoine culturel (II).
I. Au niveau international
Le problème d’Angkor est maintenant devenu non seulement celui du Cambodge mais également celui des autres pays participant à la Conférence intergouvernementale de Tokyo et des États signataires de toutes les Conventions internationales relatives à la protection des biens culturels. En se basant sur ces Conventions internationales, les institutions concernées vont participer à la protection et à la préservation du site d’Angkor.
A. Le cadre institutionnel
Après la Conférence de Tokyo, toutes les questions
concernant le site d’Angkor seront conjointement discutées et réglées
par le Cambodge et ses partenaires internationaux au sein d’un Comité
International de Coordination pour la Sauvegarde et le Développement
du site historique d’Angkor (CIC). Ce dernier va ensuite fixer son mode
de fonctionnement et créer d’autres organes, selon les problèmes
rencontrés sur le terrain pour faciliter son travail.
« (…) Nous décidons d’établir à Phnom Penh,
au niveau des Ambassadeurs, un comité de coordination (le comité)
qui constituera le mécanisme international pour coordonner les aides
offertes par les différents pays et organisations (…) » .
C’est grâce à cette décision que le Comité
International de Coordination pour la Sauvegarde et le Développement
du site historique d’Angkor (CIC) a été créé
en 1993. Le paragraphe 11 de la Déclaration de Tokyo prévoit
que le CIC devra comprendre des représentants du Royaume du Cambodge,
des pays et organismes intéressés . Ce Comité est
co-présidé par la France et le Japon et le Secrétariat
est assuré par l’UNESCO. Toute décision du Comité
de Coordination devrait être soumise à l’agrément et
à la coopération du Gouvernement cambodgien.
Conformément à la résolution 3.13 adoptée
à la Conférence générale de l’UNESCO
lors de sa 26e session , le CIC
est ainsi devenu un mécanisme
international et est composé de droit de tous les États
et Organisations Internationales ayant adopté la Déclaration
de Tokyo et qui, en outre, participent financièrement ou par la
fourniture d’expertise à la sauvegarde et au développement
du site historique d’Angkor .
Selon les « méthodes de travail » qu’il a
adoptées lors de sa première réunion constitutive
de décembre 1993, le CIC se réunit à Phnom Penh ou
à Siem Reap-Angkor en formation plénière une fois
par an au niveau des ambassadeurs conformément au paragraphe 10
de la Déclaration de Tokyo. En cas de nécessité, notamment
à la demande du Gouvernement cambodgien, il peut également
être réuni, dans l’intervalle des sessions par les co-présidents.
C’est lors de cette première réunion qu’un autre
comité a été créé par le CIC, Comité
Technique (CT). Ce dernier Comité se réunit trois fois par
an en dehors des sessions plénières du CIC . Les États
ou les Organisations Internationales membres du CIC y sont représentés
par les conseillers des Ambassadeurs ou des Représentations chargées
des questions culturelles, le Cambodge désignant un représentant
au niveau approprié.
La première réunion du CIC a décidé,
en outre, que « pour l’accomplissement des missions du CIC prévues
par la paragraphe 10 de la Déclaration de Tokyo, les projets et
le détail des travaux concernant la sauvegarde et le développement
du site historique d’Angkor seront systématiquement soumis directement
ou par l’intermédiaire du secrétariat (UNESCO) au CT, qui
pourra, avant de formuler son avis, demander l’opinion d’un groupe d’experts
tel que prévu au paragraphe 12 de la dite Déclaration»
. À l’issue de chacune de ses réunions, le CT doit remettre
un compte-rendu au secrétariat à fin qu’il soit adopté
par le CIC. Le secrétariat du CIC est installé de façon
permanente au Bureau de l’UNESCO de Phnom Penh. Le CIC adopte chaque année
un rapport d’activité qui est remis au Gouvernement royal du Cambodge.
La mise en place du CIC, dont l’UNESCO assure le secrétariat,
a permis au Cambodge de répondre à la cinquième condition
posée par le Comité du Patrimoine Mondial (établissement
de la surveillance et de la coordination de l’effort international).
On constate que pour la première fois il y a eu des discussions
internationales de haut niveau sur Angkor qui ont été tenues
au Cambodge même .
Le CT est chargé de suivre les activités ou les
études en cours, d’examiner et d’évaluer de nouveaux projets
de nature internationale ou s’inscrivant dans le cadre de la coopération
bilatérale que les pays membres ainsi que les organisations internationales
ou non gouvernementales se proposent de mettre en œuvre. Ces projets pourront
concerner les travaux de conservation et de restauration monumentale, des
études ponctuelles ou régionales, des actions de protection
du site et de lutte contre le vandalisme et le trafic illicite des biens
culturels…Il transmet ensuite tous ces projets examinés au CIC pour
approbation.
La réunion du CT donne également l’occasion au Gouvernement
cambodgien d’exposer ses projets d’avenir ou ses plans d’urgence afin d’obtenir
des aides financières ou techniques de la part de la communauté
internationale.
Il y a d’autres mécanismes de travail dérivés
au niveau international pour assurer l’efficacité des actions de
protection et de mise en valeur du site d’Angkor.
Premièrement, il s’agit de la Réunion annuelle Quadripartite
(Cambodge-France-Japon-UNESCO) qui se déroule également deux
fois dans l’intervalle de la réunion du CIC. Cette Réunion
permet d’examiner les questions techniques intéressant le fonctionnement
du CIC et des informations sur ses travaux ont été données
aux membres du CT. Cette Réunion permet d’améliorer des méthodes
de travail du CIC et résoudre les problèmes de disfonctionnement
de ce dernier. À titre d’exemple, en 1997, la Réunion Quadripartite
a résolu les problèmes survenus entre le bureau de l’UNESCO
de Phnom Penh et le Ministre d’État chargé d’Angkor, le Ministre
de la Culture et des Beaux-Arts, et les co-présidents du CIC .
D’après la décision prise lors de la Réunion de
1997, il est prévu que les réunions du CT se dérouleraient
désormais systématiquement à Siem Reap afin de pouvoir
examiner les questions techniques sur place. Quant à la Session
Plénière (du CIC), elle devra être consacrée
à l’étude des questions de politique générale.
De plus, cette Réunion a prévu la procédure de présentation
de nouveaux projets selon laquelle « tout nouveau projet devra être
présenté à l’occasion de la Session Plénière
du mois de février. Il sera ensuite transmis pour étude au
groupe Ad Hoc d’experts par l’intermédiaire des co-présidents
et du secrétariat permanent. À la lumière des résultats
de cette expertise, le CT examinera la proposition de projet et donnera
un avis. Le Gouvernement royal du Cambodge émettra également
un avis. La proposition de projet sera enfin soumise à la Session
Plénière suivante pour décision. Afin de garantir
aux travaux du CIC toute la flexibilité nécessaire, certains
nouveaux projets pourront, à la demande des co-présidents
et avec l’accord des autorités cambodgiennes, être étudiés
lors du CT » .
Deuxièmement, c’est l’éventuelle création
d’un groupe Ad Hoc d’experts qui serait chargé de donner des conseils
à l’Autorité APSARA sur des problèmes plus précis
ou plus généraux relatifs à la conservation ou à
la sauvegarde des monuments ou du site. A titre d’exemple, un groupe d’experts
Ad Hoc a été créé en 1997 pour résoudre
un problème urgent relatif à l’écroulement de 60 mètres
de gradins sur la douve ouest du temple d’Angkor Vat. Après ses
études, le groupe d’experts va élaborer un rapport qui sera
transmis aux co-présidents et ensuite aux membres du CIC à
la prochaine Session Plénière.
Le CIC travaille en étroite collaboration avec les partenaires
cambodgiens notamment l’Autorité APSARA qui est chargée de
l’aménagement et de la protection du site d’Angkor.
Bien que de nombreux disfonctionnements du CIC soient rencontrés
au cours des années de son exercice , le bilan constaté est
très positif. Après les incidents de 1997, la gestion du
dossier Angkor a été prise en charge directement par le Directeur
de la Division du Patrimoine Culturel de l’UNESCO. Selon son rapport
annuel d’activité de 1998, pendant les cinq ans de son existence,
le CIC a bien assuré sa responsabilité de mobiliser la communauté
internationale autour de la sauvegarde et du développement du site
historique d’Angkor .
Comme le Cambodge est un État signataire des Conventions
internationales concernant la protection des biens culturels et du patrimoine
mondial culturel et naturel, son patrimoine culturel national et mondial
a ainsi reçu les mesures internationales de protection en toute
circonstance dans le pays.
B. L’encadrement juridique
Ce sont la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé avec ses Protocoles additionnels et la Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel. Quant à la Convention relative aux mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété illicite des biens culturels et la Convention UNIDROIT sur le retour international des biens culturels volés ou illégalement exportés, nous allons les étudier dans le chapitre consacré aux mesures de lutte contre les vols, le pillage et le trafic illicite d’objets d’art .
1. Convention pour la protection des biens culturels
en cas de conflits armé et ses Protocoles
La Convention pour la protection des biens culturels en cas de
conflits armé a été adoptée à La Haye
le 14 mai 1954 et est entrée en vigueur le 7 août 1956. Le
Cambodge l’a ratifié en 1962. C’est grâce à cette Convention
que la plupart des monuments d’Angkor et d’autres sites du pays ont été
protégés contre le bombardement américain pendant
la guerre de Vietnam dans les années soixante-dix.
Cette Convention a pour but de protéger les biens culturels
qu’ils soient meubles ou immeubles, notamment les monuments d’architecture,
d’art ou d’histoire, religieux ou laïques, les sites archéologiques,
artefacts, les oeuvres d’arts, les manuscrits, livres ou autres objets
d’intérêt artistique, les musées d’art…
Il s’agit de la première Convention internationale qui s’intéresse
particulièrement à la protection des biens culturels. Selon
la Convention, la protection des biens culturels comprend la « sauvegarde
» et le « respect de ces biens » .
La sauvegarde des biens culturels oblige, en temps de paix, l’État
signataire de la Convention à prendre les mesures appropriées
de protection contre les effets prévisibles d’un conflit armé.
La pose d’un signe distinctif de la Convention sur les biens culturels
constitue une des mesures de protection.
Quant au respect des biens culturels cela signifie que tous les
États contractants de la Convention doivent, en cas de conflit armé,
éviter tout acte de destruction, de détérioration
et d’hostilité à l’égard de ces biens. En cas de conflit
armé, le respect des biens culturels protégés est
une obligation tant sur le territoire de l’État signataire que sur
celui de l’État belligérant. De plus, il interdit toute mesure
de représailles à l’encontre des biens culturels. L’État
signataire doit interdire, prévenir et faire cesser tout acte de
vol, de pillage ou de détournement de biens culturels et autres
actes de vandalisme.
En cas d’occupation d’un territoire d’un État signataire
par un autre État contractant, ce dernier doit faciliter les autorités
nationales compétentes du territoire occupé à assurer
la sauvegarde et la conservation de ses biens culturels.
Cette Convention prévoit également des mesures
de protection spéciale pour certains monuments et la construction
de divers abris destinés à protéger les biens culturels
en cas de conflit armé. Cette protection spéciale ne s’applique
qu’à condition que ces monuments et ces biens culturels se trouvent
à une distance suffisante d’un grand centre industriel ou de tout
objectif militaire important constituant un point sensible (par exemple,
aérodrome, station de radiodiffusion, établissement de défense
nationale…) et qu’ils ne soient pas utilisés à des fins militaires.
Tout monument et bien culturel qui ayant obtenu un statut lui offrant une
protection spéciale est inscrit dans le « Registre international
des biens culturels sous protection spéciale ». Avec ce statut
spécial, ces biens culturels auront des immunités qui leur
permettront de rester en dehors de tout acte d’hostilité et de toute
utilisation à des fins militaires.
Deux Protocoles additionnels (le 1er Protocole du 14 mai 1954
et le 2e Protocole du 26 mars 1999) de la Convention interviennent pour
renforcer la protection des biens culturels en cas de conflit armé.
Le premier Protocole prévoit les mesures d’interdiction d’exportation
des biens culturels définis par la Convention en cas d’occupation.
Il envisage également des procédures afin de mettre sous
séquestre les biens culturels importés dans un État
contractant et provenant directement ou indirectement d’un État
occupé. Cette mise sous séquestre est prononcée soit
d’office à l’importation, soit, à défaut, sur requête
des autorités dudit État.
Le deuxième Protocole ajoute un autre mécanisme de protection
des biens culturels, qui est celui de la « protection renforcée
». Selon l’article 10 du Protocole, « un bien culturel peut
être placé sous protection renforcée s’il satisfait
aux trois conditions suivantes :
o il s’agit d’un patrimoine culturel qui revêt la plus haute
importance pour l’humanité ;
o il est protégé par des mesures internes, juridiques
et administratives, adéquates, qui reconnaissent sa valeur culturelle
et historique exceptionnelle et qui garantissent le plus haut niveau de
protection ;
o il n’est pas utilisé à des fins militaires, et la Partie
sous contrôle du quel il se trouve a confirmé dans une déclaration
qu’il ne sera pas ainsi utilisé ».
Comme les biens culturels placés sous la « protection
spéciale », les biens culturels bénéficiant
d’une « protection renforcée » ont des immunités
qui leur permettent de ne pas faire l’objet d’attaque ou d’utilisation
de ses abords à des fins militaires. Ces immunités seront
perdues si les conditions indiquées ci-dessus ne sont pas respectées
par l’État contractant.
Ce Protocole prévoit également des infractions
relatives à la violation de ses dispositions. Ces infractions énumérées
dans l’article 15 du Protocole sont les suivantes : attaque d’un bien culturel
sous protection renforcée, utilisation d’un bien culturel sous protection
renforcée ou de ses abords immédiats à l’appui d’une
action militaire, destruction ou prise de possession des biens culturels
protégés, vol, pillage ou détournement de biens culturels,
actes de vandalisme contre des biens culturels. Mais, il appartient à
chaque État signataire d’adopter les textes législatifs et
réglementaires pour condamner ces infractions.
La Convention et ses Protocoles additionnels s’appliquent principalement
aux conflits armés de caractère international. Ils concernent
également les conflits armés ne présentant pas un
caractère international et survenant sur le territoire d’un État
signataire. Dans ce cas, l’État concerné devra appliquer
au moins les dispositions de la Convention relatives au « respect
des biens culturels ». C’est pour cette raison que le Cambodge a
dû protéger ses patrimoines culturels au moment des guerres,
sauf sous le régime des Khmers rouges.
Cependant, d’après les dispositions de l’article 22 du
deuxième Protocole, ce dernier ne s’applique pas aux situations
de « tensions internes », de « troubles intérieurs
» comme les « émeutes », les « actes isolés
et sporadiques ».
Nous constatons que la plupart des conflits armés au Cambodge
n’avait pas un caractère international. Il s’agissait de guerre
civile, de « tensions internes » ou de « troubles intérieurs
». C’est pour cela que le champ d’application de cette Convention
et de ses Protocoles additionnels était un peu réduit. Mais,
en tout cas, on ne peut nier l’efficacité de cette Convention et
de ces Protocoles et les contributions de ces textes internationaux à
la protection et à la sauvegarde du patrimoine culturel national
durant ces dernières décennies où le Cambodge a sombré
profondément dans la guerre civile et l’invasion étrangère.
Angkor n’est pas un simple patrimoine culturel national, c’est
un « joyau du patrimoine mondial » dont la protection
est effectivement assurée par la législation nationale et
surtout par les textes internationaux comme la Convention internationale
pour la protection du patrimoine mondial culturel et naturel.
2. Convention concernant la protection du
patrimoine mondial culturel et naturel
Cette Convention a été adoptée, à Paris,
lors de la Conférence générale de l’UNESCO le 16 novembre
1972. Le Cambodge n’a ratifié celle-ci qu’en 1991, c’est à
dire au moment où une certaine stabilité politique au Cambodge
a été retrouvée et la question d’Angkor a largement
intéressé les dirigeants cambodgiens et la communauté
internationale et surtout l’UNESCO.
La signature de cette Convention par le Gouvernement cambodgien
a certainement été une belle occasion pour Angkor de se faire
connaître et d’être plus protégé à l’échelle
internationale. Cela a également aidé le Cambodge à
faire inscrire le site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial.
Conformément aux dispositions de la Convention, le Cambodge
s’engagerait à protéger le site d’Angkor qui a été
inscrit de façon permanente sur la Liste du Patrimoine Mondial.
Il va également créer un plan de gestion du site d’Angkor
en suivant les recommandations de l’UNESCO et du Comité du Patrimoine
Mondial. Il doit suivre l’état du site protégé et
informer régulièrement l’UNESCO et le Comité du patrimoine
mondial de tout risque de détérioration de ce site.
Le Cambodge a pour autre obligation de garantir que les caractéristiques
ayant l’inscription d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial soient
conservées dans leur intégralité. Pour réaliser
cette tâche, il peut concourir à des aides internationales,
par le biais de la coopération bilatérale ou multilatérale.
Il doit également prendre les mesures nécessaires pour assurer
l’application de la législation sur la protection du site et des
zones définies par le projet ZEMP de l’UNESCO.
Cette Convention présente beaucoup d’intérêts
pour le patrimoine angkorien puisque celle-ci prévoit plusieurs
mécanismes de protection nationale et internationale du patrimoine
culturel.
Le Préambule de la Convention a constaté que le
« patrimoine culturel et naturel est de plus en plus menacé
de destruction non seulement par les causes traditionnelles de dégradation
mais encore par l’évolution de la vie sociale et économique
» . La Convention a reconnu que la protection de ce patrimoine au
niveau national n’est pas complète en raison de la carence de moyens
humains, financiers et techniques du pays possédant ce patrimoine.
Angkor, selon les considérations du Comité du Patrimoine
Mondial , est un des merveilleux patrimoines culturels mondiaux de l’humanité.
Devant l’ampleur et la gravité des dangers qui menacent le site
d’Angkor, il incombe donc à l’autorité nationale et à
la communauté internationale tout entière de participer à
la protection de ce patrimoine culturel de valeur universelle.
Effectivement, le site d’Angkor qui est le plus grand site archéologique
du pays a une valeur exceptionnelle du point de vue culturel, historique,
esthétique, ethnologique ou anthropologique ce qui correspond aux
critères définies par la Convention concernant la protection
du patrimoine mondial culturel et naturel.
D’après l’article 4 de la Convention, la protection, la
conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations
futures du patrimoine culturel et naturel doivent être, en premier
lieu, assurées par les autorités nationales de chaque pays.
Le Cambodge se doit d’offrir à cet effet un maximum d’efforts pour
sauvegarder et développer le site d’Angkor.
En même temps, la Convention prévoit qu’il est nécessaire
d’avoir une coopération entre les États contractants afin
d’obtenir une protection et une conservation efficaces. Grâce à
cette coopération, un pays comme le Cambodge qui n’a pas de moyens
financiers, humains, artistiques, techniques et scientifiques peut bénéficier
de ces aides internationales nécessaires pour protéger et
conserver Angkor, son patrimoine culturel. La Convention permet à
tout État partie de demander une assistance internationale en faveur
de biens culturels de valeur universelle exceptionnelle situés sur
son territoire. Angkor a été classé sur la «
liste du patrimoine mondial en péril ». Il peut donc, selon
l’article 14 de la Convention, bénéficier de grands travaux
de sauvegarde et d’une priorité pour obtenir des aides internationales.
De plus, la Convention préconise qu’il faut intégrer
la protection du patrimoine culturel dans les programmes de planification
générale de chaque pays. Elle requiert la création
d’un ou de plusieurs services nationaux et des textes juridiques de protection,
de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel, dotés
d’un personnel approprié. Pour répondre à ces dispositions,
le Cambodge a adopté plusieurs textes législatifs et réglementaires
relatifs à la protection du patrimoine et a institué des
organismes s’occupant des affaires d’Angkor.
Cette Convention interdit aux États contractants de prendre
des mesures susceptibles d’endommager directement ou indirectement leur
patrimoine national et mondial. En revanche, ces États doivent s’engager
à apporter leurs concours à la protection, à la conservation
et à la mise en valeur de ce patrimoine.
Selon l’article 7 de la Convention, pour protéger efficacement
le patrimoine mondial culturel, il est indispensable de « mettre
en place un système de coopération et d’assistance internationale
visant à seconder les États parties à la Convention
dans les efforts qu’ils déploient pour préserver et identifier
ce patrimoine ».
Angkor est avant tout un patrimoine national du Cambodge. Il
appartient ainsi à celui-ci d’assurer la responsabilité et
de mener une politique de protection et de développement de ce patrimoine.
Cela a été clairement indiqué dans la Déclaration
de Tokyo : « (…) Nous reconnaissons que c’est au peuple cambodgien
souverain qu’il revient en premier lieu d’assurer la sauvegarde et le développement
du site historique d’Angkor (…) » .
II. Au niveau national
Le Cambodge a fait beaucoup d’efforts pour que le site historique d’Angkor soit inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial. Il a bien accompli ses obligations en adoptant des textes législatifs et réglementaires adéquats qui constituent ensuite un cadre juridique et institutionnel de base pour gérer les activités de sauvegarde, d’aménagement et de développement du site d’Angkor.
A. Le cadre institutionnel de gestion
Face aux graves problèmes de destruction, de vol et de
trafic illicite des biens culturels, au début des années
1990, l’ONU et le CNS ont mis en place une Autorité
Cambodgienne pour la Protection du Patrimoine National (ACPPN) qui s’est
transformée, en août 1993, en Conseil Supérieur de
la Culture Nationale (CSCN). Ce dernier est chargé de la protection
du patrimoine culturel dans tout le pays. C’est en 1995 que le Gouvernement
a créé une autre Autorité dont le nom est l’Autorité
pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région
d’Angkor (APSARA) qui est chargée d’assurer la sauvegarde et le
développement du site d’Angkor.
Grâce à ces deux principaux organes, les patrimoines
culturels du pays sont mieux protégés et conservés
contre toute forme de destruction et de dégradation.
1. Conseil Supérieur de la Culture Nationale (CSCN)
Le CSCN a été créé sur Décision
du Gouvernement provisoire en 1993. Ce Conseil a été
restructuré et reconnu par un Décret royal du 19 février
1995 . C’est un Conseil ayant caractère interministériel.
Ce caractère interministériel permet au Conseil de bien d’accomplir
ses fonctions qui, le plus souvent, sont complexes et nécessitent
des coopérations des autres autorités. Il a des attributions
de protéger le patrimoine culturel dans tous le pays sauf la région
d’Angkor. Avant la création de l’Autorité APSARA en 1995,
le CSCN est également chargé d’assurer les affaires de protection
du site d’Angkor. Ce Conseil, en tant qu’interlocuteur avec la communauté
internationale et au nom du Gouvernement, a joué un rôle très
important pendant la période de l’inscription provisoire du site
d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial.
Le CSCN est une autorité nationale composée de
hauts responsables du Gouvernement et a des compétences importantes
dans le domaine culturel national.
Selon l’article 1 du Décret du 19 février 1995,
le Conseil comprend le Premier Ministre, le Ministre de la Culture, le
Ministre de l’Aménagement du Territoire, le Ministre des Travaux
Publics, le Ministre de l’Économie et des Finances, le Ministre
des Affaires Etrangères, le Ministre du Tourisme, le Ministre de
l’Environnement, le Ministre du Plan, le Secrétaire Général
du Conseil pour le Développement du Cambodge , le Gouverneur de
la province de Siem Reap et un représentant de la Présidence
du Conseil des Ministres.
Le CSCN est chargé de la coordination entre les ministères
concernés et de gérer toute opération relative au
patrimoine culturel, notamment les travaux de fouilles archéologiques,
la restitution des objets d’art illicitement exportés…
De plus, ce Conseil a toute compétence pour examiner et
inscrire comme patrimoine culturel national les sites culturels et monuments
historiques. Il a pour tâche la protection des biens culturels antiques
et historiques. Il gère et contrôle les régions où
se trouvent les monuments classés.
Le CSCN est responsable de l’élaboration d’une politique
de mise en valeur du patrimoine. Il est également chargé
de mobiliser des fonds importants pour sensibiliser la population et assurer
la formation et la recherche consacrée au patrimoine physique et
à l’histoire de la nation. Il garantit les responsabilités
et les obligations de gestion en conformité avec les Conventions
internationales relatives à la protection des biens culturels que
le Cambodge a signées. Il prend ainsi les mesures nécessaires
pour réaliser les projets et toute autre action relative à
la protection, la conservation et la mise en valeur du patrimoine culturel
national.
Le CSCN a transféré ses compétences techniques
et opérationnelles sur Angkor à l’Autorité APSARA
qui a été créée pour répondre aux conditions
prévues par le Comité du Patrimoine Mondial et assurer l’efficacité
de la protection de cet important site.
2. Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement
de la Région d’Angkor (APSARA)
Créée par un Décret royal du 19 février
1995, l’Autorité APSARA a sa compétence sur un territoire
de plus de 10 000 km² défini par le Décret sur
le Zonage regroupant la province de Siem Reap, le Parc Archéologique
d’Angkor, la basse plaine agricole et une grande partie de la zone biosphère
Tonlé Sap. Selon l’article 5 de la loi sur la Protection du
Patrimoine Culturel du 25 janvier 1996, la protection, la conservation
et la mise en valeur des biens culturels de la région de Siem Reap-Angkor
est confiée à l’Autorité APSARA.
La deuxième condition du Comité du Patrimoine Mondial
prévoit l’« établissement d’une agence nationale de
protection avec personnel adéquat ». La création
de l’Autorité APSARA a permis au Cambodge de remplir cette clause.
Cette Autorité est un établissement public national
doté d’une personnalité juridique, d’une autonomie financière
et administrative . Elle est chargée de la protection, de l’aménagement
et de la maîtrise du développement des richesses patrimoniales
d’Angkor conformément à la politique du Gouvernement et de
la communauté internationale.
« APSARA a pris ses fonctions à une époque
à la fois pleine de promesses et de difficultés pour le Cambodge
» , déclarent les responsables de cette Autorité.
Cela s’explique par la nature de la complexité de travail de
protection du site qui nécessite une « approche interdisciplinaire
». À titre d’exemple, pour résoudre un problème
de pillage et de vandalisme, il faut avoir un concours harmonieux des services
de surveillance, de répression policière, de législation
et d’actions juridiques, de coopération internationale, de recherche
scientifique…etc.
D’un autre côté, il y a l’impact du tourisme sur l’économie,
la société et surtout sur le patrimoine culturel d’Angkor.
Le Gouvernement veut à tout prix éviter un tourisme
visant seulement un but commercial sans tenir
compte de la
valeur patrimoniale culturelle irremplaçable du Cambodge. Cela
signifie qu’il souhaite contrôler le développement touristique
et urbain de la ville de Siem Reap.
L’Autorité APSARA a été certainement créée
afin de parvenir à ce but. Car, selon le Décret relatif à
sa création, l’Autorité APSARA a la compétence exclusive
de déterminer la politique d’aménagement et de développement
touristique de cinq zones définies par l’étude du zonage
et de la gestion de Siem Reap–Angkor .
La mise en place de cette Autorité a pour but de prévenir
les effets destructeurs du tourisme, et d’obtenir un développement
durable avec la protection et la promotion du patrimoine culturel. Elle
a donc un double objectif d’ouverture économique sur le tourisme
et de sauvegarde du patrimoine.
Comme le CSCN, l’Autorité APSARA a une structure interministérielle
et centralisée à un haut niveau. Cette forme structurelle
permet à celle-ci de recevoir une grande collaboration nationale
et internationale.
Au niveau international, l’Autorité travaille directement avec
des agences internationales gouvernementales et non gouvernementales sur
les domaines relatifs à la sauvegarde et au développement
du site d’Angkor. Elle collabore étroitement avec le Comité
International de Coordination (CIC) et son Comité Technique (CT)
pour examiner tous les projets internationaux concernant le site d’Angkor.
Au niveau national, grâce à la composition de son Conseil
d’Administration qui comprend la plupart des ministères concernés
par le développement de la région de Siem Reap, l’Autorité
APSARA peut prendre et exécuter ses décisions en réponse
directe aux besoins constatés sur le terrain.
D’après son rapport d’activité , l’Autorité APSARA,
depuis sa création jusqu’en 1999, n’a pas bien fonctionné
pour cause de manque de ressources financières et de personnel.
Avant le Décret du 22 janvier 1999 , le Conseil d’Administration
de l’Autorité APSARA était co-présidé par les
deux Premiers Ministres de l’époque. Ce mécanisme a été
qualifié d’inadéquat car il est difficile de réunir
le Conseil pour régler les questions quotidiennes de l’Autorité.
Il y a eu d’autres disfonctionnements au sein de l’Autorité qui
concernaient la répartition des compétences entre le Conseil
d’Administration, le Bureau du Conseil d’Administration et le Directeur
Général de l’Autorité,ce qui a provoqué des
conflits internes au cours des années 1997 et 1998 .
D’après le Décret du 22 janvier 1999, la Direction exécutive
générale de l’Autorité APSARA est assurée par
un Président du Conseil d’Administration qui joue également
un rôle de Président Directeur Général. Ce dernier
est le Représentant du Gouvernement dans toutes les réunions,
manifestations et négociations concernant le site d’Angkor. A ce
titre, il peut signer des marchés, des contrats ou des conventions
après avoir reçu l’accord du ministère de tutelle
technique.
L’Autorité a une Direction Centrale et des Directions Techniques.
La Direction Centrale regroupe quatre directions : la Direction du
Cabinet et de Personnel, chargée de l’affaire politique, la Direction
de l’Administration Générale, responsable des affaires techniques,
l’Agence Comptable et la Direction des Relations extérieures. Les
Directions Techniques comprennent la Direction du Développement
Touristique d’Angkor, la Direction du Développement Urbain, la Direction
de la Culture et des Monuments, le Commissariat spécial de Police
du Patrimoine et l’Unité de déminage spécialisé
.
En ce qui concerne les ressources financières de l’Autorité,
l’article 12 du Décret du 19 février 1995 prévoit
des subventions de l’État et des collectivités locales, les
dons, legs et subventions internationales, les recettes propres à
son activité (redevances et loyers perçus au titre des concessions
accordées), les emprunts, les dotations des biens (meubles, immeubles
ou fonciers) et la rémunération des prestations des services
qui fournis à des organismes publics ou privés.
L’article 7 de nouveau Décret de 1999 y ajoute le produit des
droits d’entrée pour la visite des monuments situés dans
la Zone 1 définie par le Décret sur le Zonage, le produit
des droits de prise de vue et de tournage dans la Zone 1, les recettes
provenant des manifestations (culturelles ou artistiques) organisées
par l’Autorité APSARA ou par d’autres organismes publics ou privés,
le produit des opérations de location ou de droit d’utilisation
du domaine privé de l’Autorité et le produit des emprunts
régulièrement contractés par l’Autorité.
Parmi les ressources énumérées ci-dessus, nous
observons que jusqu’en 1999 l’allocation de l’État était
la principale ressource de l’Autorité. Pour les autres ressources
comme les dotations des biens fonciers, nous constatons que l’État
a attribué, en 1995, à l’Autorité APSARA un terrain
de 650 hectares pour créer une Cité Hôtelière
. Ce terrain a été récemment étendu à
1 007 hectares. A l’avenir, cette dotation sera la première ressource
financière de l’Autorité. Cette dernière pourra percevoir
un revenu régulier provenant de la location des terrains aux hôteliers.
Mais, pour l’instant, ce terrain n’est pas encore aménagé
pour accueillir les investisseurs. Actuellement, la principale ressource
de l’Autorité est la redevance perçue à titre de contrat
de l’affermage avec une Société privée sur la perception
des droits d’entrée pour la visite des monuments situés dans
la Zone 1 définie par le Décret sur le Zonage.
Depuis sa création, l’Autorité a reçu beaucoup
de dotations financières étrangères, notamment celles
de l’UNESCO, du Gouvernement japonais, de la Banque Asiatique de Développement,
de la Banque Mondiale et surtout de l’Agence Française de Développement.
De nombreuses Conventions ont été signées entre le
Gouvernement cambodgien et l’Agence Française de Développement.
Par exemple, en 1996, l’Agence a signé une Convention de financement
portant sur l’allocation à l’Autorité d’une dotation initiale
de 7,5 millions de francs. Dans la même année, une autre Convention
a été signée pour un financement de somme de 60 millions
de francs.
Nous pouvons constater que le pouvoir de l’Autorité APSARA
a été renforcé par ce nouveau Décret du 22
janvier 1999 . Ce Décret a confirmé les compétences
de l’Autorité APSARA pour la protection, la conservation et la mise
en valeur de la région d’Angkor en rappelant l’article 5 de la loi
sur la Protection du Patrimoine Culturel qui donne à l’Autorité
APSARA un pouvoir exclusif d’aménagement et de développement
sur la région de Siem Reap-Angkor, et les obligations internationales
liées au statut de patrimoine mondial du site d’Angkor.
De plus, ce Décret prévoit que l’Autorité APSARA
bénéficie du droit exclusif de délivrer un permis
de construire dans l’ensemble du site d’Angkor. Toutes les autorisations
et permis qui ne respecteraient pas cette compétence exclusive seront
considérés comme nuls. Selon le Décret, les constructions
existantes irrégulières pourront être détruites
sans indemnisation aux frais du contrevenant dans un délai de 45
jours à partir de la date de notification.
Le CSCN et APSARA utilisent des moyens juridiques internationaux
et nationaux pour assurer la protection, la conservation et le développement
du patrimoine culturel, en collaboration avec d’autres organes nationaux
et internationaux. Ces deux institutions représentent conjointement
le Cambodge au Comité International de Coordination et à
son Comité Technique .
B. Le fondement juridique
En répondant aux conditions posées, en décembre 1992, par le Comité du Patrimoine Mondial au cours de sa 16 ème session à Santa Fé aux États-Unis , le Gouvernement cambodgien en collaboration avec l’UNESCO et les autres organisations internationales ont élaboré plusieurs textes législatifs et réglementaires concernant les mesures de protection et d’aménagement du site historique. Parmi ces principaux textes adoptés, il y a la Constitution, la loi sur la Protection du Patrimoine Culturel, la loi sur l’Aménagement du Territoire, l’Urbanisme et la Construction, le Décret sur le Zonage et le Sous-décret sur la création de la Zone Hôtelière.
1. Protection constitutionnelle
Rappelons que parmi les cinq conditions fixées par le Comité
du Patrimoine Mondial, il y en a une qui s’adresse directement à
la création de la « législation de protection adéquate
» . C’est pour cette raison qu’il y a des engagements constitutionnels
en matière de protection du patrimoine culturel du pays.
La Constitution prévoit l’obligation de l’État
de « préserver et développer la culture nationale ».
Celui-ci a le devoir de « sauvegarder et de protéger les monuments
anciens, les objets d’art antique et de restaurer les sites historiques
» .
Il est également prévu que « toute infraction
portant directement ou indirectement atteinte au patrimoine culturel et
artistique sera sévèrement punie » . La Constitution
classe le périmètre du patrimoine national ou mondial comme
une zone neutre sans aucune activité militaire .
Pour concrétiser les engagements constitutionnels et internationaux,
de nombreuses mesures législatives et réglementaires ont
été prises.
2. Décret sur le Zonage et la gestion de la région de Siem Reap-Angkor
Le Décret sur le Zonage et la gestion de la région de
Siem Reap-Angkor a été adopté en 1994 afin d’accomplir
deux autres conditions du Comité du Patrimoine Mondial. Il s’agit
de l’ « établissement des limites permanentes basées
sur le projet des PNUD » et la « définition de zones
tampons significatives ».
Ce Décret se base principalement sur les études
de ZEMP . À l’issu des études de ZEMP, un projet de «
cadre juridique pour la gestion du site d’Angkor » a été
conçu qui a ensuite été utilisé par le Gouvernement
cambodgien pour rédiger un Décret de gestion des zones définies.
C’est un Décret qui joue un rôle clé pour
la protection, l’aménagement et le développement du site
d’Angkor. Car, il définit le périmètre de développement
socio-économique et culturel de la région de Siem Reap-Angkor,
quatre catégories des sites protégées, ainsi que les
directives pour leur aménagement.
Les degrés de protection et les zones correspondantes dans la
région d’Angkor sont les suivants :
- Zone 1 : Sites Monumentaux
- Zone 2 : Réserve Archéologique Protégée
- Zone 3 : Paysages Culturels Protégés
- Zone 4 : Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique
ou
Historique
- Zone 5 : Périmètre de développement socio-économique
et culturel de la région de Siem Reap-Angkor
La Zone 1 (Sites Monumentaux) contient les sites archéologiques
les plus marquants du pays. C’est pour cette raison qu’elle reçoit
le « plus haut degré de protection » par rapport aux
autres zones .
La Zone 2 (Réserves Archéologiques Protégées)
possède des zones riches en vestiges archéologiques qui sollicitent
une protection contre les épouvantables pratiques d’utilisation
des sols et les effets d’un développement inopportun. Ce sont des
zones qui entourent le plus souvent les Sites monumentaux et protègent
les zones adjacentes d’une forte densité archéologique reconnue
ou probable. Selon le Décret, l’ « utilité première
des zones de cette catégorie sera de constituer des zones tampons
protégeant les Sites Monumentaux (Zone 1) » .
La bonne gestion des Zones 1 et 2 est indispensable afin d’harmoniser
les intérêts archéologiques et ceux des visiteurs avec
les intérêts des populations locales .
Il y a, dans la région de Siem Reap-Angkor, trois Sites
Monumentaux qui sont définis par le Décret : Angkor, Roluos
et Banteay Srey. Tous sont situés au cœur des Réserves Archéologiques
Protégées (Zone 2). Selon les études de ZEMP, d’autres
sites dans la région pourraient être ajoutés ultérieurement
(par exemple, les sites de Béng Mealea, de Koh Ker..).
Les trois Sites Monumentaux, avec leurs Réserves, représentent
les plus importants sites archéologiques du pays. Ces zones comprennent
les sites des capitales angkoriennes, la plupart des temples les plus renommés
(Angkor Vat, Bayon, Banteay Srey…) et de nombreuses structures hydrauliques
significatives (Baray Occidental…) et la différence des autres le
Site Monumental d’Angkor et sa Réserve Archéologique s’étendent
sur une zone de plus de 350 km².
Des zones tampons, par exemple entre la ville de Siem Reap et Angkor
Vat , ont été établies pour défendre l’intégrité
des sites monumentaux, préserver la zone en tant qu’attraction touristique
et prévenir tout développement non conforme à la sauvegarde
du patrimoine culturel.
La Zone 3 (Paysages Culturels Protégés) concerne
les zones, dans un paysage spécifique, qui doivent être protégées.
Ces zones présentent des particularités, notamment de part
l’aspect traditionnel, les bâtiments historiques, les pratiques d’utilisation
des sols, les formes d’habitat, les modes de vie de la population locale…
Afin de protéger ces Paysages Culturels, toutes les utilisations
des sols et les développements dans cette Zone seront réglementés
.
Cette Zone regroupe les rivières de Siem Reap et de Roluos
ainsi que leurs bords, les anciennes chaussées partant du site d’Angkor
vers le temple de Banteay Chhmar au nord-ouest, vers le site de Béng
Mealea à l’est, vers Roluos au sud et vers Banteay Srey au nord
; elle constitue les Paysages Culturels qui prolongent les zones protégées
du patrimoine angkorien dans un environnement plus vaste. Comme les deux
premières zones, cette Zone pourrait être agrandie dans l’avenir.
La Zone 4 (Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique
ou Historique) comprend tous les autres sites d’une grande valeur archéologique,
mais d’une signification moindre en comparaison des Sites Monumentaux qui
demandent à être protégées pour servir à
la recherche, à l’éducation ou au tourisme. Cette Zone est
également soumise à une réglementation de protection.
Plusieurs sites de la région de Siem Reap-Angkor ont été
classés dans cette Zone comme les sites archéologiques de
Pnhom Krom, de Vat Affivea, Chau Srei Vibol…
La Zone 5 (Périmètre de développement socio-économique
et culturel de la région de Siem Reap-Angkor) correspond à
l’ensemble de la province de Siem Reap. Le périmètre de la
Zone est de 10 000 km² et comprend les plateaux Kulèn (Phnom
Kulèn), les rives du lac Tonlé Sap et la plaine d’Angkor.
Cette Zone a une grande richesse naturelle, ainsi que des vestiges préhistoriques
et archéologiques. La stratégie d’aménagement est
de donner à cette Zone des vocations variées en privilégiant
le développement touristique et culturel.
Ce Décret souligne les différentes directives et orientations
prévues pour les zones protégées d’Angkor : développement
des zones, activités archéologiques, gestion des visiteurs,
présentation des sites culturels, exploitation des carrières
de pierre, gestion de l’eau, gestion des paysages, gestion des ressources
naturelles, résidents locaux, pagodes, activités de sensibilisation
à l’environnement, domaine de formation... etc.
Toutes ces lignes directrices serviront comme base pour l’aménagement,
le développement urbain et touristique et la protection du site
d’Angkor . Il appartient à l’Autorité APSARA en tant qu’aménageur
de concrétiser toutes ces directives.
Les mesures de protection des biens culturels ont beaucoup été
renforcées au cours de ces dernières années. Une nouvelle
Loi relative à la protection des biens culturels a été
adoptée afin de compléter les lacunes législatives
dans ce domaine.
3. Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel
Adoptée en décembre 1995 par l’Assemblée Nationale,
la Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel est une nouvelle loi adaptée
au contexte moderne national et international. Cette qualité se
trouve dans le fait que celle-ci tient compte des types de biens culturels
courants au Cambodge, des institutions nationales de gestion du patrimoine
ainsi que de ses règlements de Zonage et des textes internationaux
en vigueur dans ce domaine. Il y a ainsi une cohérence entre cette
nouvelle loi et les règles juridiques existantes.
L’objectif principal de cette Loi est de protéger le patrimoine
culturel contre les actes de vandalisme, le trafic illicite des objets
d’art, les fouilles sauvages…
La Loi a laissé une grande liberté d’appréciation
aux autorités compétentes pour qualifier un bien culturel.
Selon l’article 4 de la Loi, un bien culturel est « toute œuvre de
l’homme et tout produit de la nature ayant un caractère scientifique,
historique, artistique, ou religieux révélateur d’un certain
stade d’évolution d’une civilisation ou de la nature et dont la
protection est l’intérêt public ». C’est une définition
générale qui ne fixe pas de critères comme l’âge
d’un bien ou sa valeur pécuniaire. Ceci a été fait
pour élargir le plus possible le champ d’application de la Loi dans
la protection des patrimoines culturels qui sont encore inestimables dans
le pays. Cette définition est compatible avec celle donnée
par l’article 1er de la Convention de l’UNESCO de 1970 relative aux mesures
à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exploitation
et le transfert de propriété illicites des biens culturels
.
La Loi s’applique aux biens meubles et aux immeubles, qu’ils soient
de propriété publique ou privée. Elle assure la protection
des biens culturels nationaux, comme indiqué dans l’article
4 de la Convention de l’UNESCO de 1970 et contribue, par une coopération
internationale et sous réserve de réciprocité, à
la protection des biens culturels de pays tiers.
Elle garantit également la protection juridique exigée
par la Convention de l’UNESCO de 1972 concernant la protection du
patrimoine mondial culturel et naturel pour le site d’Angkor et pour n’importe
quel l’autre site susceptible d’être inscrit à l’avenir sur
la Liste du Patrimoine Mondial.
La définition de la politique de protection, de conservation
et de mise en valeur du patrimoine culturel sera confiée, aux termes
des dispositions du Décret du 19 février 1995, à l’Autorité
APSARA, pour la région d’Angkor, et au CSCN, pour le reste du pays
.
Selon l’article 6 de la Loi, la délimitation du périmètre
des sites protégés est indispensable afin d’assurer efficacement
une protection des différents sites historiques, qui contiennent
souvent plusieurs monuments et couvrent une grande superficie du territoire.
À titre d’exemple, le patrimoine culturel angkorien renferme un
certain nombre de biens culturels monumentaux groupés qui ont une
grande valeur historique, architecturale et scientifique. Il est donc essentiel
de prendre des mesures de protection particulières afin de sauvegarder
l’intégrité de ces sites. La délimitation et les directives
de protection de ces sites sont prévues dans le Décret du
28 mai 1994 concernant le Zonage et la gestion de la région de Siem
Reap-Angkor.
La Loi prévoit que les Sites Monumentaux et les Réserves
Archéologiques Protégées sont des propriétés
publiques et tous les biens qui s’y trouvent sont ainsi classés
d’office . Les propriétaires de terrains se trouvant à l’intérieur
des zones réservées doivent être expropriés
pour cause d’utilité publique . Ils ont cependant droit à
une indemnité équitable. Le Gouvernement souhaite que les
procédures d’expropriation des propriétaires privés
se déroulent sans l’évacuation de toute la population des
zones protégées. Tout ce qu’il veut c’est permettre à
l’État d’avoir le droit exclusif de disposer des terrains et de
décider de leur affectation. Cela signifie que les villages qui
sont actuellement dans les zones à protéger et qui ne constituent
pas un danger pour ces zones sont tolérés. De plus, certains
trouvent que la présence des villageois est souvent indispensable
à la perpétuation de la fonction culturelle de plusieurs
temples.
La Loi prévoit l’inventaire afin de contrôler les transferts
de propriété des biens culturels appartenant aux collectivités
publiques ou aux personnes privées. Elle envisage également
le classement des biens culturels publics ou privés qui présentent
une importance du point de vue scientifique, historique, artistique ou
religieux pour assurer leur protection contre les vols et les exportations
illicites. Les biens culturels classés, publics ou privés
sont imprescriptibles. Les biens culturels publics classés sont
inaliénables .
Pour éviter le trafic illicite et protéger le site, la
Loi prévoit également des dispositions visant à réglementer
le commerce, les découvertes fortuites, les fouilles archéologiques,
l’exportation et l’importation des biens culturels.
En ce qui concerne le commerce des biens culturels, la Loi subordonne
cette activité à un agrément, fixe les obligations
du commerçant et les mesures de contrôle nécessaires.
Quant aux fouilles archéologiques, elles sont strictement réglementées
et soumises à une autorisation qui ne peut être délivrée
qu’à des institutions scientifiques dont les compétences
sont reconnues et qui disposent de l’expérience et des moyens nécessaires.
Ces institutions doivent collaborer avec les institutions scientifiques
nationales pour leurs travaux.
La Loi dispose que l’exportation des biens culturels privés
doit être subordonnée à une licence spéciale.
De plus, celle-ci ne peut être octroyée que si les conditions
légales sont remplies (biens d’importance culturelle mineure, bien
dont l’exportation ne causerait pas un appauvrissement du patrimoine culturel
national, biens qui n’ont pas une signification inestimable pour l’étude
d’une branche particulière des sciences du passé ou des sciences
humaines en général).
Pour les biens culturels faisant partie du domaine public, ils sont
inaliénables et interdits d’exportation sauf dans le cas d’échanges,
d’exposition ou de dons à des institutions scientifiques étrangères
et avec l’autorisation des autorités compétentes. Dans l’esprit
de la coopération internationale, la Loi prévoit que toute
importation de biens culturels en violation de la législation du
pays d’origine est interdite. Les biens importés illicitement seront
saisis, placés sous la protection du Gouvernement et sous réserve
de réciprocité, restitués à leur pays d’origine.
Le Cambodge manifeste ainsi sa volonté de contribuer à la
lutte contre le trafic illicite et de renforcer le principe de restitution.
De nombreuses dispositions pénales sont prévues par la
Loi. D’après l’article 63 de la Loi, « sera puni d’une peine
d’emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende égale
à la valeur du bien culturel quiconque a commis l’une des contraventions
suivantes, par négligence : vente ou aliénation, destruction,
altération, transformation, réparation ou restauration d’un
bien culturel inscrit à l’inventaire sans respecter l’obligation
d’information à l’autorité compétente-vente ou aliénation
d’un bien culturel proposé pour classement ou classé-déplacement,
destruction, altération, transformation ou réparation sans
autorisation d’un bien culturel proposé pour classement ou classé
– non protection d’un bien culturel classé par son propriétaire
– exercice ou tentative d’exercice sans agrément des activités
soumises au régime d’autorisation – exportation ou tentative d’exportation
sans autorisation d’un bien culturel – importation illicite d’un bien culturel…
». La peine sera plus lourde si ces infractions énumérées
ci-dessus sont intentionnellement commises (de deux à huit ans d’emprisonnement
et une amende égale à deux fois la valeur du bien culturel
en question). Il y a également des sanctions administratives prévues
par la loi.
Nous constatons enfin que cette Loi permet au Cambodge de remplir les
obligations qui lui incombent d’après la Convention de l’UNESCO
de 1970, de concrétiser l’inscription du site d’Angkor sur la Liste
du Patrimoine Mondial, de garantir progressivement une protection juridique
efficace du patrimoine culturel national et de faire face au trafic illicite
des biens culturels en mettant en urgence des mesures d’exécution
nécessaire.
CHAPITRE II : LES PROJETS PRIORITAIRES DE PROTECTION
À l’occasion de la Conférence intergouvernementale
sur la sauvegarde et le développement d’Angkor s’est tenue à
Tokyo en 1993, le Gouvernement cambodgien a présenté plusieurs
projets prioritaires pour le site d’Angkor après son inscription
sur la Liste du Patrimoine Mondial en 1992.
Premièrement, il s’agit de la mise en place des mécanismes
nécessaires pour lutter contre le trafic illicite d’objets d’art
khmer. Pour réaliser cette tâche, la délégation
cambodgienne a demandé une assistance technique, financière
et juridique à la communauté internationale. En considérant
le grave danger pour le site d’Angkor, la communauté internationale
a répondu favorablement (I).
Deuxièmement, ce sont des efforts nationaux et internationaux
engagés pour la préservation, la restauration et la mise
en valeur du site d’Angkor. Afin de parvenir à ces objectifs, le
Gouvernement et la communauté internationale ont fixé une
stratégie commune de sensibilisation tant au Cambodge qu’au niveau
international et un programme de renforcement des capacités humaines
par la formation et la recherche (II).
I. Mesures de sauvegarde du site et de lutte contre
les vols,
le pillage et le trafic illicite des objets
d’art
Depuis deux décennies, la majorité des monuments du site archéologique d’Angkor sont victimes de pillage et de fouilles sauvages. Il est impossible de savoir combien de statues et de pièces diverses, arrachées ont été volés. Le Gouvernement cambodgien et la communauté internationale ont fait beaucoup d’efforts pour sauver le site d’Angkor en installant un système de lutte contre ces actes criminels.
A. Le site en danger
De part sa grande dimension–des centaines de kilomètres
carrées avec des milliers monuments–et des moyens de protection
médiocres, le site d’Angkor risque certainement des actes de vandalisme,
de fouilles clandestines, de pillage et de vol de ses richesses archéologiques.
On constate que certaines mesures ont été prévues
pour éviter ces catastrophes, cependant elles restent encore insuffisantes
face à ce danger.
« (…) En effet, alors que tous ces siècles précédant
la dernière décennie, qui ont vu se succéder des guerres,
des invasions étrangères, des occupations n’avaient jamais
constitué une menace mortelle pour Angkor, ces dernières
années et, en si peu de temps, des voleurs, des pirates, des trafiquants,
des bandits, des contrebandiers, des vandales, des militaires, des policiers,
des fonctionnaires si-disant patriotes mais peu sincères, de soit-disant
combattants pour la résistance, de soi-disant « amoureux »
des antiquités khmères, des organisations étrangères
« spécialisées » dans l’art de déposséder
promptement le Cambodge de ses irremplaçables et inaliénables
trésors archéologiques, ainsi que de soi-disant « honorables
» acheteurs, collectionneurs, marchands et établissement de
maisons de ventes aux enchères dans le monde dit civilisé,
ont réussi à démanteler et mutiler nos temples et
nos monuments anciens et à les vider de leurs inestimables contenus
(…)» .
Bien que le message de Sa Majesté Norodom Sihanouk soit
un peu pessimiste, il définit bien une réalité dont
le site d’Angkor a souffert et continue à souffrir. De plus, si
l’on connaît bien la situation de la région, on notera que
l’ampleur de la destruction du patrimoine angkorien est mille fois plus
importante de ce qui a été écrit.
« Une fois qu’un temple se trouve débarrassé
de ses objets mobiles, les vandales se mettent à enlever les linteaux
et les frontons pesant plusieurs tonnes, et à buriner les reliefs
de ses murs. Ils utilisent des tronçonneuses pour détacher
les morceaux d’objets fixes. Employant les populations locales pour emporter
ces objets, les intermédiaires fortement armés les transportent
- parfois dans des tanks ou dans des camions blindés - pour les
vendre à la frontière thaïlandaise », a désespérément
écrit un observateur .
Ce vandalisme s’est multiplié pendant les périodes
transitoires et celles de trouble au cours des années quatre-vingts
et quatre vingt-dix, et surtout quand le réseau du trafic d’objets
d’art illicite régional et international s’est installé en
Thaïlande et au Cambodge même. Comme l’a écrit Sa Majesté
Norodom Sihanouk, le trafic illicite des biens culturels au Cambodge est
un trafic organisé qui implique toute sorte de personnes, les plus
pauvres comme les plus riches, les plus faibles comme les plus puissantes,
le simple citoyen comme le militaire.
De même, en raison de l’augmentation du marché illégal
des objets d’art, les fouilles clandestines ont été accrues
et ce, de manière inquiétante. Ces fouilles sont encore pires
que le pillage des sites archéologiques lorsque les vandales arrachaient
les fondations des temples et des stupa en espérant y trouver des
dépôts d’or ou d’autres objets précieux, car elles
ont pour conséquence l’effondrement des structures de plusieurs
temples.
Tous ces problèmes s’expliquent d’une part, par le fait
de l’instabilité sociale, économique et politique du pays
au début des années 1990. Durant cette période, les
hommes politiques et les chefs militaires profitaient des ressources
culturelles et naturelles nationales. D’autre part, à cause des
moyens juridiques, techniques, financiers et humains insuffisants
de la Conservation d’Angkor, de
l’Autorité APSARA et des autres autorités concernées,
les monuments du site d’Angkor ne pouvaient pas recevoir de protection
efficace contre le pillage.
Récemment, le journal Le Monde a publié un article
s’intitulant « les voleurs continuent à sévir sur le
site d’Angkor » . Il est écrit que « même si le
parc national d’Angkor où sont situés les principaux temples
est maintenant protégé du brigandage, les pillages d’art
khmer dans la zone historique alimentent le marché international
et ne se heurtent à aucune volonté politique d’y mettre fin
».
On peut en conclure que le site d’Angkor est toujours en danger
de pillage et de vol bien que des mesures de protection soient mises en
place. Il faut donc renforcer les mécanismes existants tant au niveau
national qu’à l’échelle internationale si l’on veut relever
ce défi.
B. L’arsenal de protection…
Les mesures de protection des biens culturels au Cambodge ont
été spectaculairement confortées à partir du
milieu des années quatre-vingt-dix. Parallèlement, on voit
que la mobilisation internationale en faveur de la protection du patrimoine
culturel khmer n’arrête pas de s’accroître. Tout cela est bien
montré dans la Déclaration de Tokyo : « (…) Nous lançons
un appel à la communauté internationale pour qu’elle apporte
son soutien au Gouvernement du Cambodge dans sa lutte contre le pillage
et le trafic illicite des biens culturels dont continue à souffrir
le patrimoine du Cambodge » .
1. … à l’échelle internationale
Il s’agit de la détermination politique de la plupart des États à mettre en commun un outil juridique international efficace pour lutter contre le trafic illicite de leurs précieux biens culturels. Grâce à cette bonne volonté, de nombreuses Conventions internationales concernant les mesures de lutte contre le vol et le trafic illicite des biens culturels ont été élaborées.
1.1. Convention concernant les mesures à prendre pour interdire
et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert
de propriété illicites des biens culturels
Cette Convention a été adoptée par la Conférence
générale de l’UNESCO organisée à Paris le 14
novembre 1970. Elle a été ratifiée par le Cambodge
en 1972 et par plus de quatre-vingts pays autres dans le monde entier.
Grâce à cette ratification, la Convention constitue un important
arsenal juridique international pour protéger les biens culturels
contre le vol, le vandalisme et l’exportation illégale.
Aux termes de l’article 5 de la Convention, les États
signataires s’engagent à adopter les mesures législatives
et réglementaires adéquates, notamment le renforcement des
dispositifs de sécurité dans les musées, les entrepôts
d’objets d’art et sur les sites archéologiques, la publication des
biens culturels interdits d’exportation, l’enregistrement de la provenance
des objets mis en vente ou le contrôle du commerce des biens culturels.
À partir des années quatre-vingt, le Cambodge a
reçu beaucoup d’aides techniques et financières de l’UNESCO
et de la communauté internationale pour mettre en place les mécanismes
prévus par la Convention. Par exemple, plusieurs programmes de formation
ont été organisés par le service de l’UNESCO : formation
de 120 douaniers et de 450 officiers de police, diffusion de programmes
éducatifs télévisés, distribution d’affiches
pédagogiques, assistance à la rédaction des textes
juridiques…etc.
L’objectif principal de la Convention est de renforcer la coopération
internationale dans les actions de repérage, de saisie et de restitution
des biens culturels volés ou exportés illégalement.
La Convention prévoit que les pays signataires ont l’obligation
de restituer au pays d’origine les biens culturels volés et inventoriés
. Elle encourage également la coopération internationale
à la restitution des biens culturels exportés illégalement,
surtout ceux provenant de fouilles illégales . Actuellement, le
Gouvernement cambodgien et l’UNESCO travaillent ensemble afin de négocier
avec les autres États signataires pour le retour des biens culturels
khmers volés ou exportés illégalement, en se basant
sur les dispositions de la Convention.
Un peu plus récemment, une autre importante Convention
internationale a été mise en place afin de renforcer les
efforts internationaux et compléter la Convention de 1970 en la
matière de lutte contre le vol et le trafic illicite des biens culturels
dans le monde.
1.2. Convention UNIDROIT
En juin 1995, une nouvelle Convention internationale, la Convention
UNIDROIT sur le retour international des biens culturels volés ou
illégalement exportés, a été adoptée
. Elle est entrée en vigueur depuis le 1er juillet 1998 pour la
Chine, l’Équateur, la Lituanie, le Paraguay et la Roumanie. Le Cambodge
a signé cette Convention depuis le mois de juin 1995, mais ne l’a
pas encore ratifiée .
C’est une Convention complémentaire de la Convention de
1970. Cette Convention établit effectivement une avancée
juridique significative au niveau international pour la protection des
biens culturels contre le trafic illicite. Elle élargit le champ
d’application de la Convention de 1970 à certains règlements
sur la restitution des biens culturels. Avec la Convention UNIDROIT, les
biens culturels provenant des fouilles sauvages tout comme ceux n’ayant
pas été méthodiquement inventoriés peuvent
faire l’objet d’une demande de restitution. Ces possibilités sont
d’une grande signification pour le Cambodge. Ce dernier espère qu’avec
ces nouvelles mesures, il pourra demander la restitution de plusieurs biens
culturels qui n’ont pas été répertoriés pour
la plupart à cause de la guerre et du manque de ressources financières.
Une autre innovation de la Convention UNIDROIT prévoit
que la demande de restitution par un État d’origine peut être
adressée au tribunal ou à tout autre organe compétent
de l’État requis, c’est-à-dire par la voie légale
normale du pays où se trouve le bien. En revanche, la Convention
de l’UNESCO ne permet que la voie diplomatique pour la demande de restitution
d’un bien culturel volé ou illicitement exporté.
Conformément aux dispositions de la Convention de l’UNESCO
de 1970 qui demandent aux États signataires d’instituer les
services nationaux nécessaires pour lutter contre l’importation,
l’exportation et le transfert de propriété illicites, le
Cambodge, pour sa part, a installé plusieurs organismes chargés
de mettre en application des textes juridiques nationaux et les Conventions
internationales auxquelles il est partie.
2. … à l’échelle nationale
Pour protéger ses biens culturels contre les dégradations, les vols, le pillage et les transferts illicites, le Cambodge a mis en place, en collaboration avec la communauté internationale, des cadres institutionnels d’exécution et des mesures techniques nécessaires, notamment la Police du Patrimoine, l’inventaire, le déminage…etc.
2.1. Police du Patrimoine
Le projet de création de la Police du Patrimoine d’Angkor a été
approuvé par le Comité Technique dans sa session de mars
1994. Il a été tout d’abord financé par la France
dans le cadre de la coopération bilatérale, et a ensuite
été reconduit, en 1995 dans le cadre du Fonds en dépôt
français de l’UNESCO. Il a pour but d’améliorer l’efficacité
du dispositif existant en créant une force d’appui mobile, équipée
de moyens de déplacement performants, et dotée d’un armement
léger et efficace avec une liaison radio entre les groupes opérationnels
et les postes fixes.
C’est un service spécial de la police française, le Service
de la coopération technique internationale de police (SCTIP) et
l’UNESCO, en collaboration avec le Ministère de l’Intérieur,
qui est chargé de former des agents de police à des techniques
spécifiques de surveillance et de recherche des biens culturels,
à la dissuasion, aux méthodes de poursuite et d’arrestation
et de mettre en place les structures administratives appropriées
pour diffuser les informations et récupérer les objets volés,
aussi bien à l’intérieur du pays qu’en dehors des frontières.
Un Sous-décret pour la création d’un Commissariat spécial
de Police du Patrimoine a été signé le 8 octobre 1997.
Ce Commissariat spécial, composé de plus de 520 agents formés
spécialement à la protection des biens culturels dans la
province de Siem Reap, essaie d’opérer efficacement sur le terrain.
Ce programme, qui témoigne d’un très fort engagement
français et cambodgien, a prévu la création d’un Office
Central qui devra coordonner tous les renseignements et d’un Bureau Central
National d’Interpol, ainsi que la fourniture d’équipements, la formation
et une assistance à la police cambodgienne.
L’installation de l’Office Central de répression de vols
d’objets et d’œuvres d’art est effective depuis juin 1994 et les personnels
qui y étaient affectés ont reçu la formation nécessaire
et ont été très motivés. Le Bureau Central
National Cambodge de l’Interpol est en état de fonctionnement et
trois officiers de haut rang ont suivi une formation très spécialisée
au siège d’INTERPOL à Lyon puis à Paris au Bureau
National. Grâce à ces structures, les communications entre
les réseaux régionaux, nationaux et internationaux de protection
des biens culturels seront progressivement améliorées.
Le matériel nécessaire pour cette opération
a été livré au Commissariat spécial (motos,
fusils et matériel radio), les personnels ont été
formés au maniement de ce matériel, deux officiers-formateurs
cambodgiens ont, en outre, reçu une formation adéquate. Des
formations théoriques à la lutte contre le trafic illicite
ont également été organisées avec l’appui de
l’UNESCO.
Le Commissariat spécial est dirigé par un Commissaire
assisté de deux adjoints. Il disposait, en 1995, de six sections
mobiles de soixante hommes, d’un état-major d’une trentaine de personnes
et de vingt-cinq postes fixes dont l’effectif variait entre cinq et dix
éléments.
Parallèlement à ces différentes actions,
dont la réalisation a été confiée au SCTIP,
des cycles d’instructions ont été mis en place par le Commissariat
lui-même. Il s’agit des programmes d’information et de directives
sur le fonctionnement du Commissariat spécial et ses missions dans
leurs aspects judiciaires (arrestations et saisies), techniques (interventions,
contacts radios…) ainsi que sur la réglementation en vigueur sur
le site concernant.
L’instruction du 31 janvier 1996 du Gouverneur de la province de Siem
Reap définit les missions du Commissariat spécial :
- Assurer la protection du site contre les vols et pillages d’œuvres
d’art ;
- Garantir la sécurité du tourisme et préserver
l’ordre social dans la zone protégée ;
- Former et organiser un service spécialisé pour la répression
du trafic d’objets d’art avec compétence sur toute la province de
Siem Reap ;
- Protéger l’environnement.
Ces compétences ont été confirmées par
le Sous-décret du 8 octobre 1997.
Pour réaliser ses missions, la Police du Patrimoine a déterminé
la politique suivante : augmentation de l’effectif, formation continue
du personnel du Commissariat et des autres agents du Ministère de
l’Intérieur concernés par la protection du patrimoine culturel,
renforcement des réseaux de communication, élaboration de
programmes de sensibilisation des populations locales et formation spécialisée
de juristes khmers de haute compétence à la législation
sur la protection du patrimoine culturel national et international.
Depuis sa création, le Commissariat spécial a obtenu
des résultats d’opération très satisfaisants. Par
exemple, de 1994 à 1996, 168 pièces d’art volées ont
été saisies (statues, bas-reliefs, Apsaras, têtes de
dragons…), et 29 arrestations opérées. Le nombre de cas de
pillage constaté dans la province de Siem Reap a baissé depuis
1996, passant de 42 à 21 en 1998.
Cependant, les difficultés du Commissariat ont surgi au moment
où la zone de protection a été étendue de 37
à 42 temples en 1996, et de 200 à 486 km². Quant aux
effectifs du Commissariat, ils se sont érodés, passant de
520 en 1994 à moins de 300 en 1998. De plus, le Sous-décret
du 8 octobre 1997 a placé ce Commissariat spécial sous la
tutelle directe de la Direction générale de la police nationale
du Ministère de l’Intérieur . Selon l’article 2 du Décret
sur la création de l’Autorité APSARA, le Commissariat spécial
est également placé sous la tutelle de cette dernière.
Ce nouveau statut a soulevé des problèmes au sein du Commissariat
: budget de fonctionnement insuffisant, approvisionnements en essence irréguliers,
retards dans le paiement des salaires... Le Sous-décret ne définit
pas clairement la zone géographique de compétence et les
différents textes traitant cette question sont contradictoires.
Cela entraîne, en 1998, l’abandon du gardiennage de certains temples
se trouvant dans les zones lointaines comme ceux du groupe de Roluos et
de Banteay Srey (à peu près à 20 km de la ville de
Siem Reap).
Dans son entretien avec le journal le Monde en 1999 , le commissaire
Chea Sophat, Commandant de la Police du Patrimoine s’est plaint que «
le pillage systématique de pièces d’art khmer risque de continuer
à alimenter le florissant marché mondial de cette ‘valeur’,
illégale mais sûre entre toutes. Les moyens pour l’empêcher
sont bien trop dérisoires pour une tâche bien trop vaste ».
La difficulté majeure que rencontre la Police du Patrimoine vient
donc du fait que les auteurs des vols sont le plus souvent les militaires,
ce qui rend les interventions délicates. Par ailleurs, on constate
que les voleurs qui sont arrêtés ne sont que rarement poursuivis
en justice .
Il serait donc nécessaire d’allouer des moyens financiers à
cet organisme afin de relancer son action en remotivant ses membres, et
d’étendre sa zone de compétence aux sites archéologiques
récemment ouverts en 1998 qui ont été victimes de
nouveaux pillages.
Il y a un autre mécanisme technique très utile pour la
prévention et la restitution des biens culturels volés, c’est
l’opération de l’inventaire de ces biens.
2.2. Inventaire
Un projet d’inventaire général a été effectué
par l’UNESCO et l’EFEO à la Conservation d’Angkor afin de
pouvoir sauvegarder la plus importante collection de sculptures khmères
(4000-5000) et la prévenir de toute détérioration
et du pillage. Ce projet financé par le Fonds en dépôt
français à l’UNESCO a été approuvé par
le Comité Technique en mars 1994. La durée de l’inventaire
est de 12 mois, le but est d’inventorier, de classer et de ranger tous
les biens entreposés à la Conservation, à l’aide de
bordereaux mis au point de façon à cerner le plus exactement
possible toute pièce archéologique. Ces bordereaux sont ensuite
saisis selon une méthodologie déjà utilisée
par l’EFEO pour l’ensemble du fonds sur Angkor permettant ainsi une utilisation
quotidienne par les conservateurs, les administrateurs culturels et les
chercheurs.
Nous constatons qu’avant la guerre (1970-1980), il y a déjà
eu des inventaires complets d’objets d’arts réalisés par
les institutions nationales (musées nationaux et provinciaux, Conservation
d’Angkor). La plupart des objets du site, y compris les monuments eux-mêmes,
ont très bien été répertoriés.
L’inventaire, selon l’article 5 de la Convention de l’UNESCO de 1970,
est une obligation pour chaque État de protéger son patrimoine
culturel contre le transfert illicite. Le Cambodge doit donc établir
un inventaire complet des objets d’art d’après la guerre. Ce nouvel
inventaire servira de fondement à l’identification des objets volés
et aux demandes de remise de ceux-ci en le comparant à la documentation
d’avant guerre. Il sera également utilisé pour prévenir
les vols futurs et récupérer les objets pillés.
L’Autorité APSARA prépare actuellement une comparaison
des inventaires d’avant et d’après guerre pour établir une
liste d’objets volés. L’EFEO conserve les photographies des objets
inventoriés avant la guerre dans ses archives parisiennes : les
photographies des objets manquants pourront donc être réunies
dans un document final qui sera distribué par INTERPOL et d’autres
organisations travaillant en collaboration avec le Gouvernement cambodgien
dans la lutte contre le pillage.
Le Gouvernement en collaboration avec l’UNESCO a créé
une base de données informatiques de toutes les pièces qui
ont disparu des dépôts de la Conservation d’Angkor entre 1970
et 1994 . Cette base de donnée informatique spécialisée
dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels nommée
Art Loss Register est spécialement utilisée par les banques,
les assureurs et les marchands d’art pour vérifier la légalité
des pièces qui leur sont proposées. Les pièces figurant
dans la publication du Conseil International des Musées (ICOM) et
l’EFEO : Cents objets disparus : Pillage à Angkor existent
déjà dans cette base de données. Les pièces
qui ont disparu des dépôts de la Conservation d’Angkor sont
estimées à plusieurs centaines.
Grâce aux efforts nationaux et internationaux, le vol et le trafic
illicite des objets d’art khmer ont considérablement diminué.
L’inventaire des collections du dépôt de la Conservation d’Angkor
contribue énormément à faire retourner plusieurs statues
repérées dans les musées du monde entier au Cambodge
.
C. Le combat de la restitution
En rappelant l’article 7 de la Convention de l’UNESCO de 1970 sur le
trafic illicite des biens culturels , à l’occasion de la Conférence
intergouvernementale de Tokyo de 1993, pour faire restituer ses biens culturels,
le Gouvernement cambodgien a solennellement demandé à «
tous les pays, soit importateurs, soit de transit, de tels objets d’art,
de bien vouloir prendre les mesures suivantes en sa faveur :
a). prévenir les Musées Nationaux et Institutions
similaires du pays d’éviter l’acquisition de toute propriété
culturelle originaire du Royaume du Cambodge ;
b). interdire l’importation de ces propriétés,
dès lors qu’elles ont été légalement inscrites
dans les inventaires du Patrimoine National Khmer et qu’elles n’ont pas
été légalement autorisées à être
exportées par les autorités cambodgiennes ;
c). effectuer les démarches nécessaires auprès
des antiquaires et des marchands d’art pour aider le Gouvernement cambodgien
à recouvrer et à rapatrier ces objets d’art exportés
d’une façon illicite du Cambodge ».
Cet appel s’adresse également à tous les pays importateurs
ou de transit qui n’ont pas encore ratifié la Convention de 1970,
par exemple la France qui l’a tardivement ratifiée .
Répondant à cette requête, on constate que plusieurs
actions internationales pour la restitution des biens culturels khmers
ont eu lieu. La plus grande contribution de la communauté internationale
en faveur du patrimoine culturel angkorien est la publication du Conseil
International des Musées (ICOM) « Cents objets disparus :
Pillage à Angkor », effectuée en collaboration avec
l’EFEO et financée par la Florence Gould Foundation. Cette publication
a permis de faire retourner plusieurs biens culturels khmers. De nombreux
objets figurant dans ce livre ont été retrouvés et
restitués au Cambodge.
À titre d’exemple, en 1993, une statue du corps d’une divinité
féminine (DCA 1429, page 37) a été restituée
aux autorités cambodgiennes par un antiquaire parisien, en 1996,
une tête de Brahma (DCA 3489, page 92) est restituée par un
antiquaire britannique après des années de discussions.
En juin 1992, lors d’une vente d’art d’Asie de Sud-Est tenue par Sotheby’s
à New York, ICOM a trouvé un torse de figure féminine
du XIème siècle figurant sur la liste des objets volés
de « Pillages à Angkor » (première édition,
page 46, DCA 7081) , et ayant été vendu à une
galerie suisse pour un montant de 63 250 dollars US. En août 1996,
il se trouvait être en possession de la New York Art Gallery (Doris
Wiener Gallery). En mai 1997, la galerie a restitué la statue au
Gouvernement cambodgien.
Une tête du roi brahmanique Shiva datant du début du Xème
siècle et qui avait été arrachée d’une sculpture
gardée à la Conservation d’Angkor a été rendu
au Cambodge en mars 1997 par le Metropolitan Museum de New York. Cet objet
est aussi référencé dans « Pillage à
Angkor » (première édition, page 80, DCA 5729). Le
même jour, le Conservateur de la section Asie du Sud et du Sud-Est
du Metropolitan Museum de New York a restitué aux autorités
cambodgiennes une seconde tête qui avait aussi figuré dans
« Pillage à Angkor » (première édition,
DCA 5602). Le propriétaire de l’objet, qui a été sensibilisé
par campagne pour le retour des biens culturels volés, a mandaté
le représentant du Musée pour rendre cet objet en son nom.
En 1993, ayant été sensibilisé par la campagne
pour la protection du patrimoine khmer, un marchand d’art parisien a rendu
une pièce en sa possession à l’Ambassade du Cambodge en France.
En octobre 1995, les douanes hollandaises, après avoir examiné
la requête du Consulat cambodgien, ont décidé de restituer
au Cambodge deux objets d’art khmer saisis.
De nombreuses demandes de restitution sont en cours de négociation
notamment celles des pièces DCA 1664 (tête de Vishnu vendue
par Sothy’s à Londres en 1985) et DCA 5499 (tête de Davarapala)
détenus par Honolulu Academy of arts . Un collectionneur privé
a exprimé son intention de restituer aux autorités cambodgiennes
les pièces DCA 3460 (tête de Shiva) et DCA 3430 ( tête
de Parvati) ; la pièce DCA 3657 (tête de Vishnu) a été
localisée dans un musée américain. Il faut noter que
toutes ces pièces énumérées ci-dessus sont
représentées dans « Pillage à Angkor ».
La Thaïlande est le plus grand pays importateur et de transit
des biens culturels khmers. Depuis 1970 jusqu’à nos jours, des centaines
de milliers d’objets d’art ont passé la frontière. Plusieurs
objets ont été saisis par la police thaïlandaise. Les
pièces ont été confisquées, soit au moment
du transport entre la frontière cambodgienne et Bangkok, soit dans
les galeries de Bangkok. Les pièces saisies sont déposées
au Musée National de Bangkok, en attendant leur identification définitive.
Selon le journal le Monde dans son article du 14 août 1999, au début
de 1999, presque 1 000 pièces ont été saisies, contre
40 seulement de 1993 à 1998. Cela montre la bonne volonté
des autorités thaïlandaises dans la lutte contre le trafic
illicite des biens culturels khmers. Un cas de restitution a eu lieu en
1996 : 13 objets saisis à une galerie de Bangkok ont été
officiellement rendus au Cambodge. En ce qui concerne les pièces
confisquées par les autorités thaïlandaises en 1999,
elles devraient être restituées au Cambodge dans un futur
proche.
D’autres procédures de demandes de restitution sont en cours,
elles concernent plusieurs musées américains et marchands
d’art internationaux.
Toutes ces demandes de restitution sont basées sur la Convention
de l’UNESCO de 1970 concernant les mesures à prendre pour empêcher
l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété
illicites des biens culturels.
En répondant à la Déclaration de Tokyo , des programmes
de préservation, de restauration et de promotion du site d’Angkor
et des actions de formation de personnels et de sensibilisation ont été
mis en place par la communauté internationale en collaboration avec
les autorités cambodgiennes.
II. Autres programmes prioritaires : préservation,
restauration et mise en
valeur du site, campagne de sensibilisation,
formation et recherche
Tous ces programmes sont des plans d’urgence présentés par le Gouvernement cambodgien à l’occasion de la Conférence intergouvernementale de Tokyo afin de demander des assistances techniques et financières de la part de communauté internationale pour le site monumental d’Angkor . C’est grâce à ces plans d’urgence que la plupart des monuments du site d’Angkor ont été restaurés.
A. Conservation, restauration et mise en valeur
des monuments du site d’Angkor
Avant d’entamer ces opérations de préservation, de restauration et de mise en valeur du site monumental d’Angkor, l’Autorité APSARA a fixé une politique directrice que doivent respecter tous les intervenants nationaux et internationaux.
1. Objectif et stratégie
Jusqu’à présent, il n’y a pas encore de plan directeur
(Master Plan) pour la préservation, la conservation et la restauration
des monuments du site d’Angkor. Toutefois, l’Autorité APSARA a adopté
trois objectifs pour guider ce travail .
Il s’agit d’abord de maintenir et d’entretenir l’ensemble du
site afin d’assurer sa continuité et de le rendre accessible à
tous.
Ensuite, il faut que chaque monument soit étudié
dans son contexte archéologique, historique et culturel et, également,
dans sa perspective de développement futur.
Enfin, toutes les politiques de conservation, de restauration
et de maintenance doivent être conduites de façons scientifique
et rigoureuse en utilisant les techniques appropriées aux structures
individuelles de chaque monument.
En ce qui concerne les méthodes de travail, l’Autorité
APSARA détermine que chaque étape du processus de conservation
et de restauration (études préliminaires, propositions architecturales
et techniques, projets finaux) doit être soumise à son approbation.
Cela ne signifie pas que l’Autorité exige une seule méthode
pour la conservation et la restauration des monuments du site. Mais, elle
veut plutôt contrôler les projets pour être sûr
que ces derniers sont bien adaptés aux problèmes diagnostiqués
sur le site concerné et conformes aux capacités techniques
et financières des institutions concernées.
Avant de prendre une décision technique relative au projet
de conservation et de restauration, l’Autorité APSARA sollicite
l’avis du Comité Ad Hoc d’experts prévu par la Déclaration
de Tokyo. De plus, chaque projet doit être compatible avec la Charte
de Venise de 1964 sur la conservation et la restauration des monuments
et des sites .
Le Préambule de la Charte de Venise prévoit que
les « principes qui doivent présider à la conservation
et à la restauration des monuments soient dégagés
en commun et formulés sur un plan international, tout en laissant
à chaque nation le soin d’en assurer l’application dans le cadre
de sa propre culture et de ses traditions ».
Certes, le Gouvernement et la communauté internationale
considèrent que les monuments du site d’Angkor ne représentent
pas seulement des « ouvrages de pierre » mais aussi des «
supports à l’identité » du peuple cambodgien, ce sont
des lieux de vénération et de prières. C’est pour
cette raison que les travaux ne signifient pas simplement une pratique
des techniques d’architecture et de génie civil.
En reconnaissant cette nécessité, toute la restauration
des monuments du site d’Angkor doit être réalisée dans
le but d’aider le Cambodge à retrouver la signification historique,
archéologique, religieuse et culturelle de ces monuments et à
pouvoir rétablir les relations étroites qui existaient entre
les monuments, la civilisation et l’identité. Elle doit également
permettre au Cambodge de mettre en place des politiques de conservation,
de restauration et de maintenance de ce patrimoine, des politiques de protection
de l’environnement de ces monuments et des stratégies de participation
des populations à la réutilisation de ces monuments. De plus,
elle doit créer des conditions favorables permettant de former les
jeunes cambodgiens afin que ces derniers puissent continuer ce processus
de conservation et de préservation de leur patrimoine.
Il est également indispensable de tenir compte des populations
habitant dans les environs de ces monuments et d’aider à mettre
en place un plan de développement socio-culturel prenant en compte
les relations des monuments avec l’histoire, la culture, les villages,
l’environnement, le tourisme culturel et l’éducation des populations.
L’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial
en péril permet à celui-ci de bénéficier des
grands travaux de restauration conformément à la Convention
de l’UNESCO sur la protection du patrimoine mondial culturel et naturel.
Angkor est ainsi devenu le plus important chantier de restauration au monde
en cette fin de siècle . La plupart des projets de restauration
(dégagements des éléments effondrés, anastylose,
consolidation générale…) sont financés par la France,
le Japon, l’Italie, l’Allemagne, la Chine, l’Inde, l’Indonésie...
Quant aux travaux, ils sont pris en charge par l’EFEO, l’Université
japonaise de Sophia ou par le pays donateur lui-même. Les principaux
monuments comme Angkor Vat, Bayon, Banteay Srey, Baphuon, Terrasse du Roi
Lépreux…sont déjà restaurés ou en cours de
restauration.
Au niveau national, il y a deux organismes qui sont chargés
de la conservation, de la préservation et de l’entretien du site,
ce sont la Conservation d’Angkor et le Département de la Culture
et des Monuments de l’Autorité APSARA. Les deux institutions sont
toutes deux les partenaires des autres pays ou organisations intervenant
dans les travaux de restauration des monuments du site d’Angkor. A l’heure
actuelle, ces deux services nationaux ne collaborent pas bien entre eux.
Cela provoque des problèmes de conservation, de restauration et
d’entretien du site.
2. Problème de gestion
Ces deux organismes (Conservation d’Angkor et Département de
la Culture et des Monuments) sont sous la tutelle de l’Autorité
APSARA. En même temps, la Conservation d’Angkor est sous la tutelle
du Ministère de la Culture et des Beaux-Arts. Le personnel de la
Conservation est celui du Ministère.
Bien que le texte du Décret sur la création de
l’Autorité APSARA prévoie cette tutelle conjointe, il y a
toujours des problèmes de commandement de la part de l’Autorité
APSARA à l’égard de la Conservation d’Angkor. Le Département
de la Culture et des Monuments de l’Autorité APSARA a besoin du
personnel et des matériaux de la Conservation d’Angkor pour assurer
son travail de conservation et d’entretien car pour l’instant il n’en a
pas assez. Ce Département a les moyens financiers suffisants pour
les travaux de conservation, d’entretien et de recherche archéologique.
Quant à la Conservation, elle n’a pas d’autonomie financière
même si elle a des locaux, des matériaux et du personnel.
Les salaires du personnel sont bas et comportent des retards de paiement.
Une partie du personnel de la Conservation est transférée
au Département de la Culture et des Monuments et touche le salaire
payé par celui-ci.
Malgré ces difficultés de gestion, le Ministre
de la Culture ne veut pas que la direction de Conservation d’Angkor soit
détachée de son ministère. La protestation du Ministre
de la Culture était très vive au moment de la demande de
détachement. On constate, en général, que le personnel
de la Conservation d’Angkor souhaite travailler sous la seule tutelle de
l’Autorité APSARA et être rémunéré par
celle-ci.
Aujourd’hui, la Conservation d’Angkor, y compris le Département
de la Culture ne sont pas encore des maîtres d’ouvrage pour les travaux
de restauration, ils s’occupent simplement des activités d’entretien
général du site. Pour les travaux de restauration des monuments,
ils sont tous assurés par les organisations internationales.
A l’avenir, il faudra que ces deux établissements soient
restructurés afin d’augmenter leur capacité de gestion et
devenir les vrais partenaires techniques des autres équipes internationales
travaillant sur le chantier d’Angkor.
Il y a une autre stratégie qui a été adoptée
par le Gouvernement et la Communauté internationale pour protéger
particulièrement le site d’Angkor contre le pillage et empêcher
le trafic illicite des biens culturels, c’est la campagne de sensibilisation.
B. Actions de sensibilisation…
Ces actions de sensibilisations se déroulent, d’une part
auprès des médias, et d’autre part auprès de la population.
1. … auprès des médias
Au moment de l’exposition internationale sur l’art khmer en 1997 qui
s’est successivement passée en France, aux États-Unis et
au Japon, les médias ont fait une large campagne de sensibilisation
sur les problèmes de pillage dont souffrent l’ensemble des temples
khmers.
Parmi tous les articles et reportages parus et diffusés sur
ce sujet, au cours de cette année, trois méritent, par leur
portée, une attention particulière :
Il s’agit d’abord de l’équipe de télévision du
National Geographic Television qui a passé une semaine au Cambodge,
au mois d’avril 1997, pour tourner un documentaire concernant spécialement
le problème de la lutte contre le trafic illicite. Ce documentaire
a été diffusé une première fois le 31 août
1997.
Ensuite, c’est une équipe d’ARTE qui s’est également
intéressée à la lutte contre le trafic illicite des
biens culturels khmers. Elle est venue au Cambodge, au début du
mois de mai 1997, pour filmer un autre documentaire de 52 minutes sur ce
problème.
Enfin, le journal Le Monde a consacré, durant le mois
de juillet 1997 et plus tard également, de nombreux articles sur
le trafic illicite dans le monde dont l’un, intitulé « les
tribulations de la déesse d’Angkor », était consacré
à la pièce DCA 7081, rendue au Gouvernement cambodgien le
2 juin 1997 .
En 1998, deux cas de pillage ont attiré l’attention des
médias internationaux. Premièrement, une équipe de
télévision française a consacré un tournage
sur le pillage du site de K’bal Spean (Rivière aux milles lingas)
. Deuxièmement, cela concerne le pillage du temple de Banteay Chmar
se trouvant à moins de trente kilomètres de la frontière
thaïlandaise , la presse thaïlandaise (Bangkok Post) a considéré
ce pillage comme « Cultural killing fields ». Elle s’est,
la première, faite l’écho des pillages perpétrés
sur ce site à la suite de la saisie successive, par les autorités
thaïlandaises, de l’inscription lapidaire K 227 (le 21 décembre
1998 au River City Complexe de Bangkok), et de 117 morceaux de bas-reliefs
(le 7 janvier 1999 dans une province frontalière) . C’est grâce
à cette information que le Comité intergouvernemental pour
la promotion du retour des biens culturels à leur pays d’origine
ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale, lors de
sa Xe session tenue à Paris du 25 au 28 janvier 1999, a abordé
la question du trafic des biens culturels khmers, en particulier celle
du pillage du temple de Banteay Chmar. Cette information a été
rapportée au CIC qui l’a transférée ensuite à
Sa Majesté le Roi Norodom Sihanouk. Dès le lendemain, ce
dernier a saisi le Premier Ministre afin qu’il prenne des mesures de protection
pour site, le 22 janvier 1999 le Conseil des Ministres a créé
un groupe de travail chargé de trouver des solutions pour la protection
du temple. Une demande de restitution des pièces volées a
également été immédiatement adressée
aux autorités thaïlandaises. La négociation pour le
retour de ces objets est en cours.
Les médias nationaux, quant à eux, commencent, depuis
1998, à s’intéresser à ces problèmes de protection
du patrimoine culturel.
Les campagnes régulières, dans la presse internationale
et à la télévision, pour sensibiliser l’opinion publique
à la lutte contre le pillage et le trafic illicite des œuvres d’art
ne sont pas suffisantes, il faut également des actions organisées
au Cambodge pour informer les populations et les touristes.
2. … auprès des populations et des touristes
Cette campagne de sensibilisation est prise en charge par le Département
de la Culture et des Monuments de l’Autorité APSARA. Le but de cette
campagne est de faire comprendre aux communautés locales, nationales
et aux touristes, de tous les aspects du site d’Angkor : l’histoire, les
traditions et les problèmes de protection du patrimoine culturel,
social et environnemental.
Le Département a organisé de nombreuses journées
de la culture en présentant aux villageois des spectacles (théâtre
de l’ombre) sur la protection du patrimoine culturel. Ces rencontres ont
permis aux villageois et aux responsables scolaires et religieux d’avoir
l’occasion d’échanger des informations et des opinions sur la protection
du patrimoine culturel avec les autorités locales, provinciales
et les équipes internationales de recherche.
L’Autorité APSARA collabore étroitement avec les
autorités villageoises pour promouvoir le programme de sensibilisation
à la préservation et à la protection du patrimoine
culturel auprès des populations habitant dans le Parc Archéologique
d’Angkor. On constate qu’il y a une grande participation des villageois,
chefs de pagodes et des dirigeants des communautés locales dans
les actions de lutte contre la dégradation et le pillage du site
d’Angkor.
Il y a également des programmes de sensibilisation organisés
par l’Autorité APSARA en collaboration avec le Ministère
du Tourisme à l’égard des touristes afin de les mettre en
garde contre l’exportation d’antiquités culturelles khmères
sans la licence d’exportation prévue par la Loi sur la Protection
du Patrimoine Culturel.
Le Département de la Culture travaille aussi avec les médias
nationaux et internationaux pour la diffusion des informations relatives
aux travaux de protection et de préservation du patrimoine culturel
entrepris à Angkor.
À l’occasion de la Conférence de Tokyo, le Gouvernement
cambodgien a également proposé à la communauté
internationale d’entamer des programmes de recherche sur le site d’Angkor
et de développement des ressources humaines au Cambodge .
C. Recherche et formation
Au cours de ces dernières années, Angkor est non seulement
un des chantiers de restauration les plus importants du monde mais également
le site le plus étudié soit dans le domaine archéologique,
soit le système hydraulique ou urbain de l’ancienne capitale de
l’empire khmer, en raison du mystère et de la complexité
de ses vestiges patrimoniaux. Parmi ces programmes de recherche, les plus
importants ont été ceux de l’Université japonaise
de Sophia et de l’EFEO.
Le premier programme qui a été élaboré
en collaboration avec le Ministère de la Culture recouvre à
la fois les monuments, les villages, la végétation et le
milieu naturel des forêts, les biens culturels vivants tels les arts
traditionnels, l’artisanat traditionnels, les cérémonies
religieuses et les contes et légendes populaires ainsi que les sites
historiques, culturels et naturels de la région. C’était
une étude socio-culturelle consacrée plus spécialement
aux questions d’environnement / de communauté villageoise (rapports
entre la protection des monuments historiques et le développement
économique souhaitable pour la communauté villageoise). Ce
projet a eu pour but de :
- Donner une formation sur la réhabilitation et la conservation
des vestiges ;
- Créer un système de surveillance permanent et assurer
une protection contre les vols ;
- Améliorer le niveau de vie de la populations locale ;
- Mettre à jour, conserver et transmettre les techniques traditionnelles
particulières détenues par les villageois ;
- Éduquer les populations locales sur les problèmes d’identité
et de protection des biens culturels ;
- Conserver la forêt d’Angkor et l’environnement naturel ;
- Étudier l’éco-système et les mesures de protection
de la faune et de la flore ;
- Intensifier la culture des rizières et la mise en valeur des
terres de la culture et aménager le réseau hydraulique d’Angkor
;
- Gérer les ressources hydrauliques, protéger les réseaux
hydrauliques et rétablir dans leur fonction en tant que patrimoine
historique.
Les résultats de cette étude ont fait l’objet de rapports
en plusieurs volumes s’intitulant « Renaissance culturelle du Cambodge
», publiés en cambodgien, en français, en anglais et
en japonais.
Les principes qui guident les recherches de la Mission Internationale
de Sophia sur Angkor sont :
- De coopérer avec le Cambodge et de l’assister dans les efforts
pour assurer son indépendance ;
- Maintenir des liens étroits entre l’étude scientifique
sur les monuments et les projets de préservation des sites et des
monuments d’Angkor ;
- Aider à l’établissement et au maintien d’un équilibre
entre le développement économique et le développement
socio-culturel des communautés locales de la région d’Angkor.
Le deuxième projet dont est chargé l’EFEO s’appelle «
De Yashodharapura à Angkor Thom » . Il concerne le site d’Angkor
Thom, ancienne capitale royale. Financé par le gouvernement français,
ce projet de recherche d’une durée de 5 ans (1995-2000) vise à
mettre au jour un ensemble de connaissances sur la notion de cité
khmère (urbanisme, système hydraulique). Il a pour objectif
principal de faire savoir l’histoire de la constitution de la cité,
son organisation technique, sa structure urbaine, la production matérielle
des éléments mobiliers et la vie de la cité et ses
relations internationales.
Les autorités cambodgiennes ont une autre grande préoccupation
qui est la formation de cadres nationaux capables de prendre le relais,
dans le futur, de la gestion du patrimoine culturel dans son ensemble dont
la majorité est actuellement prise en charge par la communauté
internationale, notamment la restauration et la recherche scientifique
du site.
« La préservation d’Angkor ne doit pas être considérée
comme une fin en soi mais comme la composante d’un ensemble qui vise à
promouvoir le niveau et la qualité de vie de la population »
. Il est ainsi nécessaire de trouver un équilibre entre la
protection du site et la nécessité du développement
économique.
Grâce à ses vestiges archéologiques et naturels
qui sont une richesse pour le développement touristique,
le site d’Angkor va certainement produire
des
ressources permanentes permettant au pays de répondre aux besoins
de sa population en matière d’infrastructures, de nutrition, d’éducation,
de distribution des terres, d’agriculture et d’énergie.
Des problèmes pourraient être posés par les actions
de développement touristique qui vont nuire également au
patrimoine archéologique, naturel ou social de la région.
Pour prévenir ces problèmes, le Gouvernement cambodgien a
mis en place une politique de développement touristique, urbain
et régional harmonieuse. Tout projet de développement de
la région devra être étudié en évaluant
les conséquences sur le site archéologique d’Angkor et son
environnement.
DEUXIEME PARTIE : AMENAGER POUR DEVELOPPER : LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE, URBAIN ET RÉGIONAL
Le site d’Angkor va procurer au Cambodge, par son attraction touristique,
des ressources financières importantes. Effectivement, le tourisme
va propulser de grands flux régionaux et internationaux produisant
des activités économiques pour toute la région de
Siem Reap et aussi pour le Cambodge. Pourtant, le développement
touristique doit s’accompagner de l’obligation de garder et même
d'amplifier la valeur de cette richesse historique (Chapitre I).
L’augmentation considérable du tourisme va inévitablement
modifier tous les aspects économiques, sociaux, patrimoniaux de
la région de Siem Reap et surtout les urbanismes de la ville de
Siem Reap. C’est pourquoi, « s’il est impératif de permettre
à l’industrie touristique de se développer, il convient toutefois
d’en maîtriser les effets négatifs potentiels sur les structures
économiques, sociales, patrimoniales et urbaines » (Chapitre
II).
CHAPITRE I : STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT
TOURISTIQUE
Le tourisme n’est pas seulement un « potentiel économique
» mais aussi un moyen, pour le Cambodge et la région de Siem
Reap, de « s’ouvrir vers le monde extérieur ». Il a
été considéré par le Gouvernement comme la
« première industrie » de la région de Siem Reap
.
Avec ses richesses patrimoniale, architecturale, monumentale et archéologique
et ses particularités, le site d’Angkor pourra certainement donner
au Cambodge de grandes opportunités irremplaçables. Néanmoins,
le Cambodge n’est pas encore tout à fait capable de bénéficier
de ces dernières, pour des raisons de manque d’infrastructures,
de structures institutionnelles, juridiques et humaines. De plus, le site
lui-même ne doit pas, pour des raisons des capacités et de
fragilité, être soumis à l’exploitation non rationnelle.
Il a donc besoin d’une stratégie politique afin d’assurer un équilibre
entre, d’un côté l’ « appétit financier »
qui exige une exploitation touristique en pleine de croissance, et de l’autre
un « intérêt culturel » (I).
En considérant ces réalités, le Gouvernement
avec l’Autorité APSARA ont mis en place de nombreuses stratégies
prioritaires d’aménagement et de développement des cadres
organisationnel et juridique et des infrastructures de base pour répondre
à ces besoins vitaux (II).
I. La potentialité et la contrainte
Grâce à sa notoriété et à son
caractère particulier, le site d’Angkor, depuis sa redécouverte
au XIXe siècle, reste toujours une destination rêvée
pour tout type de touristes, du « pèlerin religieux »
au « voyageur moderne » du monde entier. Il représente
un point fort pour le développement touristique. La situation actuelle
du Cambodge est aussi très favorable à ce développement.
Malgré ces bonnes conditions, le tourisme à Angkor continue
à rencontrer des obstacles et des limites. Seuls de bons aménagements
et un meilleur choix politique peuvent relever ces défis.
A. Les opportunités
Les circonstances appropriées pour un lancement de la politique de développement touristique à grande échelle sont réunis grâce aux caractéristiques particuliers du site d’Angkor lui-même , et grâce au nouveau contexte politique, économique et social du pays.
1. La spécificité du site d’Angkor
Le site d’Angkor a ses caractères spécifiques : naturel, culturel, historique, archéologique, monumental et architectural, qui sont très bien appréciés par ses visiteurs.
1.1. Aspect environnemental
Le site d’Angkor a une large espace, bien aménagée
et protégée pour l’intérêt culturel et touristique.
Son site monumental (zone 1) et sa réserve archéologique
(zone 2) s’étendent dans une zone de plus de 350 kilomètres
carrés. Dans cette zone, il y a :
- le Parc d’Angkor, créé en 1925 ;
- des zones additionnelles qui constituent avec ce Parc le cœur du
site monumental d’Angkor ;
- une zone de protection établie pour sauvegarder les sites
archéologiques du paysage environnant ;
- des zones tampons.
Par rapport aux autres sites qu’on connaît habituellement, la
dimension environnementale du site d’Angkor est très grande. Avec
les trois autres zones : Paysages Culturels Protégés, Points
d’Intérêt Archéologique, Anthropologique ou Historique
et Périmètre de Développement Socio-Économique
et Culturel de la région de Siem Reap qui entourent les deux premières
zones, Angkor sera une des grandes destinations touristiques culturelles
et naturelle mondiales.
Angkor dispose non seulement d’« une surface complexe comprenant
des espaces naturels, des villages, des surfaces cultivées, des
pagodes… créant des tissus vivants », mais aussi « de
monuments, de vestiges archéologiques, historiques et culturels
formant un exemple quasi unique dans le monde ».
1.2. Aspects historique, culturel et monumental
Angkor est un symbole de l’identité et de l’unité
de la nation khmère. Il représentait une « civilisation
» glorieuse du peuple cambodgien depuis des siècles. Sur le
plan international, Angkor symbolise la culture khmère. Ses attachements
avec le monde extérieur sont très forts (par exemple, depuis
longtemps avec la France, et récemment avec les autres pays comme
le Japon, l’Allemagne, la Hongrie…).
Avec son prestige archéologique, ses monuments notables
et ses réalisations artistiques, le patrimoine culturel angkorien
est un vrai facteur dynamique pour le développement touristique.
Le site d’Angkor regroupe des centaines de monuments dont les
plus fameux temples sont l’Angkor Vat, le Bayon et le Banteay Srey auxquels
se joignent une dizaine de parcs annexes culturels de grande importance
: Takéo, Prah Khan, Ta Prohm…
La beauté de l’architecture et des sculptures des temples,
entourés de douves, de grands canaux d’irrigation, de barays (réservoirs),
de digues et de forêts, joue un rôle très important
pour attirer les touristes qui veulent connaître l’histoire millénaire
d’Angkor et du Cambodge.
Il y a aussi d’autres importants éléments qui contribuent
actuellement au développement touristique au Cambodge.
2. Les autres facteurs
Le progrès du tourisme dépend de plusieurs facteurs comme la stabilité politique, la sécurité et un bon aménagement. Aujourd’hui, le Cambodge remplit tous ces critères et est prêt à saisir cette chance qu’il n’a pas eue depuis des décennies.
2.1. La stabilité politique
Le Cambodge a souvent changé de régimes politiques
depuis la fin des années soixante-dix . Ces changements provoquent
une instabilité politique généralisée dans
le pays. La plupart de ces changements se sont passés par un coup
d’État ou par des combats sanglants. Cette instabilité politique
a eu des effets nuisibles pour le développement économique
du pays et surtout pour le développement touristique.
D’après le rapport d’activité de l’Autorité
APSARA, la crise politique en 1997 a nuit gravement à la croissance
économique et spécialement au tourisme à Angkor .
La chute brutale de visiteurs à Angkor était très
inquiétante. Certains projets d’investissements et de constructions
des hôtels et des équipements touristiques ont été
interrompus ou abandonnés pour des raisons d’incertitude politique.
Cette crise politique a continué jusqu’en 1998, année de
la préparation de nouvelles élections législatives.
Après les élections, le nouveau Gouvernement de
coalition a été créé et la stabilité
politique a été retrouvée. La situation du Cambodge
devenait normale à la fin de l’année 1998. Le redressement
économique et l’augmentation du nombre de visiteurs étaient
satisfaisants. L’inflation est descendue à 0%, au 4ème trimestre
1999, contre 12,6% en 1998 et, en 2000, le PIB a augmenté de 5,5%
à 6% et augmentera sans doute plus dans les années futures.
Les conséquences positives de la stabilité politique
sur le tourisme du pays sont très significatives. À
titre d’exemple, en 1999, le nombre total des arrivées à
l’aéroport de Pochentong à Phnom Penh et à l’aéroport
de Siem Reap-Angkor était de 262 907 personnes, soit une augmentation
de 41,1% par rapport au chiffre de 1998. Plus particulièrement,
le nombre de personnes arrivant à
Siem Reap-Angkor, par voies aérienne et fluviale était de
83 641, contre 40 678 personnes en 1998, soit plus du double en un an.
Ce chiffre n’arrêtera pas de grimper si le Cambodge reste dans
une situation stable comme aujourd’hui. Selon les études touristiques,
le nombre de visites à Siem Reap sera de l’ordre de 250 000 à
500 000 par an, pour les cinq prochaines années. Il augmenterait
à 1 000 000 par an dans les dix prochaines années si les
problèmes d’infrastructures et d’équipements étaient
réglés par le Gouvernement .
Quand la stabilité politique a été retrouvée,
la question de sécurité de la région de Siem Reap-Angkor
a été également réglée. Les conflits
armés dans la région ont disparu. C’est une très belle
occasion pour le développement touristique de la région.
2.2. La sécurité
La sécurité est un des facteurs principaux pour
le développement ce que soit dans le domaine économique ou
touristique. On ne peut pas aménager et développer une zone
si celle-ci n’a pas de sécurité.
La région de Siem Reap d’Angkor, jusqu’en 1997, était
partiellement sous le contrôle des guérillas khmers rouges.
Une grande partie du nord du Parc archéologique, notamment vers
la chaîne des plateaux Kulèn (Phnom Kulèn) et ses environs,
était un lieu d’affrontement militaire entre les forces gouvernementales
et celles des anciens combattants khmers rouges.
Depuis l’année 1997, toute la région de Siem Reap d’Angkor
est sous contrôle gouvernemental. Le mouvement de résistance
s’est achevé au moment où la négociation d’intégration
des troupes khmères rouges est parvenue à son terme. La paix
est revenue au Cambodge et la sécurité est assurée
dans toute la région.
À partir de cette date, les visites à Angkor ont augmenté
fortement au Nord du Parc où se trouvent le célèbre
temple Banteay Srey et les fameux plateaux Kulèn. De nouveaux
aménagements et développements de ces zones et des mécanismes
de protection et de conservations de ces dernières ont été
mis en place.
Toutes ces opportunités de développement ne seront
réalisables qu’à condition que le Gouvernement ait l’intention
de promouvoir cette politique touristique.
2.3. La volonté politique
On peut se demander si le Gouvernement royal a la volonté
politique d’encourager le développement touristique à Angkor.
Pour répondre à cette question, il est indispensable
d’étudier toutes les actions gouvernementales relatives au tourisme
du pays et en particulier de la région de Siem Reap.
Nous constatons que le Gouvernement est conscient du potentiel
touristique que représente Angkor. Il estime que ce potentiel crée
un « formidable espoir pour le développement économique
». Cependant, il perçoit que le « tourisme peut constituer
en même temps une grave menace pour le patrimoine angkorien».
C’est pour cette raison que le Gouvernement a pris beaucoup de
précautions avant de lancer sa politique touristique à Angkor
car un tourisme non contrôlé peut causer de sérieux
dégâts pour le patrimoine.
Pour éviter ces dommages, de nombreuses études ont été
faites au préalable par le Gouvernement pour connaître les
impacts du développement touristique sur le site. Grâce à
ces études, il a pu fixer des lignes politiques selon lesquelles
le développement touristique doit s’accompagner de l’obligation
de maintenir et de mettre en valeur le patrimoine culturel national.
Après de longues réflexions, le Gouvernement s’est
largement engagé dans cette politique de développement touristique
en créant plusieurs mécanismes indispensables afin de favoriser
ce développement.
La volonté politique du Gouvernement cambodgien pour le
développement touristique à Angkor est très forte
puisqu’il croit que le pays peut se reconstruire, le niveau de vie de la
population peut s’améliorer, le site peut être bien sauvegardé…,
tout ceci grâce à la prospérité touristique.
Siem Reap n’est pas encore un centre touristique moderne. Les
grands obstacles au développement ne sont plus l’incertitude politique
ou l’instabilité dans les zones périphériques du Parc,
mais des problèmes d’infrastructures et de capacité d’accueil
des touristes du site et de la ville.
B. Les limites
La densité du tourisme à Angkor est de plus en plus forte. Mais actuellement, les structures institutionnelles, les ressources humaines et les infrastructures de la région ne peuvent pas répondre aux besoins des touristes. Cela pose des limites au développement touristique. Une autre contrainte que l’on constate est la capacité de réception du site.
1. Insuffisance des infrastructures, des institutions et des ressources humaines
Les infrastructures de base dans la ville de Siem Reap sont inadéquates
ou inexistantes et demandent donc une rénovation totale ou la dotation
d’un équipement nouveau.
Ces infrastructures (eau, électricité, télécommunications,
systèmes de collecte des eaux usées et des ordures, réseau
des transports terrestre et aérien..) et les équipements
touristiques comme les hôtels ou restaurants ne peuvent répondre
aux normes internationales minimales requises.
Le réseau routier, tant sur le site lui-même que pour
les liaisons entre Siem Reap, les autres capitales provinciales et Phnom
Penh, exige des améliorations considérables pour s’accommoder
de la croissance économique que pourrait apporter le tourisme. L’aéroport
de Siem Reap a une capacité limitée pour accueillir les voyageurs.
Malgré des projets d’investissements de plusieurs grands groupes
hôteliers, le problème du manque d’hébergements de
qualité à Siem Reap persiste. Une zone hôtelière
de l’ordre de 3 200 à 5 600 chambres s’avérerait nécessaire
pour accueillir cet afflux touristique . D’ores et déjà,
le parc hôtelier de 1 200 chambres (existantes ou en construction),
qui pourrait potentiellement accueillir entre 100 000 et 150 000 touristes
internationaux par an, ne peut assurer un service convenable compte tenu
des fréquentes coupures de courant et d’eau.
Il y a un petit nombre de tour operators nationaux et internationaux
qui gèrent actuellement une grande part de l’accueil du site (transport,
guide, hébergement, etc.). Jusqu’en 1999, les recettes d’entrée
dans le Parc sont perçues par les autorités locales de la
Province, du Tourisme et de la Culture, sans stratégie de réinvestissement.
La corruption et l’inefficacité de ces autorités n’ont pas
été exclues. Quant à l’Autorité APSARA, elle
n’a pas encore assez de moyens humains et matériels pour gérer
toutes les affaires touristiques à Angkor.
Le manque d’efficacité, l’insuffisance de mesures juridiques
et la corruption laissent le champ libre à certains gros investisseurs
étrangers pour sortir du pays la plus grande partie des profits,
ce qui éloigne tout espoir de voir la population locale profiter
du « boom touristique » et les caisses de l’Angkor «
se renflouer ».
Du côté des ressources humaines, les services des
guides sont inappropriés. La plupart des guides manquent de connaissance
sur les langues et sur les sites.
Il y a un programme de formation des guides récemment mis en
place par le Ministère du tourisme en collaboration avec l’UNESCO
qui ne représente qu’une étape dans l’amélioration
de leur professionnalisme. Et jusqu’à maintenant, il n’existait
pas encore de programme de formation à grande échelle dans
les services de l’hôtellerie, de la restauration, des agents de tourisme…Dans
ce secteur touristique, il y a peu de nationaux spécialisés
et bien formés bénéficiant de haut niveau de connaissances.
Le défi sera donc d’améliorer la qualité de l’accueil
tout en augmentant la capacité des sites pour satisfaire aux exigences
du tourisme culturel et pour atténuer les effets d’un tourisme de
masse qui provoquerait des destructions irréversibles du patrimoine
culturel et naturel d’Angkor.
2. Capacité d’accueil limitée du site
En raison de la fragilité du site, une limite du nombre
de visites est nécessaire car l’arrivée massive des touristes
peut détruire gravement les capacités physique, écologique
et esthétique de ce dernier.
Ces trois capacités s’expliquent de façon suivante
: d’abord, la capacité physique est le « nombre de visiteurs
qui peuvent être accueillis à un endroit et à un moment
donné » ; ensuite, la capacité écologique est
le « nombre de touristes auxquels les structures archéologiques,
la forêt et le paysage, peuvent résister sans dommages, soit
sur les sites, soit sur la structure écologique » ; et enfin,
la capacité esthétique est le « nombre de visiteurs
qui pouvant être accueilli sans que la visite du site y perde en
qualité ».
Le Gouvernement veut contrôler et limiter le nombre de
touristes car il estime que « pour de nombreux visiteurs, «
le mystère », la paix et les qualités spirituelles
d’Angkor peuvent être diminués ou détruits par la présence
massive de touristes » . Avec la régulation des flux dans
l’espace et dans le temps, une maîtrise de l’admission sur les sites,
les plus fréquentés notamment, aura un succès. On
peut également organiser une déconcentration des arrivées
et une meilleure répartition sur le site afin de garantir que la
capacité d’exploitation des monuments ne sera pas dépassée.
Une étude préliminaire montre que Angkor Vat, temple
le plus visité d’Angkor, a une capacité écologique
de 300 à 500 visiteurs à tout moment. Cela permet un total
journalier de 2100 à 3500 visiteurs. Angkor Vat aurait une
capacité d’accueil maximale admise entre 767 000 et 1 278 000 visites
par an. Mais, pour être plus réaliste, il faut réduire
tous ces chiffres par trois.
La capacité d’accueil d’Angkor sera effectivement, un
obstacle limitant le nombre de touristes venant visiter Siem Reap. En supposant
que les touristes fassent en moyenne, deux visites à Angkor Vat
durant leur séjour et passent le reste de leur temps sur d’autres
sites, ou d’autres activités, le nombre maximal de touristes pouvant
visiter Siem Reap serait de 639 000 par an .
Selon l’estimation, dans les dix années futures, le nombre de
visites à Siem Reap atteindrait un million et à un million
et demi de visites pour le long terme .
Ce taux d’augmentation dépassera rapidement la capacité
d’accueil du site. Une politique encourageant le tourisme de qualité
doit être mise en place pour soulager la pression touristique et
assurer une pérennité de développement.
C. Le choix
Le Gouvernement a élaboré plusieurs stratégies fondamentales pour éviter le tourisme de masse qui est normalement un facteur de destruction du patrimoine national et de la stabilité économique et sociale. C’est le tourisme de qualité participant à la protection du patrimoine culturel et à la durabilité de développement économique et touristique que le Gouvernement a choisi.
1. Tourisme culturel de qualité, une stratégie à long terme
Il faut d’abord distinguer entre le tourisme de qualité et celui
de masse .
Dans le premier cas, ce sont des gens qui voyagent normalement en petits
groupes avec un guide qualifié qui cherchent un hébergement
confortable mais pas luxueux, et que sont conscients de la nécessité
de préserver et de bien gérer le site. Ils sont souvent directement
intéressés par les travaux de conservation. Ces touristes
font généralement un séjour assez long (trois à
cinq jours) et contribuent largement au développement de la région.
Quant au tourisme de masse, ce sont des visiteurs en voyage organisé
qui n’ont pas d’intérêt particulier et dont le séjours
est habituellement plus bref (deux à trois jours) et se trouvent
en groupes plus nombreux. Leur accueil demande une structure conventionnelle
beaucoup plus importante et une gestion maîtrisée plus rigoureuse
sur le site, leurs dépenses en revanche rapportent moins à
l’économie locale.
Au moment où la capacité d’exploitation sera réduite
sur le site, cette dernière catégorie de touristes ne devra
pas être inscrite parmi les priorités.
En considérant l’intérêt du tourisme de qualité
pour l’économie, le patrimoine culturel national et la société,
le Gouvernement adoptera, à long terme, ce mode de développement.
Les stratégies mises en place par le Gouvernement pour obtenir
un tourisme de qualité et une protection du site sont les suivantes
:
- soutenir un tourisme de qualité en soulignant l’aspect culturel
comme atout majeur ;
- collaborer étroitement avec les professionnels du tourisme
afin qu’ils sensibilisent systématiquement leurs clients au respect
du site ;
- contrôler le flux des visiteurs par la création des
circuits obligatoires pour les périodes de pointe ;
- veiller à ce que la formation des futures techniciens du tourisme
inclut des cours de protection du patrimoine ;
- éviter le tourisme de masse en élevant les prestations
touristiques telles que l’hébergement et la restauration, etc. ;
- prolonger le séjour par une animation de qualité ;
- organiser des séminaires d’éducation de la population
afin de les sensibiliser à la nécessité pour Angkor
de choisir une clientèle de qualité ;
- créer un centre d’accueil d’information de qualité
pour les visiteurs ;
- Mettre en place un Observatoire des Publics .
Ces mesures ont pour objectif principal d’ « attirer les visiteurs
sensibles à l’art et au patrimoine culturel et désireux d’approfondir
leur connaissance du site d’Angkor (arts, architecte et religion)»
. Elles permettent de protéger le patrimoine de l’ « assaut
brutal » du tourisme de masse tout en augmentant les revenus du tourisme
par une clientèle prête à passer plus de temps et à
dépenser plus d’argent, en échange d’un « séjour
culturellement enrichissant ».
Par ces stratégies, le Cambodge espère que son patrimoine
national sera bien préservé pour la « génération
future », et qu’une continuité du développement touristique
participant au progrès de la région et de la nation sera
également retrouvée.
2. Effets
Les bonnes conséquences attendues du tourisme de qualité
sont des bénéfices substantiels au profit de la communauté
nationale et une protection et une mise en valeur harmonisée du
patrimoine culturel et naturel national.
Elles vont améliorer le niveau de vie de la population de la
région sans bouleverser les identités culturelles et sociales.
Elles contribuent également à la protection de la nature.
Tout cela permet au Cambodge de « retirer le maximum de retombées
économiques et fiscales » et d’obtenir un développement,
économique et touristique durable. Car, un développement
touristique durable dépend de la « qualité de
l’environnement » et de la « qualité du site »
. Cela signifie que le « tourisme », l’« environnement
» et la « culture » s’apportent mutuellement et sont
profondément « liés ».
Les conséquences de la stratégie du Gouvernement correspondent
ainsi aux dispositions de la Charte du Tourisme Durable, selon lesquelles
: « Le développement touristique doit reposer sur des critères
de durabilité ; il doit être supportable à long terme
sur le plan écologique, viable sur le plan économique et
équitable sur le plan ethnique et social pour les populations locales.
Le développement durable est un processus encadré visant
une gestion globale des ressources afin d’en assurer la durabilité,
tout en permettant de préserver notre capital naturel et culturel,
y compris des espaces protégés (…) »
Nous constatons que les potentialités données par Angkor
sont très grandes par rapport aux contraintes actuellement rencontrées.
Étant donné ces raisons, le Gouvernement se prépare
activement et rapidement pour mettre en place des mesures et des structures
nécessaires afin de décrocher ces opportunités.
II. Les plans privilégiés d’aménagement et de
développement
Il s’agit des instruments juridique, institutionnel et humain
et des infrastructures prioritaires installés par le Gouvernement
pour contrôler et faciliter le développement touristique d’Angkor.
A. La mise en place des moyens juridique,
institutionnel et humain de gestion
La politique de développement touristique, accompagnée de la protection du site, de la région de Siem Reap d’Angkor ne serait réalisée qu’à condition que des outils institutionnel et juridique appropriés soient établis.
1. Les moyens institutionnels
Nous trouvons qu’à l’heure actuelle l’Autorité APSARA, avec son Département de Développement Touristique d’Angkor (DDTA), a un rôle très important pour la gestion du tourisme dans la région de Siem Reap-Angkor. Comme les affaires touristiques sont compliquées, ce nouveau Département a besoin du concours des autres établissements publics ou privés afin de réaliser ses lourdes tâches.
1.1. Le Département de Développement Touristique d’Angkor
(DDTA)
de l’Autorité APSARA
Le DDTA est un des cinq départements techniques (DDTA,
Direction du Développement Urbain, Direction de la Culture et des
Monuments, Commissariat spécialisée dans la protection du
patrimoine et Unité de déminage spécialisé)
de l’Autorité APSARA .
Ce Département a également pris le nom de l’Agence de
Développement Touristique (ADT) . À la tête de ce Département,
il y a un directeur qui s’occupe des affaires du Département. Il
est nommé par un arrêté ( Prakas) du Président
Directeur Général de l’Autorité APSARA. Actuellement,
le DDTA a son bureau principal à Phnom Penh et un bureau représentant
à Siem Reap.
Selon la décision du Conseil d’Administration de l’Autorité
APSARA, le DDTA a les compétences suivantes :
- Mettre en place la politique de développement touristique
de Siem Reap-Angkor ;
- Être responsable de l’exploitation de toute activité
touristique ;
- Percevoir les recettes liées à l’exploitation du Parc
Archéologique (droits d’entrée au site, droits de prise de
vue et de tournage dans le site, organisation de manifestations culturelles
ou artistiques dans le site) ;
- Accueillir les visiteurs, les professionnels du tourisme en organisant
leur cadre d’activités, les journalistes et les hôtes de marque
(du gouvernement cambodgien, des autorités régionales) ;
- Entretenir et assurer la maintenance et la logistique à l’intérieur
du Parc Archéologique, en complément de la Conservation d’Angkor,
pour tout ce qui n’est pas lié à l’archéologie et
aux monuments eux-mêmes ;
- Organiser la promotion touristique du site ;
- Être responsable de l’exécution du contrat relatif à
l’exploitation du site signé par l’Autorité avec les autres
établissements publics ou les entreprises privées (par exemple,
le contrat Sokha portant sur la perception des droits d’entrée dans
le site).
Pour obtenir un développement touristique durable et une sauvegarde
et la mise en valeur du site d’Angkor, le DDTA a élaboré
plusieurs stratégies qu’on a déjà étudiées.
Ce Département a une autre obligation qui est de respecter les conditions
fixées par le Comité du Patrimoine Mondial qui prévoient
qu’ « il est indispensable de parvenir à un équilibre
entre les actions de protection du patrimoine culturel et l’environnement
et le développement incontestable de l’économie touristique
afin de répondre à la nécessité d’un développement
socio-économique pour un pays en pleine reconstruction, ce qui met
le Cambodge dans une position de force et de faiblesse ».
L’organisation du ADT (ou DDTA) qui a été proposée
par la Mission d’Étude Tourisme-Plan d’Urbanisme Angkor-Siem Reap
en 1995 comprend cinq services:
- service administratif et financier (SAF),
- service commercial et marketing (SCM),
- services activités réceptives (SAR),
- service culturel et animation (SCA),
- services techniques (ST).
La structure du Département est encore en phase de création.
On constate qu’aujourd’hui il n’y a qu’une seule Directrice entourée
de quelques personnels à Phnom Penh et à Siem Reap qui s’occupent
de toutes les affaires du Département.
Avec sa capacité humaine, matérielle et technique
actuelle, le DDTA ne peut pas accomplir ces objectifs et ces obligations
tout seul. Il faut ainsi l’intervention des autres collaborateurs publics
et privés qui doivent coopérer avec lui.
1.2. Les autres partenaires publics et privés
Aux termes de l’art. 2 du Décret royal du 19 février
1995, le DDTA « est chargé de développer et coordonner
les réseaux touristiques de la région, en collaboration avec
le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Tourisme
et le sous-comité provincial de l’Aménagement du Territoire,
de l’Urbanisme et de la Construction » .
Pour le secteur public, les établissements qui concourent
au DDTA sont la Conservation d’Angkor, le Département de la Culture
et des Monuments, le Département du Développement Urbain,
le Commissariat du Patrimoine, les autorités provinciales de Siem
Reap, les services déconcentrés dans la province de Siem
Reap des ministères de la Culture, de l’Environnement, de l’Aménagement
du Territoire, du Tourisme… etc. Le constat sur le terrain nous montre
que la coordination entre l’Autorité APSARA, en particulier le DDTA
et les autres ministères se déroule avec difficulté
en raison des conflits d’intérêt ou des chevauchements de
responsabilités (par exemple, entre le DDTA et les services déconcentrés
du Ministère du Tourisme).
Pour le secteur privé, on trouve les professionnels du
tourisme (guides, agents de voyage, écoles du tourisme, les journalistes,
les commerçants dans le Parc, les hôteliers…), les concessionnaires,
les organismes internationaux, la population, les touristes… qui sont des
partenaires indispensables pour le développement touristique durable
comme l’indique la Charte du Tourisme Durable : « La contribution
active du tourisme au développement durable présuppose nécessairement
la solidarité, le respect mutuel et la participation de tous les
acteurs, du secteur public et privé, impliqués dans le processus.
Cette concertation dont se baser sur des mécanismes efficaces de
coopération à tous les niveaux : local, national, régional
et international » .
Les moyens institutionnels ne sont pas suffisants pour développer
le tourisme et protéger le site ; il est ainsi indispensable de
créer des mesures juridiques afin de maîtriser ce développement
touristique.
2. Les moyens juridiques
Jusqu’à maintenant, on ne voit que quelques textes juridiques et un contrat de concession élaborés pour favoriser le développement du tourisme et pour défendre le site.
2.1. Les textes législatifs et réglementaires
À la suite de l’ouverture de l’économie planifiée
vers l’économie de marché en 1989 et surtout après
la création du nouveau Gouvernement libéral et démocratique
en 1993, le Cambodge s’est profondément intégré dans
le nouveau monde capitaliste. Le Gouvernement royal a fait beaucoup d’efforts
pour rattraper le retard de l’économie du pays. Il estime que le
pays peut se reconstruire grâce au potentiel des investissements
étrangers.
C’est pour cette raison qu’en 1994, le Gouvernement a fait adopter
la loi sur les investissements qui était une des lois les plus favorables
en Asie du Sud-Est aux investisseurs. Dans cette nouvelle loi, il y a des
dispositions qui favorisent les investissements dans certains secteurs
que le Gouvernement considèrent prioritaires. Parmi ces secteurs
prioritaires, il y a l’ « industrie touristique ».
« Les encouragements aux investisseurs se présentent sous
la forme d’exonération totale ou partielle des droits de douane
et de taxe » .
Ces formes d’encouragements pour les investisseurs sont, par exemple
: « l’exonération de l’impôt sur les bénéfices
pendant une période pouvant aller jusqu’à 8 ans (…), l’exonération
totale des droits de douanes et des taxes pour l’importation des matériaux
de construction, de production, de matériels d’équipements,
de marchandises semi-finies, de matières premières et de
pièces de rechange, à condition qu’ (…) il s’agisse d’industrie
touristique (…) », .
Pour répondre au manque d’hébergements pour les
touristes qui sont de plus en plus nombreux à Angkor, le Gouvernement,
avec un Sous-décret (Anukret) du 13 octobre 1995 portant sur la
création de la Zone Hôtelière, a attribué à
l’Autorité APSARA un terrain de 560 hectares afin d’aménager
et d’installer des hôtels de luxes. Grâce à ce Sous-décret,
l’Autorité APSARA a la possibilité de développer les
équipements hôteliers et le tourisme à Angkor en contrôlant
toutes les implantations de nouveaux hôtels dans la région
de Siem Reap . Un nouveau Sous-décret du 18 octobre 1999 a élargi
ce terrain attribué à 1 007 hectares.
Cependant, un Décret royal (Reakret) du 28 mai 1994 relatif
au zonage a été approuvé pour définir les zones
culturelles protégées dans la région de Siem Reap-Angkor.
Ce Décret met un accent particulier sur la protection du patrimoine
culturel que devra respecter le développement touristique. Il a
réparti les sites culturels en cinq catégories de protection
(Zone 1 : Sites monumentaux ; Zone 2 : Réserves Archéologiques
Protégées ; Zone 3 : Paysages Culturels Protégés
; Zone 4 : Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique
ou Historique ; Zone 5 : Périmètre de développement
socio-économique culturel de la région de Siem Reap–Angkor).
Il prévoit, dans son article 11, que toutes les « installations
touristiques » dans tous les sites culturels protégés
(Zones 1, 2, 3, 4 et 5) doivent être réglementés et
accordés par les permis. En particulier, pour la Zone 1, il faut
autoriser seulement un minimum de constructions sur les sites individuels
pour les visiteurs (stands de nourriture et de rafraîchissements,
chemins piétonniers, parcs de stationnement des bicyclettes, arrêts
de minibus). Il faut créer des aménagements permettant aux
visiteurs d’observer les fouilles archéologiques ou les travaux
de restauration en cours. Dans la Zone 2, il est nécessaire de minimiser
les impacts négatifs du tourisme sur les communautés locales
et d’aménager des installations à petite échelle et
des centres d’artisanat pour offrir des opportunités économiques
aux résidents.
Le développement touristique doit se faire tout en respectant
la loi sur la Protection de l’Environnement et la Gestion des Ressources
Naturelles . Cela implique les obligations de « protéger,
d’améliorer la qualité de l’environnement et le bien-être
des populations, en empêchant, en réduisant et en contrôlant
la pollution » et de « garantir la conservation, le développement,
la gestion et l’utilisation raisonnable, continue et perpétuelle
des ressources naturelles du Royaume du Cambodge (…) » . Cette loi
prévoit également que « toute demande d’investissement
et tout projet proposé par l’État doivent faire l’objet d’une
évaluation des atteintes à l’environnement (...) ».
Du côté des textes législatifs et réglementaires,
il existe des contrats passés entre l’Autorité APSARA et
les établissements publics ou les entreprises privées.
2.2. Le contrat de concession
D’après l’article 3 du Décret royal du 19 février
1995 : « pour l’accomplissement de sa mission, APSARA (…) peut (…)
concéder des activités, délivrer des autorisations
d’occupation, donner en location des espaces du domaine, dans la limite
de ses compétences (…) » ; et selon l’article12
du même Décret, les ressources de l’Autorité APSARA
comprennent : « (…) les recettes propres à son activité,
notamment les redevances et loyers perçus au titre des concessions
accordées (…)».
C’est grâce à ces articles que l’Autorité
APSARA a pu signer en 1999 un « contrat de concession » qui
est en fait un « contrat d’affermage » autorisant une
entreprise privée, appelée Sokha Hôtel, à percevoir
des droits d’entrée dans le Parc d’Angkor en vendant des billets
d’entrée. La durée du contrat est de cinq ans (1er mai 1999-30
avril 2004) et renouvelable .
Ce « contrat de concession » ne peut être révisé
que sous deux conditions : « si le nombre de touristes visitant Angkor
dépasse de 40% ceux de l’année précédente »
et « cela seulement à partir de la troisième année
d’exploitation, c’est à dire précisément en mai 2002
» .
Chaque année la société Sokha Hôtel verse
une « redevance » (royalty) à l’Autorité
APSARA. La première « redevance » est un million de
dollars. À partir de la deuxième année, ce chiffre
sera automatiquement augmenté de 15% de plus que le montant de la
redevance de l’année précédente et ainsi de suite
pour les années successives 1ère année (1999-2000)
: 1 000 000 dollars US ; 2e année (2000-2001) : 1150
000 dollars US; 3e année (2001-2002) : 1 322 500 dollars US; 4e
année (2002-2003) : 1 520 875 dollars US; 5e année (2003-2004)
: 1749 006 dollars US).
L’Autorité APSARA a remarqué, dans son rapport
annuel juin 1999-juin 2000, qu’il y a eu une grande différence entre
le montant de la « redevance versée » et celui des «
recettes perçues ». D’après l’article 11 du contrat,
la redevance d’un million de dollar a été basée sur
une estimation du nombre de touristes à 50 000 personnes (estimation
faite fin 1998 par Ministère du Tourisme et approbation par l’Autorité
APSARA et la Société Sokha Hôtel) avec le prix du billet
à 20 dollars US. Le rapport annuel de l’Autorité APSARA a
indiqué que la Société Sokha Hôtel a déclaré
avoir vendu pour une durée de 11 mois des billets à 114 046
touristes et a perçu 3 837 620 dollars US pour la première
année de la concession (mai 1999-mai 2000). Ce rapport a constaté
que le nombre d’entrée était à multiplier par 2,5
et les revenus par 3,8 par rapport à la première redevance
d’un million dollars US versée par la Société Sokha
Hôtel à l’Autorité APSARA.
APSARA s’est demandée s’il était possible pour le Gouvernement
de demander une révision de ce « contrat de concession ».
Mais, selon les clauses de l’article 11 du contrat, le Gouvernement ne
peut rien faire pendant les premières années et doit attendre
jusqu’en mai 2002.
La redevance annuelle versée par la Société
Sokha Hôtel est répartie proportionnellement entre l’Autorité
APSARA (80%), le Ministère du Tourisme (15%) et le Ministère
de la Culture (5%).
Nous constatons que ce « contrat d’affermage », par ses
clauses contractuelles (par exemple, son article 11 relatif à la
base du calcul de la « redevance » et à la possibilité
de révision de cette « redevance » ou son article 10
concernant le « montant de la redevance »), est très
défavorable à l’Autorité APSARA qui est une personne
publique. En revanche, il a donné beaucoup d’avantages au «
fermier », la Société Sokha Hôtel.
Avec ces clauses contractuelles, on doute de la « transparence
» et de l’« efficacité » de la gestion du domaine
public et du fond public. Le parti de l’opposition a critiqué ce
contrat d’avoir été conclu sous la pression du Gouvernement
et d’être entaché de corruption.
On peut se demander pourquoi le Gouvernement a choisi un mode de «
délégation du service public » à une personne
privée au lieu de la « régie directe » qu’il
avait utilisé auparavant .
Les réponses à cette question sont nombreuses. D’abord,
le Gouvernement n’a plus confiance en son administration ministérielle,
surtout dans le domaine touristique à Angkor, qui est connu
pour sa corruption et son inefficacité Le montant des recettes obtenu
par la vente des billets d’entrée dans le Parc avant la signature
du « contrat d’affermage » était inférieur à
celui de la redevance. Le Gouvernement veut lutter contre la corruption
dans le secteur touristique à Angkor.
Ensuite, le Gouvernement, grâce à la redevance versée
par le « fermier », veut donner à l’Autorité
APSARA une autonomie financière conforme à son statut en
tant qu’établissement public national.
Enfin, ce sont les intérêts privés de certains
hauts personnages politiques du Gouvernement qui ont beaucoup fait pression
pour qu’une société privée gère ce service
public car avec cette méthode ils ont pu commettre des actes de
corruption au moment de la passation du contrat. La corruption qui était
auparavant présente à un niveau inférieur passe ainsi
à un niveau supérieur.
Côté plus positif, nous trouvons que, avec son principal
budget venu de la redevance, l’Autorité APSARA peut bien fonctionner
et réaliser plusieurs projets notamment les programmes de formation,
de recrutement, de conservation des monuments, d’aménagements de
la Cité Hôtelière…
Dans le secteur touristique comme dans les autres secteurs, on constate
qu’il y a beaucoup de manque de personnes compétentes pour assurer
un développement convenable et une protection efficace.
3. Les moyens humains, une nécessité du programme de formation
Le développement touristique d’Angkor doit aller de pair
avec la protection du site. Pour bien protéger et mettre en valeur
le site, il faut que des personnes qui travaillent dans le service touristique
aient de bonnes connaissances sur le site et les mécanismes assurant
sa protection et sa mise en valeur. Pour l’instant, il n’ y a pas assez
de professionnels de tourisme de ce type pour cause d’absence de programme
de formation.
En 1997, le Président Directeur Général
de l’Autorité APSARA a demandé au BIT ( Bureau International
du Travail) de « financer une étude de faisabilité
pour la formation des professionnels dans toutes les branches du tourisme
: les métiers de l’hôtellerie, de la restauration, agents
de tourisme…etc. ». Mais, malheureusement ce projet a été
interrompu pour motif d’instabilité politique en juillet 1997. Selon
le projet, une école hôtelière de classe internationale
(École de Lausanne) se serait chargée d’assurer les cours
de formation.
Pour le Gouvernement, le tourisme à Angkor a un caractère
culturel. Il faut donc que toutes les formations des futurs professionnels
du tourisme intègrent des cours de protection, de sauvegarde, et
de promotion du patrimoine culturel national.
Jusqu’à maintenant, le programme de formation était
très limité et existait seulement dans le métier de
guide. Dans l’avenir, tous les guides qui déjà formés
devront se perfectionner pour acquérir de nouvelles connaissances
sur le site qui, ayant un statut de patrimoine national et mondial, est
plus fortement protégé qu’avant.
L’impact du tourisme sur l’économie et la société
est considérable. De nouveaux métiers liés à
ce domaine seront établis. Il est nécessaire donc de se préparer
pour faire face à ce changement et surtout il faudrait avoir des
programmes de formation à des métiers touristiques pour populations
locales qui bénéficieront de ces opportunités.
Parallèlement à la mise en place des moyens juridique,
institutionnel et humain de gestion, le Gouvernement et l’Autorité
APSARA ont un autre projet prioritaire qui est la création des infrastructures
et des équipements de base dont a besoin le tourisme.
B. Les infrastructures et les équipements
L’aménagement et le développement des infrastructures
et des équipements touristiques doivent être également
considérés comme une des politiques prioritaires si le Gouvernement
souhaite obtenir un développement touristique de qualité,
apportant plus de ressources financières au pays. Bien que ces installations
soient coûteuses et difficiles, le Gouvernement n’a pas d’autres
choix. Ces infrastructures et équipements sont les hébergements,
les routes, les aéroports, l’eau, l’électricité… qui
sont des nécessités pour le tourisme.
1. Les hébergements
C’est une des priorités d’aménagement et de développement.
Selon des analyses économiques, les hébergements et l’accueil
des touristes sont la « première conséquence du développement
touristique : c’est la retombée économique numéro
un » .
À Angkor, les principaux hébergements des clientèles
sont les hôtels et la Guest House. Le Gouvernement veut maîtriser
ce secteur afin de répondre à l’augmentation des touristes
venant visiter Angkor.
Le développement des hôtels dépend de l’augmentation
des visites à Siem Reap-Angkor. Cependant, ce développement
doit tenir compte à la capacité limitée d’accueil
du site.
Afin de développer un tourisme culturel, respectueux de
l’environnement et des populations du Parc Archéologique d’Angkor,
tout en favorisant un développement économique équilibré,
le Gouvernement a réalisé deux études importantes
: une étude de développement touristique et une étude
de développement urbain de la ville de Siem Reap. Financées
par la Caisse Française de Développement et conduites respectivement
par ARTE/BCEOM et DETENTE/SCORE/GIE Villes Nouvelles, elles ont été
officiellement remises au Gouvernement royal du Cambodge en décembre
1995.
Ces études proposent que le développement hôtelier
s’organise autour de deux pôles :
- une Cité Hôtelière pour les hôtels
de luxe (4 et 5 étoiles)
- la ville de Siem Reap pour les hôtels de catégories
intermédiaires
Un projet de création de Cité Hôtelière
(20 hectares en première phase, 60 hectares en 2ème phase,
environ 280 hectares de réserve foncière totale), séparée
de la ville et rassemblant les grosses unités hôtelières,
peut répondre aux flux prévus.
Quant aux petits hôtels, ils pourraient continuer à être
bâtis dans le milieu urbain existant, à condition de respecter
des normes strictes : moins de 60 chambres, gabarit limité aux fondations,
matériaux locaux authentiques (bois, tuiles), arborisation requise…
On constate qu’en 1998, sept hôtels de catégorie intermédiaire
(2 ou 3 étoiles) ont été construits. Trois d’entre
eux se situent le long de la route de l’aéroport, trois autres sur
la route qui relie la ville de Siem Reap à Angkor Vat, et un dernier
près de la prison de Siem Reap. Ces différents travaux devraient
porter la capacité hôtelière de la ville de Siem Reap
à plus de 2 000 chambres.
Ces projets d’installation d’hôtels que nous avons indiqué
ci-dessus n’ont pas bien réussi, car, de nombreux grands hôtels
sont actuellement en rénovation ou en construction au sein même
de la ville de Siem Reap. Certains ont été même construits
dans les zones protégées définies par le Décret
de zonage ou n’ont pas respecté des réglementations de construction
et d’urbanisme .
L’installation des hôtels dans la Cité Hôtelière
n’a pas connu d’avancées significatives pour des raisons d’instabilité
politique en 1997-1998. Jusqu’à présent, seul un protocole
d’accord pour la construction d’un hôtel haut de gamme, d’une capacité
de trois cents chambres, dans la première tranche de la Cité
Hôtelière (8 ha) a été signé par l’Autorité
APSARA, le 14 juin 1998, avec le groupe Beta Mekong.
Selon des études de ZEMP , lorsque l’on aura atteint 400 000-500
000 touristes par an, il faudra 3 200-4 000 chambres. C’est une estimation
qui correspond à une période de 1996/98-2005/6. Actuellement,
si l’on estime le nombre de touristes venant visiter Angkor et celui des
chambres d’hôtels à Siem Reap, cette évaluation est
encore longue à atteindre.
À Siem Reap, il y a une autre forme d’hébergement,
ce sont les Guest House qui sont soit en concurrence avec les hôtels
soit en complément de ces derniers.
Durant ces dernières années, cette forme d’hébergement
s’est
multipliée rapidement dans le centre ville de Siem Reap grâce
à l’arrivée de masse de touristes à Angkor. À
l’heure actuelle, ces Guest House jouent un rôle important pour répondre
au besoin des touristes nationaux puisque leurs tarifs sont bon marché.
L’inconvénient qu’elles présentent est l’encouragement au
tourisme de masse, ce que le Gouvernement veut éviter. C’est pourquoi,
le Gouvernement désire les limiter par des réglementations
d’urbanisme et de construction.
L’un autre projet prioritaire pour le Gouvernement qui veut répondre
aux nécessités touristiques et obtenir plus de ressources
financières, est la rénovation de l’ancien aéroport
et la construction d’un autre aéroport à Siem Reap.
2. Le développement des aéroports
L’aéroport de Siem Reap était en mauvais état
et sa capacité ne lui a permis d’accueillir que de petits porteurs
à concurrence de quelques dizaines de rotations journalières.
Il est donc indispensable de le développer. Le développement
de l’aéroport de Siem Reap est nécessaire car sa capacité
d’accueil des avions et des voyageurs est très limitée. Il
y a deux étapes de développement : premièrement, la
rénovation de l’ancien aéroport de Siem Reap, et deuxièmement,
un projet de construction d’un nouvel aéroport.
Pour la première phase, on a constaté, en décembre
1996, qu’il y a déjà eu un projet de réhabilitation
de l’aéroport de Siem Reap qui a été financé
par la Banque Asiatique de Développement (BAD). Ce projet a pour
objectifs de :
- Moderniser les infrastructures et les équipements de l’aéroport
de Siem Reap (aérogare, piste, systèmes d’éclairage,
de sécurité et de lutte contre les incendies) ;
- Améliorer les conditions de sécurité de l’aéroport
pour les mettre en conformité avec les normes définies par
l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale ;
- Renforcer les capacités opérationnelles nationales
pour les opérations aéroportuaires.
Le coût du projet a été estimé à
17,6 millions de dollars US. Quinze millions de dollars US seront financés
par un prêt de la BAD, et 2,6 millions de dollars US directement
par le Gouvernement royal du Cambodge. Le Secrétariat d’État
de l’Aviation Civile est l’agence d’exécution du projet. L’année
1998 a été consacrée à la réalisation
d’études d’ingénierie et de fouilles de sauvetage sur le
site de l’aéroport. Les travaux proprement dits ont commencé
au début du mois février 1999 et devraient s’achever au mois
de mars 2000.
Après la réhabilitation, la piste pourra accueillir,
dans des conditions de sécurité suffisantes, un atterrissage
ou un décollage toutes les cinq minutes pour un avion de type ATR,
toutes les quinze minutes pour un jet type B737 ou Airbus 310.
Cependant, le Gouvernement n’a pas voulu prolonger la piste pour accueillir
de plus gros avions, car, cette extension aggraverait encore plus sur les
plans archéologique et écologique de problèmes et
de dangers qui se posent déjà pour l’aéroport actuel.
Le gouvernement craint les risques de survol des monuments malgré
des consignes de vols très strictes et les crashes sur les monuments
situés dans le prolongement de la piste d’atterrissage. Il veut
éviter des dégâts pouvant être causés
par les gros jets sur les structures des monuments en encorbellement et
sur les structures des reliefs et des statues par desquamation des matériaux.
Il s’inquiète également des dangers pour les barays et les
réserves d’eau et pour la faune et la flore, etc.
Actuellement, la politique « open sky » du Gouvernement
a très vite saturé l’aéroport actuel. La construction
d’un nouvel aéroport serait nécessaire. L'installation de
ce nouvel aéroport pourrait se faire à l’Est de l’agglomération
de Siem Reap (à 10 km de l’actuelle bretelle menant à l’aéroport),
devant la partie du district de Roluos jouxtant le district de Sot Nikum,
sur l’axe de la route principale qui relie Roluos à Phnom Sach.
Ce site présente l’avantage de se trouver à proximité
immédiate des ressources en latérite et en dehors de sites
archéologiques connus. Selon le Président Directeur Général
de l’Autorité APSARA , il sera obligatoire de construire (vers 2005)
un nouvel aéroport lorsque le nombre de visiteurs atteindra environ
1 600 000.
Il reste encore d’ autres infrastructures et équipements
de base à développer afin de promouvoir l’industrie touristique.
3. Les autres infrastructures et équipements
Ils concernent les routes, l’eau, électricité, télécommunication,
les restaurants, transports, le Centre d’Accueil et d’information…etc.
Tout d’abord, il faudrait améliorer le réseau routier
de façon importante le niveau national, régional et urbain
afin de faciliter la circulation des visiteurs et des populations et encourager
les voyageurs à venir visiter le site. Actuellement ce réseau
routier est en très mauvais état. À titre exemple,
la route nationale n° 6 (RN6), la voie de communication terrestre principale
qui joint la région de Siem Reap à la capitale (Phnom Penh)
par l’est du Lac (Tonlé Sap), assure la liaison avec Battambang
(une autre province) et la Thaïlande par l’ouest. Cette route se trouve
à tel point dégradée qu’il faut une journée
entière pour parcourir les 400 km qui séparent Siem Reap
de Phnom Penh .
Ensuite, ce sont l’eau potable, l’électricité,
le téléphone et l’assainissement qui devraient également
être développés le plus vite possible afin de répondre
aux besoins du service touristique (les hôtels, les restaurants…)
et de la population locale qui sont en augmentation.
Puis, il s’agit des restaurants, des boutiques, équipements
de loisirs touristiques qui devront être créés conformément
à la réglementation de zonage et d’urbanisme et à
la stratégie de développement touristique et qui ne nuiront
pas à la valeur patrimoniale du site et au mode de vie de la population
locale.
Enfin, c’est la création du Centre d’Accueil des Visiteurs .
Ce Centre d’Accueil sera chargé d’informer les visiteurs sur la
fragilité, la complexité du site et de leur donner les clefs
nécessaires pour une découverte de ce dernier. Il servira
d’une « alternative en cas de saturation (ou fermeture ponctuelle)
d’un monument, en cas de pluie, ou comme une activité de soirée
» . Selon le projet, ce Centre d’Accueil va disposer de tous les
services nécessaires aux touristes : boutiques, sanitaires, restaurations,
sécurité… Il sera la seule entrée du Parc Archéologique
d’Angkor et sera le lieu où l’on achète son billet.
Le développement touristique a non seulement des conséquences
socio-économiques et patrimoniales mais également urbaines
et régionales. Le développement touristique maîtrisé
en faveur de la protection du patrimoine national et de la population locale
sera également applicable dans le secteur urbain et régional.
CHAPITRE II : LES DÉVELOPPEMENTS URBAIN ET RÉGIONAL
Le développement touristique d’Angkor va modifier toute la forme initiale de la région de Siem Reap, et surtout l’aspect urbain de la ville de Siem Reap et ses environs (I). Il aura également des impacts sur le Parc Archéologique, les espaces écologiques et agricoles…(II). Pour éviter tous les mauvais effets de ce développement sur la ville et le site, une politique globale de développement urbain et régional sera indispensable.
I. Le développement urbain de la ville de Siem Reap
Comme le développement touristique, le développement de la ville de Siem Reap devra être effectué avec la contrainte de préserver le site et de respecter les périmètres urbains existants. C’est dans cet objectif que le Gouvernement a créé des mécanismes organisationnel et juridique de gestion et de protection et des stratégies de développement.
A. Les outils institutionnel et juridique
Le développement urbain de la ville de Siem Reap est également sous la responsabilité de l’Autorité APSARA, en collaboration avec d’autres services. En appliquant des réglementations relatives à la protection du site d’Angkor, ces autorités seront chargées de l’aménagement et du développement urbain de la ville de Siem Reap.
1. Instrument institutionnel
C’est le Département de Développement Urbain de
l’Autorité APSARA qui est responsable des affaires urbaines de la
ville de Siem Reap . Comme le Département de Développement
Touristique d’Angkor, c’est une direction technique de l’Autorité,
chargé «de concevoir et de réaliser les aménagements
en infrastructures et superstructures touristiques de la région
de Siem Reap-Angkor ».
Ce Département élabore et exécute les projets
de développement urbain afin d’harmoniser les structures traditionnelles
et l’évolution socio-économique de la région. Il prépare
un Plan Directeur de développement pour la ville de Siem Reap en
collaboration avec les autorités provinciales et le Ministère
de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de la Construction.
Il est chargé de préparer la mise en place des moyens
réglementaires, de la politique foncière et de la régulation
du marché correspondant : droits de préemption, déclarations
d’aliéner, opérations cadastrales et évaluations foncières,
voire procédures d’expropriation et d’indemnisation.
Il délivre des permis de construire et accorde des licences
aux entrepreneurs en basant sur la loi portant sur l’Aménagement
du Territoire, l’Urbanisme et la Construction, le Décret royal relatif
au zonage, le Sous-décret concernant la Zone Hôtelière
et le Sous-décret sur le Plan d’Utilisation des Sols et de Construction
de la région de Siem Reap-Angkor.
Il est aussi responsable de divers travaux d’infrastructures (réseaux
routiers, assainissement des eaux, électricité…) et d’autres
travaux comme l’aménagement d’espaces publics, de nouvelles zones
résidentielles ou commerciales… dans le respect de l’environnement
et
du site. Il a actuellement une autre tâche importante qui est l’aménagement
de la Cité Hôtelière.
Ce Département de Développement Urbain collabore avec
les autres départements d’APSARA, les services de la province et
ceux du Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme
et de la Construction afin d’obtenir un développement cohérent
pour la région de Siem Reap-Angkor.
Toutes les opérations du Département ont pour objectif
principal de garantir la qualité de vie des populations du Parc
et de la ville de Siem Reap dans le respect de l’architecture traditionnelle,
des paysages urbains et ruraux du chef lieu de la province et ses environs.
La croissance touristique et démographique de la région
nécessitera de nouveaux travaux d’infrastructure. Cependant, tous
ces travaux devront se dérouler de manière à s’harmoniser
avec la forme urbaine existante et sans atteindre le site d’Angkor.
Tout développement urbain de la ville de Siem Reap devrait donc
être exécuté dans un cadre juridique prévoyant
des obligations de respect du patrimoine culturel et urbain et de l’environnement.
2. Dispositif juridique
Les règles juridiques qui encadrent le développement urbain
afin de protéger le site d’Angkor sont les suivantes :
D’abord, c’est la loi sur l’Aménagement du Territoire,
l’Urbanisme et la Construction adoptée par l’Assemblée Nationale
le 23 mai 1994. De nombreux articles de cette loi s’intéressent
à la protection du patrimoine national. Aux termes de son article
5 : « (…) pour la protection du patrimoine et de l’environnement,
(…), le C.N.A.T.U.C (Comité National de l’Aménagement du
Territoire, de l’Urbanisme et de la Construction) est chargé d’établir
le plan directeur d’aménagement et de développement pour
cette zone et de le soumettre au Conseil des ministres pour décision
(…) » .
Cette loi interdit les constructions publiques ou privées
sur les sites archéologiques et historiques . Elle permet au Gouvernement
d’établir des « prescriptions spéciales et les servitudes
d’urbanisme pour la mise en valeur des sites ou des immeubles qui présentent
un intérêt archéologique, historique, culturel,… »
. Ces prescriptions et ces servitudes vont être inscrites dans les
plans directeurs d’aménagement et de développement et dans
les plans d’utilisation des sols et de construction de chaque province.
Ainsi, pour le site d’Angkor, ce sont le plan directeur d’aménagement
et de développement et le plan d’utilisation des sols et de construction
de la province de Siem Reap qui vont intégrer ces dispositions.
En ce qui concerne le permis de construire, selon l’article 17
de la loi, il peut être refusé si le projet (de construction)
risque de compromettre l’intérêt archéologique, historique,
culturel ou s’il n’est pas conforme au plan directeur ou au plan d’utilisation
des sols et de construction.
La province de Siem Reap et ses environs sont riches de patrimoine
culturel et de Parc Archéologique. Les documents relatifs à
l’aménagement du territoire, l’urbanisme et la construction de la
province de Siem Reap doivent ainsi, conformément aux dispositions
de l’article 4 de la loi ci-dessus, protéger au maximum ces richesses
.
Ensuite, c’est le Décret royal relatif au zonage et à
la gestion de la région de Siem Reap-Angkor qui prévoit des
mesures de contrôle du développement, de protection
et de mise en valeur du site. Dans ce Décret, il y a
quelques dispositions concernant le « développement
» au sens général. En tout cas, avec ces dispositions,
le Gouvernement veut effectivement maîtriser le développement
quelque soit son objectif urbain, touristique ou régional afin de
protéger le site.
Selon l’article 7 du Décret délimitant la Zone
5 (Périmètre de Développement Socio-économique
et Culturel de la région de Siem Reap-Angkor), tout le développement
dans la province de Siem Reap doit être orienté vers le développement
durable et la préservation du patrimoine culturel et naturel.
Pour tous les sites culturels protégés (Zones 1, 2, 3,
4, 5), il faut établir des « procédures de révision
et d’approbation des projets de développement dans la région
de Siem Reap-Angkor » . Il faut s’assurer que les projets soient
accompagnés d’une évaluation des impacts sur l’environnement,
comportent une alternative, et soient conçus de façon à
minimiser les effets contraires. Il faut également entamer, si nécessaire,
des fouilles de sauvetage avant que le développement ne soit mis
en œuvre.
Pour les Zones 1 et 2, est interdit le « développement
dans les Sites Monumentaux à l’exception du développement
essentiel à la protection et à la mise en valeur des sites
archéologiques ou essentiel à la conservation des modes de
vie locaux » .
L’article 4 du Décret prévoit l’interdiction des «
pratiques néfastes d’utilisation des sols » pour le développement
dans les Zone 2 (Réserves Archéologiques Protégées)
et Zone 3 (Paysages Culturels Protégés).
Enfin, il y a deux Sous-décrets relatifs à la Zone
Hôtelière et au Plan d’Utilisation des Sols et de Construction
de la région de Siem Reap-Angkor qui sont utilisés pour aménager
et contrôler le développement urbain de la ville de Siem Reap.
En application du Décret sur le Zonage, un Sous-décret
du 13 octobre 1995 a été élaboré par le Gouvernement
afin de délimiter une Zone Hôtelière (ou Cité
Hôtelière) dans la province de Siem Reap. Ce Sous-décret
a pour objectif, d’une part de contrôler le développement
de la région de Siem Reap, dans le respect du Décret sur
le zonage et la gestion d’Angkor, et d’autre part de préserver les
qualités de vie, les qualités architecturales, urbanistiques
et paysagères de la ville existante .
L’implantation de la Cité Hôtelière est réservée
au Nord-Est de la ville, au sud de la limite de protection du Parc Archéologique,
à l’Est de la rivière, au delà de la limite de 500
mètres de protection fixée par le Décret sur le Zonage
.
D’après l’article 5 de ce Sous-décret, certaines
zones sont déclarées « zones particulièrement
sensibles » conformément au Décret sur le Zonage. Ces
zones auront droit à une protection particulière. Il faut
obtenir une approbation préalable de l’Autorité APSARA pour
toute opération en vue de diviser ou regrouper le parcellaire existant,
ainsi que tout projet de modifications physiques relatif à ces zones.
Il s’agit d’abord des Zones de conservation urbaine et « visant
à maintenir les caractères résidentiels et de faible
densité des centres existants, tels Siem Reap » : Zone réglementée
de 250 mètres de chaque côté de l’axe de la RN6 (plan
B). Ce sont ensuite les berges protégées de Stung Siem Reap
(rivière de Siem Reap) et du Stung Rolous : Zones protégées
de 500 mètres de chaque côté de l’axe du Stung Siem
Reap (plan C) et du Stung Rolous. Il s’agit enfin de la zone de gestion
des paysages et des ressources naturelles : Zone protégée
(plan D) comprise entre la RN6 au sud et la limite de protection de la
Zone 2 Réserve Archéologique Protégée au nord.
Très récemment, le Gouvernement a adopté un Sous-décret
concernant le Plan d’Utilisation des Sols et de Construction (PUSC) de
la région de Siem Reap-Angkor .
Selon l’Autorité APSARA, c’est un Sous-décret qui
joue un rôle très important pour contrôler le développement
urbain de la ville de Siem Reap qui, au cours de ces dernières années,
« s’est déroulé d’une façon totalement anarchique
». Elle a constaté que « peu de constructions
d’hôtels ont fait l’objet de demandes régulières d’autorisations
de construire » . Il y a eu des constructions d’hôtels sur
des zones interdites, par exemple sur la Route des temples qui est réservée
aux installations de grands équipements notamment culturels.
En confirmant les dispositions du Décret du 22 janvier
1999, ce Sous-décret confère à l’Autorité
APSARA le droit exclusif de délivrer le permis de construire pour
tout type de construction dans les Sites Culturels Protégés,
la Zone Hôtelière, la Zone de reboisement et pour toutes les
constructions ayant une surface de construction plus de 3000 m².
Ce droit de délivrer un permis de construire est partagé
entre l’Autorité APSARA et les autorités provinciales de
Siem Reap lorsque les projets de construction concernant les « zones
particulièrement sensibles » (les berges protégées
de Stung Siem Reap) prévues dans le Décret sur le Zonage
et le Sous-décret relatif à la Zone Hôtelière
sur une surface de construction de 200 m² ou plus et dans les zones
d’extensions urbaines futures sur une surface de construction de 1000 m²
ou plus .
Pour les petites constructions moins importantes dans les zones peu
ou pas du tout protégées, le pouvoir exclusif de délivrer
le permis de construire est attribué aux autorités provinciales
de Siem Reap.
Grâce à ces textes réglementaires l’Autorité
APSARA a bénéficié de plus de pouvoirs lui permettant
de maîtriser le développement de la ville de Siem Reap et
celui du site d’Angkor.
Après avoir étudié les mécanismes institutionnel
et juridique qui ont été mis en place, nous abordons maintenant
les actions concrètes de développement urbain de la ville
de Siem Reap.
B. Les enjeux et les stratégies
La politique de développement urbain doit accorder deux objectifs contradictoires : le site de la région de Siem Reap-Angkor, considéré comme le pôle touristique le plus important du pays, doit être bien préservé et le développement touristique nécessite un développement urbain qui va certainement menacer cette préservation. Cette question pousse le Gouvernement à prendre des mesures nécessaires afin d’obtenir un développement harmonieux.
1. Contexte
La croissance rapide de la population dans la ville de Siem Reap (77
000 habitants en l’an 2000, et selon les prévisions, 146 000 en
l’an 2006) exige une expansion de la ville avec une grande ampleur de construction
des maisons. L’arrivée de masse de touristes entraîne de nouvelles
constructions d’hôtels, de guest house, des restaurants…etc. La ville
de Siem Reap s’est développée rapidement durant ces dernières
années.
Le développement urbain présente des risques à
cause de la proximité immédiate (quelques kilomètres)
du centre ville de Siem Reap et des zones archéologiques qui ont
besoin de protection, de sauvegarde, de conservation…Ce sont des contraintes
dont tout aménagement urbain doit tenir compte .
Le développement urbain de la ville de Siem Reap doit
concilier la nécessité de conservation du tissu urbain et
rural traditionnel et le développement de la nouvelle ville moderne.
Il est difficile d’« intégrer harmonieusement dans un
projet global d’aménagement du territoire pour le futur, et de développement
urbain pour les populations locales, la protection du site et son développement
économique (…) » .
C’est dans ces conditions que le Gouvernement cambodgien a pris beaucoup
de précautions avant d’entamer sa politique de développement
urbain de la ville de Siem Reap. Beaucoup de recommandations ont été
faites par des rapports officiels préparés dans le cadre
des études d’urbanisme de la ville de Siem Reap et financées
par la Caisse Française de Développement.
2. Stratégies
Le Gouvernement a adopté des politiques élaborées
par les études d’urbanisme de la ville de Siem Reap selon lesquelles
il est nécessaire de « préserver les sites archéologiques
», de « préserver aussi les paysages et les qualités
de la ville de Siem Reap », de « maintenir un équilibre
dans le développement de la ville et des villages environnants »,
d’« accorder une attention particulière aux populations locales
et à leurs conditions de vie » et de « préserver
le fragile équilibre d’un éco-système issu de longues
traditions » .
Pour atteindre ces objectifs, des « pôles structurants
majeurs » seront mis en place par le Gouvernement dans le futur
:
- Un pôle culturel, espace de transition entre le site et la
ville ;
- Des pôles touristiques : véritables cités hôtelières
;
- Le pôle urbain : développement de l’habitat, des équipements
et de l’artisanat, mais aussi maîtrise et contrôle des effets
liés au développement ;
- Les équipements liés aux grandes infrastructures de
communication.
Après de longues études sur le terrain du groupe d’experts
d’ARTE/ BCEOM, de nombreuses stratégies ont été recommandées
au Gouvernement :
- Créer des limites physiques entre la réserve archéologique
protégée et les zones de développement urbain. Prévenir
le développement vers le nord de la ville de Siem Reap dans les
zones archéologiques.
- Préserver le périmètre agricole irrigué
développé à l’ouest de la ville, au sud du Barray
(réservoir) occidental ,
- Respecter la ville existante en conservant son caractère végétal
abondant, sa faible densité et les hauteurs limités de son
bâti. Les bords de la rivière, protégés par
le Décret de Zonage, seront renforcés par des aménagements
paysagers. Il faut réglementer les constructions le long de la RN6
afin de protéger les paysages naturels et promouvoir le tourisme
par ce mode de développement urbain. Pour préserver l’aspect
actuel de la ville de Siem Reap (rivière, berges, végétation,
quartiers environnants…), il faut localiser distinctement les deux secteurs
de développements : d’un côté à l’est les quartiers
d’habitat et leurs équipements de proximité, de l’autre à
l’ouest les implantations touristiques .
- Développer la ville à l’est de la rivière de
Siem Reap. Pour les zones résidentielles et les nouveaux bâtiments
publics, ils doivent être élargi au sud de la RN6. Une Cité
Hôtelière va être installé au nord de la route.
- Reboiser le périmètre du Parc Archéologique
des temples vers la limite sud de la Zone 2 (Réserve Archéologique
Protégée), car la forêt crée un « écrin
» pour les temples. Le Décret sur le Zonage prévoit
une zone forestière dans ce secteur. Le reboisement va de plus former
des « niches écologiques » pour les futures implantations
de la Cité Hôtelière.
Jusqu’à présent, la plupart de ces stratégies
recommandées ont été appliquées par le Gouvernement
(par exemple, création d’une Cité Hôtelière,
développement de la ville vers l’est : zone d’extension urbaine
future prévue dans le PUSC…). Il y a aussi des recommandations concernant
les implantations futures des infrastructures, des habitations…, les restructurations
et les réhabilitations des routes, les découpages des lots,
l’aménagement de l’irrigation, le développement de l’habitat…etc.
Parmi les principaux projets exécutés par l’Autorité
APSARA pour le développement urbain, c’est celui de la création
de la Cité Hôtelière qui est le plus coûteux,
difficile à réaliser et ayant des enjeux politiques, économiques
et financiers très importants.
3. Cité Hôtelière, un défi pour l’avenir
Le projet de Cité Hôtelière est l’une des principales
recommandations des études Tourisme et Urbanisme de 1995 . Le Gouvernement
a suivi cette recommandation en adoptant, en 1995, un Sous-décret
créant une Zone Hôtelière sur un terrain dans le secteur
nord-est de la ville, au sud de la limite de protection du Parc Archéologique.
La création de cette Cité Hôtelière a objectif
pour d’accueillir les investisseurs hôteliers internationaux qui
veulent installer de grands hôtels de luxe à Siem Reap. Selon
le projet, cette zone sera aménagée avec un programme de
vaste reboisement aux alentours de la Cité.
Le Sous-décret ci-dessus a doté l’Autorité APSARA
de terrains de 560 hectares pour y créer cette Cité Hôtelière.
Un nouveau Sous-décret du 18 octobre 1999 a augmenté ces
terrains à 1007 hectares. Il appartient à l’Autorité
APSARA de les aménager et de les valoriser. L’aménagement
sera effectué dans le cadre du « respect des traditions :
associer les plantations, les constructions, les irrigations et les ouvrages
hydrauliques de drainage angkoriennes…» .
La politique du Gouvernement pour les implantations des unités
hôtelières à Siem Reap est de les répartir en
deux zones d’accueil : en ville, pour les petits unités n’excédant
pas 60 chambres et en Cité Hôtelière pour les hôtels
de luxe et de confort (capacité jusqu’à 200-300 chambres).
Il est possible d’aménager, sur cinq ans, la première
phase de 60 hectares afin d’accueillir 7 hôtels (capacité
de 1700 chambres) avec des équipements de services et de loisirs.
La création des infrastructures (aménagements hydrauliques
de surface, drainage, voirie, assainissement, adduction d’eau potable,
électricité, téléphone..) est indispensable
pour l’implantation des premiers hôtels. Il s’agit en premier lieu
de créer les voies d’accès, qui serviront de support d’une
part à la construction des hôtels, d’autre part au développement
des autres réseaux. Deux axes principaux de desserte sont prévus
: un axe est-ouest relié à l’actuelle route des temples et
un axe nord-sud reliant la Cité à la route nationale 6 (RN6)
. Au carrefour de ces axes, sur la nouvelle voie d’accès aux monuments,
seront établis les équipements du centre d’accueil (première
phase de 2000 m²) : un hall d’accueil, une salle d’exposition et d’information,
la billetterie et le contrôle, les locaux techniques et administratifs,
les parkings publics et privés, le départ des navettes .
L’aménagement de la Cité Hôtelière fait
face à des problèmes fonciers relatifs à l’occupation
légale ou illégale de certaine partie du terrain par la population
locale et les procédures d’expropriation qui coûtent cher.
Le Gouvernement a classé ces terrains en « Zone d’Aménagement
Différé ». Avec cette procédure, ces terrains
n’ont que la valeur de terrains de rizières comme avant leur urbanisation,
à la date de Sous-décret de 1995.
Selon l’article 4 du Sous-décret du 13 octobre 1994, «
toutes les personnes, qui avant la date de signature du présent
Sous-décret occupaient légalement une ou plusieurs parcelles
de cette zone, doivent se faire connaître dans un délai d’un
an auprès de l’APSARA, et apporter la preuve de cette occupation
par la production d’un récépissé de déclaration
ou d’un titre de possession temporaire délivrés par les autorités
compétentes antérieurement à cette date ».
Les procédures d’expropriation rencontrent beaucoup d’obstacles
pour cause de non-coopération avec l’Autorité APSARA et de
non-respect des réglementations en vigueur de la part de l’administration
provinciale et de la population locale. Aux termes de l’article 2 du Sous-décret,
« à compter de la date de la signature du Sous-décret,
aucun droit d’usage, prise de possession, transfert de droit ne peuvent
être consentis légalement sur cette zone ». Mais, en
réalité, il est difficile de faire respecter ces dispositions
à cause des problèmes de corruption de l’administration et
de pauvreté de la population locale.
Jusqu’aujourd’hui ces problèmes n’ont pas encore été
tous réglés. Par exemple, dans la Cité Hôtelière,
il y a 134 plans d’occupation des sols dont 108 expropriations. Sur l’axe
est-ouest, il y a 20 plans dont 14 ont été libérés.
Enfin, sur l’axe nord-sud, il y a 88 plans dont 86 ont été
réglés.
L’Autorité APSARA a actuellement adopté deux modalités
pour acquérir les terrains de la Cité Hôtelière,
une procédure d’ « expropriation » pour cause d’utilité
publique pour des terrains dans l’emprise des voies d’accès d’une
part, et une procédure de « préemption » pour
des terrains en dehors de ces emprises, d’autre part. C’est l’Autorité
APSARA qui est chargée du coût de ces opérations. Une
grande partie de ses dépenses est consacrée à ces
opérations (plus de 300 000 dollars US pour l’année de 1999
sur son budget de 800 000).
Nous constatons que le projet de Cité Hôtelière
n’a pas eu de grand succès depuis son lancement en 1995 jusqu’à
aujourd’hui. Plusieurs grands hôtels ont été construits
en dehors de la Cité Hôtelière (plus de 1 800 chambres
seront achevées entre 1999 et 2005) en violation des réglementations
sur le Zonage et la Zone Hôtelière. L’Autorité APSARA
n’a pas le pouvoir d’interdire ces installations. Elle est incapable de
mener de grands travaux d’infrastructures de base (voirie, eau, électricité…)
pour la Cité Hôtelière. Jusqu’à présent,
on peut constater qu’il n’y a que des projets, des études de terrain
(topographie, géotechnique…) et quelques travaux minimes.
On peut se demander jusqu’à quand l’Autorité APSARA peut
contrôler la situation et jouer un rôle comme un vrai «
aménageur » du Site d’Angkor. Un très récent
rapport a conclu que : « C’est le moment, ou jamais, de reprendre
les orientations du PUR (Plan Urbanisme de Référence) , et
de démarrer très vite la Cité Hôtelière
».
Le développement urbain et touristique ont un aspect socio-économique.
Il est donc nécessaire d’intégrer d’autres développements
ayant un caractère socio-culturel et naturel dans la gestion de
la région de Siem Reap-Angkor afin d’obtenir un développement
équilibré. C’est une forme de développement intégré
que souhaitent le Gouvernement royal du Cambodge et la communauté
internationale. Ce mode de développement va permettre au Cambodge
d’harmoniser les intérêts du tourisme, la recherche archéologique,
la restauration des monuments, la protection de l’environnement et les
besoins socio-économiques de la population.
II. L’intégration du développement régional
La volonté du Gouvernement est d’élaborer des stratégies
communes permettant de développer non seulement le tourisme et la
ville de Siem Reap mais aussi de réhabiliter l’espace forestier,
agricole et archéologique de la région de Siem Reap dans
son ensemble .
A. Développement du Parc Archéologique
Pour développer le Parc Archéologique d’Angkor, le Gouvernement
a fixé des objectifs précis à atteindre avec des aménagements
nécessaires. Le développement du Parc Archéologique
s’inscrit dans la ligne politique de l’Autorité APSARA depuis sa
création.
1. Objectif
Le développement du Parc Archéologique a pour but d’élaborer
un plan de protection global du site, dans ses composantes archéologiques,
historiques, naturelles, sociales…C’est dans le même objectif qu’une
réflexion urbanistique, architecturale et paysagère
sera nécessaire afin d’obtenir une
préservation de
l’équilibre écologique du milieu forestier et des monuments
et une intégration de l’implantation humaine existante (villages,
pagodes…).
Les moyens disponibles sont l’acquis foncier, les aides et les subventions,
l’établissement des règles de préservation du paysage
du Parc Archéologique et des zones périphériques et
la création d’un cahier des charges paysagères avec la sélection
des végétaux, l’alignement des plantations, le renforcement
des lisières, le traitement des talus, le traitement paysagé
des Barays, les réseaux hydrauliques…
Pour atteindre cet objectif, il faut avoir des aménagements
efficaces et une bonne stratégie à long terme du Gouvernement
avec l’appui de la communauté internationale.
2. Aménagement
Il y a deux projets importants qui vont servir comme outil d’aménagement
et de développement du Parc Archéologique.
Il s’agit d’abord de la réalisation de cartes topographiques
du Parc d’Angkor. Ce projet est effectué dans le cadre du plan de
développement intégré à long terme de la région
de Siem Reap-Angkor. C’est le Gouvernement du Japon qui est chargé
de réaliser ce plan de développement intégré.
À la fin de l’étude, l’Agence de Coopération Internationale
Japonaise (JICA) a confié, en mai 1998, au Gouvernement cambodgien
22 cartes topographiques (à 1/5 000e et à 1/10 000e ) couvrant
une zone géographique de 530 km².
L’ensemble des documents produits ont été remis à
l’Autorité APSARA dont: 130 clichés noir et blancs, à
1/20 000e couvrant une zone de 577 km² ; 354 clichés couleurs,
à 1/5 000 km² couvrant une zone de 100 km² ; 2 jeux de
résultats des triangulations aériennes ; 5 jeux de cartes
topographiques à 1/5000e couvrant une zone de 100km² ; 5 jeux
de cartes topographiques au 1/10000e couvrant une zone de 430 km²
; 5 CD-ROM avec l’intégralité des données cartographiques
à 1/5 000e et à 1/10 000e.
Tous documents topographiques et ces cartes seront utilisés
comme support pour les programmes de conservation et de restauration des
monuments et faciliteront la préparation d’un plan de développement
des infrastructures aux alentours des sites archéologiques.
Il s’agit ensuite du projet de réhabilitation du réseau
hydraulique du Parc d’Angkor. À l’occasion de la conférence
organisée par La Banque Mondiale et l’UNESCO à Washington,
les 28 et 29 septembre 1998, sur le thème Culture et Développement
Durable, le Président Directeur Général de l’Autorité
APSARA a demandé à la Banque Mondiale un financement
des programmes prioritaires de réhabilitation de la Cité
Hydraulique (barays, canaux, douves, digues…) du Parc d’Angkor dont le
coût est estimé à 5 à 12 millions de dollars
US.
Il s’agit enfin des aménagements au sein du Parc Archéologique.
Ils concernent l’accueil, la signalétique, la sécurité,
les parvis, l’implantation religieuse, les circulations, les circuits de
visite, la voirie, les transports…qui devront être améliorés
et contrôlés au maximum pour les prochaines années.
Angkor est riche non seulement de monuments et de sites archéologiques,
mais aussi de ressources naturelles variées, de baux paysages forestiers,
d’espaces agricoles et ruraux…qui doivent être protégés
et développés.
B. Développement des espaces écologique et rurale
La région de Siem Reap comme certaines autres régions
du pays est victime de la destruction de son environnement et de ses précieuses
ressources naturelles. La guerre et la non prise de conscience de l’importance
de ces richesses sont les premiers facteurs de ces catastrophes. Après
des années de dévastation, seule une politique de protection
et de réhabilitation à grande ampleur pourrait sauver ces
patrimoines naturels.
1. Problématique
C’est un problème d’environnement qui se pose actuellement à
Angkor. Depuis longtemps, on s’intéressait plus à l’importante
signification archéologique d’Angkor qu’à son environnement.
L’intérêt de l’environnement angkorien n’a été
soulevé qu’en 1993 par l’UNESCO dans ses études de ZEMP.
Les études de ZEMP ont proposé un « cadre stratégique
pour le développement et la gestion du patrimoine d’Angkor dans
un contexte environnemental plus large »
Les problèmes d’environnement d’Angkor concernent d’une part
la dégradation et la déforestation aux environs du Parc Archéologique,
des hautes terres de la chaîne des plateaux Kulèn (Phnom Kulèn)
et des plaines inondables du Tonlé Sap.(Grand Lac Tonlé Sap),
et d’autre part, ce sont la pauvreté du sol et manque de ressources
en eau dans les laines agricoles. Nous constatons que
la politique de sauvegarde et de protection des espèces, de la nature
et des écosystèmes a été interrompue pendant
les turbulentes années 70 et 80. Presque tous les écosystèmes
du pays, y compris ceux de la région d’Angkor, ont été
détruits au cours de ces années.
Angkor possède donc des Parcs Archéologiques, des forêts,
des terres agricoles… dont la protection et le développement sont
indispensables pour le bien-être de la population et la viabilité
de la région. Angkor est un patrimoine culturel et naturel. Sa gestion
sollicite une volonté politique intégrant un développement
durable des ressources naturelles dans tous les domaines de développement
: rural, urbain, touristique, régional…
2. Programme de conservation et de développement de lac Tonlé Sap
C’est un programme ayant pour but de préserver la biodiversité
unique du pays. Avec l’esprit de la Convention sur le patrimoine mondial
culturel et naturel et son concept de réserve de biosphère
élaboré dans le programme « l’Homme et la Biosphère
» (MAB), l’UNESCO a fait beaucoup d’efforts pour obtenir une «
conservation de la biosphère et un développement durable
des ressources du Tonlé Sap ».
Le Tonlé Sap (Grand Lac) est le plus grand lac d’eau douce de
l’Asie du Sud-Est. Il se trouve au centre du pays, à proximité
du site d’Angkor . Il joue un rôle important dans la conservation
de la biodiversité. Le lac couvre une grande étendue de forêts
inondables et regroupe une faune diverse constituée notamment de
nombreuses espèces d’oiseaux et de poissons. C’est une zone marécageuse
qui crée un lieu de reproduction important pour les oiseaux sédentaires
et migrateurs.
Le lac joue également un rôle important pour l’économie
du pays (50% de production nationale de pêche, 40% du riz du pays
provient des sept provinces bordant le lac) .
Il y a eu des études sur le lac (géographie, écologie,
biodiversité) pour que celui-ci soit inscrit sur la Liste du patrimoine
mondial. Selon les études effectuées en 1993, « seuls
les secteurs centraux ouest et est du lac, qui comportent encore des zones
de forêts inondables et des écosystèmes d’un intérêt
universel, justifient une inscription sur la Liste du patrimoine mondial.
Le Cambodge hésite à inscrire le lac dans son ensemble
sur la Liste du patrimoine mondial puisque les obligations (conservation
de la biodiversité) issues de cette inscription pourraient être
incompatibles avec les exigences liées au maintien des activités
économiques (agriculture, pêche…) indispensables à
la population vivant sur les rives du lac. Un futur schéma de délimitation
du lac et des aires d’habitation devrait vraisemblablement faire apparaître
une superposition des zones identifiées pour la protection des écosystèmes
et de la biodiversité, pour la gestion de la faune et de la pêche
et pour les zones à usage multiple du lac.
Le concept de réserve de biosphère identifié par
l’UNESCO est conçu pour déterminer une zone de conservation
intégrée et d’utilisation durable des ressources du lac et
de ses environs.
Selon l’expérience internationale en matière de gestion
des sites naturels inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, le développement
des zones habitées environnantes doit être pris en compte.
Les experts réunis dans le cadre d’une rencontre internationale
sur la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial depuis vingt
ans ont estimé que le « concept de réserve de la biosphère
» lié à celui de la gestion des sites devrait être
utilisé pour résoudre les « antagonismes » entre
les notions de « développement » et de « conservation
» existant dans les zones entourant les sites du patrimoine mondial
. Le Tonlé Sap pourrait ainsi constituer un cas type qui associerait
d’une façon innovatrice les mesures prises dans le cadre de la Convention
du patrimoine mondial en tant qu’ outil législatif, et le concept
de réserve de biosphère, approche conceptuelle, pour conserver
la biodiversité d’un écosystème d’importance régionale
et mondiale.
Le Cambodge ne figure pas sur la Liste des parcs nationaux et des aires
protégés établis par l’ONU en 1990. Il devrait donc
lancer une politique de conservation de la biodiversité et de gestion
des zones à protéger dans le pays en renforçant les
bases légales existantes.
Avant de conserver sa biodiversité, le Cambodge devrait d’abord
identifier et désigner des sites potentiels à protéger.
Ensuite, il faudrait faire des inventaires de la faune et de la flore d’aires
spécifiques avant d’élaborer des plans de gestion.
C’est dans ce contexte que le Gouvernement cambodgien a créé,
en 1995, une Unité de Coordination Technique pour le Tonlé
Sap (UCT), avec l’assistance technique et financière de l’UNESCO.
L’UCT est sous la tutelle du ministère de l’Environnement. Cette
Unité est chargée, en collaboration avec le Programme de
la Communauté européenne d’appui au secteur de l’environnement
au Cambodge (SPEC), d’établir une réserve de biosphère.
Elle a les fonctions suivantes :
- Fournir au ministère de l’Environnement des conseils sur toutes
les questions concernant la conservation du Tonlé Sap ;
- Aider les ministères concernés à élaborer
des projets et des programmes pour la gestion et le développement
durable du Tonlé Sap ;
- Se charger de la rédaction du dossier de candidature du Gouvernement
royal du Cambodge pour que les zones sélectionnées du Grand
Lac et de son périmètre d’inondation soient inscrits sur
la Liste des sites naturels du patrimoine mondial, en vertu de la Convention
pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, et à
titre de site Ramsar, en vertu de la Convention sur la conservation des
zones humides d’importance internationale (ou Convention Ramsar) ;
- Élaborer des plans en vue de l’établissement d’une
réserve de biosphère qui englobe ces sites, le lac Tonlé
Sap et son bassin versant, en vertu du Programme de l’UNESCO sur l’Homme
et la Biosphère ;
- Assurer la surveillance des activités du projet relatif au
Tonlé Sap et identifier les conflits potentiels ou réels
quant au développement et à la gestion ;
- Encourager l’établissement de liens interministériels
et favoriser la coordination entre les bailleurs de fonds internationaux
pour la planification et la gestion du développement ;
- Entretenir un dialogue avec la Commission du Mékong (MRC)
et d’autres organismes régionaux concernés ;
- Étudier, favoriser et renforcer les connaissances écologiques
et les pratiques de gestion des communautés locales dans la région
du Tonlé Sap ;
- Monter au niveau national et international l’importance de l’environnement
naturel et culturel du Tonlé Sap ;
En 1997, avec l’aide de l’UNESCO et du SPEC, une demande d’inscription
du Tonlé Sap comme Réserve de Biosphère a été
envoyée à l’UNESCO à Paris. Le Comité consultatif
d’UNESCO pour la Réserve de Biosphère a donné un avis
favorable et recommandé au Comité MAB la reconnaissance de
la Réserve de Biosphère proposée. Ce dernier a accepté
cette inscription en fin d’année.
Il y a eu un projet de Zonage de la Réserve de Biosphère
de Tonlé Sap, selon lequel, des zones principales- une zone tampon
et une zone provisoire- seront créées. Un Décret portant
sur la création de la Réserve de Biosphère du Tonlé
Sap a été préparé par l’UCT en septembre 1998
et soumis à la signature du Roi au mois de novembre de la même
année.
Bien que le Gouvernement royal du Cambodge ait réalisé
de nombreux projets relatifs à la protection des ressources naturelles
de la biodiversité du Grand Lac Tonlé Sap, jusqu’à
présent, ce dernier n’est pas encore reconnu comme un patrimoine
mondial naturel.
D’autres programmes de développement régional sont envisagés
par le Gouvernement : ils s’intéressent aux problèmes de
la réhabilitation de la forêt du Parc d’Angkor et du développement
rural.
3. Programme de développement rural, de réhabilitation
de la forêt
et de mise en valeur des paysages du Parc d’Angkor
L’écosystème forestier du Parc d’Angkor a été
menacé pour cause d’exploitation non raisonnable des bois et de
demande croissante des terres nouvelles destinées aux activités
agricoles. Les terres, une fois déboisées, ne sont pas préparées
à recevoir une nouvelle plantation forestière mais mises
à la disposition de groupes ruraux disposant d’une technologie sommaire,
ce qui entraîne de nouvelles dégradations écologiques.
En dehors de toutes considérations d’ordre esthétique
ou de conservation de l’environnement, de l’habitat et de la biodiversité,
le bois est l’une des matières premières qui place le Cambodge
dans le commerce international. Il s’avère donc important, du point
de vue économique, de créer des plantations pour répondre
aux besoins domestiques et industriels en bois de chauffage des populations
rurales et urbaines.
Selon les enquêtes sur le terrain, la population des campagnes
de la région de Siem Reap-Angkor ne peut, avec ses techniques agricoles
actuelles, vivre exclusivement des ressources dont elle dispose. La plupart
des villages manquent de riz et doivent compenser cette absence par la
collecte du bois de feu, les défrichements répétés
sur les mêmes sols et l’exploitation de la résine de certains
grands arbres de la forêt.
Les études de ZEMP de l’UNESCO recommandent que la région
de Siem Reap-Angkor soit identifié comme périmètre
d’intérêt culturel. Cette région est, en effet, destinée
à promouvoir un développement socio-économique basé
sur les activités touristiques lui permettant de vivre de ses ressources
culturelles et naturelles.
L’importance de préserver l’environnement écologique
a conduit à préconiser au sein de ce périmètre,
l’établissement de plusieurs zones assorties de directives particulières
en matière de développement et d’occupation des sols.
Le Décret sur le Zonage, dans son article 15, prévoit
les modalités et les orientations de gestion des paysages du Parc
d’Angkor. Pour tous les sites culturels protégés (Zones 1,
2, 3, 4, 5), il est indispensable que le « développement protége
et améliore les valeurs culturelles des paysages » et que
des « politiques et des orientations détaillées concernant
la gestion des paysages soient intégrées dans les plans et
les activités de gestion de sites » . Cet article prévoit
des aménagements et des protections spéciales de paysages
pour les Zones 1 et 2. Pour la Zone 1, il faut « créer une
présentation ‘authentique’ de l’archéologie au travers de
paysages appropriés », « maintenir la forêt native,
les paysages forestiers et planter des arbres d’agrément »
et « aménager les paysages autour des monuments ». Quant
à la Zone 2, le Décret prévoit la création
d’une zone tampon forestière entre la Conservation d’Angkor
et Angkor Vat et la mise en valeur du paysage à travers des améliorations
agricoles et des pratiques d’aménagement du territoire.
En ce qui concerne la gestion des ressources naturelles du Parc d’Angkor,
le Décret sur le Zonage dispose que, pour tous les sites culturels
protégés (Zones 1, 2, 3, 4, 5) , la gestion des forêts
et des zones boisées est indispensable afin d’augmenter la diversité
biologique. Il prévoit également la nécessité
de gérer la flore et la faune de façon à préserver
et accroître les variétés de vie sauvage. La coupe
de bois dans les sites protégés est interdite.
Pour la Zone 1, il faut avoir des programmes à fin de restaurer
la forêt native et les terres boisées, d’entretenir les arbres
autour des monuments, d’établir un jardin botanique et des sentiers
de forêts et de maintenir l’utilisation traditionnelle des sols en
rizières et en pâturages. Pour la Zone 2, il est important
d’entreprendre un important programme de plantation d’arbres originaires
de la région et d’encourager les implantations des espèces
de valeur supérieure (vergers et potagers) autour des villages.
Récemment, une étude de faisabilité sur la réhabilitation
de la forêt et la mise en valeur des paysages du Parc d’Angkor a
été réalisée avec un financement du gouvernement
néo-zélandais d’un montant de 478 000 dollars NZ (277 000
de dollars US). Cette étude a deux objectifs principaux :
- Proposer une stratégie et élaborer des directives pour
la mise en valeur et l’aménagement des paysages du Parc d’Angkor,
de la ville de Siem Reap et de leurs environs, ainsi que pour la réhabilitation
de la forêt et des paysages naturels existants ;
- Aboutir à la présentation d’un projet qui puisse être
soumis au financement de bailleurs de fonds tels que la Banque Asiatique
de Développement ou Banque Mondiale.
Pour réaliser le premier objectif indiqué ci-dessus a
été proposé la création de conditions susceptibles
de favoriser un développement économique durable en milieu
rural, et de protéger et mettre en valeur les caractéristiques
archéologiques et patrimoniales de la région d’Angkor, en
tant que patrimoine national du Cambodge dont les populations locales font
partie intégrante.
Un des points clés du projet vient du fait que les enjeux relatifs
à la forêt et à sa gestion pérenne, se répercutent
de façon décisive sur la vie de ses habitants.
Cette étude concerne de façon globale les questions relatives
à la réhabilitation des paysages contemporains d’Angkor et
à la façon dont ceux-ci pourraient et devraient être
aménagés en tant que ressource durable. Ils se composent
en effet d’un mélange dynamique et diversifié de monuments
anciens, de restes forestiers, d’aspects naturels et artificiels, de terres
exploitées et d’habitations. Actuellement ils semblent échapper
à une gestion maîtrisée et être en état
de déclin.
Les stratégies de développement agricole et rural de la
région de Siem Reap-Angkor qui pourront être mises en place
sont les suivantes :
- Réhabilitation et amélioration du système d’irrigation
pour permettre une augmentation de la production de riz et une production
piscicole dans les mares des villages ;
- Intensification de l’élevage grâce à une sélection
et amélioration du cheptel et des pâturages ;
- Attribution des terres et promotion de l’utilisation rationnelle
des sols dans la région d’Angkor ;
- Planification des zones d’implantation rurale ;
- Création à Siem Reap d’un Institut de recherche et
de formation sur le développement rural et l’utilisation des sols
;
- Développement d’alevinières dans la région d’Angkor.
Après avoir étudié toutes les politiques du Gouvernement
cambodgien et celles de la communauté internationale pour la protection,
l’aménagement et le développement du site d’Angkor, il est
maintenant nécessaire de faire un bilan de critique de ces actions
et à partir de cela de dégager une perspective générale.
CONCLUSION
« (…) C’est en sauvant Angkor que tout un peuple va retrouver
sa fierté, son identité, sa volonté de vivre et cette
énergie nouvelle pour reconstruire son pays (…) » .
Cela souligne bien la grande importance du site d’Angkor pour le peuple
cambodgien. Le Gouvernement et la communauté ont fait énormément
d’efforts pour que cet objectif soit réalisé. L’inscription
du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial a été
un grand succès. Cette inscription représentait aussi une
obligation pour le Cambodge lui-même et la communauté internationale
de sauvegarder et développer harmonieusement ce patrimoine mondial.
Le Gouvernement cambodgien et la communauté internationale estiment
que la sauvegarde, la conservation, la mise en valeur et la gestion du
site d’Angkor et ses monuments ne doivent pas être dissociés
du développement de la région. Ils annoncent qu’« il
s’agit de relever un grand défi et de faire en sorte qu’à
travers la restauration des vestiges du passé soient mises en place
les conditions d’un renouveau économique du Cambodge, de sa renaissance
culturelle, de son essor social ».
En considérant de cette réalité, le Gouvernement
a mis en place de 1993 à 1998 un « Plan d’Urgence quinquennal
de sauvetage » (réhabilitation et restauration de l’environnement
d’Angkor ; préservation, restauration et présentation des
monuments ; lutte contre le pillage et le trafic illicite ; développement
des ressources humaines ; stratégie d’information et de participation
des populations ; développement socio-culturel de la région
d’Angkor ; développement touristique).
La durée du Plan est maintenant écoulée. On constate
que les résultats des stratégies de ce Plan sont positifs
pour certains points et négatifs pour d’autres.
Du côté positif, il y a le programme de restauration et
de conservation des monuments du site d’Angkor suite au succès remarquable
de la politique du Gouvernement et de la communauté internationale
pour faire classer Angkor comme patrimoine mondial. Cette réussite
est due certainement à la bonne coopération entre les autorités
cambodgiennes et la communauté internationale. Au niveau international
certains pays (la France, le Japon..) et certaines organisations (l’UNESCO,
CIC, PNUD…) jouent un rôle très important pour la restauration
et la conservation d’Angkor. Actuellement, presque tous les monuments importants
(Angkor Vat, Bayon, Preah Khan…) sont restaurés avec l’aide internationale.
À ce niveau là, il y a un bon cadre de gestion et de coordination.
Il s’agit du Comité International de Coordination (CIC). Dans ce
secteur, le Cambodge est encore incapable d’être maître d’ouvrage
sur son propre patrimoine. Il est simplement un « récepteur
» des aides internationales. Il paraît difficile de dire quand
le Cambodge sera techniquement et financièrement autonome pour les
travaux de conservation et surtout de restauration. Mais, on n’espère
pas cela avant longtemps.
Sur ce point, on trouve également que la mise en place de la
politique de protection et d’aménagement du site d’Angkor permet
au Cambodge de disposer des arsenaux institutionnels et juridiques prévus
par les recommandations du Comité du Patrimoine Mondial pour la
sauvegarde de son patrimoine culturel national et mondial. Cependant, il
faut constater que l’efficacité de ces dispositifs reste encore
très limitée.
Pour les autres programmes du Plan, les résultats sont légèrement
non souhaitables, déviés ou échoués, surtout
en ce qui concerne la protection du site contre le pillage, contre le développement
touristique et urbain sauvage, la préservation de l’environnement
et le développement socio-culturel et économique de la région
de Siem Reap.
Bien que des progrès dans le domaine de lutte contre le pillage
et le trafic illicite soient constatés, ils restent toujours minimes
par rapport à l’ampleur de la dévastation. La négligence
et la non prise de conscience des autorité locales et surtout des
hommes politiques sont les premières causes de ces catastrophes.
Sur ce problème, le commandant de la Police du Patrimoine d’Angkor
l’a bien montré en critiquant que : « J’ai tenté à
multiples reprises d’alerter les autorités de Phnom Penh. Notre
patrimoine national est détruit, le patrimoine hérité
de nos ancêtres et le bien de l’humanité tout entière.
Mais les leaders khmers n’entendent pas. Les hommes politiques ferment
leurs oreilles, regardent ailleurs. Ils ne voient que leurs dollars »
.
Dans le contexte actuel, la Police du Patrimoine et les autres autorités
concernées ne peuvent pas protéger le site d’Angkor du danger.
Il faut ainsi avoir une bonne volonté politique du Gouvernement
et de nouvelles mesures juridiques plus adéquates et plus contraignantes
à l’égard des voleurs et des trafiquants des biens culturels.
En collaboration avec les organisations internationales ou les pays
étrangers concernés par les Conventions internationales sur
la protection du patrimoine culturel, le Gouvernement cambodgien doit prendre
des initiatives pour le programme de renforcement des mécanismes
de lutte contre le pillage et le trafic illicite existants.
En ce qui concerne le développement touristique et urbain, il
provoque pas mal de problèmes néfastes pour le site d’Angkor
en raison de la faiblesse de l’Autorité APSARA qui ne peut pas maîtriser
la tendance de développement. Les réglementations sur le
Zonage, la Cité Hôtelière et les constructions ne sont
pas ou peu respectées par les autorités provinciales, les
habitants, les investisseurs ou les constructeurs des hôtels, des
maisons…Le développement urbain de la ville de Siem Reap se déroule
de manière incontrôlable et cause gravement la destruction
des paysages autour du site. La déforestation dans les zones protégées
pour les projets de construction des immeubles liées au tourisme
s’est multipliée au moment où les besoins des hébergements
pour les touristes ont augmenté au cours de ces quelques années
.
Pour le développement socio-culturel et économique, la
politique du Gouvernement est de faire bénéficier les populations
locales des opportunités touristiques. Il espère que, grâce
au tourisme, de nouveaux emplois seront créés, et par conséquent
le niveau de vie de la population de la région ou même du
pays sera amélioré. Toutes ces prévisions ont eu peu
de succès. Il y aura bientôt dix ans depuis le lancement de
cette politique, mais la population vit toujours en dessous du seuil de
pauvreté. On estime que c’était une politique trop ambitieuse.
Les reproches ne peuvent pas être adressées à l’Autorité
APSARA toute seule, il faut également viser les autorités
provinciales et le pouvoir central, c’est à dire le Gouvernement,
pour leurs actions arbitraires et leurs interventions illégales
dans la compétence de gestion de l’Autorité.
En général, la politique d’aménagement et
de protection du site d’Angkor qui a été adoptée par
le Gouvernement, avec le grand soutien de la communauté internationale,
a partiellement réussi. Les stratégies déterminées-le
développement touristique, urbain maîtrisé, le développement
régional intégré et le respect de l’intégrité
du site -sont difficiles à concilier. La concrétisation de
cette politique paraît ainsi difficile. Les stratégies fixées
sont trop ambitieuses, elles ne correspondent pas à la réalité
de la région et à la capacité de gestion et d’action
des institutions nationales. Le Gouvernement, et particulièrement
l’Autorité APSARA est un grand « stratège » mais
non expérimenté !
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