Université Lumière LYON 2
Faculté des Sciences Juridiques
DEA d’Administration Publique
 
 
 
 

     LA POLITIQUE D’AMÉNAGEMENT
     ET DE PROTECTION DU SITE DE LA
        RÉGION DE SIEM REAP-ANGKOR
                     (AU CAMBODGE)
 
 
 

Mémoire présenté par OUCH Channora
 
 

Sous la direction de Monsieur J. P. JOUGUELET,
Professeur à l’Université Lumière LYON 2

                                                                                                 Année Universitaire 1999-2000
 

__________________________________________________________________________
 

SOMMAIRE

INTRODUCTION_______________________________________________3
A. Rappel historique de l’état de protection du site_______________________3
- Au début du XX e siècle : époque coloniale________________________________3
- De l’Indépendance à la fin des années quatre-vingts________________________3
B. Le site d’Angkor à l’aube du nouveau millénaire,
    une politique d’aménagement_________________________________________7
 - Contexte____________________________________________________________7
 - Concrétisation_______________________________________________________9
C. Problématique____________________________________________________13
 - Constat du lieu_____________________________________________________13
 - Présentation de l’objectif_____________________________________________17

PREMIÈRE PARTIE - AMÉNAGER POUR PROTÉGER :
LES MÉCANISMES DE SAUVEGARDE DU SITE__________19

CHAPITRE I : LES CADRES JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL____20
 I. Au niveau international___________________________________21
 A. Le cadre institutionnel__________________________________________21
B. L’encadrement juridique_________________________________________25
 1. Convention pour la protection des biens culturels en cas de
 conflit armé et ses Protocoles _________________________________25
 2. Convention concernant la protection
 du patrimoine culturel et naturel_______________________________29
 II. Au niveau national______________________________________32
 A. Le cadre institutionnel de gestion________________________________32
 1. Conseil supérieur de la Culture Nationale (CSCN)_________________32
 2. Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement
 de la Région d’Angkor (APSARA)______________________________34
 

B. Le fondement juridique_________________________________________38
 1. Protection constitutionnelle___________________________________39
 2. Décret royal portant sur le Zonage et la gestion
 de la région de Siem Reap/Angkor_____________________________39
 3. Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel_____________________42
 

CHAPITRE II : LES PROJETS PRIORITAIRES DE PROTECTION____47
 I. Mesures de sauvegarde du site et de lutte contre les vols,
  le pillage et le trafic illicite des objets d’art_________________48
A. Le site en danger______________________________________________48
B. L’arsenal de protection…_______________________________________50
  1. … à l’échelle internationale___________________________________50
1.1. Convention concernant les mesures à prendre pour interdire
 et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert
  de propriété illicites des biens culturels___________________________51
 1.2 La convention UNIDROIT sur le retour
  international des biens culturels_______________________________52
 2. … à l’échelle nationale_______________________________________52
 2.1. Police du Patrimoine___________________________________________53
 2.2. Inventaire____________________________________________________56
C. Le combat de la restitution______________________________________58

 II. Autres programmes : préservation, restauration et mise
  en valeur du site, campagne de sensibilisation,
  formation et recherche _________________________________61
 A. Conservation, restauration et mise en valeur
  des monuments du site d’Angkor__________________________________61
  1. Objectif et stratégie____________________________________________61
  2. Problème de gestion___________________________________________64
 B. Actions de sensibilisation…_______________________________________65
  1… auprès des médias____________________________________________65
  2. … auprès des populations et des touristes__________________________66
 C. Recherche et formation__________________________________________67
 
 

DEUXIÈME PARTIE   – AMÉNAGER POUR DÉVELOPPER : LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE, URBAIN ET RÉGIONAL________________________________71

CHAPITRE I : STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE___72
 I. La potentialité et la contrainte_____________________________73
 A. Les opportunités________________________________________________73
1. La spécificité des sites d’Angkor__________________________________73
1.1. Aspect environnemental_______________________________________73
1.2. Aspects historique, culturel et monumental_________________________74
2. Les autres facteurs_____________________________________________75
 2.1. La stabilité politique_________________________________________75
 2.2. La sécurité________________________________________________76
 2.3. La volonté politique_________________________________________77
B. Les limites______________________________________________________78
1. Insuffisance des infrastructures, des institutions et des ressources humaines_78
2. Capacité d’accueil limitée du site__________________________________79
 C. Le choix________________________________________________________80
 1. Tourisme culturel de qualité, une stratégie à long terme______________81
 2. Effets_______________________________________________________82

II. Les plans privilégiés d’aménagement et de développement_______83
 A. La mise en place des moyens juridique,
  institutionnel et humain de gestion________________________________83
1. Les moyens institutionnels______________________________________83
 1.1. Le Département de Développement Touristique
  d’Angkor (DDTA) de l’Autorité APSARA________________________84
 1.2. Les autres partenaires publics et privés____________________________85
 2. Les moyens juridiques__________________________________________86
  2.1. Les textes législatif et réglementaire______________________________86
 2.2. Le contrat de concession_______________________________________88
 3. Le moyen humain, la nécessité du programme de formation____________91
 B. Les infrastructures et les équipements______________________________92
 1. Les hébergements_____________________________________________92
 2. Le développement des aéroports__________________________________94
 3. Les autres infrastructures et équipements__________________________96
 

CHAPITRE II : LES DÉVELOPPEMENTS URBAIN ET RÉGIONAL____98
 I. Le développement urbain de la ville de Siem Reap____________99
 A. Les outils juridique et institutionnel_______________________________99
 1. Instrument institutionnel_______________________________________99
 2. Dispositif juridique___________________________________________101
 B. Les enjeux et les stratégies______________________________________104
 1. Contexte___________________________________________________105
 2. Stratégies__________________________________________________105
 3. Cité Hôtelière, un défi pour l’avenir______________________________107

 II. L’intégration du développement régional__________________110
 A. Développement du Parc Archéologique____________________________110
 1. Objectif____________________________________________________110
 2. Aménagement_______________________________________________111
 B. Développement des espaces écologique et rural_____________________112
 1. Problématique_______________________________________________112
 2. Programme de conservation et de développement de lac Tonlé Sap_____113
 3. Programme de développement rural, de réhabilitation de la forêt
  et de mise en valeur des paysages du Parc d’Angkor_________________117
 

CONCLUSION________________________________________________120
 

BIBLIOGRAPHIE
 

ANNEXES
 
 

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Le résumé de la hiérarchie des textes dans le droit cambodgien :

- La Constitution ;
- Le Krâm  : acte de promulgation de la loi, signé par le Roi ;
- Le Chbap (loi) : acte adopté par le parlement ;
- Le Kret (décret royal) : acte proposé par le Conseil des ministres et signé par le Roi en tant que chef d’Etat, ayant ici le caractère réglementaire et autonome ;
- L’Anukret (sous-décret)  : acte ou décret pris en Conseil des ministres pour l’application de la loi ou du décret royal, signé par le Premier ministre ;
- Le Prakas (arrêté ministériel) : acte pris par un seul ministre ou par plusieurs ministres (arrêté interministériel) pour l’application du sous-décret.

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«  (…) Nous reconnaissons que les monuments d’Angkor, symbole national du Cambodge et de son peuple, constituent l’un des patrimoines culturels mondiaux les plus importants en Asie et que la coopération internationale pour la sauvegarde et le développement de la région d’Angkor et de ses monuments revêt une importance particulière pour la reconstruction nationale.
Nous reconnaissons que c’est au peuple cambodgien souverain qu’il revient en premier lieu d’assurer la sauvegarde et le développement du site historique du site d’Angkor et qu’à cet effet nous l’aiderons à mener à bien et à poursuivre cette tâche. (…) Nous nous félicitons (…) qu’ainsi la coopération internationale sur le site et la région d’Angkor puisse être renforcée. Nous nous félicitons également de l’annonce par le Gouvernement du Royaume du Cambodge des mesures tant législatives qu’organisationnelles destinées à assurer la protection du site, la prévention du pillage, le maintien de la sécurité dans la région et une conduite efficace d’opérations de préservation, de restauration et de développement (…) » (Déclaration de Tokyo) .
 

«(…) Si par APSARA (Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor), nous faisons preuve de détermination et de fermeté, la gestion, la promotion et la recherche sur le patrimoine culturel khmer – tout en étant part du patrimoine mondial – reviendront entre des mains khmères, entre ces mêmes mains qui le sculptèrent, le caressèrent et le protégèrent pendant tant de siècles. Et cela sera fait de la seule façon possible : en contribuant à former une nouvelle génération de spécialistes, de techniciens, d’intellectuels, de penseurs et des gens efficaces. Qualifiés et dévoués, ils se dresseront, sur la scène internationale, debout dans le présent avec un bras autour du passé et les yeux tournés vers l’avenir (…)» (Norodom Sihanouk).
 

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INTRODUCTION

 La Déclaration de Tokyo et le message de Sa Majesté Norodom Sihanouk nous montrent bien que la politique de la Communauté internationale et du Gouvernement du Cambodge est plus que jamais déterminée à protéger et à aménager le site d’Angkor afin de le sauver et de le développer convenablement après avoir été « attaqué, pillé, (…) victime à la fois des hommes et de la nature, (…), de la politique, des guerriers, des trafiquants (…) » .
 Avant la Déclaration de Tokyo, l’Angkor a connu une longue histoire soit il fut grandiose et respecté, soit il fut tragique, oublié et repensé comme l’indique M. Federico Mayor, Directeur général de l’UNESCO  : « Dans l’histoire de l’humanité, il y a des monuments où l’histoire et l’humanité se taisent. (…). Il faut donc attendre que l’histoire, et avec elle les hommes, se réveillent pour que la tragédie, la beauté et l’espoir se rencontrent (…) » .

A. Rappel historique de l’état de protection du site

Après sa redécouverte à la fin du XIX e siècle, Angkor a commencé à diffuser sa notoriété dans le monde entier, par le biais de l’École Française d’Extrême-Orient. Grâce à sa grande valeur archéologique et patrimoniale, le site d’Angkor a bénéficié de beaucoup de  mesures de conservation, de protection et de mise en valeur de la part des autorités nationales et de la communauté internationale.

- Au début du XX e siècle : époque coloniale

 « Angkor constitua probablement l’une des motivations présidant à la création de l’École Française Extrême-Orient (EFEO) en 1899 » . C’est grâce à cette célèbre École que la Conservation d’Angkor a été créée, en 1908, qui se chargeait s’assurer de sauvegarder, de restaurer le site et de mener des travaux de fouilles et d’inventaires à grande échelle.
 Une politique de protection et de gestion de la forêt a été instaurée, en 1911, dans un objectif de restaurer et préserver les monuments et le site. C’est en 1925 qu’on a aménagé une zone de forte concentration des monuments comme le Parc archéologique d’Angkor.
 Quant à la politique de promotion touristique d’Angkor, elle était restée très minime par rapport à aujourd’hui. Car, à cette époque, qu’« on appréciait le Parc pour sa valeur archéologique et son importance historique plus que pour son attrait touristique » .
 Pour le secteur urbain, la ville de Siem Reap qui était, au début, un groupement de villages, s’est développée peu à peu en une seule unité administrative et sociale, et après en un chef-lieu provincial. Une grande partie des infrastructures urbaines de la ville actuelle a été mise en place par l’administration coloniale : la plupart d’entre elles (bâtiments, barrages, station d’épuration d’eau, réseau routier…) sont toujours en état de fonctionnement.

- De l’indépendance à la fin des années quatre-vingt

 Les travaux de la Conservation d’Angkor et de l’École Française Extrême-Orient étaient très satisfaisants depuis leur création jusqu’à l’Indépendance en 1953. Cependant, la Conservation d’Angkor n’a jamais entamé la formation de nationaux cambodgiens en domaine de la recherche archéologique, en technique de conservation et de restauration ou en gestion du patrimoine culturel. Cela explique pourquoi même après l’Indépendance, le gouvernement cambodgien « continua à confier la gestion scientifique et technique à l’École Française Extrême-Orient » .
 La création de l’Université Royale des Beaux-Arts de Phnom Penh en 1965 avait pour but de former les archéologues et de nationaliser la gestion du patrimoine culturel. Cette politique générale de khmérisation a été interrompue par la guerre dès 1970.
 Pendant la guerre, la Convention de La Haye de 1954 portant sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé a eu un rôle primordial qui permettait au Cambodge en tant que signataire d’éviter les attaques militaires dans la zone du Parc.
 La Conservation d’Angkor, avec l’assistance de l’UNESCO, a mis l’emblème de la Convention de La Haye  sur les principaux monuments d’Angkor afin de rappeler l’obligation de démilitariser la zone. Certains objets d’art précieux conservés dans les dépôts de la Conservation ont été envoyés à Phnom Penh pour des raisons de sécurité. Toutes les activités de la Conservation ont été totalement arrêtées en 1973.
 En 1975, les Khmers rouges sont arrivés au pouvoir. Ils n’ont pas eu de « politique particulière » pour la gestion de ce patrimoine culturel. Le site d’Angkor a été oublié . Les Khmers rouges ont détruit plusieurs objets d’art, surtout les statuts de Bouddha en pierre et en bois de l’époque post-angkorienne. Ils ont aveuglément modifié le système hydraulique avant la guerre et construit sans efficacité par des travaux forcés un nouveau système d’irrigation dans la région d’Angkor.
 Sur le plan urbain, la ville de Siem Reap, comme toutes les autres villes du pays, a été vidée de sa population. Les villageois qui habitaient dans le Parc ont également été déportés.
 Sous le régime des Khmers rouges, Angkor, comme le Cambodge et son peuple, a subi le plus grand malheur dans l’histoire de l’humanité.
 Le régime khmer rouge s’est achevé en 1979. Le nouveau régime communiste installé par le Vietnam est alors né. Ce régime est arrivé à son terme à la fin des années quatre-vingts.
Pendant cette période il y a eu certains aménagements urbains dont on se servait pour la plupart comme « points stratégiques » pour renforcer le pouvoir politique du régime. Par exemple, une digue a été dressée aux abords de la ville aux fins de protection contre les attaques des Khmers rouges. En général, il n’y pas eu de grands apports aux infrastructures urbaines existantes.
 Certainement, le site d’Angkor a été en insécurité. Certains monuments ont été occupés par les troupes vietnamiennes qui les ont utilisés comme des bases militaires stratégiques. Une grande partie du Parc archéologique est restée sous le contrôle des Khmers rouges. Seuls les monuments qui restaient proches de la ville ont été ouverts aux touristes nationaux.
 Au cours des années 1980 et 1990, le site d’Angkor était en danger pour plusieurs motifs : grande pauvreté de la population, abondance des armes, insécurité généralisée, autorité militaire grandissante et incontrôlable, instabilité politique, émergence du réseau international de trafic illicite d’objets d’art…
Le site d’Angkor, depuis sa création jusqu’à la fin des années quatre-vingts, a connu seulement un aménagement minime qui ne concernait que la politique de restauration et de conservation. Il n’y a jamais eu de politique globale d’aménagement et de protection du site afin de le développer rationnellement et durablement.
Grâce à la prise de conscience de la part des dirigeants cambodgiens du danger que connaît le patrimoine culturel national et grâce aux préoccupations internationales, une nouvelle ère pour la région d’Angkor  a commencé. Une bonne politique d’aménagement et de protection du site de la région de Siem Reap a permis au Cambodge d’obtenir de meilleures opportunités pour développer son économie puisque le site d’Angkor « constitue un facteur essentiel de renaissance économique, sociale et culturelle (…),  après les terribles épreuves subies par le peuple cambodgien (…) » .

B. Le site d’Angkor à l’aube du nouveau millénaire,
une politique d’aménagement

 Angkor ne doit être plus laissé « orphelin », il faut le « sauver » comme l’a indiqué M. Federico Mayor, Directeur général de l’UNESCO. Il a ajouté qu’ : « (…) Aujourd’hui, au Cambodge la tragédie recule, l’espoir vient de naître et la beauté d’Angkor affirme sa permanence (…) » . Dans son histoire, Angkor n’a été jamais si entretenu, conservé, protégé, aménagé, et développé, qu’aujourd’hui, après des années d’oubli et de dégradation sans précédent.

- Contexte

La guerre civile dont a souffert le Cambodge pendant les dernières décennies, a épuisé les richesses nationales dans tous les domaines. Au début des années 1990, le Cambodge commençait à s’ouvrir vers l’extérieur après des années d’isolement et d’embargo international . Cette ouverture a permis au Cambodge de se reconstruire et de se renforcer de cadres nationaux de gestion avec l’appui international. Mais, cela risque également de mettre le pays sous diverses formes d’exploitation qui nuiront énormément à la société khmère. La première victime de cette conséquence est l’« héritage » patrimonial d’Angkor qui est devenu la « cible » principale du trafic d’art illicite à l’échelle internationale.
Face à cette menace, la question de préserver le site d’Angkor internationalement a été soulevée, en 1989,  par S.A.R. le Prince Norodom Sihanouk au moment où la situation politique du Cambodge a changé (début des négociations pour la paix). C’est à partir de cette année que l’UNESCO a eu la possibilité d’envoyer ses experts techniques à Angkor pour évaluer le danger pour le site.
Avec la Résolution 26 C/3-13 lors de la Conférence générale , l’UNESCO s’est vue attribué un rôle de coordinateur des aides internationales en faveur de la sauvegarde des monuments d’Angkor. Cette résolution prévoit également que le Directeur général va continuer entre autres « à mettre en place, en collaboration avec les autorités cambodgiennes, le mécanisme international qui convient pour assurer la conservation et la mise en valeur du site d’Angkor avec l’assistance de spécialistes ressortissants de divers pays » et « à aider les autorités cambodgiennes à renforcer les institutions culturelles nationales et à développer les ressources humaines nationales ».
Après des années d’efforts de la part des autorités cambodgiennes, en collaboration avec la communauté internationale, en 1992, le site d’Angkor a été inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial. Le Comité du Patrimoine Mondial qui a approuvé la demande d’inscription, a suivi les critères suivants  :
i. Angkor représente une réalisation artistique unique, un chef-d’œuvre du génie humain ;
ii. Angkor a exercé une profonde influence sur le développement de l’architecture, de l’art de la construction des monuments et de l’organisation de l’espace pendant une période donnée, dans une aire spécifique ;
iii. Angkor constitue un témoignage exceptionnel d’une civilisation du passé ;
iv. Angkor offre un exemple remarquable d’un type de construction ou d’un groupe architectural illustrant d’une période de l’histoire.
En raison de la grande ampleur du danger et des « urgences » de conservation avec « rapidité » et « efficacité », le Comité a inscrit le site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial en péril et a demandé au Gouvernement royal de prendre les mesures nécessaires pour que soient remplies les conditions suivantes  :
a) Législation de protection adéquate promulguée ;
b) Établissement d’une agence nationale de protection avec personnel adéquat ;
c)  Établissement de limites permanentes basées sur le projet du PNUD  ;
d) Définition de zones tampons significatives ;
  e) Établissement de la surveillance et de coordination de l’effort
         internationale de conservation.
Le Comité a laissé trois ans (1993-1995) au Cambodge pour accomplir ces conditions afin de protéger la zone en question et de permettre une inscription permanente du site sur la liste. En même temps, le Comité a demandé à l’UNESCO d’effectuer une étude approfondie spéciale sur le site et la région limitrophe, dans le but d’accélérer cette inscription et d’aider le Cambodge à respecter ses obligations.
Certes, il appartient ensuite au Cambodge, à son peuple et surtout à ses dirigeants de se montrer à la communauté internationale leur vraie volonté politique de protéger et de conserver leur propre patrimoine national pour les générations futures. De plus, dans le contexte actuel de  pauvreté générale persistante dans les domaines économique et administratif, la richesse potentielle de ce patrimoine pourra être exploitée de façon non rationnelle. Sans la grande participation du Cambodge, tous les efforts internationaux ne seront sûrement pas réalisables ni réussis.
- Concrétisation
Il est très remarquable et sans contestation possible qu’il y a aussi eu une augmentation des mesures de protection, au moment de transition politique (1989-1993), face aux menaces néfastes à l’égard du patrimoine national. Plusieurs conventions internationales relatives à la protection des biens culturels ont été signées et ratifiées par le Cambodge. A titre d’exemple, en 1991, S.A.R. le Prince Norodom Sihanouk en tant que Président de Conseil National Suprême (CNS) , a signé la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel.
Le Cambodge a, depuis longtemps, ratifié de principales conventions internationales et leurs protocoles additionnels sur la protection des biens culturels : en 1962, la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, en 1972, la Convention de Paris de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété illicites des biens culturels.
Les ratifications de ces conventions internationales par le Cambodge poussent ce dernier à prendre des mesures législatives, réglementaires et institutionnelles concrètes et efficaces dans ce domaine. Selon les tâches fixées par l’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial, des amendements ont été faits dans le Code pénal prévoyant des sanctions contre la destruction, le vol et le trafic illicite des biens culturels. L’élaboration des textes juridiques portant sur la protection du patrimoine national (en janvier 1996, la loi sur la Protection du Patrimoine culturel ; en mai 1994, le décret royal portant sur le zonage et la gestion de la région de Siem Reap-Angkor) et la création des institutions nationales de gestion (Conseil Supérieur de la Culture Nationale, Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor : APSARA, par exemple), ont été rapidement lancées avec l’aide des experts internationaux (de l’UNESCO, de l’ONU, … etc.).
Le Cambodge proclame solennellement dans sa nouvelle Constitution (articles 69, 70 et 71), promulguée en septembre 1993, sa responsabilité nationale de protection du patrimoine culturel.
Au niveau international, le Comité International de Coordination pour la Sauvegarde et le Développement du Site Historique d’Angkor (CIC) a été créé, afin de coopérer avec la communauté internationale et les organes nationaux existants. Ce comité est coprésidé par la France et le Japon. En collaboration avec le Gouvernement royal, de nombreuses études approfondies sur la région ont été préparées ou financées par l’UNESCO (Plan de zonage et de gestion de l’environnement du site d’Angkor : ZEMP, septembre 1993), par la Caisse Française de Développement (Plan d’Urbanisme de Référence et Projets Prioritaires, Rapport de 1ère phase, novembre 1994), par l’Agence Française de Développement (Assistance pour l’Établissement de Documents d’Urbanisme Réglementaire de Siem Reap-Angkor, Rapport de 1ère phase, juillet 1999) …etc.
En se basant sur ces études fondamentales et sur celles réalisées dans le passé, le Gouvernement royal a la possibilité d’élaborer des stratégies globales pour la protection et l’aménagement du site à « long terme » et pour le « développement intégré » de la région de Siem Reap dans son ensemble.
En constatant des améliorations accomplies par le Cambodge pendant trois ans pour l’établissement des mécanismes juridiques de protection et d’aménagement du site, en décembre 1995, le Comité du Patrimoine Mondial a confirmé « l’inscription permanente »   d’Angkor en le gardant encore sur la Liste du patrimoine mondial en péril . Ces inscriptions permettront une sorte de conservation et de protection très forte pour le site d’Angkor en tant que patrimoine national et mondial.
Ce n’est pas un hasard si le Gouvernement cambodgien et la communauté internationale se sont mobilisés afin que le site d’Angkor soit aménagé et protégé raisonnablement. Mais c’est une décision politique prise avec précaution et fermeté puisque que « l’avenir du Cambodge repose en grande partie sur Angkor » .
Angkor n’est pas seulement un patrimoine culturel national et mondial qui doit être effectivement protégé et mis en valeur, mais aussi  un « potentiel économique » irremplaçable qui doit être développé pour l’intérêt de la région et de la Nation. Pourtant, le contrôle du développement est nécessaire pour que le patrimoine culturel ne soit pas mis en cause par une forme d’exploitation sauvage. Il incombe donc au Gouvernement royal de balancer et de faire cohabiter ces deux intérêts, culturel et économique, qui sont « divergents », voire « conflictuels » .
Les développements économique et touristique bien maîtrisés et harmonieux sont le but primordial et le plus cher souhait du Gouvernement royal, qui contribuent, par conséquent, à éviter la destruction fatale du patrimoine culturel, et en plus, à protéger et développer ce dernier.
La création de l’APSARA (Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor) par le Gouvernement a eu lieu, sans aucun doute, pour répondre à cette ligne directrice et aussi à la deuxième obligation (établissement d’une agence nationale de protection avec personnel adéquat) imposée par le Comité du Patrimoine Mondial. Dans l’avenir, cette Autorité aura un rôle essentiel pour la recherche, la conservation, la protection du patrimoine culturel et les développements urbain et rural ainsi que la gestion touristique dans toute la région de Siem Reap-Angkor.
Angkor ayant été classé patrimoine mondial, la gestion et la protection de celui-ci ne relèvent pas seulement des compétences des autorités nationales mais aussi de celles de la communauté internationale qui participent activement à promouvoir ce précieux et inestimable patrimoine mondial. C’est dans ce but que des instruments de coopération nationale et internationale ont été établis, notamment le CIC , créé lors de la première Conférence intergouvernementale pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor, qui s’est tenue à Tokyo en octobre 1993. Quant à l’UNESCO, elle joue un rôle de secrétariat dans ce Comité. Le CIC a ensuite décidé de créer un sous-comité (Comité Technique) chargé des affaires techniques et tenant ses sessions plénières annuelles à Phnom Penh ou à Siem Reap. Avec ce mode de fonctionnement, tous les projets nationaux et internationaux sur Angkor doivent être soumis au CIC, par le biais de son Comité Technique pour discussion. Ce CIC élabore chaque année son rapport annuel d’activités relatif à tous les travaux ou projets sur Angkor. Il y a d’autres mécanismes de gestion d’Angkor, par exemple la Réunion Quadripartite entre la France, le Japon, le Cambodge et l’UNESCO et la création du groupe d’experts Ad Hoc, chargé de conseiller l’Autorité APSARA sur des questions techniques à des problèmes précis ou plus larges liés à la sauvegarde d’Angkor .
La grande et admirable consécration du Royaume du Cambodge et de la communauté internationale pour « sauver » le site d’Angkor donne, jusqu’à maintenant, des résultats très positifs porteurs d’espoir pour l’avenir. Mais, le défi reste encore long et très difficile à surmonter pour un pays où toutes les structures administratives, les infrastructures de base ont été presque détruites par la guerre durant les deux dernières décennies.
Au moment de l’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial, la promesse du Gouvernement royal était très lourde, à l’égard de la communauté  internationale. Malgré  les  considérables  efforts et le  courage  du
Gouvernement avec le concours de la communauté internationale, la maîtrise d’aménagement et de développement du site restent toujours difficiles à réaliser en raisons des problèmes rencontrés sur le terrain.
La complexité des problèmes de gestion, la pauvreté de la population, l’instabilité politique, la fragilité de la paix, l’insécurité, le manquement des textes juridiques et des ressources humaines, le non-respect des lois, la politisation de l’administration, la corruption, le vandalisme, … sont de très grands obstacles pour le Cambodge l’empêchant atteindre son ambition de se reconstruire rapidement.
C. Problématique
 Une étude sur les textes ne nous permet pas de comprendre toutes les réalités d’une politique publique de l’État, puisque celle-ci est lancée par l’administration centrale de haut niveau, mais elle est appliquée sur le terrain par son service déconcentré ou ses représentants, qui a toujours un écart entre la théorie et la pratique . Seule une étude sur le terrain est le meilleur moyen permettant de découvrir cette déviation et d’établir des critiques analysées. Cette dernière étude sera servie comme expérience et réflexion de toutes nouvelles stratégies. La compréhension de ces réalités permet aux décideurs politiques de réagir rapidement et efficacement et de bien choisir une ligne politique prioritaire d’action dans l’avenir. C’est ce mode de travail que nous allons adopter tout au long de notre recherche.

- Constat du lieu

 C’est une démarche d’entretien avec les hauts responsables de l’Autorité APSARA qui sont chargés de mettre en place la politique du gouvernement. Avec  ces entretiens, nous pouvons obtenir beaucoup d’informations importantes relatives au dysfonctionnement de travail, aux divergences de points de vues entre la communauté internationale, le Gouvernement, l’Autorité l’APSARA et l’administration provinciale, aux difficultés de l’application de cette ambitieuse politique…
 L’objet de ces entretiens concerne plusieurs volets principaux qui sont tous des questions pratiques. Par exemple la façon de coordonner toutes les directions opérationnelles de l’Autorité APSARA entre elles ainsi que la coordination de ces dernières avec les autres autorités. Cela concerne également les problèmes -politique, économique, social, financier et technique - ainsi que les opinions personnelles de chaque responsable.
 Les entretiens ont été faits avec les directeurs de trois départements de l’Autorité APSARA . Avec des analyses, nous pouvons résumer ces entretiens en certaines idées principales en essayant, ensuite, d’élaborer des propositions.
 Nous constatons que l’Autorité APSARA reste toujours un jeune établissement en plein de construction, ayant peu d’expérience et fonctionnant mal bien qu’il ait été créée en 1995, dispose de bons responsables chargés des affaires de l’Autorité et ait la confiance et le soutien de la communauté internationale. Cela s’explique par plusieurs raisons, soit internes, soit extérieures.
 Dans le contexte externe, l’Autorité APSARA a subi de nombreuses pressions, politique, juridique, institutionnelle, socio-économique et financière.
Comme c’est une instance de coordination et d’arbitrage entre divers ministères (son Conseil d’Administration comprend des ministres concernés  par cette politique d’aménagement et le gouverneur de la province de Siem Reap) , elle a donc besoin de bonnes coopérations entre partenaires pour bien accomplir ses missions. Mais, la situation actuelle au Cambodge ne permet pas d’aboutir. En général, dans l’administration cambodgienne, la forme inter-ministrérielle ne fonctionne pas bien et, dans la plupart des temps, rencontre des échecs pour des raisons politiques, administratives, juridiques ou techniques .
 En ce qui concerne les incohérences de décision et les entraves venues de l’extérieur qui empêchent l’APSARA de travailler correctement et de réaliser ses projets, d’après les responsables de cette dernière, il s’agit de non-respect des règles établies (zonage, zone hôtelière, répartition des compétences…)  par les autorités locales, les militaires, les investisseurs, les hommes de pouvoir, et même par le Gouvernement .
Celles-ci peuvent être également expliquées par la question de la corruption généralisée au sein des organes de décideurs politiques du Gouvernement royal et en partie dans les autorités locales, ainsi que l’empiètement des pouvoirs et la méfiance à l’égard de cette nouvelle autorité par les autorités provinciales, les autres ministères et les populations, puisque cette dernière s’occupe de plusieurs domaines relatifs à l’aménagement et à la protection du site, aux développements touristique et urbain qui étaient, avant sa création, pris en charges par les différentes autorités .
 Nous découvrons enfin que si l’APSARA est concernée par les questions politiques, économiques, financières ou d’ « investissements », elle a moins de liberté d’action par rapport à celles qui sont proprement techniques (par exemple, la restauration, la conservation des monuments…) . Au moment de la réunion du Conseil d’Administration d’APSARA, les préoccupations des représentants du Gouvernement et de la plupart des membres sont principalement relatives aux développements « touristique », « économique », « urbain » et « régional ». Les préoccupations de l’APSARA, soutenues par la communauté internationale, sont les « développements harmonieux » et « globaux » en protégeant le site au maximum  .
 Tous ces obstacles ne peuvent être réglés si le Gouvernement n’a pas de bonne volonté politique et n’intervient pas illégalement dans les compétences de l’Autorité APSARA. Le Gouvernement a été critiqué vivement par le parti d’opposition pour sa pression sur l’APSARA afin de signer un « contrat de concession » relatif à la perception des droits d’entrée au site d’Agnkor avec une société privée s’appelant « Sokha Hôtel » . Ce contrat de concession a été « tout rédigé  par le Gouvernement et l’Autorité APSARA n’est obligée que de le signer et appliquer » .
 L’APSARA n’a bien fonctionné qu’après 1998. C’est à dire après avoir eu sa vraie autonomie financière. Avant cette année, elle a eu beaucoup de problèmes financiers, de restructurations ou de conflits internes . Il y a aussi de carence de bonne coordination entre les départements sous tutelle de l’Autorité. Certains départements n’ont pas de véritable stratégie globale pour leur action et ne disposent pas d’assez de personnels pour assurer le travail. APSARA est une autorité très centralisée, même si elle a ses bureaux à Siem Reap, presque tous les dossiers sont envoyés à Phnom Penh et les hauts responsables de l’Autorité prennent des décisions .
 Si l’Autorité APSARA veut réussir son objectif, elle doit se montrer son prestige, sa capacité et sa détermination, en évitant absolument tous les scandales de corruption, de partisan, d’inefficacité et de gaspillage qui dominent actuellement la vie politique et administrative cambodgienne. Avec toutes la confiance de la communauté internationale, du peuple cambodgien et de son Roi, l’APSARA va travailler avec fierté et avec une grande responsabilité.
 L’observation sur les pratiques permet de bien comprendre toutes les réalités de notre problématique, et à partir de cela nous ne choisirons que de grands domaines, considérés comme prioritaires pour l’avenir du site et de la région de Siem Reap-Angkor, à traiter dans notre étude.

- Présentation de l’objectif

 La mise en place de la politique d’aménagement et de protection du site d’Angkor par le Gouvernement s’explique par le fait que la potentialité historique, culturelle, archéologique… de ce dernier nécessite une administration et un système d’aménagement modernes adaptés afin d’obtenir de grandes opportunités.
 Le Gouvernement et la communauté internationale sont persuadés qu’avec cette potentialité, il peut avoir des développements économique, urbain et rural qui vont donner au Cambodge une nouvelle chance de combattre la pauvreté de la population et du pays. Ces développements se réalisent grâce au tourisme qui se progresse spectaculairement pendant ces dernières années. Cependant, le tourisme peut également avoir des conséquences désastreuses pour la société et le patrimoine angkorien. Le choix du type de tourisme est très important.
La question de protection du site d’Angkor attire de plus en plus l’attention du Gouvernement royal et de la communauté internationale. L’inscription d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial s’est bien sûr faite dans ce but. C’est pourquoi, de nombreux dispositifs juridiques et institutionnels de protection du site et des biens culturels ont été aménagés et mis en place par le Cambodge et la communauté internationale (Première partie).
C’est dans le même contexte que le Gouvernement a élaboré, par le biais d’APSARA, une politique de développement touristique maîtrisé. Mais, une seule politique touristique bien gérée ne peut pas défendre sûrement le site dans son ensemble, il faut avoir en plus des contrôles de développement urbain et régional qui jouent également un rôle déterminant pour la protection du parc archéologique. Ce sont seulement de bonnes politiques prioritaires d’aménagements touristique, urbain et régional qui peuvent contribuer efficacement à la protection du site et au développement du pays (Deuxième partie).
 Notre étude ne concerne pas seulement les aspects juridiques, mais aussi les considérations politiques, socio-économiques, socio-culturelles et urbaines dans son ensemble avec des analyses critiques et les perspectives d’aménagement et de développement du site de la région de Siem Reap-Angkor.
 

PREMIERE PARTIE : AMENAGER POUR PROTEGER : LES MÉCANISMES DE SAUVEGARDE DU SITE
 

 Angkor en tant que  patrimoine culturel national et mondial est placé sous la haute protection conjointe du Cambodge et de la communauté internationale. Ce sont des tâches nationales et internationales. C’est pour cette raison que de nombreux outils juridiques et institutionnels au niveau international et national ont été mis en place afin d’accomplir ces obligations (Chapitre I).
 Après les cadres de gestion, nous consacrerons ensuite nos études aux plans prioritaires choisis par le Gouvernement et la communauté internationale pour sauvegarder, préserver, restaurer et mettre en valeur les monuments et le site d’Angkor (Chapitre II).
 

CHAPITRE I : LES CADRES JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL

 Conformément à « l’esprit de Tokyo » , des mécanismes de coordination au niveau international ont été créés afin de mobiliser la communauté internationale et l’impliquer dans l’action de sauvegarde et de développement de la zone d’Angkor. C’est toujours au niveau international que le site d’Angkor en tant que patrimoine culturel a reçu les mesures de protection spéciale des conventions internationales dont le Cambodge est signataire (I).
 C’est avec le même « esprit de Tokyo »  et dans le respect des obligations découlant de l’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial que le Cambodge va assurer, en premier lieu, la responsabilité de préservation et de mise en valeur de son patrimoine national pour la génération future avec la mise en place de cadres juridiques et institutionnels efficaces pour gérer ce patrimoine culturel (II).

I. Au niveau international

 Le problème d’Angkor est maintenant devenu non seulement celui du Cambodge mais également celui des autres pays participant à la Conférence intergouvernementale de Tokyo et des États signataires de toutes les Conventions internationales relatives à la protection des biens culturels. En se basant sur ces Conventions internationales, les institutions concernées vont participer à la protection et à la préservation du site d’Angkor.

 A. Le cadre institutionnel

 Après la Conférence de Tokyo, toutes les questions concernant le site d’Angkor seront conjointement discutées et réglées par le Cambodge et ses partenaires internationaux au sein d’un Comité International de Coordination pour la Sauvegarde et le Développement du site historique d’Angkor (CIC). Ce dernier va ensuite fixer son mode de fonctionnement et créer d’autres organes, selon les problèmes rencontrés sur le terrain pour faciliter son travail.
« (…) Nous décidons d’établir à Phnom Penh, au niveau des Ambassadeurs, un comité de coordination (le comité) qui constituera le mécanisme international pour coordonner les aides offertes par les différents pays et organisations (…) » .
C’est grâce à cette décision que le Comité International de Coordination pour la Sauvegarde et le Développement du site historique d’Angkor (CIC) a été créé en 1993. Le paragraphe 11 de la Déclaration de Tokyo prévoit que le CIC devra comprendre des représentants du Royaume du Cambodge, des pays et organismes intéressés . Ce Comité est co-présidé par la France et le Japon et le Secrétariat est assuré par l’UNESCO. Toute décision du Comité de Coordination devrait être soumise à l’agrément et à la coopération du Gouvernement cambodgien.
 Conformément à la résolution 3.13 adoptée à la Conférence générale de l’UNESCO  lors  de  sa  26e  session  , le  CIC  est  ainsi   devenu  un   mécanisme
international et est composé de droit de tous les États et Organisations Internationales ayant adopté la Déclaration de Tokyo et qui, en outre, participent financièrement ou par la fourniture d’expertise à la sauvegarde et au développement du site historique d’Angkor .
 Selon les « méthodes de travail » qu’il a adoptées lors de sa première réunion constitutive de décembre 1993, le CIC se réunit à Phnom Penh ou à Siem Reap-Angkor en formation plénière une fois par an au niveau des ambassadeurs conformément au paragraphe 10 de la Déclaration de Tokyo. En cas de nécessité, notamment à la demande du Gouvernement cambodgien, il peut également être réuni, dans l’intervalle des sessions par les co-présidents.
 C’est lors de cette première réunion qu’un autre comité a été créé par le CIC, Comité Technique (CT). Ce dernier Comité se réunit trois fois par an en dehors des sessions plénières du CIC . Les États ou les Organisations Internationales membres du CIC y sont représentés par les conseillers des Ambassadeurs ou des Représentations chargées des questions culturelles, le Cambodge désignant un représentant au niveau approprié.
 La première réunion du CIC a décidé, en outre, que « pour l’accomplissement des missions du CIC prévues par la paragraphe 10 de la Déclaration de Tokyo, les projets et le détail des travaux concernant la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor seront systématiquement soumis directement ou par l’intermédiaire du secrétariat (UNESCO) au CT, qui pourra, avant de formuler son avis, demander l’opinion d’un groupe d’experts tel que prévu au paragraphe 12 de la dite Déclaration» . À l’issue de chacune de ses réunions, le CT doit remettre un compte-rendu au secrétariat à fin qu’il soit adopté par le CIC. Le secrétariat du CIC est installé de façon permanente au Bureau de l’UNESCO de Phnom Penh. Le CIC adopte chaque année un rapport d’activité qui est remis au Gouvernement royal du Cambodge.
 La mise en place du CIC, dont l’UNESCO assure le secrétariat, a permis au Cambodge de répondre à la cinquième condition posée par le Comité du Patrimoine Mondial (établissement de la surveillance et de la coordination de l’effort international).
 On constate que pour la première fois il y a eu des discussions internationales de haut niveau sur Angkor qui ont été tenues au Cambodge même .
 Le CT est chargé de suivre les activités ou les études en cours, d’examiner et d’évaluer de nouveaux projets de nature internationale ou s’inscrivant dans le cadre de la coopération bilatérale que les pays membres ainsi que les organisations internationales ou non gouvernementales se proposent de mettre en œuvre. Ces projets pourront concerner les travaux de conservation et de restauration monumentale, des études ponctuelles ou régionales, des actions de protection du site et de lutte contre le vandalisme et le trafic illicite des biens culturels…Il transmet ensuite tous ces projets examinés au CIC pour approbation.
La réunion du CT donne également l’occasion au Gouvernement cambodgien d’exposer ses projets d’avenir ou ses plans d’urgence afin d’obtenir des aides financières ou techniques de la part de la communauté internationale.
 Il y a d’autres mécanismes de travail dérivés au niveau international pour assurer l’efficacité des actions de protection et de mise en valeur du site d’Angkor.
Premièrement, il s’agit de la Réunion annuelle Quadripartite (Cambodge-France-Japon-UNESCO) qui se déroule également deux fois dans l’intervalle de la réunion du CIC. Cette Réunion permet d’examiner les questions techniques intéressant le fonctionnement du CIC et des informations sur ses travaux ont été données aux membres du CT. Cette Réunion permet d’améliorer des méthodes de travail du CIC et résoudre les problèmes de disfonctionnement de ce dernier. À titre d’exemple, en 1997, la Réunion Quadripartite a résolu les problèmes survenus entre le bureau de l’UNESCO de Phnom Penh et le Ministre d’État chargé d’Angkor, le Ministre de la Culture et des Beaux-Arts, et les co-présidents du CIC .
D’après la décision prise lors de la Réunion de 1997, il est prévu que les réunions du CT se dérouleraient désormais systématiquement à Siem Reap afin de pouvoir examiner les questions techniques sur place. Quant à la Session Plénière (du CIC), elle devra être consacrée à l’étude des questions de politique générale.  De plus, cette Réunion a prévu la procédure de présentation de nouveaux projets selon laquelle « tout nouveau projet devra être présenté à l’occasion de la Session Plénière du mois de février. Il sera ensuite transmis pour étude au groupe Ad Hoc d’experts par l’intermédiaire des co-présidents et du secrétariat permanent. À la lumière des résultats de cette expertise, le CT examinera la proposition de projet et donnera un avis. Le Gouvernement royal du Cambodge émettra également un avis. La proposition de projet sera enfin soumise à la Session Plénière suivante pour décision. Afin de garantir aux travaux du CIC toute la flexibilité nécessaire, certains nouveaux projets pourront, à la demande des co-présidents et avec l’accord des autorités cambodgiennes, être étudiés lors du CT » .
 Deuxièmement, c’est l’éventuelle création d’un groupe Ad Hoc d’experts qui serait chargé de donner des conseils à l’Autorité APSARA sur des problèmes plus précis ou plus généraux relatifs à la conservation ou à la sauvegarde des monuments ou du site. A titre d’exemple, un groupe d’experts Ad Hoc a été créé en 1997 pour résoudre un problème urgent relatif à l’écroulement de 60 mètres de gradins sur la douve ouest du temple d’Angkor Vat. Après ses études, le groupe d’experts va élaborer un rapport qui sera transmis aux co-présidents et ensuite aux membres du CIC à la prochaine Session Plénière.
 Le CIC travaille en étroite collaboration avec les partenaires cambodgiens notamment l’Autorité APSARA qui est chargée de l’aménagement et de la protection du site d’Angkor.
 Bien que de nombreux disfonctionnements du CIC soient rencontrés au cours des années de son exercice , le bilan constaté est très positif. Après les incidents de 1997, la gestion du dossier Angkor a été prise en charge directement par le Directeur de la Division du Patrimoine Culturel de l’UNESCO.  Selon son rapport annuel d’activité de 1998, pendant les cinq ans de son existence, le CIC a bien assuré sa responsabilité de mobiliser la communauté internationale autour de la sauvegarde et du développement du site historique d’Angkor .
 Comme le Cambodge est un État signataire des Conventions internationales concernant la protection des biens culturels et du patrimoine mondial culturel et naturel, son patrimoine culturel national et mondial a ainsi reçu les mesures internationales de protection en toute circonstance dans le pays.

 B. L’encadrement juridique

 Ce sont la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé avec ses Protocoles additionnels et la Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel. Quant à la Convention relative aux mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété illicite des biens culturels et la Convention UNIDROIT sur le retour international des biens culturels volés ou illégalement exportés, nous allons les étudier dans le chapitre consacré aux mesures de lutte contre les vols, le pillage et le trafic illicite  d’objets d’art .

 1. Convention pour la protection des biens culturels
 en cas de conflits armé et ses Protocoles

 La Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé a été adoptée à La Haye le 14 mai 1954 et est entrée en vigueur le 7 août 1956. Le Cambodge l’a ratifié en 1962. C’est grâce à cette Convention que la plupart des monuments d’Angkor et d’autres sites du pays ont été protégés contre le bombardement américain pendant la guerre de Vietnam dans les années soixante-dix.
 Cette Convention a pour but de protéger les biens culturels qu’ils soient meubles ou immeubles, notamment les monuments d’architecture, d’art ou d’histoire, religieux ou laïques, les sites archéologiques, artefacts, les oeuvres d’arts, les manuscrits, livres ou autres objets d’intérêt artistique, les musées d’art…
Il s’agit de la première Convention internationale qui s’intéresse particulièrement à la protection des biens culturels. Selon la Convention, la protection des biens culturels comprend la « sauvegarde » et le « respect de ces biens » .
 La sauvegarde des biens culturels oblige, en temps de paix, l’État signataire de la Convention à prendre les mesures appropriées de protection contre les effets prévisibles d’un conflit armé. La pose d’un signe distinctif de la Convention sur les biens culturels constitue une des mesures de protection.
 Quant au respect des biens culturels cela signifie que tous les États contractants de la Convention doivent, en cas de conflit armé, éviter tout acte de destruction, de détérioration et d’hostilité à l’égard de ces biens. En cas de conflit armé, le respect des biens culturels protégés est une obligation tant sur le territoire de l’État signataire que sur celui de l’État belligérant. De plus, il interdit toute mesure de représailles à l’encontre des biens culturels. L’État signataire doit interdire, prévenir et faire cesser tout acte de vol, de pillage ou de détournement de biens culturels et autres actes de vandalisme.
 En cas d’occupation d’un territoire d’un État signataire par un autre État contractant, ce dernier doit faciliter les autorités nationales compétentes du territoire occupé à assurer la sauvegarde et la conservation de ses biens culturels.
 Cette Convention prévoit également des mesures de protection spéciale pour certains monuments et la construction de divers abris destinés à protéger les biens culturels en cas de conflit armé. Cette protection spéciale ne s’applique qu’à condition que ces monuments et ces biens culturels se trouvent à une distance suffisante d’un grand centre industriel ou de tout objectif militaire important constituant un point sensible (par exemple, aérodrome, station de radiodiffusion, établissement de défense nationale…) et qu’ils ne soient pas utilisés à des fins militaires. Tout monument et bien culturel qui ayant obtenu un statut lui offrant une protection spéciale est inscrit dans le « Registre international des biens culturels sous protection spéciale ». Avec ce statut spécial, ces biens culturels auront des immunités qui leur permettront de rester en dehors de tout acte d’hostilité et de toute utilisation à des fins militaires.
 Deux Protocoles additionnels (le 1er Protocole du 14 mai 1954 et le 2e Protocole du 26 mars 1999) de la Convention interviennent pour renforcer la protection des biens culturels en cas de conflit armé.
Le premier Protocole prévoit les mesures d’interdiction d’exportation des biens culturels définis par la Convention en cas d’occupation. Il envisage également des procédures afin de mettre sous séquestre les biens culturels importés dans un État contractant et provenant directement ou indirectement d’un État occupé. Cette mise sous séquestre est prononcée soit d’office à l’importation, soit, à défaut, sur requête des autorités dudit État.
Le deuxième Protocole ajoute un autre mécanisme de protection des biens culturels, qui est celui de la « protection renforcée ». Selon l’article 10 du Protocole, « un bien culturel peut être placé sous protection renforcée s’il satisfait aux trois conditions suivantes :
o il s’agit d’un patrimoine culturel qui revêt la plus haute importance pour l’humanité ;
o il est protégé par des mesures internes, juridiques et administratives, adéquates, qui reconnaissent sa valeur culturelle et historique exceptionnelle et qui garantissent le plus haut niveau de protection ;
o il n’est pas utilisé à des fins militaires, et la Partie sous contrôle du quel il se trouve a confirmé dans une déclaration qu’il ne sera pas ainsi utilisé ».
Comme les biens culturels placés sous la « protection spéciale », les biens culturels bénéficiant d’une « protection renforcée » ont des immunités qui leur permettent de ne pas faire l’objet d’attaque ou d’utilisation de ses abords à des fins militaires. Ces immunités seront perdues si les conditions indiquées ci-dessus ne sont pas respectées par l’État contractant.
 Ce Protocole prévoit également des infractions relatives à la violation de ses dispositions. Ces infractions énumérées dans l’article 15 du Protocole sont les suivantes : attaque d’un bien culturel sous protection renforcée, utilisation d’un bien culturel sous protection renforcée ou de ses abords immédiats à l’appui d’une action militaire, destruction ou prise de possession des biens culturels protégés, vol, pillage ou détournement de biens culturels, actes de vandalisme contre des biens culturels. Mais, il appartient à chaque État signataire d’adopter les textes législatifs et réglementaires pour condamner ces infractions.
 La Convention et ses Protocoles additionnels s’appliquent principalement aux conflits armés de caractère international. Ils concernent également les conflits armés ne présentant pas un caractère international et survenant sur le territoire d’un État signataire. Dans ce cas, l’État concerné devra appliquer au moins les dispositions de la Convention relatives au « respect des biens culturels ». C’est pour cette raison que le Cambodge a dû protéger ses patrimoines culturels au moment des guerres, sauf sous le régime des Khmers rouges.
 Cependant, d’après les dispositions de l’article 22 du deuxième Protocole, ce dernier ne s’applique pas aux situations de « tensions internes », de « troubles intérieurs » comme les « émeutes », les « actes isolés et sporadiques ».
Nous constatons que la plupart des conflits armés au Cambodge n’avait pas un caractère international. Il s’agissait de guerre civile, de « tensions internes » ou de « troubles intérieurs ». C’est pour cela que le champ d’application de cette Convention et de ses Protocoles additionnels était un peu réduit. Mais, en tout cas, on ne peut nier l’efficacité de cette Convention et de ces Protocoles et les contributions de ces textes internationaux à la protection et à la sauvegarde du patrimoine culturel national durant ces dernières décennies où le Cambodge a sombré profondément dans la guerre civile et l’invasion étrangère.
 Angkor n’est pas un simple patrimoine culturel national, c’est un « joyau du patrimoine mondial »  dont la protection est effectivement assurée par la législation nationale et surtout par les textes internationaux comme la Convention internationale pour la protection du patrimoine mondial culturel et naturel.

 2. Convention concernant la protection du
patrimoine mondial culturel et naturel

Cette Convention a été adoptée, à Paris, lors de la Conférence générale de l’UNESCO le 16 novembre 1972. Le Cambodge n’a ratifié celle-ci qu’en 1991, c’est à dire au moment où une certaine stabilité politique au Cambodge a été retrouvée et la question d’Angkor a largement intéressé les dirigeants cambodgiens et la communauté internationale et surtout l’UNESCO.
 La signature de cette Convention par le Gouvernement cambodgien a certainement été une belle occasion pour Angkor de se faire connaître et d’être plus protégé à l’échelle internationale. Cela a également aidé le Cambodge à faire inscrire le site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial.
 Conformément aux dispositions de la Convention, le Cambodge s’engagerait à protéger le site d’Angkor qui a été inscrit de façon permanente sur la Liste du Patrimoine Mondial. Il va également créer un plan de gestion du site d’Angkor en suivant les recommandations de l’UNESCO et du Comité du Patrimoine Mondial. Il doit suivre l’état du site protégé et informer régulièrement l’UNESCO et le Comité du patrimoine mondial de tout risque de détérioration de ce site.
 Le Cambodge a pour autre obligation de garantir que les caractéristiques  ayant l’inscription d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial soient conservées dans leur intégralité. Pour réaliser cette tâche, il peut concourir à des aides internationales, par le biais de la coopération bilatérale ou multilatérale. Il doit également prendre les mesures nécessaires pour assurer l’application de la législation sur la protection du site et des zones définies par le projet ZEMP  de l’UNESCO.
 Cette Convention présente beaucoup d’intérêts pour le patrimoine angkorien puisque celle-ci prévoit plusieurs mécanismes de protection nationale et internationale du patrimoine culturel.
 Le Préambule de la Convention a constaté que le « patrimoine culturel et naturel est de plus en plus menacé de destruction non seulement par les causes traditionnelles de dégradation mais encore par l’évolution de la vie sociale et économique » . La Convention a reconnu que la protection de ce patrimoine au niveau national n’est pas complète en raison de la carence de moyens humains, financiers et techniques du pays possédant ce patrimoine.
 Angkor, selon les considérations du Comité du Patrimoine Mondial , est un des merveilleux patrimoines culturels mondiaux de l’humanité. Devant l’ampleur et la gravité des dangers qui menacent le site d’Angkor, il incombe donc à l’autorité nationale et à la communauté internationale tout entière de participer à la protection de ce patrimoine culturel de valeur universelle.
 Effectivement, le site d’Angkor qui est le plus grand site archéologique du pays a une valeur exceptionnelle du point de vue culturel, historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique ce qui correspond aux critères définies par la Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel.
 D’après l’article 4 de la Convention, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures du patrimoine culturel et naturel doivent être, en premier lieu, assurées par les autorités nationales de chaque pays. Le Cambodge se doit d’offrir à cet effet un maximum d’efforts pour sauvegarder et développer le site d’Angkor.
 En même temps, la Convention prévoit qu’il est nécessaire d’avoir une coopération entre les États contractants afin d’obtenir une protection et une conservation efficaces. Grâce à cette coopération, un pays comme le Cambodge qui n’a pas de moyens financiers, humains, artistiques, techniques et scientifiques peut bénéficier de ces aides internationales nécessaires pour protéger et conserver Angkor, son patrimoine culturel. La Convention permet à tout État partie de demander une assistance internationale en faveur de biens culturels de valeur universelle exceptionnelle situés sur son territoire. Angkor a été classé sur la « liste du patrimoine mondial en péril ». Il peut donc, selon l’article 14 de la Convention, bénéficier de grands travaux de sauvegarde et d’une priorité pour obtenir des aides internationales.
 De plus, la Convention préconise qu’il faut intégrer la protection du patrimoine culturel dans les programmes de planification générale de chaque pays. Elle requiert la création d’un ou de plusieurs services nationaux et des textes juridiques de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel, dotés d’un personnel approprié. Pour répondre à ces dispositions, le Cambodge a adopté plusieurs textes législatifs et réglementaires relatifs à la protection du patrimoine et a institué des organismes s’occupant des affaires d’Angkor.
 Cette Convention interdit aux États contractants de prendre des mesures susceptibles d’endommager directement ou indirectement leur patrimoine national et mondial. En revanche, ces États doivent s’engager à apporter leurs concours à la protection, à la conservation et à la mise en valeur de ce patrimoine.
 Selon l’article 7 de la Convention, pour protéger efficacement le patrimoine mondial culturel, il est indispensable de « mettre en place un système de coopération et d’assistance internationale visant à seconder les États parties à la Convention dans les efforts qu’ils déploient pour préserver et identifier ce patrimoine ».
 Angkor est avant tout un patrimoine national du Cambodge. Il appartient ainsi à celui-ci d’assurer la responsabilité et de mener une politique de protection et de développement de ce patrimoine. Cela a été clairement indiqué dans la Déclaration de Tokyo : « (…) Nous reconnaissons que c’est au peuple cambodgien souverain qu’il revient en premier lieu d’assurer la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor (…) » .

II. Au niveau national

 Le Cambodge a fait beaucoup d’efforts pour que le site historique d’Angkor soit inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial. Il a bien accompli ses obligations en adoptant des textes législatifs et réglementaires adéquats qui constituent ensuite un cadre juridique et institutionnel de base pour gérer les activités de sauvegarde, d’aménagement et de développement du site d’Angkor.

 A. Le cadre institutionnel de gestion

 Face aux graves problèmes de destruction, de vol et de trafic illicite des biens culturels, au début des années 1990, l’ONU et le CNS   ont mis en place une Autorité Cambodgienne pour la Protection du Patrimoine National (ACPPN) qui s’est transformée, en août 1993, en Conseil Supérieur de la Culture Nationale (CSCN). Ce dernier est chargé de la protection du patrimoine culturel dans tout le pays. C’est en 1995 que le Gouvernement a créé une autre Autorité dont le nom est l’Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor (APSARA) qui est chargée d’assurer la sauvegarde et le développement du site d’Angkor.
 Grâce à ces deux principaux organes, les patrimoines culturels du pays sont mieux protégés et conservés contre toute forme de destruction et de dégradation.

 1. Conseil Supérieur de la Culture Nationale (CSCN)

 Le CSCN a été créé sur Décision du Gouvernement provisoire  en 1993. Ce Conseil a été restructuré et reconnu par un Décret royal du 19 février 1995 . C’est un Conseil ayant caractère interministériel. Ce caractère interministériel permet au Conseil de bien d’accomplir ses fonctions qui, le plus souvent, sont complexes et nécessitent des coopérations des autres autorités. Il a des attributions de protéger le patrimoine culturel dans tous le pays sauf la région d’Angkor. Avant la création de l’Autorité APSARA en 1995, le CSCN est également chargé d’assurer les affaires de protection du site d’Angkor. Ce Conseil, en tant qu’interlocuteur avec la communauté internationale et au nom du Gouvernement, a joué un rôle très important pendant la période de l’inscription provisoire du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial.
 Le CSCN est une autorité nationale composée de hauts responsables du Gouvernement et a des compétences importantes dans le domaine culturel national.
 Selon l’article 1 du Décret du 19 février 1995, le Conseil comprend le Premier Ministre, le Ministre de la Culture, le Ministre de l’Aménagement du Territoire, le Ministre des Travaux Publics, le Ministre de l’Économie et des Finances, le Ministre des Affaires Etrangères, le Ministre du Tourisme, le Ministre de l’Environnement, le Ministre du Plan, le Secrétaire Général du Conseil pour le Développement du Cambodge , le Gouverneur de la province de Siem Reap et un représentant de la Présidence du Conseil des Ministres.
 Le CSCN est chargé de la coordination entre les ministères concernés et de gérer toute opération relative au patrimoine culturel, notamment les travaux de fouilles archéologiques, la restitution des objets d’art illicitement exportés…
 De plus, ce Conseil a toute compétence pour examiner et inscrire comme patrimoine culturel national les sites culturels et monuments historiques. Il a pour tâche la protection des biens culturels antiques et historiques. Il gère et contrôle les régions où se trouvent les monuments classés.
 Le CSCN est responsable de l’élaboration d’une politique de mise en valeur du patrimoine. Il est également chargé de mobiliser des fonds importants pour sensibiliser la population et assurer la formation et la recherche consacrée au patrimoine physique et à l’histoire de la nation. Il garantit les responsabilités et les obligations de gestion en conformité avec les Conventions internationales relatives à la protection des biens culturels que le Cambodge a signées. Il prend ainsi les mesures nécessaires pour réaliser les projets et toute autre action relative à la protection, la conservation et la mise en valeur du patrimoine culturel national.
 Le CSCN a transféré ses compétences techniques et opérationnelles sur Angkor à l’Autorité APSARA qui a été créée pour répondre aux conditions prévues par le Comité du Patrimoine Mondial et assurer l’efficacité de la protection de cet important site.

 2. Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement
 de la Région d’Angkor (APSARA)

 Créée par un Décret royal du 19 février 1995, l’Autorité APSARA a sa compétence sur un territoire de plus de 10 000 km²  défini par le Décret sur le Zonage regroupant la province de Siem Reap, le Parc Archéologique d’Angkor, la basse plaine agricole et une grande partie de la zone biosphère Tonlé Sap.  Selon l’article 5 de la loi sur la Protection du Patrimoine Culturel du 25 janvier 1996, la protection, la conservation et la mise en valeur des biens culturels de la région de Siem Reap-Angkor est confiée à l’Autorité APSARA.
 La deuxième condition du Comité du Patrimoine Mondial prévoit l’« établissement d’une agence nationale de protection avec personnel adéquat ».  La création de l’Autorité APSARA a permis au Cambodge de remplir cette clause.
 Cette Autorité est un établissement public national doté d’une personnalité juridique, d’une autonomie financière et administrative . Elle est chargée de la protection, de l’aménagement et de la maîtrise du développement des richesses patrimoniales d’Angkor conformément à la politique du Gouvernement et de la communauté internationale.
 « APSARA a pris ses fonctions à une époque à la fois pleine de promesses et de difficultés pour le Cambodge » , déclarent les responsables de cette Autorité.
Cela s’explique par la nature de la complexité de travail de protection du site qui nécessite une « approche interdisciplinaire ». À titre d’exemple, pour résoudre un problème de pillage et de vandalisme, il faut avoir un concours harmonieux des services de surveillance, de répression policière, de législation et d’actions juridiques, de coopération internationale, de recherche scientifique…etc.
D’un autre côté, il y a l’impact du tourisme sur l’économie, la société et surtout sur le patrimoine culturel d’Angkor. Le Gouvernement veut à tout prix éviter un tourisme  visant  seulement  un  but  commercial  sans tenir compte de la
valeur patrimoniale culturelle irremplaçable du Cambodge. Cela signifie qu’il souhaite contrôler le développement touristique et urbain de la ville de Siem Reap.
L’Autorité APSARA a été certainement créée afin de parvenir à ce but. Car, selon le Décret relatif à sa création, l’Autorité APSARA a la compétence exclusive de déterminer la politique d’aménagement et de développement touristique de cinq zones définies par l’étude du zonage et de la gestion de Siem Reap–Angkor .
La mise en place de cette Autorité a pour but de prévenir les effets destructeurs du tourisme, et d’obtenir un développement durable avec la protection et la promotion du patrimoine culturel. Elle a donc un double objectif d’ouverture économique sur le tourisme et de sauvegarde du patrimoine.
Comme le CSCN, l’Autorité APSARA a une structure interministérielle et centralisée à un haut niveau. Cette forme structurelle permet à celle-ci de recevoir une grande collaboration nationale et internationale.
Au niveau international, l’Autorité travaille directement avec des agences internationales gouvernementales et non gouvernementales sur les domaines relatifs à la sauvegarde et au développement du site d’Angkor. Elle collabore étroitement avec le Comité International de Coordination (CIC) et son Comité Technique (CT)  pour examiner tous les projets internationaux concernant le site d’Angkor.
Au niveau national, grâce à la composition de son Conseil d’Administration  qui comprend la plupart des ministères concernés par le développement de la région de Siem Reap, l’Autorité APSARA peut prendre et exécuter ses décisions en réponse directe aux besoins constatés sur le terrain.
D’après son rapport d’activité , l’Autorité APSARA, depuis sa création jusqu’en 1999, n’a pas bien fonctionné pour cause de manque de ressources financières et de personnel.
Avant le Décret du 22 janvier 1999 , le Conseil d’Administration de l’Autorité APSARA était co-présidé par les deux Premiers Ministres de l’époque. Ce mécanisme a été qualifié d’inadéquat car il est difficile de réunir le Conseil pour régler les questions quotidiennes de l’Autorité. Il y a eu d’autres disfonctionnements au sein de l’Autorité qui concernaient la répartition des compétences entre le Conseil d’Administration, le Bureau du Conseil d’Administration  et le Directeur Général de l’Autorité,ce qui a provoqué des conflits internes au cours des années 1997 et 1998 .
D’après le Décret du 22 janvier 1999, la Direction exécutive générale de l’Autorité APSARA est assurée par un Président du Conseil d’Administration qui joue également un rôle de Président Directeur Général. Ce dernier est le Représentant du Gouvernement dans toutes les réunions, manifestations et négociations concernant le site d’Angkor. A ce titre, il peut signer des marchés, des contrats ou des conventions après avoir reçu l’accord du ministère de tutelle technique.
L’Autorité a une Direction Centrale et des Directions Techniques. La Direction  Centrale regroupe quatre directions : la Direction du Cabinet et de Personnel, chargée de l’affaire politique, la Direction de l’Administration Générale, responsable des affaires techniques, l’Agence Comptable et la Direction des Relations extérieures. Les Directions Techniques comprennent la Direction du Développement Touristique d’Angkor, la Direction du Développement Urbain, la Direction de la Culture et des Monuments, le Commissariat spécial de Police du Patrimoine et l’Unité de déminage spécialisé .
En ce qui concerne les ressources financières de l’Autorité, l’article 12 du Décret du 19 février 1995 prévoit des subventions de l’État et des collectivités locales, les dons, legs et subventions internationales, les recettes propres à son activité (redevances et loyers perçus au titre des concessions accordées), les emprunts, les dotations des biens (meubles, immeubles ou fonciers) et la rémunération des prestations des services qui fournis à des organismes publics ou privés.
L’article 7 de nouveau Décret de 1999 y ajoute le produit des droits d’entrée pour la visite des monuments situés dans la Zone 1 définie par le Décret sur le Zonage, le produit des droits de prise de vue et de tournage dans la Zone 1, les recettes provenant des manifestations (culturelles ou artistiques) organisées par l’Autorité APSARA ou par d’autres organismes publics ou privés, le produit des opérations de location ou de droit d’utilisation du domaine privé de l’Autorité et le produit des emprunts régulièrement contractés par l’Autorité.
Parmi les ressources énumérées ci-dessus, nous observons que jusqu’en 1999 l’allocation de l’État était la principale ressource de l’Autorité. Pour les autres ressources comme les dotations des biens fonciers, nous constatons que l’État a attribué, en 1995, à l’Autorité APSARA un terrain de 650 hectares pour créer une Cité Hôtelière . Ce terrain a été récemment étendu à 1 007 hectares. A l’avenir, cette dotation sera la première ressource financière de l’Autorité. Cette dernière pourra percevoir un revenu régulier provenant de la location des terrains aux hôteliers. Mais, pour l’instant, ce terrain n’est pas encore aménagé pour accueillir les investisseurs. Actuellement, la principale ressource de l’Autorité est la redevance perçue à titre de contrat de l’affermage avec une Société privée sur la perception des droits d’entrée pour la visite des monuments situés dans la Zone 1 définie par le Décret sur le Zonage.
Depuis sa création, l’Autorité a reçu beaucoup de dotations financières étrangères, notamment celles de l’UNESCO, du Gouvernement japonais, de la Banque Asiatique de Développement, de la Banque Mondiale et surtout de l’Agence Française de Développement. De nombreuses Conventions ont été signées entre le Gouvernement cambodgien et l’Agence Française de Développement. Par exemple, en 1996, l’Agence a signé une Convention de financement portant sur l’allocation à l’Autorité d’une dotation initiale de 7,5 millions de francs. Dans la même année, une autre Convention a été signée pour un financement de somme de 60 millions de francs.
 Nous pouvons constater que le pouvoir de l’Autorité APSARA a été renforcé par ce nouveau Décret du 22 janvier 1999 . Ce Décret a confirmé les compétences de l’Autorité APSARA pour la protection, la conservation et la mise en valeur de la région d’Angkor en rappelant l’article 5 de la loi sur la Protection du Patrimoine Culturel qui donne à l’Autorité APSARA un pouvoir exclusif d’aménagement et de développement sur la région de Siem Reap-Angkor, et les obligations internationales liées au statut de patrimoine mondial du site d’Angkor.
De plus, ce Décret prévoit que l’Autorité APSARA bénéficie du droit exclusif de délivrer un permis de construire dans l’ensemble du site d’Angkor. Toutes les autorisations et permis qui ne respecteraient pas cette compétence exclusive seront considérés comme nuls. Selon le Décret, les constructions existantes irrégulières pourront être détruites sans indemnisation aux frais du contrevenant dans un délai de 45 jours à partir de la date de notification.
 Le CSCN et APSARA utilisent des moyens juridiques internationaux et nationaux pour assurer la protection, la conservation et le développement du patrimoine culturel, en collaboration avec d’autres organes nationaux et internationaux. Ces deux institutions représentent conjointement le Cambodge au Comité International de Coordination et à son Comité Technique .

 B. Le fondement juridique

 En répondant aux conditions posées, en décembre 1992, par le Comité du Patrimoine Mondial au cours de sa 16 ème session à Santa Fé aux États-Unis , le Gouvernement cambodgien en collaboration avec l’UNESCO et les autres organisations internationales ont élaboré plusieurs textes législatifs et réglementaires concernant les mesures de protection et d’aménagement du site historique. Parmi ces principaux textes adoptés, il y a la Constitution, la loi sur la Protection du Patrimoine Culturel, la loi sur l’Aménagement du Territoire, l’Urbanisme et la Construction, le Décret sur le Zonage et le Sous-décret sur la création de la Zone Hôtelière.

 1. Protection constitutionnelle

 Rappelons que parmi les cinq conditions fixées par le Comité du Patrimoine Mondial, il y en a une qui s’adresse directement à la création de la « législation de protection adéquate » . C’est pour cette raison qu’il y a des engagements constitutionnels en matière de protection du patrimoine culturel du pays.
 La Constitution prévoit l’obligation de l’État de « préserver et développer la culture nationale ». Celui-ci a le devoir de « sauvegarder et de protéger les monuments anciens, les objets d’art antique et de restaurer les sites historiques » .
 Il est également prévu que « toute infraction portant directement ou indirectement atteinte au patrimoine culturel et artistique sera sévèrement punie » . La Constitution classe le périmètre du patrimoine national ou mondial comme une zone neutre sans aucune activité militaire .
 Pour concrétiser les engagements constitutionnels et internationaux, de nombreuses mesures législatives et réglementaires ont été prises.

 2. Décret sur le Zonage et la gestion de la région de Siem Reap-Angkor

Le Décret sur le Zonage et la gestion de la région de Siem Reap-Angkor a été adopté en 1994  afin d’accomplir deux autres conditions du Comité du Patrimoine Mondial. Il s’agit de l’ « établissement des limites permanentes basées sur le projet des PNUD » et la « définition de zones tampons significatives ».
 Ce Décret se base principalement sur les études de ZEMP . À l’issu des études de ZEMP, un projet de « cadre juridique pour la gestion du site d’Angkor » a été conçu qui a ensuite été utilisé par le Gouvernement cambodgien pour rédiger un Décret de gestion des zones définies.
 C’est un Décret qui joue un rôle clé pour la protection, l’aménagement et le développement du site d’Angkor. Car, il définit le périmètre de développement socio-économique et culturel de la région de Siem Reap-Angkor, quatre catégories des sites protégées, ainsi que les directives pour leur aménagement.
Les degrés de protection et les zones correspondantes dans la région d’Angkor sont les suivants  :
- Zone 1 : Sites Monumentaux
- Zone 2 : Réserve Archéologique Protégée
- Zone 3 : Paysages Culturels Protégés
- Zone 4 : Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique ou
Historique
- Zone 5 : Périmètre de développement socio-économique et culturel de la région de Siem Reap-Angkor
 La Zone 1 (Sites Monumentaux) contient les sites archéologiques les plus marquants du pays. C’est pour cette raison qu’elle reçoit le « plus haut degré de protection » par rapport aux autres zones .
 La Zone 2 (Réserves Archéologiques Protégées) possède des zones riches en vestiges archéologiques qui sollicitent une protection contre les épouvantables pratiques d’utilisation des sols et les effets d’un développement inopportun. Ce sont des zones qui entourent le plus souvent les Sites monumentaux et protègent les zones adjacentes d’une forte densité archéologique reconnue ou probable. Selon le Décret, l’ « utilité première des zones de cette catégorie sera de constituer des zones tampons protégeant les Sites Monumentaux (Zone 1) » .
 La bonne gestion des Zones 1 et 2 est indispensable afin d’harmoniser les intérêts archéologiques et ceux des visiteurs avec les intérêts des populations locales .
 Il y a, dans la région de Siem Reap-Angkor, trois Sites Monumentaux qui sont définis par le Décret : Angkor, Roluos et Banteay Srey. Tous sont situés au cœur des Réserves Archéologiques Protégées (Zone 2). Selon les études de ZEMP, d’autres sites dans la région pourraient être ajoutés ultérieurement (par exemple, les sites de Béng Mealea, de Koh Ker..).
 Les trois Sites Monumentaux, avec leurs Réserves, représentent les plus importants sites archéologiques du pays. Ces zones comprennent les sites des capitales angkoriennes, la plupart des temples les plus renommés (Angkor Vat, Bayon, Banteay Srey…) et de nombreuses structures hydrauliques significatives (Baray Occidental…) et la différence des autres le Site Monumental d’Angkor et sa Réserve Archéologique s’étendent sur une zone de plus de 350 km².
Des zones tampons, par exemple entre la ville de Siem Reap et Angkor Vat , ont été établies pour défendre l’intégrité des sites monumentaux, préserver la zone en tant qu’attraction touristique et prévenir tout développement non conforme à la sauvegarde du patrimoine culturel.
 La Zone 3 (Paysages Culturels Protégés) concerne les zones, dans un paysage spécifique, qui doivent être protégées. Ces zones présentent des particularités, notamment de part l’aspect traditionnel, les bâtiments historiques, les pratiques d’utilisation des sols, les formes d’habitat, les modes de vie de la population locale… Afin de protéger ces Paysages Culturels, toutes les utilisations des sols et les développements dans cette Zone seront réglementés .
 Cette Zone regroupe les rivières de Siem Reap et de Roluos ainsi que leurs bords, les anciennes chaussées partant du site d’Angkor vers le temple de Banteay Chhmar au nord-ouest, vers le site de Béng Mealea à l’est, vers Roluos au sud et vers Banteay Srey au nord  ; elle constitue les Paysages Culturels qui prolongent les zones protégées du patrimoine angkorien dans un environnement plus vaste. Comme les deux premières zones, cette Zone pourrait être agrandie dans l’avenir.
La Zone 4 (Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique ou Historique) comprend tous les autres sites d’une grande valeur archéologique, mais d’une signification moindre en comparaison des Sites Monumentaux qui demandent à être protégées pour servir à la recherche, à l’éducation ou au tourisme. Cette Zone est également soumise à une réglementation de protection. Plusieurs sites de la région de Siem Reap-Angkor ont été classés dans cette Zone comme les sites archéologiques de Pnhom Krom, de Vat Affivea, Chau Srei Vibol…
La Zone 5 (Périmètre de développement socio-économique et culturel de la région de Siem Reap-Angkor) correspond à l’ensemble de la province de Siem Reap. Le périmètre de la Zone est de 10 000 km² et comprend les plateaux Kulèn (Phnom Kulèn), les rives du lac Tonlé Sap et la plaine d’Angkor. Cette Zone a une grande richesse naturelle, ainsi que des vestiges préhistoriques et archéologiques. La stratégie d’aménagement est de donner à cette Zone des vocations variées en privilégiant le développement touristique et culturel.
Ce Décret souligne les différentes directives et orientations prévues pour les zones protégées d’Angkor : développement des zones, activités archéologiques, gestion des visiteurs, présentation des sites culturels, exploitation des carrières de pierre, gestion de l’eau, gestion des paysages, gestion des ressources naturelles, résidents locaux, pagodes, activités de sensibilisation à l’environnement, domaine de formation... etc.
Toutes ces lignes directrices serviront comme base pour l’aménagement, le développement urbain et touristique et la protection du site d’Angkor . Il appartient à l’Autorité APSARA en tant qu’aménageur de concrétiser toutes ces directives.
Les mesures de protection des biens culturels ont beaucoup été renforcées au cours de ces dernières années. Une nouvelle Loi relative à la protection des biens culturels a été adoptée afin de compléter les lacunes législatives dans ce domaine.

3. Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel

Adoptée en décembre 1995 par l’Assemblée Nationale, la Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel est une nouvelle loi adaptée au contexte moderne national et international. Cette qualité se trouve dans le fait que celle-ci tient compte des types de biens culturels courants au Cambodge, des institutions nationales de gestion du patrimoine ainsi que de ses règlements de Zonage et des textes internationaux en vigueur dans ce domaine. Il y a ainsi une cohérence entre cette nouvelle loi et les règles juridiques existantes.
L’objectif principal de cette Loi est de protéger le patrimoine culturel contre les actes de vandalisme, le trafic illicite des objets d’art, les fouilles sauvages…
La Loi a laissé une grande liberté d’appréciation aux autorités compétentes pour qualifier un bien culturel. Selon l’article 4 de la Loi, un bien culturel est « toute œuvre de l’homme et tout produit de la nature ayant un caractère scientifique, historique, artistique, ou religieux révélateur d’un certain stade d’évolution d’une civilisation ou de la nature et dont la protection est l’intérêt public ». C’est une définition générale qui ne fixe pas de critères comme l’âge d’un bien ou sa valeur pécuniaire. Ceci a été fait pour élargir le plus possible le champ d’application de la Loi dans la protection des patrimoines culturels qui sont encore inestimables dans le pays. Cette définition est compatible avec celle donnée par l’article 1er de la Convention de l’UNESCO de 1970 relative aux mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété illicites des biens culturels .
La Loi s’applique aux biens meubles et aux immeubles, qu’ils soient de propriété publique ou privée. Elle assure la protection des biens  culturels nationaux, comme indiqué dans l’article 4 de la Convention de l’UNESCO de 1970 et contribue, par une coopération internationale et sous réserve de réciprocité, à la protection des biens culturels de pays tiers.
Elle garantit également la protection juridique exigée par la Convention de l’UNESCO de 1972  concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel pour le site d’Angkor et pour n’importe quel l’autre site susceptible d’être inscrit à l’avenir sur la Liste du Patrimoine Mondial.
La définition de la politique de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel sera confiée, aux termes des dispositions du Décret du 19 février 1995, à l’Autorité APSARA, pour la région d’Angkor, et au CSCN, pour le reste du pays .
Selon l’article 6 de la Loi, la délimitation du périmètre des sites protégés est indispensable afin d’assurer efficacement une protection des différents sites historiques, qui contiennent souvent plusieurs monuments et couvrent une grande superficie du territoire. À titre d’exemple, le patrimoine culturel angkorien renferme un certain nombre de biens culturels monumentaux groupés qui ont une grande valeur historique, architecturale et scientifique. Il est donc essentiel de prendre des mesures de protection particulières afin de sauvegarder l’intégrité de ces sites. La délimitation et les directives de protection de ces sites sont prévues dans le Décret du 28 mai 1994 concernant le Zonage et la gestion de la région de Siem Reap-Angkor.
La Loi prévoit que les Sites Monumentaux et les Réserves Archéologiques Protégées sont des propriétés publiques et tous les biens qui s’y trouvent sont ainsi classés d’office . Les propriétaires de terrains se trouvant à l’intérieur des zones réservées doivent être expropriés pour cause d’utilité publique . Ils ont cependant droit à une indemnité équitable. Le Gouvernement souhaite que les procédures d’expropriation des propriétaires privés se déroulent sans l’évacuation de toute la population des zones protégées. Tout ce qu’il veut c’est permettre à l’État d’avoir le droit exclusif de disposer des terrains et de décider de leur affectation. Cela signifie que les villages qui sont actuellement dans les zones à protéger et qui ne constituent pas un danger pour ces zones sont tolérés. De plus, certains trouvent que la présence des villageois est souvent indispensable à la perpétuation de la fonction culturelle de plusieurs temples.
La Loi prévoit l’inventaire afin de contrôler les transferts de propriété des biens culturels appartenant aux collectivités publiques ou aux personnes privées. Elle envisage également le classement des biens culturels publics ou privés qui présentent une importance du point de vue scientifique, historique, artistique ou religieux pour assurer leur protection contre les vols et les exportations illicites. Les biens culturels classés, publics ou privés sont imprescriptibles. Les biens culturels publics classés sont inaliénables .
Pour éviter le trafic illicite et protéger le site, la Loi prévoit également des dispositions visant à réglementer le commerce, les découvertes fortuites, les fouilles archéologiques, l’exportation et l’importation des biens culturels.
En ce qui concerne le commerce des biens culturels, la Loi subordonne cette activité à un agrément, fixe les obligations du commerçant et les mesures de contrôle nécessaires.
Quant aux fouilles archéologiques, elles sont strictement réglementées et soumises à une autorisation qui ne peut être délivrée qu’à des institutions scientifiques dont les compétences sont reconnues et qui disposent de l’expérience et des moyens nécessaires. Ces institutions doivent collaborer avec les institutions scientifiques nationales pour leurs travaux.
La Loi dispose que l’exportation des biens culturels privés doit être subordonnée à une licence spéciale. De plus, celle-ci ne peut être octroyée que si les conditions légales sont remplies (biens d’importance culturelle mineure, bien dont l’exportation ne causerait pas un appauvrissement du patrimoine culturel national, biens qui n’ont pas une signification inestimable pour l’étude d’une branche particulière des sciences du passé ou des sciences humaines en général).
Pour les biens culturels faisant partie du domaine public, ils sont inaliénables et interdits d’exportation sauf dans le cas d’échanges, d’exposition ou de dons à des institutions scientifiques étrangères et avec l’autorisation des autorités compétentes. Dans l’esprit de la coopération internationale, la Loi prévoit que toute importation de biens culturels en violation de la législation du pays d’origine est interdite. Les biens importés illicitement seront saisis, placés sous la protection du Gouvernement et sous réserve de réciprocité, restitués à leur pays d’origine. Le Cambodge manifeste ainsi sa volonté de contribuer à la lutte contre le trafic illicite et de renforcer le principe de restitution.
De nombreuses dispositions pénales sont prévues par la Loi. D’après l’article 63 de la Loi, « sera puni d’une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende égale à la valeur du bien culturel quiconque a commis l’une des contraventions suivantes, par négligence : vente ou aliénation, destruction, altération, transformation, réparation ou restauration d’un bien culturel inscrit à l’inventaire sans respecter l’obligation d’information à l’autorité compétente-vente ou aliénation d’un bien culturel proposé pour classement ou classé-déplacement, destruction, altération, transformation ou réparation sans autorisation d’un bien culturel proposé pour classement ou classé – non protection d’un bien culturel classé par son propriétaire – exercice ou tentative d’exercice sans agrément des activités soumises au régime d’autorisation – exportation ou tentative d’exportation sans autorisation d’un bien culturel – importation illicite d’un bien culturel… ». La peine sera plus lourde si ces infractions énumérées ci-dessus sont intentionnellement commises (de deux à huit ans d’emprisonnement et une amende égale à deux fois la valeur du bien culturel en question). Il y a également des sanctions administratives prévues par la loi.
Nous constatons enfin que cette Loi permet au Cambodge de remplir les obligations qui lui incombent d’après la Convention de l’UNESCO de 1970, de concrétiser l’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial, de garantir progressivement une protection juridique efficace du patrimoine culturel national et de faire face au trafic illicite des biens culturels en mettant en urgence des mesures d’exécution nécessaire.
 

CHAPITRE II : LES PROJETS PRIORITAIRES DE PROTECTION
 

 À l’occasion de la Conférence intergouvernementale sur la sauvegarde et le développement d’Angkor s’est tenue à Tokyo en 1993, le Gouvernement cambodgien a présenté plusieurs projets prioritaires pour le site d’Angkor après son inscription sur la Liste du Patrimoine Mondial en 1992.
 Premièrement, il s’agit de la mise en place des mécanismes nécessaires pour lutter contre le trafic illicite d’objets d’art khmer. Pour réaliser cette tâche, la délégation cambodgienne a demandé une assistance technique, financière et juridique à la communauté internationale. En considérant le grave danger pour le site d’Angkor, la communauté internationale a répondu favorablement (I).
 Deuxièmement, ce sont des efforts nationaux et internationaux engagés pour la préservation, la restauration et la mise en valeur du site d’Angkor. Afin de parvenir à ces objectifs, le Gouvernement et la communauté internationale ont fixé une stratégie commune de sensibilisation tant au Cambodge qu’au niveau international et un programme de renforcement des capacités humaines par la formation et la recherche (II).

I. Mesures de sauvegarde du site et de lutte contre les vols,
 le pillage et le trafic illicite des objets d’art

Depuis deux décennies, la majorité des monuments du site archéologique d’Angkor sont victimes de pillage et de fouilles sauvages. Il est impossible de savoir combien de statues et de pièces diverses, arrachées ont été volés. Le Gouvernement cambodgien et la communauté internationale ont fait beaucoup d’efforts pour sauver le site d’Angkor en installant un système de lutte contre ces actes criminels.

 A. Le site en danger

 De part sa grande dimension–des centaines de kilomètres carrées avec des milliers monuments–et des moyens de protection médiocres, le site d’Angkor risque certainement des actes de vandalisme, de fouilles clandestines, de pillage et de vol de ses richesses archéologiques. On constate que certaines mesures ont été prévues pour éviter ces catastrophes, cependant elles restent encore insuffisantes face à ce danger.
 « (…) En effet, alors que tous ces siècles précédant la dernière décennie, qui ont vu se succéder des guerres, des invasions étrangères, des occupations n’avaient jamais constitué une menace mortelle pour Angkor, ces dernières années et, en si peu de temps, des voleurs, des pirates, des trafiquants, des bandits, des contrebandiers, des vandales, des militaires, des policiers, des fonctionnaires si-disant patriotes mais peu sincères, de soit-disant combattants pour la résistance, de soi-disant « amoureux » des antiquités khmères, des organisations étrangères « spécialisées » dans l’art de déposséder promptement le Cambodge de ses irremplaçables et inaliénables trésors archéologiques, ainsi que de soi-disant « honorables » acheteurs, collectionneurs, marchands et établissement de maisons de ventes aux enchères dans le monde dit civilisé, ont réussi à démanteler et mutiler nos temples et nos monuments anciens et à les vider de leurs inestimables contenus (…)» .
 Bien que le message de Sa Majesté Norodom Sihanouk soit un peu pessimiste, il définit bien une réalité dont le site d’Angkor a souffert et continue à souffrir. De plus, si l’on connaît bien la situation de la région, on notera que l’ampleur de la destruction du patrimoine angkorien est mille fois plus importante de ce qui a été écrit.
 « Une fois qu’un temple se trouve débarrassé de ses objets mobiles, les vandales se mettent à enlever les linteaux et les frontons pesant plusieurs tonnes, et à buriner les reliefs de ses murs. Ils utilisent des tronçonneuses pour détacher les morceaux d’objets fixes. Employant les populations locales pour emporter ces objets, les intermédiaires fortement armés les transportent - parfois dans des tanks ou dans des camions blindés - pour les vendre à la frontière thaïlandaise », a désespérément écrit un observateur .
 Ce vandalisme s’est multiplié pendant les périodes transitoires et celles de trouble au cours des années quatre-vingts et quatre vingt-dix, et surtout quand le réseau du trafic d’objets d’art illicite régional et international s’est installé en Thaïlande et au Cambodge même. Comme l’a écrit Sa Majesté Norodom Sihanouk, le trafic illicite des biens culturels au Cambodge est un trafic organisé qui implique toute sorte de personnes, les plus pauvres comme les plus riches, les plus faibles comme les plus puissantes, le simple citoyen comme le militaire.
 De même, en raison de l’augmentation du marché illégal des objets d’art, les fouilles clandestines ont été accrues et ce, de manière inquiétante. Ces fouilles sont encore pires que le pillage des sites archéologiques lorsque les vandales arrachaient les fondations des temples et des stupa en espérant y trouver des dépôts d’or ou d’autres objets précieux, car elles ont pour conséquence l’effondrement des structures de plusieurs temples.
 Tous ces problèmes s’expliquent d’une part, par le fait de l’instabilité sociale, économique et politique du pays au début des années 1990. Durant cette période, les hommes politiques et les chefs militaires  profitaient des  ressources culturelles et naturelles nationales. D’autre part, à cause des moyens juridiques, techniques, financiers  et  humains insuffisants  de la  Conservation  d’Angkor, de

l’Autorité APSARA et des autres autorités concernées, les monuments du site d’Angkor ne pouvaient pas recevoir de protection efficace contre le pillage.
 Récemment, le journal Le Monde a publié un article s’intitulant « les voleurs continuent à sévir sur le site d’Angkor » . Il est écrit que « même si le parc national d’Angkor où sont situés les principaux temples est maintenant protégé du brigandage, les pillages d’art khmer dans la zone historique alimentent le marché international et ne se heurtent à aucune volonté politique d’y mettre fin ».
 On peut en conclure que le site d’Angkor est toujours en danger de pillage et de vol bien que des mesures de protection soient mises en place. Il faut donc renforcer les mécanismes existants tant au niveau national qu’à l’échelle internationale si l’on veut relever ce défi.
 B. L’arsenal de protection…
 Les mesures de protection des biens culturels au Cambodge ont été spectaculairement confortées à partir du milieu des années quatre-vingt-dix. Parallèlement, on voit que la mobilisation internationale en faveur de la protection du patrimoine culturel khmer n’arrête pas de s’accroître. Tout cela est bien montré dans la Déclaration de Tokyo : « (…) Nous lançons un appel à la communauté internationale pour qu’elle apporte son soutien au Gouvernement du Cambodge dans sa lutte contre le pillage et le trafic illicite des biens culturels dont continue à souffrir le patrimoine du Cambodge » .

 1. … à l’échelle internationale

Il s’agit de la détermination politique de la plupart des États à mettre en commun un outil juridique international efficace pour lutter contre le trafic illicite de leurs précieux biens culturels. Grâce à cette bonne volonté, de nombreuses Conventions internationales concernant les mesures de lutte contre le vol et le trafic illicite des biens culturels ont été élaborées.

1.1. Convention concernant les mesures à prendre pour interdire
et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert
de propriété illicites des biens culturels

 Cette Convention a été adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO organisée à Paris le 14 novembre 1970. Elle a été ratifiée par le Cambodge en 1972 et par plus de quatre-vingts pays autres dans le monde entier. Grâce à cette ratification, la Convention constitue un important arsenal juridique international pour protéger les biens culturels contre le vol, le vandalisme et l’exportation illégale.
 Aux termes de l’article 5 de la Convention, les États signataires s’engagent à adopter les mesures législatives et réglementaires adéquates, notamment le renforcement des dispositifs de sécurité dans les musées, les entrepôts d’objets d’art et sur les sites archéologiques, la publication des biens culturels interdits d’exportation, l’enregistrement de la provenance des objets mis en vente ou le contrôle du commerce des biens culturels.
 À partir des années quatre-vingt, le Cambodge a reçu beaucoup d’aides techniques et financières de l’UNESCO et de la communauté internationale pour mettre en place les mécanismes prévus par la Convention. Par exemple, plusieurs programmes de formation ont été organisés par le service de l’UNESCO : formation de 120 douaniers et de 450 officiers de police, diffusion de programmes éducatifs télévisés, distribution d’affiches pédagogiques, assistance à la rédaction des textes juridiques…etc.
 L’objectif principal de la Convention est de renforcer la coopération internationale dans les actions de repérage, de saisie et de restitution des biens culturels volés ou exportés illégalement. La Convention prévoit que les pays signataires ont l’obligation de restituer au pays d’origine les biens culturels volés et inventoriés . Elle encourage également la coopération internationale à la restitution des biens culturels exportés illégalement, surtout ceux provenant de fouilles illégales . Actuellement, le Gouvernement cambodgien et l’UNESCO travaillent ensemble afin de négocier avec les autres États signataires pour le retour des biens culturels khmers volés ou exportés illégalement, en se basant sur les dispositions de la Convention.
 Un peu plus récemment, une autre importante Convention internationale a été mise en place afin de renforcer les efforts internationaux et compléter la Convention de 1970 en la matière de lutte contre le vol et le trafic illicite des biens culturels dans le monde.

1.2. Convention UNIDROIT

En juin 1995, une nouvelle Convention internationale, la Convention UNIDROIT sur le retour international des biens culturels volés ou illégalement exportés, a été adoptée . Elle est entrée en vigueur depuis le 1er juillet 1998 pour la Chine, l’Équateur, la Lituanie, le Paraguay et la Roumanie. Le Cambodge a signé cette Convention depuis le mois de juin 1995, mais ne l’a pas encore ratifiée .
 C’est une Convention complémentaire de la Convention de 1970. Cette Convention établit effectivement une avancée juridique significative au niveau international pour la protection des biens culturels contre le trafic illicite. Elle élargit le champ d’application de la Convention de 1970 à certains règlements sur la restitution des biens culturels. Avec la Convention UNIDROIT, les biens culturels provenant des fouilles sauvages tout comme ceux n’ayant pas été méthodiquement inventoriés peuvent faire l’objet d’une demande de restitution. Ces possibilités sont d’une grande signification pour le Cambodge. Ce dernier espère qu’avec ces nouvelles mesures, il pourra demander la restitution de plusieurs biens culturels qui n’ont pas été répertoriés pour la plupart à cause de la guerre et du manque de ressources financières.
 Une autre innovation de la Convention UNIDROIT prévoit que la demande de restitution par un État d’origine peut être adressée au tribunal ou à tout autre organe compétent de l’État requis, c’est-à-dire par la voie légale normale du pays où se trouve le bien. En revanche, la Convention de l’UNESCO ne permet que la voie diplomatique pour la demande de restitution d’un bien culturel volé ou illicitement exporté.
 Conformément aux dispositions de la Convention de l’UNESCO de 1970  qui demandent aux États signataires d’instituer les services nationaux nécessaires pour lutter contre l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites, le Cambodge, pour sa part, a installé plusieurs organismes chargés de mettre en application des textes juridiques nationaux et les Conventions internationales auxquelles il est partie.

 2. … à l’échelle nationale

Pour protéger ses biens culturels contre les dégradations, les vols, le pillage et les transferts illicites, le Cambodge a mis en place, en collaboration avec la communauté internationale, des cadres institutionnels d’exécution et des mesures techniques nécessaires, notamment la Police du Patrimoine, l’inventaire, le déminage…etc.

 2.1. Police du Patrimoine

Le projet de création de la Police du Patrimoine d’Angkor a été approuvé par le Comité Technique dans sa session de mars 1994. Il a été tout d’abord financé par la France dans le cadre de la coopération bilatérale, et a ensuite été reconduit, en 1995 dans le cadre du Fonds en dépôt français de l’UNESCO. Il a pour but d’améliorer l’efficacité du dispositif existant en créant une force d’appui mobile, équipée de moyens de déplacement performants, et dotée d’un armement léger et efficace avec une liaison radio entre les groupes opérationnels et les postes fixes.
C’est un service spécial de la police française, le Service de la coopération technique internationale de police (SCTIP) et l’UNESCO, en collaboration avec le Ministère de l’Intérieur, qui est chargé de former des agents de police à des techniques spécifiques de surveillance et de recherche des biens culturels, à la dissuasion, aux méthodes de poursuite et d’arrestation et de mettre en place les structures administratives appropriées pour diffuser les informations et récupérer les objets volés, aussi bien à l’intérieur du pays qu’en dehors des frontières. Un Sous-décret pour la création d’un Commissariat spécial de Police du Patrimoine a été signé le 8 octobre 1997. Ce Commissariat spécial, composé de plus de 520 agents formés spécialement à la protection des biens culturels dans la province de Siem Reap, essaie d’opérer efficacement sur le terrain.
 Ce programme, qui témoigne d’un très fort engagement français et cambodgien, a prévu la création d’un Office Central qui devra coordonner tous les renseignements et d’un Bureau Central National d’Interpol, ainsi que la fourniture d’équipements, la formation et une assistance à la police cambodgienne.
 L’installation de l’Office Central de répression de vols d’objets et d’œuvres d’art est effective depuis juin 1994 et les personnels qui y étaient affectés ont reçu la formation nécessaire et ont été très motivés. Le Bureau Central National Cambodge de l’Interpol est en état de fonctionnement et trois officiers de haut rang ont suivi une formation très spécialisée au siège d’INTERPOL  à Lyon puis à Paris au Bureau National. Grâce à ces structures, les communications entre les réseaux régionaux, nationaux et internationaux de protection des biens culturels seront progressivement améliorées.
 Le matériel nécessaire pour cette opération a été livré au Commissariat spécial (motos, fusils et matériel radio), les personnels ont été formés au maniement de ce matériel, deux officiers-formateurs cambodgiens ont, en outre, reçu une formation adéquate. Des formations théoriques à la lutte contre le trafic illicite ont également été organisées avec l’appui de l’UNESCO.
Le Commissariat spécial est dirigé par un Commissaire assisté de deux adjoints. Il disposait, en 1995, de six sections mobiles de soixante hommes, d’un état-major d’une trentaine de personnes et de vingt-cinq postes fixes dont l’effectif variait entre cinq et dix éléments.
 Parallèlement à ces différentes actions, dont la réalisation a été confiée au SCTIP, des cycles d’instructions ont été mis en place par le Commissariat lui-même. Il s’agit des programmes d’information et de directives sur le fonctionnement du Commissariat spécial et ses missions dans leurs aspects judiciaires (arrestations et saisies), techniques (interventions, contacts radios…) ainsi que sur la réglementation en vigueur sur le site concernant.
L’instruction du 31 janvier 1996 du Gouverneur de la province de Siem Reap définit les missions du Commissariat spécial :
- Assurer la protection du site contre les vols et pillages d’œuvres d’art ;
- Garantir la sécurité du tourisme et préserver l’ordre social dans la zone protégée ;
- Former et organiser un service spécialisé pour la répression du trafic d’objets d’art avec compétence sur toute la province de Siem Reap ;
- Protéger l’environnement.
Ces compétences ont été confirmées par le Sous-décret du 8 octobre 1997.
Pour réaliser ses missions, la Police du Patrimoine a déterminé la politique suivante  : augmentation de l’effectif, formation continue du personnel du Commissariat et des autres agents du Ministère de l’Intérieur concernés par la protection du patrimoine culturel, renforcement des réseaux de communication, élaboration de programmes de sensibilisation des populations locales et formation spécialisée de juristes khmers de haute compétence à la législation sur la protection du patrimoine culturel national et international.
 Depuis sa création, le Commissariat spécial a obtenu des résultats d’opération très satisfaisants. Par exemple, de 1994 à 1996, 168 pièces d’art volées ont été saisies (statues, bas-reliefs, Apsaras, têtes de dragons…), et 29 arrestations opérées. Le nombre de cas de pillage constaté dans la province de Siem Reap a baissé depuis 1996, passant de 42 à 21 en 1998.
Cependant, les difficultés du Commissariat ont surgi au moment où la zone de protection a été étendue de 37 à 42 temples en 1996, et de 200 à 486 km². Quant aux effectifs du Commissariat, ils se sont érodés, passant de 520 en 1994 à moins de 300 en 1998. De plus, le Sous-décret du 8 octobre 1997 a placé ce Commissariat spécial sous la tutelle directe de la Direction générale de la police nationale du Ministère de l’Intérieur . Selon l’article 2 du Décret sur la création de l’Autorité APSARA, le Commissariat spécial est également placé sous la tutelle de cette dernière. Ce nouveau statut a soulevé des problèmes au sein du Commissariat : budget de fonctionnement insuffisant, approvisionnements en essence irréguliers, retards dans le paiement des salaires... Le Sous-décret ne définit pas clairement la zone géographique de compétence et les différents textes traitant cette question sont contradictoires. Cela entraîne, en 1998, l’abandon du gardiennage de certains temples se trouvant dans les zones lointaines comme ceux du groupe de Roluos et de Banteay Srey (à peu près à 20 km de la ville de Siem Reap).
Dans son entretien avec le journal le Monde en 1999 , le commissaire Chea Sophat, Commandant de la Police du Patrimoine s’est plaint que « le pillage systématique de pièces d’art khmer risque de continuer à alimenter le florissant marché mondial de cette ‘valeur’, illégale mais sûre entre toutes. Les moyens pour l’empêcher sont bien trop dérisoires pour une tâche bien trop vaste ». La difficulté majeure que rencontre la Police du Patrimoine vient donc du fait que les auteurs des vols sont le plus souvent les militaires, ce qui rend les interventions délicates. Par ailleurs, on constate que les voleurs qui sont arrêtés ne sont que rarement poursuivis en justice .
Il serait donc nécessaire d’allouer des moyens financiers à cet organisme afin de relancer son action en remotivant ses membres, et d’étendre sa zone de compétence aux sites archéologiques récemment ouverts en 1998 qui ont été victimes de nouveaux pillages.
Il y a un autre mécanisme technique très utile pour la prévention et la restitution des biens culturels volés, c’est l’opération de l’inventaire de ces biens.

2.2. Inventaire

Un projet d’inventaire général a été effectué par l’UNESCO et l’EFEO à la Conservation d’Angkor  afin de pouvoir sauvegarder la plus importante collection de sculptures khmères (4000-5000) et la prévenir de toute détérioration et du pillage. Ce projet financé par le Fonds en dépôt français à l’UNESCO a été approuvé par le Comité Technique en mars 1994. La durée de l’inventaire est de 12 mois, le but est d’inventorier, de classer et de ranger tous les biens entreposés à la Conservation, à l’aide de bordereaux mis au point de façon à cerner le plus exactement possible toute pièce archéologique. Ces bordereaux sont ensuite saisis selon une méthodologie déjà utilisée par l’EFEO pour l’ensemble du fonds sur Angkor permettant ainsi une utilisation quotidienne par les conservateurs, les administrateurs culturels et les chercheurs.
Nous constatons qu’avant la guerre (1970-1980), il y a déjà eu des inventaires complets d’objets d’arts réalisés par les institutions nationales (musées nationaux et provinciaux, Conservation d’Angkor). La plupart des objets du site, y compris les monuments eux-mêmes, ont très bien été répertoriés.
L’inventaire, selon l’article 5 de la Convention de l’UNESCO de 1970, est une obligation pour chaque État de protéger son patrimoine culturel contre le transfert illicite. Le Cambodge doit donc établir un inventaire complet des objets d’art d’après la guerre. Ce nouvel inventaire servira de fondement à l’identification des objets volés et aux demandes de remise de ceux-ci en le comparant à la documentation d’avant guerre. Il sera également utilisé pour prévenir les vols futurs et récupérer les objets pillés.
L’Autorité APSARA prépare actuellement une comparaison des inventaires d’avant et d’après guerre pour établir une liste d’objets volés. L’EFEO conserve les photographies des objets inventoriés avant la guerre dans ses archives parisiennes : les photographies des objets manquants pourront donc être réunies dans un document final qui sera distribué par INTERPOL et d’autres organisations travaillant en collaboration avec le Gouvernement cambodgien dans la lutte contre le pillage.
Le Gouvernement en collaboration avec l’UNESCO a créé une base de données informatiques de toutes les pièces qui ont disparu des dépôts de la Conservation d’Angkor entre 1970 et 1994 . Cette base de donnée informatique spécialisée dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels nommée Art Loss Register est spécialement utilisée par les banques, les assureurs et les marchands d’art pour vérifier la légalité des pièces qui leur sont proposées. Les pièces figurant dans la publication du Conseil International des Musées (ICOM) et l’EFEO  : Cents objets disparus : Pillage à Angkor existent déjà dans cette base de données. Les pièces qui ont disparu des dépôts de la Conservation d’Angkor sont estimées à plusieurs centaines.
Grâce aux efforts nationaux et internationaux, le vol et le trafic illicite des objets d’art khmer ont considérablement diminué. L’inventaire des collections du dépôt de la Conservation d’Angkor contribue énormément à faire retourner plusieurs statues repérées dans les musées du monde entier au Cambodge .

C. Le combat de la restitution

En rappelant l’article 7 de la Convention de l’UNESCO de 1970 sur le trafic illicite des biens culturels , à l’occasion de la Conférence intergouvernementale de Tokyo de 1993, pour faire restituer ses biens culturels, le Gouvernement cambodgien a solennellement demandé à « tous les pays, soit importateurs, soit de transit, de tels objets d’art, de bien vouloir prendre les mesures suivantes en sa faveur :
 a). prévenir les Musées Nationaux et Institutions similaires du pays d’éviter l’acquisition de toute propriété culturelle originaire du Royaume du Cambodge ;
 b). interdire l’importation de ces propriétés, dès lors qu’elles ont été légalement inscrites dans les inventaires du Patrimoine National Khmer et qu’elles n’ont pas été légalement autorisées à être exportées par les autorités cambodgiennes ;
 c). effectuer les démarches nécessaires auprès des antiquaires et des marchands d’art pour aider le Gouvernement cambodgien à recouvrer et à rapatrier ces objets d’art exportés d’une façon illicite du Cambodge ».
Cet appel s’adresse également à tous les pays importateurs ou de transit qui n’ont pas encore ratifié la Convention de 1970, par exemple la France qui l’a tardivement ratifiée .
Répondant à cette requête, on constate que plusieurs actions internationales pour la restitution des biens culturels khmers ont eu lieu. La plus grande contribution de la communauté internationale en faveur du patrimoine culturel angkorien est la publication du Conseil International des Musées (ICOM) « Cents objets disparus : Pillage à Angkor », effectuée en collaboration avec l’EFEO et financée par la Florence Gould Foundation. Cette publication a permis de faire retourner plusieurs biens culturels khmers. De nombreux objets figurant dans ce livre ont été retrouvés et restitués au Cambodge.
À titre d’exemple, en 1993, une statue du corps d’une divinité féminine (DCA 1429, page 37) a été restituée aux autorités cambodgiennes par un antiquaire parisien, en 1996, une tête de Brahma (DCA 3489, page 92) est restituée par un antiquaire britannique après des années de discussions.
En juin 1992, lors d’une vente d’art d’Asie de Sud-Est tenue par Sotheby’s à New York, ICOM a trouvé un torse de figure féminine du XIème siècle figurant sur la liste des objets volés de « Pillages à Angkor » (première édition, page 46, DCA 7081)  , et ayant été vendu à une galerie suisse pour un montant de 63 250 dollars US. En août 1996, il se trouvait être en possession de la New York Art Gallery (Doris Wiener Gallery). En mai 1997, la galerie a restitué la statue au Gouvernement cambodgien.
Une tête du roi brahmanique Shiva datant du début du Xème siècle et qui avait été arrachée d’une sculpture gardée à la Conservation d’Angkor a été rendu au Cambodge en mars 1997 par le Metropolitan Museum de New York. Cet objet est aussi référencé dans « Pillage à Angkor » (première édition, page 80, DCA 5729). Le même jour, le Conservateur de la section Asie du Sud et du Sud-Est du Metropolitan Museum de New York a restitué aux autorités cambodgiennes une seconde tête qui avait aussi figuré dans « Pillage à Angkor » (première édition, DCA 5602). Le propriétaire de l’objet, qui a été sensibilisé par campagne pour le retour des biens culturels volés, a mandaté le représentant du Musée pour rendre cet objet en son nom.
En 1993, ayant été sensibilisé par la campagne pour la protection du patrimoine khmer, un marchand d’art parisien a rendu une pièce en sa possession à l’Ambassade du Cambodge en France.

En octobre 1995, les douanes hollandaises, après avoir examiné la requête du Consulat cambodgien, ont décidé de restituer au Cambodge deux objets d’art khmer saisis.
De nombreuses demandes de restitution sont en cours de négociation notamment celles des pièces DCA 1664 (tête de Vishnu vendue par Sothy’s à Londres en 1985) et DCA 5499 (tête de Davarapala) détenus par Honolulu Academy of arts . Un collectionneur privé a exprimé son intention de restituer aux autorités cambodgiennes les pièces DCA 3460 (tête de Shiva) et DCA 3430 ( tête de Parvati) ; la pièce DCA 3657 (tête de Vishnu) a été localisée dans un musée américain. Il faut noter que toutes ces pièces énumérées ci-dessus sont représentées dans « Pillage à Angkor ».
La Thaïlande est le plus grand pays importateur et de transit des biens culturels khmers. Depuis 1970 jusqu’à nos jours, des centaines de milliers d’objets d’art ont passé la frontière. Plusieurs objets ont été saisis par la police thaïlandaise. Les pièces ont été confisquées, soit au moment du transport entre la frontière cambodgienne et Bangkok, soit dans les galeries de Bangkok. Les pièces saisies sont déposées au Musée National de Bangkok, en attendant leur identification définitive. Selon le journal le Monde dans son article du 14 août 1999, au début de 1999, presque 1 000 pièces ont été saisies, contre 40 seulement de 1993 à 1998. Cela montre la bonne volonté des autorités thaïlandaises dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels khmers. Un cas de restitution a eu lieu en 1996 : 13 objets saisis à une galerie de Bangkok ont été officiellement rendus au Cambodge. En ce qui concerne les pièces confisquées par les autorités thaïlandaises en 1999, elles devraient être restituées au Cambodge dans un futur proche.
D’autres procédures de demandes de restitution sont en cours, elles concernent plusieurs musées américains et marchands d’art internationaux.
Toutes ces demandes de restitution sont basées sur la Convention de l’UNESCO de 1970 concernant les mesures à prendre pour empêcher l’importation, l’exploitation et le transfert de propriété illicites des biens culturels.
En répondant à la Déclaration de Tokyo , des programmes de préservation, de restauration et de promotion du site d’Angkor et des actions de formation de personnels et de sensibilisation ont été mis en place par la communauté internationale en collaboration avec les autorités cambodgiennes.

II. Autres programmes prioritaires : préservation, restauration et mise en
 valeur du site, campagne de sensibilisation, formation et recherche

Tous ces programmes sont des plans d’urgence présentés par le Gouvernement cambodgien à l’occasion de la Conférence intergouvernementale de Tokyo afin de demander des assistances techniques et financières de la part de communauté internationale pour le site monumental d’Angkor . C’est grâce à ces plans d’urgence que la plupart des monuments du site d’Angkor ont été restaurés.

A. Conservation, restauration et mise en valeur
 des monuments du site d’Angkor

 Avant d’entamer ces opérations de préservation, de restauration et de mise en valeur du site monumental d’Angkor, l’Autorité APSARA a fixé une politique directrice que doivent respecter tous les intervenants nationaux et internationaux.

 1. Objectif et stratégie

 Jusqu’à présent, il n’y a pas encore de plan directeur (Master Plan) pour la préservation, la conservation et la restauration des monuments du site d’Angkor. Toutefois, l’Autorité APSARA a adopté trois objectifs pour guider ce travail .
 Il s’agit d’abord de maintenir et d’entretenir l’ensemble du site afin d’assurer sa continuité et de le rendre accessible à tous.
 Ensuite, il faut que chaque monument soit étudié dans son contexte archéologique, historique et culturel et, également, dans sa perspective de développement futur.

 Enfin, toutes les politiques de conservation, de restauration et de maintenance doivent être conduites de façons scientifique et rigoureuse en utilisant les techniques appropriées aux structures individuelles de chaque monument.
 En ce qui concerne les méthodes de travail, l’Autorité APSARA détermine que chaque étape du processus de conservation et de restauration (études préliminaires, propositions architecturales et techniques, projets finaux) doit être soumise à son approbation. Cela ne signifie pas que l’Autorité exige une seule méthode pour la conservation et la restauration des monuments du site. Mais, elle veut plutôt contrôler les projets pour être sûr que ces derniers sont bien adaptés aux problèmes diagnostiqués sur le site concerné et conformes aux capacités techniques et financières des institutions concernées.
 Avant de prendre une décision technique relative au projet de conservation et de restauration, l’Autorité APSARA sollicite l’avis du Comité Ad Hoc d’experts prévu par la Déclaration de Tokyo. De plus, chaque projet doit être compatible avec la Charte de Venise de 1964 sur la conservation et la restauration des monuments et des sites .
 Le Préambule de la Charte de Venise prévoit que les « principes qui doivent présider à la conservation et à la restauration des monuments soient dégagés en commun et formulés sur un plan international, tout en laissant à chaque nation le soin d’en assurer l’application dans le cadre de sa propre culture et de ses traditions ».
 Certes, le Gouvernement et la communauté internationale considèrent que les monuments du site d’Angkor ne représentent pas seulement des « ouvrages de pierre » mais aussi des « supports à l’identité » du peuple cambodgien, ce sont des lieux de vénération et de prières. C’est pour cette raison que les travaux ne signifient pas simplement une pratique des techniques d’architecture et de génie civil.
 En reconnaissant cette nécessité, toute la restauration des monuments du site d’Angkor doit être réalisée dans le but d’aider le Cambodge à retrouver la signification historique, archéologique, religieuse et culturelle de ces monuments et à pouvoir rétablir les relations étroites qui existaient entre les monuments, la civilisation et l’identité. Elle doit également permettre au Cambodge de mettre en place des politiques de conservation, de restauration et de maintenance de ce patrimoine, des politiques de protection de l’environnement de ces monuments et des stratégies de participation des populations à la réutilisation de ces monuments. De plus, elle doit créer des conditions favorables permettant de former les jeunes cambodgiens afin que ces derniers puissent continuer ce processus de conservation et de préservation de leur patrimoine.
 Il est également indispensable de tenir compte des populations habitant dans les environs de ces monuments et d’aider à mettre en place un plan de développement socio-culturel prenant en compte les relations des monuments avec l’histoire, la culture, les villages, l’environnement, le tourisme culturel et l’éducation des populations.
 L’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial en péril permet à celui-ci de bénéficier des grands travaux de restauration conformément à la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine mondial culturel et naturel. Angkor est ainsi devenu le plus important chantier de restauration au monde en cette fin de siècle . La plupart des projets de restauration (dégagements des éléments effondrés, anastylose, consolidation générale…) sont financés par la France, le Japon, l’Italie, l’Allemagne, la Chine, l’Inde, l’Indonésie... Quant aux travaux, ils sont pris en charge par l’EFEO, l’Université japonaise de Sophia ou par le pays donateur lui-même. Les principaux monuments comme Angkor Vat, Bayon, Banteay Srey, Baphuon, Terrasse du Roi Lépreux…sont déjà restaurés ou en cours de restauration.
 Au niveau national, il y a deux organismes qui sont chargés de la conservation, de la préservation et de l’entretien du site, ce sont la Conservation d’Angkor et le Département de la Culture et des Monuments de l’Autorité APSARA. Les deux institutions sont toutes deux les partenaires des autres pays ou organisations intervenant dans les travaux de restauration des monuments du site d’Angkor. A l’heure actuelle, ces deux services nationaux ne collaborent pas bien entre eux. Cela provoque des problèmes de conservation, de restauration et d’entretien du site.

 2. Problème de gestion

Ces deux organismes (Conservation d’Angkor et Département de la Culture et des Monuments) sont sous la tutelle de l’Autorité APSARA. En même temps, la Conservation d’Angkor est sous la tutelle du Ministère de la Culture et des Beaux-Arts. Le personnel de la Conservation est celui du Ministère.
 Bien que le texte du Décret sur la création de l’Autorité APSARA prévoie cette tutelle conjointe, il y a toujours des problèmes de commandement de la part de l’Autorité APSARA à l’égard de la Conservation d’Angkor. Le Département de la Culture et des Monuments de l’Autorité APSARA a besoin du personnel et des matériaux de la Conservation d’Angkor pour assurer son travail de conservation et d’entretien car pour l’instant il n’en a pas assez. Ce Département a les moyens financiers suffisants pour les travaux de conservation, d’entretien et de recherche archéologique.
 Quant à la Conservation, elle n’a pas d’autonomie financière même si elle a des locaux, des matériaux et du personnel. Les salaires du personnel sont bas et comportent des retards de paiement. Une partie du personnel de la Conservation est transférée au Département de la Culture et des Monuments et touche le salaire payé par celui-ci.
 Malgré ces difficultés de gestion, le Ministre de la Culture ne veut pas que la direction de Conservation d’Angkor soit détachée de son ministère. La protestation du Ministre de la Culture était très vive au moment de la demande de détachement. On constate, en général, que le personnel de la Conservation d’Angkor souhaite travailler sous la seule tutelle de l’Autorité APSARA et être rémunéré par celle-ci.
 Aujourd’hui, la Conservation d’Angkor, y compris le Département de la Culture ne sont pas encore des maîtres d’ouvrage pour les travaux de restauration, ils s’occupent simplement des activités d’entretien général du site. Pour les travaux de restauration des monuments, ils sont tous assurés par les organisations internationales.
 A l’avenir, il faudra que ces deux établissements soient restructurés afin d’augmenter leur capacité de gestion et devenir les vrais partenaires techniques des autres équipes internationales travaillant sur le chantier d’Angkor.
 Il y a une autre stratégie qui a été adoptée par le Gouvernement et la Communauté internationale pour protéger particulièrement le site d’Angkor contre le pillage et empêcher le trafic illicite des biens culturels, c’est la campagne de sensibilisation.
 B. Actions de sensibilisation…
 Ces actions de sensibilisations se déroulent, d’une part auprès des médias, et d’autre part auprès de la population.

 1. … auprès des médias

Au moment de l’exposition internationale sur l’art khmer en 1997 qui s’est successivement passée en France, aux États-Unis et au Japon, les médias ont fait une large campagne de sensibilisation sur les problèmes de pillage dont souffrent l’ensemble des temples khmers.
Parmi tous les articles et reportages parus et diffusés sur ce sujet, au cours de cette année, trois méritent, par leur portée, une attention particulière :
Il s’agit d’abord de l’équipe de télévision du National Geographic Television qui a passé une semaine au Cambodge, au mois d’avril 1997, pour tourner un documentaire concernant spécialement le problème de la lutte contre le trafic illicite. Ce documentaire a été diffusé une première fois le 31 août 1997.
Ensuite, c’est une équipe d’ARTE qui s’est également intéressée à la lutte contre le trafic illicite des biens culturels khmers. Elle est venue au Cambodge, au début du mois de mai 1997, pour filmer un autre documentaire de 52 minutes sur ce problème.
 Enfin, le journal Le Monde a consacré, durant le mois de juillet 1997 et plus tard également, de nombreux articles sur le trafic illicite dans le monde dont l’un, intitulé « les tribulations de la déesse d’Angkor », était consacré à la pièce DCA 7081, rendue au Gouvernement cambodgien le 2 juin 1997 .
 En 1998, deux cas de pillage ont attiré l’attention des médias internationaux. Premièrement, une équipe de télévision française a consacré un tournage sur le pillage du site de K’bal Spean (Rivière aux milles lingas) . Deuxièmement, cela concerne le pillage du temple de Banteay Chmar se trouvant à moins de trente kilomètres de la frontière thaïlandaise , la presse thaïlandaise (Bangkok Post) a considéré ce pillage comme « Cultural killing fields ».  Elle s’est, la première, faite l’écho des pillages perpétrés sur ce site à la suite de la saisie successive, par les autorités thaïlandaises, de l’inscription lapidaire K 227 (le 21 décembre 1998 au River City Complexe de Bangkok), et de 117 morceaux de bas-reliefs (le 7 janvier 1999 dans une province frontalière) . C’est grâce à cette information que le Comité intergouvernemental pour la promotion du retour des biens culturels à leur pays d’origine ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale, lors de sa Xe session tenue à Paris du 25 au 28 janvier 1999, a abordé la question du trafic des biens culturels khmers, en particulier celle du pillage du temple de Banteay Chmar. Cette information a été rapportée au CIC qui l’a transférée ensuite à Sa Majesté le Roi Norodom Sihanouk. Dès le lendemain, ce dernier a saisi le Premier Ministre afin qu’il prenne des mesures de protection pour site, le 22 janvier 1999 le Conseil des Ministres a créé un groupe de travail chargé de trouver des solutions pour la protection du temple. Une demande de restitution des pièces volées a également été immédiatement adressée aux autorités thaïlandaises. La négociation pour le retour de ces objets est en cours.
Les médias nationaux, quant à eux, commencent, depuis 1998, à s’intéresser à ces problèmes de protection du patrimoine culturel.
 Les campagnes régulières, dans la presse internationale et à la télévision, pour sensibiliser l’opinion publique à la lutte contre le pillage et le trafic illicite des œuvres d’art ne sont pas suffisantes, il faut également des actions organisées au Cambodge pour informer les populations et les touristes.

 2. … auprès des populations et des touristes

Cette campagne de sensibilisation est prise en charge par le Département de la Culture et des Monuments de l’Autorité APSARA. Le but de cette campagne est de faire comprendre aux communautés locales, nationales et aux touristes, de tous les aspects du site d’Angkor : l’histoire, les traditions et les problèmes de protection du patrimoine culturel, social et environnemental.
 Le Département a organisé de nombreuses journées de la culture en présentant aux villageois des spectacles (théâtre de l’ombre) sur la protection du patrimoine culturel. Ces rencontres ont permis aux villageois et aux responsables scolaires et religieux d’avoir l’occasion d’échanger des informations et des opinions sur la protection du patrimoine culturel avec les autorités locales, provinciales et les équipes internationales de recherche.
 L’Autorité APSARA collabore étroitement avec les autorités villageoises pour promouvoir le programme de sensibilisation à la préservation et à la protection du patrimoine culturel auprès des populations habitant dans le Parc Archéologique d’Angkor. On constate qu’il y a une grande participation des villageois, chefs de pagodes et des dirigeants des communautés locales dans les actions de lutte contre la dégradation et le pillage du site d’Angkor.
Il y a également des programmes de sensibilisation organisés par l’Autorité APSARA en collaboration avec le Ministère du Tourisme à l’égard des touristes afin de les mettre en garde contre l’exportation d’antiquités culturelles khmères sans la licence d’exportation prévue par la Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel.
Le Département de la Culture travaille aussi avec les médias nationaux et internationaux pour la diffusion des informations relatives aux travaux de protection et de préservation du patrimoine culturel entrepris à Angkor.
À l’occasion de la Conférence de Tokyo, le Gouvernement cambodgien a également proposé à la communauté internationale d’entamer des programmes de recherche sur le site d’Angkor et de développement des ressources humaines au Cambodge .
C. Recherche et formation
Au cours de ces dernières années, Angkor est non seulement un des chantiers de restauration les plus importants du monde mais également le site le plus étudié soit dans le domaine archéologique, soit le système hydraulique ou urbain de l’ancienne capitale de l’empire khmer, en raison du mystère et de la complexité de ses vestiges patrimoniaux. Parmi ces programmes de recherche, les plus importants ont été ceux de l’Université japonaise de Sophia et de l’EFEO.
Le premier programme qui a été élaboré en collaboration avec le Ministère de la Culture recouvre à la fois les monuments, les villages, la végétation et le milieu naturel des forêts, les biens culturels vivants tels les arts traditionnels, l’artisanat traditionnels, les cérémonies religieuses et les contes et légendes populaires ainsi que les sites historiques, culturels et naturels de la région. C’était une étude socio-culturelle consacrée plus spécialement aux questions d’environnement / de communauté villageoise (rapports entre la protection des monuments historiques et le développement économique souhaitable pour la communauté villageoise). Ce projet a eu pour but de  :
- Donner une formation sur la réhabilitation et la conservation des vestiges ;
- Créer un système de surveillance permanent et assurer une protection contre les vols ;
- Améliorer le niveau de vie de la populations locale ;
- Mettre à jour, conserver et transmettre les techniques traditionnelles particulières détenues par les villageois ;
- Éduquer les populations locales sur les problèmes d’identité et de protection des biens culturels ;
- Conserver la forêt d’Angkor et l’environnement naturel ;
- Étudier l’éco-système et les mesures de protection de la faune et de la flore ;
- Intensifier la culture des rizières et la mise en valeur des terres de la culture et aménager le réseau hydraulique d’Angkor ;
- Gérer les ressources hydrauliques, protéger les réseaux hydrauliques et rétablir dans leur fonction en tant que patrimoine historique.
Les résultats de cette étude ont fait l’objet de rapports en plusieurs volumes s’intitulant « Renaissance culturelle du Cambodge », publiés en cambodgien, en français, en anglais et en japonais.
Les principes qui guident les recherches de la Mission Internationale de Sophia sur Angkor sont :
- De coopérer avec le Cambodge et de l’assister dans les efforts pour assurer son indépendance ;
- Maintenir des liens étroits entre l’étude scientifique sur les monuments et les projets de préservation des sites et des monuments d’Angkor ;
- Aider à l’établissement et au maintien d’un équilibre entre le développement économique et le développement socio-culturel des communautés locales de la région d’Angkor.
Le deuxième projet dont est chargé l’EFEO s’appelle « De Yashodharapura à Angkor Thom » . Il concerne le site d’Angkor Thom, ancienne capitale royale. Financé par le gouvernement français, ce projet de recherche d’une durée de 5 ans (1995-2000) vise à mettre au jour un ensemble de connaissances sur la notion de cité khmère (urbanisme, système hydraulique). Il a pour objectif principal de faire savoir l’histoire de la constitution de la cité, son organisation technique, sa structure urbaine, la production matérielle des éléments mobiliers et la vie de la cité et ses relations internationales.
Les autorités cambodgiennes ont une autre grande préoccupation qui est la formation de cadres nationaux capables de prendre le relais, dans le futur, de la gestion du patrimoine culturel dans son ensemble dont la majorité est actuellement prise en charge par la communauté internationale, notamment la restauration et la recherche scientifique du site.
« La préservation d’Angkor ne doit pas être considérée comme une fin en soi mais comme la composante d’un ensemble qui vise à promouvoir le niveau et la qualité de vie de la population » . Il est ainsi nécessaire de trouver un équilibre entre la protection du site et la nécessité du développement économique.
Grâce à ses vestiges archéologiques et naturels qui sont une richesse pour le développement  touristique,  le site  d’Angkor  va  certainement  produire  des
ressources permanentes permettant au pays de répondre aux besoins de sa population en matière d’infrastructures, de nutrition, d’éducation, de distribution des terres, d’agriculture et d’énergie.
Des problèmes pourraient être posés par les actions de développement touristique qui vont nuire également au patrimoine archéologique, naturel ou social de la région. Pour prévenir ces problèmes, le Gouvernement cambodgien a mis en place une politique de développement touristique, urbain et régional harmonieuse. Tout projet de développement de la région devra être étudié en évaluant les conséquences sur le site archéologique d’Angkor et son environnement.
 

DEUXIEME PARTIE : AMENAGER POUR DEVELOPPER : LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE, URBAIN ET RÉGIONAL

Le site d’Angkor va procurer au Cambodge, par son attraction touristique, des ressources financières importantes. Effectivement, le tourisme va propulser de grands flux régionaux et internationaux produisant des activités économiques pour toute la région de Siem Reap et aussi pour le Cambodge. Pourtant, le développement touristique doit s’accompagner de l’obligation de garder et même d'amplifier la valeur de cette richesse historique (Chapitre I).
 L’augmentation considérable du tourisme va inévitablement modifier tous les aspects économiques, sociaux, patrimoniaux de la région de Siem Reap et surtout les urbanismes de la ville de Siem Reap. C’est pourquoi, « s’il est impératif de permettre à l’industrie touristique de se développer, il convient toutefois d’en maîtriser les effets négatifs potentiels sur les structures économiques, sociales, patrimoniales et urbaines »  (Chapitre II).
 

CHAPITRE I : STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE
 

 Le tourisme n’est pas seulement un « potentiel économique » mais aussi un moyen, pour le Cambodge et la région de Siem Reap, de « s’ouvrir vers le monde extérieur ». Il a été considéré par le Gouvernement comme la « première industrie » de la région de Siem Reap .
Avec ses richesses patrimoniale, architecturale, monumentale et archéologique et ses particularités, le site d’Angkor pourra certainement donner au Cambodge de grandes opportunités irremplaçables. Néanmoins, le Cambodge n’est pas encore tout à fait capable de bénéficier de ces dernières, pour des raisons de manque d’infrastructures, de structures institutionnelles, juridiques et humaines. De plus, le site lui-même ne doit pas, pour des raisons des capacités et de fragilité, être soumis à l’exploitation non rationnelle. Il a donc besoin d’une stratégie politique afin d’assurer un équilibre entre, d’un côté l’ « appétit financier » qui exige une exploitation touristique en pleine de croissance, et de l’autre un « intérêt culturel »  (I).
 En considérant ces réalités, le Gouvernement avec l’Autorité APSARA ont mis en place de nombreuses stratégies prioritaires d’aménagement et de développement des cadres organisationnel et juridique et des infrastructures de base pour répondre à ces besoins vitaux (II).

I. La potentialité et la contrainte

 Grâce à sa notoriété et à son caractère particulier, le site d’Angkor, depuis sa redécouverte au XIXe siècle, reste toujours une destination rêvée pour tout type de touristes, du « pèlerin religieux » au « voyageur moderne » du monde entier. Il représente un point fort pour le développement touristique. La situation actuelle du Cambodge est aussi très favorable à ce développement.
Malgré ces bonnes conditions, le tourisme à Angkor continue à rencontrer des obstacles et des limites. Seuls de bons aménagements et un meilleur choix politique peuvent relever ces défis.

 A. Les opportunités

 Les circonstances appropriées pour un lancement de la politique de développement touristique à grande échelle sont réunis grâce aux caractéristiques particuliers du site d’Angkor lui-même , et grâce au nouveau contexte politique, économique et social du pays.

 1. La spécificité du site d’Angkor

 Le site d’Angkor a ses caractères spécifiques : naturel, culturel, historique, archéologique, monumental et architectural, qui sont très bien appréciés par ses visiteurs.

 1.1. Aspect environnemental

 Le site d’Angkor a une large espace, bien aménagée et protégée pour l’intérêt culturel et touristique. Son site monumental (zone 1) et sa réserve archéologique (zone 2) s’étendent dans une zone de plus de 350 kilomètres carrés. Dans cette zone, il y a  :
- le Parc d’Angkor, créé en 1925 ;
- des zones additionnelles qui constituent avec ce Parc le cœur du site monumental d’Angkor ;
- une zone de protection établie pour sauvegarder les sites archéologiques du paysage environnant ;
- des zones tampons.
Par rapport aux autres sites qu’on connaît habituellement, la dimension environnementale du site d’Angkor est très grande. Avec les trois autres zones : Paysages Culturels Protégés, Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique ou Historique et Périmètre de Développement Socio-Économique et Culturel de la région de Siem Reap qui entourent les deux premières zones, Angkor sera une des grandes destinations touristiques culturelles et naturelle mondiales.
Angkor dispose non seulement d’« une surface complexe comprenant des espaces naturels, des villages, des surfaces cultivées, des pagodes… créant des tissus vivants », mais aussi « de monuments, de vestiges archéologiques, historiques et culturels formant un exemple quasi unique dans le monde ».

1.2. Aspects historique, culturel et monumental

 Angkor est un symbole de l’identité et de l’unité de la nation khmère. Il représentait une « civilisation » glorieuse du peuple cambodgien depuis des siècles. Sur le plan international, Angkor symbolise la culture khmère. Ses attachements avec le monde extérieur sont très forts (par exemple, depuis longtemps avec la France, et récemment avec les autres pays comme le Japon, l’Allemagne, la Hongrie…).
 Avec son prestige archéologique, ses monuments notables et ses réalisations artistiques, le patrimoine culturel angkorien est un vrai facteur dynamique pour le développement touristique.
 Le site d’Angkor regroupe des centaines de monuments dont les plus fameux temples sont l’Angkor Vat, le Bayon et le Banteay Srey auxquels se joignent une dizaine de parcs annexes culturels de grande importance : Takéo, Prah Khan, Ta Prohm…
 La beauté de l’architecture et des sculptures des temples, entourés de douves, de grands canaux d’irrigation, de barays (réservoirs), de digues et de forêts, joue un rôle très important pour attirer les touristes qui veulent connaître l’histoire millénaire d’Angkor et du Cambodge.
 Il y a aussi d’autres importants éléments qui contribuent actuellement au développement touristique au Cambodge.

2. Les autres facteurs

Le progrès du tourisme dépend de plusieurs facteurs comme la stabilité politique, la sécurité et un bon aménagement. Aujourd’hui, le Cambodge remplit tous ces critères et est prêt à saisir cette chance qu’il n’a pas eue depuis des décennies.

 2.1. La stabilité politique

 Le Cambodge a souvent changé de régimes politiques depuis la fin des années soixante-dix . Ces changements provoquent une instabilité politique généralisée dans le pays. La plupart de ces changements se sont passés par un coup d’État ou par des combats sanglants. Cette instabilité politique a eu des effets nuisibles pour le développement économique du pays et surtout pour le développement touristique.
 D’après le rapport d’activité de l’Autorité APSARA, la crise politique en 1997 a nuit gravement à la croissance économique et spécialement au tourisme à Angkor . La chute brutale de visiteurs à Angkor était très inquiétante. Certains projets d’investissements et de constructions des hôtels et des équipements touristiques ont été interrompus ou abandonnés pour des raisons d’incertitude politique. Cette crise politique a continué jusqu’en 1998, année de la préparation de nouvelles élections législatives.
 Après les élections, le nouveau Gouvernement de coalition a été créé et la stabilité politique a été retrouvée. La situation du Cambodge devenait normale à la fin de l’année 1998. Le redressement économique et l’augmentation du nombre de visiteurs étaient satisfaisants. L’inflation est descendue à 0%, au 4ème trimestre 1999, contre 12,6% en 1998 et, en 2000, le PIB a augmenté de 5,5% à 6% et augmentera sans doute plus dans les années futures.
 Les conséquences positives de la stabilité politique sur le tourisme du pays  sont très significatives. À titre d’exemple, en 1999, le nombre total des arrivées à l’aéroport de Pochentong à Phnom Penh et à l’aéroport de Siem Reap-Angkor était de 262 907 personnes, soit une augmentation de 41,1% par rapport au chiffre de 1998. Plus  particulièrement, le  nombre  de  personnes  arrivant  à Siem Reap-Angkor, par voies aérienne et fluviale était de 83 641, contre 40 678 personnes en 1998, soit plus du double en un an.
Ce chiffre n’arrêtera pas de grimper si le Cambodge reste dans une situation stable comme aujourd’hui. Selon les études touristiques, le nombre de visites à Siem Reap sera de l’ordre de 250 000 à 500 000 par an, pour les cinq prochaines années. Il augmenterait à 1 000 000 par an dans les dix prochaines années si les problèmes d’infrastructures et d’équipements étaient réglés par le Gouvernement .
 Quand la stabilité politique a été retrouvée, la question de sécurité de la région de Siem Reap-Angkor a été également réglée. Les conflits armés dans la région ont disparu. C’est une très belle occasion pour le développement touristique de la région.

 2.2. La sécurité

 La sécurité est un des facteurs principaux pour le développement ce que soit dans le domaine économique ou touristique. On ne peut pas aménager et développer une zone si celle-ci n’a pas de sécurité.
La région de Siem Reap d’Angkor, jusqu’en 1997, était partiellement sous le contrôle des guérillas khmers rouges. Une grande partie du nord du Parc archéologique, notamment vers la chaîne des plateaux Kulèn (Phnom Kulèn) et ses environs, était un lieu d’affrontement militaire entre les forces gouvernementales et celles des anciens combattants khmers rouges.
Depuis l’année 1997, toute la région de Siem Reap d’Angkor est sous contrôle gouvernemental. Le mouvement de résistance  s’est achevé au moment où la négociation d’intégration des troupes khmères rouges est parvenue à son terme. La paix est revenue au Cambodge et la sécurité est assurée dans toute la région.
À partir de cette date, les visites à Angkor ont augmenté fortement au Nord du Parc où se trouvent le célèbre temple Banteay Srey  et les fameux plateaux Kulèn. De nouveaux aménagements et développements de ces zones et des mécanismes de protection et de conservations de ces dernières ont été mis en place.
 Toutes ces opportunités de développement ne seront réalisables qu’à condition que le Gouvernement ait l’intention de promouvoir cette politique touristique.

 2.3. La volonté politique

 On peut se demander si le Gouvernement royal a la volonté politique d’encourager le développement touristique à Angkor.
 Pour répondre à cette question, il est indispensable d’étudier toutes les actions gouvernementales relatives au tourisme du pays et en particulier de la région de Siem Reap.
 Nous constatons que le Gouvernement est conscient du potentiel touristique que représente Angkor. Il estime que ce potentiel crée un « formidable espoir pour le développement économique ». Cependant, il perçoit que le « tourisme peut constituer en même temps une grave menace pour le patrimoine angkorien».
 C’est pour cette raison que le Gouvernement a pris beaucoup de précautions avant de lancer sa politique touristique à Angkor car un tourisme non contrôlé peut causer de sérieux dégâts pour le patrimoine.
Pour éviter ces dommages, de nombreuses études ont été faites au préalable par le Gouvernement pour connaître les impacts du développement touristique sur le site. Grâce à ces études, il a pu fixer des lignes politiques selon lesquelles le développement touristique doit s’accompagner de l’obligation de maintenir et de mettre en valeur le patrimoine culturel national.
 Après de longues réflexions, le Gouvernement s’est largement engagé dans cette politique de développement touristique en créant plusieurs mécanismes indispensables afin de favoriser ce développement.
 La volonté politique du Gouvernement cambodgien pour le développement touristique à Angkor est très forte puisqu’il croit que le pays peut se reconstruire, le niveau de vie de la population peut s’améliorer, le site peut être bien sauvegardé…, tout ceci grâce à la prospérité touristique.
 Siem Reap n’est pas encore un centre touristique moderne. Les grands obstacles au développement ne sont plus l’incertitude politique ou l’instabilité dans les zones périphériques du Parc, mais des problèmes d’infrastructures et de capacité d’accueil des touristes du site et de la ville.
 

 B. Les limites

 La densité du tourisme à Angkor est de plus en plus forte. Mais  actuellement, les structures institutionnelles, les ressources humaines et les infrastructures de la région ne peuvent pas répondre aux besoins des touristes. Cela pose des limites au développement touristique. Une autre contrainte que l’on constate est la capacité de réception du site.

 1. Insuffisance des infrastructures, des institutions et des ressources humaines

 Les infrastructures de base dans la ville de Siem Reap sont inadéquates ou inexistantes et demandent donc une rénovation totale ou la dotation d’un équipement nouveau.
Ces infrastructures (eau, électricité, télécommunications, systèmes de collecte des eaux usées et des ordures, réseau des transports terrestre et aérien..) et les équipements touristiques comme les hôtels ou restaurants ne peuvent répondre aux normes internationales minimales requises.
Le réseau routier, tant sur le site lui-même que pour les liaisons entre Siem Reap, les autres capitales provinciales et Phnom Penh, exige des améliorations considérables pour s’accommoder de la croissance économique que pourrait apporter le tourisme. L’aéroport de Siem Reap a une capacité limitée pour accueillir les voyageurs.
Malgré des projets d’investissements de plusieurs grands groupes hôteliers, le problème du manque d’hébergements de qualité à Siem Reap persiste. Une zone hôtelière de l’ordre de 3 200 à 5 600 chambres s’avérerait nécessaire pour accueillir cet afflux touristique . D’ores et déjà, le parc hôtelier de 1 200 chambres (existantes ou en construction), qui pourrait potentiellement accueillir entre 100 000 et 150 000 touristes internationaux par an, ne peut assurer un service convenable compte tenu des fréquentes coupures de courant et d’eau.
Il y a un petit nombre de tour operators nationaux et internationaux qui gèrent actuellement une grande part de l’accueil du site (transport, guide, hébergement, etc.). Jusqu’en 1999, les recettes d’entrée dans le Parc sont perçues par les autorités locales de la Province, du Tourisme et de la Culture, sans stratégie de réinvestissement. La corruption et l’inefficacité de ces autorités n’ont pas été exclues. Quant à l’Autorité APSARA, elle n’a pas encore assez de moyens humains et matériels pour gérer toutes les affaires touristiques à Angkor.
Le manque d’efficacité, l’insuffisance de mesures juridiques et la corruption laissent le champ libre à certains gros investisseurs étrangers pour sortir du pays la plus grande partie des profits, ce qui éloigne tout espoir de voir la population locale profiter du « boom touristique » et les caisses de l’Angkor « se renflouer ».
 Du côté des ressources humaines, les services des guides sont inappropriés. La plupart des guides manquent de connaissance sur les langues et sur les sites.
Il y a un programme de formation des guides récemment mis en place par le Ministère du tourisme en collaboration avec l’UNESCO qui ne représente qu’une étape dans l’amélioration de leur professionnalisme. Et jusqu’à maintenant, il n’existait pas encore de programme de formation à grande échelle dans les services de l’hôtellerie, de la restauration, des agents de tourisme…Dans ce secteur touristique, il y a peu de nationaux spécialisés et bien formés bénéficiant de haut niveau de connaissances.
Le défi sera donc d’améliorer la qualité de l’accueil tout en augmentant la capacité des sites pour satisfaire aux exigences du tourisme culturel et pour atténuer les effets d’un tourisme de masse qui provoquerait des destructions irréversibles du patrimoine culturel et naturel d’Angkor.

 2. Capacité d’accueil limitée du site

 En raison de la fragilité du site, une limite du nombre de visites est nécessaire car l’arrivée massive des touristes peut détruire gravement les capacités physique, écologique et esthétique de ce dernier.
 Ces trois capacités s’expliquent de façon suivante   : d’abord, la capacité physique est le « nombre de visiteurs qui peuvent être accueillis à un endroit et à un moment donné » ; ensuite, la capacité écologique est le « nombre de touristes auxquels les structures archéologiques, la forêt et le paysage, peuvent résister sans dommages, soit sur les sites, soit sur la structure écologique » ; et enfin, la capacité esthétique est le « nombre de visiteurs qui pouvant être accueilli sans que la visite du site y perde en qualité ».
 Le Gouvernement veut contrôler et limiter le nombre de touristes car il estime que « pour de nombreux visiteurs, « le mystère », la paix et les qualités spirituelles d’Angkor peuvent être diminués ou détruits par la présence massive de touristes » . Avec la régulation des flux dans l’espace et dans le temps, une maîtrise de l’admission sur les sites, les plus fréquentés notamment, aura un succès. On peut également organiser une déconcentration des arrivées et une meilleure répartition sur le site afin de garantir que la capacité d’exploitation des monuments ne sera pas dépassée.
 Une étude préliminaire montre que Angkor Vat, temple le plus visité d’Angkor, a une capacité écologique de 300 à 500 visiteurs à tout moment. Cela permet un total journalier de 2100 à 3500 visiteurs.  Angkor Vat aurait une capacité d’accueil maximale admise entre 767 000 et 1 278 000 visites par an. Mais, pour être plus réaliste, il faut réduire tous ces chiffres par trois.
 La capacité d’accueil d’Angkor sera effectivement, un obstacle limitant le nombre de touristes venant visiter Siem Reap. En supposant que les touristes fassent en moyenne, deux visites à Angkor Vat durant leur séjour et passent le reste de leur temps sur d’autres sites, ou d’autres activités, le nombre maximal de touristes pouvant visiter Siem Reap serait de 639 000 par an .
Selon l’estimation, dans les dix années futures, le nombre de visites à Siem Reap atteindrait un million et à un million et demi de visites pour le long terme .
Ce taux d’augmentation dépassera rapidement la capacité d’accueil du site. Une politique encourageant le tourisme de qualité doit être mise en place pour soulager la pression touristique et assurer une pérennité de développement.

C. Le choix

Le Gouvernement a élaboré plusieurs stratégies fondamentales pour éviter le tourisme de masse qui est normalement un facteur de destruction du patrimoine national et de la stabilité économique et sociale. C’est le tourisme de qualité participant à la protection du patrimoine culturel et à la durabilité de développement économique et touristique que le Gouvernement a choisi.

1. Tourisme culturel de qualité, une stratégie à long terme

Il faut d’abord distinguer entre le tourisme de qualité et celui de masse .
Dans le premier cas, ce sont des gens qui voyagent normalement en petits groupes avec un guide qualifié qui cherchent un hébergement confortable mais pas luxueux, et que sont conscients de la nécessité de préserver et de bien gérer le site. Ils sont souvent directement intéressés par les travaux de conservation. Ces touristes font généralement un séjour assez long (trois à cinq jours) et contribuent largement au développement de la région.
Quant au tourisme de masse, ce sont des visiteurs en voyage organisé qui n’ont pas d’intérêt particulier et dont le séjours est habituellement plus bref (deux à trois jours) et se trouvent en groupes plus nombreux. Leur accueil demande une structure conventionnelle beaucoup plus importante et une gestion maîtrisée plus rigoureuse sur le site, leurs dépenses en revanche rapportent moins à l’économie locale.
Au moment où la capacité d’exploitation sera réduite sur le site, cette dernière catégorie de touristes ne devra pas être inscrite parmi les priorités.
En considérant l’intérêt du tourisme de qualité pour l’économie, le patrimoine culturel national et la société, le Gouvernement adoptera, à long terme, ce mode de développement.
Les stratégies mises en place par le Gouvernement pour obtenir un tourisme de qualité et une protection du site sont les suivantes  :
- soutenir un tourisme de qualité en soulignant l’aspect culturel comme atout majeur ;
- collaborer étroitement avec les professionnels du tourisme afin qu’ils sensibilisent systématiquement leurs clients au respect du site ;
- contrôler le flux des visiteurs par la création des circuits obligatoires pour les périodes de pointe ;
- veiller à ce que la formation des futures techniciens du tourisme inclut des cours de protection du patrimoine ;
- éviter le tourisme de masse en élevant les prestations touristiques telles que l’hébergement et la restauration, etc. ;
- prolonger le séjour par une animation de qualité ;
- organiser des séminaires d’éducation de la population afin de les sensibiliser à la nécessité pour Angkor de choisir une clientèle de qualité ;
- créer un centre d’accueil d’information de qualité pour les visiteurs ;
- Mettre en place un Observatoire des Publics .
Ces mesures ont pour objectif principal d’ « attirer les visiteurs sensibles à l’art et au patrimoine culturel et désireux d’approfondir leur connaissance du site d’Angkor (arts, architecte et religion)» . Elles permettent de protéger le patrimoine de l’ « assaut brutal » du tourisme de masse tout en augmentant les revenus du tourisme par une clientèle prête à passer plus de temps et à dépenser plus d’argent, en échange d’un « séjour culturellement enrichissant ».
Par ces stratégies, le Cambodge espère que son patrimoine national sera bien préservé pour la « génération future », et qu’une continuité du développement touristique participant au progrès de la région et de la nation sera également retrouvée.

2. Effets

Les bonnes conséquences attendues du tourisme de qualité sont des bénéfices substantiels au profit de la communauté nationale et une protection et une mise en valeur harmonisée du patrimoine culturel et naturel national.
Elles vont améliorer le niveau de vie de la population de la région sans bouleverser les identités culturelles et sociales. Elles contribuent également à la protection de la nature.
Tout cela permet au Cambodge de « retirer le maximum de retombées économiques et fiscales »  et d’obtenir un développement, économique et touristique durable. Car, un développement touristique durable dépend de la  « qualité de l’environnement » et de la « qualité du site » . Cela signifie que le « tourisme », l’« environnement » et la « culture » s’apportent mutuellement et sont profondément « liés ».
Les conséquences de la stratégie du Gouvernement correspondent ainsi aux dispositions de la Charte du Tourisme Durable, selon lesquelles  : « Le développement touristique doit reposer sur des critères de durabilité ; il doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique et équitable sur le plan ethnique et social pour les populations locales. Le développement durable est un processus encadré visant une gestion globale des ressources afin d’en assurer la durabilité, tout en permettant de préserver notre capital naturel et culturel, y compris des espaces protégés (…) »
Nous constatons que les potentialités données par Angkor sont très grandes par rapport aux contraintes actuellement rencontrées. Étant donné ces raisons, le Gouvernement se prépare activement et rapidement pour mettre en place des mesures et des structures nécessaires afin de décrocher ces opportunités.
II. Les plans privilégiés d’aménagement et de développement
 Il s’agit des instruments juridique, institutionnel et humain et des infrastructures prioritaires installés par le Gouvernement pour contrôler et faciliter le développement touristique d’Angkor.

A. La mise en place des moyens juridique,
institutionnel et humain de gestion

 La politique de développement touristique, accompagnée de la protection du site, de la région de Siem Reap d’Angkor ne serait réalisée qu’à condition que des outils institutionnel et juridique appropriés soient établis.

1. Les moyens institutionnels

Nous trouvons qu’à l’heure actuelle l’Autorité APSARA, avec son Département de Développement Touristique d’Angkor (DDTA), a un rôle très important pour la gestion du tourisme dans la région de Siem Reap-Angkor. Comme les affaires touristiques sont compliquées, ce nouveau Département a besoin du concours des autres établissements publics ou privés afin de réaliser ses lourdes tâches.

1.1. Le Département de Développement Touristique d’Angkor (DDTA)
de l’Autorité APSARA

 Le DDTA est un des cinq départements techniques (DDTA, Direction du Développement Urbain, Direction de la Culture et des Monuments, Commissariat spécialisée dans la protection du patrimoine et Unité de déminage spécialisé) de l’Autorité APSARA .
Ce Département a également pris le nom de l’Agence de Développement Touristique (ADT) . À la tête de ce Département, il y a un directeur qui s’occupe des affaires du Département. Il est nommé par un arrêté ( Prakas) du Président Directeur Général de l’Autorité APSARA. Actuellement, le DDTA a son bureau principal à Phnom Penh et un bureau représentant à Siem Reap.
 Selon la décision du Conseil d’Administration de l’Autorité APSARA, le DDTA a les compétences suivantes  :
- Mettre en place la politique de développement touristique de Siem Reap-Angkor ;
- Être responsable de l’exploitation de toute activité touristique ;
- Percevoir les recettes liées à l’exploitation du Parc Archéologique (droits d’entrée au site, droits de prise de vue et de tournage dans le site, organisation de manifestations culturelles ou artistiques dans le site) ;
- Accueillir les visiteurs, les professionnels du tourisme en organisant leur cadre d’activités, les journalistes et les hôtes de marque (du gouvernement cambodgien, des autorités régionales) ;
- Entretenir et assurer la maintenance et la logistique à l’intérieur du Parc Archéologique, en complément de la Conservation d’Angkor, pour tout ce qui n’est pas lié à l’archéologie et aux monuments eux-mêmes ;
- Organiser la promotion touristique du site ;
- Être responsable de l’exécution du contrat relatif à l’exploitation du site signé par l’Autorité avec les autres établissements publics ou les entreprises privées (par exemple, le contrat Sokha portant sur la perception des droits d’entrée dans le site).
Pour obtenir un développement touristique durable et une sauvegarde et la mise en valeur du site d’Angkor, le DDTA a élaboré plusieurs stratégies qu’on a déjà étudiées. Ce Département a une autre obligation qui est de respecter les conditions fixées par le Comité du Patrimoine Mondial qui prévoient qu’ « il est indispensable de parvenir à un équilibre entre les actions de protection du patrimoine culturel et l’environnement et le développement incontestable de l’économie touristique afin de répondre à la nécessité d’un développement socio-économique pour un pays en pleine reconstruction, ce qui met le Cambodge dans une position de force et de faiblesse ».
 L’organisation du ADT (ou DDTA) qui a été proposée par la Mission d’Étude Tourisme-Plan d’Urbanisme Angkor-Siem Reap en 1995 comprend cinq services:
- service administratif et financier (SAF),
- service commercial et marketing (SCM),
- services activités réceptives (SAR),
- service culturel et animation (SCA),
- services techniques (ST).
La structure du Département est encore en phase de création. On constate qu’aujourd’hui il n’y a qu’une seule Directrice entourée de quelques personnels à Phnom Penh et à Siem Reap qui s’occupent de toutes les affaires du Département.
 Avec sa capacité humaine, matérielle et technique actuelle, le DDTA ne peut pas accomplir ces objectifs et ces obligations tout seul. Il faut ainsi l’intervention des autres collaborateurs publics et privés qui doivent coopérer avec lui.

 1.2. Les autres partenaires publics et privés

 Aux termes de l’art. 2 du Décret royal du 19 février 1995, le DDTA « est chargé de développer et coordonner les réseaux touristiques de la région, en collaboration avec le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Tourisme et le sous-comité provincial de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de la Construction » .
 Pour le secteur public, les établissements qui concourent au DDTA sont la Conservation d’Angkor, le Département de la Culture et des Monuments, le Département du Développement Urbain, le Commissariat du Patrimoine, les autorités provinciales de Siem Reap, les services déconcentrés dans la province de Siem Reap des ministères de la Culture, de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, du Tourisme… etc. Le constat sur le terrain nous montre que la coordination entre l’Autorité APSARA, en particulier le DDTA et les autres ministères se déroule avec difficulté en raison des conflits d’intérêt ou des chevauchements de responsabilités (par exemple, entre le DDTA et les services déconcentrés du Ministère du Tourisme).
 Pour le secteur privé, on trouve les professionnels du tourisme (guides, agents de voyage, écoles du tourisme, les journalistes, les commerçants dans le Parc, les hôteliers…), les concessionnaires, les organismes internationaux, la population, les touristes… qui sont des partenaires indispensables pour le développement touristique durable comme l’indique la Charte du Tourisme Durable : « La contribution active du tourisme au développement durable présuppose nécessairement la solidarité, le respect mutuel et la participation de tous les acteurs, du secteur public et privé, impliqués dans le processus. Cette concertation dont se baser sur des mécanismes efficaces de coopération à tous les niveaux : local, national, régional et international » .
 Les moyens institutionnels ne sont pas suffisants pour développer le tourisme et protéger le site ; il est ainsi indispensable de créer des mesures juridiques afin de maîtriser ce développement touristique.

2. Les moyens juridiques

Jusqu’à maintenant, on ne voit que quelques textes juridiques et un contrat de concession élaborés pour favoriser le développement du tourisme et pour défendre le site.

 2.1. Les textes législatifs et réglementaires

 À la suite de l’ouverture de l’économie planifiée vers l’économie de marché en 1989 et surtout après la création du nouveau Gouvernement libéral et démocratique en 1993, le Cambodge s’est profondément intégré dans le nouveau monde capitaliste. Le Gouvernement royal a fait beaucoup d’efforts pour rattraper le retard de l’économie du pays. Il estime que le pays peut se reconstruire grâce au potentiel des investissements étrangers.
C’est pour cette raison qu’en 1994, le Gouvernement a fait adopter la loi sur les investissements qui était une des lois les plus favorables en Asie du Sud-Est aux investisseurs. Dans cette nouvelle loi, il y a des dispositions qui favorisent les investissements dans certains secteurs que le Gouvernement considèrent prioritaires. Parmi ces secteurs prioritaires, il y a l’ « industrie touristique ».
« Les encouragements aux investisseurs se présentent sous la forme d’exonération totale ou partielle des droits de douane et de taxe » .
Ces formes d’encouragements pour les investisseurs sont, par exemple : « l’exonération de l’impôt sur les bénéfices pendant une période pouvant aller jusqu’à 8 ans (…), l’exonération totale des droits de douanes et des taxes pour l’importation des matériaux de construction, de production, de matériels d’équipements, de marchandises semi-finies, de matières premières et de pièces de rechange, à condition qu’ (…) il s’agisse d’industrie touristique (…) »,  .
 Pour répondre au manque d’hébergements pour les touristes qui sont de plus en plus nombreux à Angkor, le Gouvernement, avec un Sous-décret (Anukret) du 13 octobre 1995 portant sur la création de la Zone Hôtelière, a attribué à l’Autorité APSARA un terrain de 560 hectares afin d’aménager et d’installer des hôtels de luxes. Grâce à ce Sous-décret, l’Autorité APSARA a la possibilité de développer les équipements hôteliers et le tourisme à Angkor en contrôlant toutes les implantations de nouveaux hôtels dans la région de Siem Reap . Un nouveau Sous-décret du 18 octobre 1999 a élargi ce terrain attribué à 1 007 hectares.
 Cependant, un Décret royal (Reakret) du 28 mai 1994 relatif au zonage a été approuvé pour définir les zones culturelles protégées dans la région de Siem Reap-Angkor. Ce Décret met un accent particulier sur la protection du patrimoine culturel que devra respecter le développement touristique. Il a réparti les sites culturels en cinq catégories de protection (Zone 1 : Sites monumentaux ; Zone 2 : Réserves Archéologiques Protégées ; Zone 3 : Paysages Culturels Protégés ; Zone 4 : Points d’Intérêt Archéologique, Anthropologique ou Historique ; Zone 5 : Périmètre de développement socio-économique culturel de la région de Siem Reap–Angkor).
Il prévoit, dans son article 11, que toutes les « installations touristiques » dans tous les sites culturels protégés (Zones 1, 2, 3, 4 et 5) doivent être réglementés et accordés par les permis. En particulier, pour la Zone 1, il faut autoriser seulement un minimum de constructions sur les sites individuels pour les visiteurs (stands de nourriture et de rafraîchissements, chemins piétonniers, parcs de stationnement des bicyclettes, arrêts de minibus). Il faut créer des aménagements permettant aux visiteurs d’observer les fouilles archéologiques ou les travaux de restauration en cours. Dans la Zone 2, il est nécessaire de minimiser les impacts négatifs du tourisme sur les communautés locales et d’aménager des installations à petite échelle et des centres d’artisanat pour offrir des opportunités économiques aux résidents.
 Le développement touristique doit se faire tout en respectant la loi sur la Protection de l’Environnement et la Gestion des Ressources Naturelles . Cela implique les obligations de « protéger, d’améliorer la qualité de l’environnement et le bien-être des populations, en empêchant, en réduisant et en contrôlant la pollution » et de « garantir la conservation, le développement, la gestion et l’utilisation raisonnable, continue et perpétuelle des ressources naturelles du Royaume du Cambodge (…) » . Cette loi prévoit également que « toute demande d’investissement et tout projet proposé par l’État doivent faire l’objet d’une évaluation des atteintes à l’environnement (...) ».
 Du côté des textes législatifs et réglementaires, il existe des contrats passés entre l’Autorité APSARA et les établissements publics ou les entreprises privées.

 2.2. Le contrat de concession

 D’après l’article 3 du Décret royal du 19 février 1995 : « pour l’accomplissement de sa mission, APSARA (…) peut (…) concéder des activités, délivrer des autorisations d’occupation, donner en location des espaces du domaine, dans la limite de ses compétences (…) »   ; et selon l’article12 du même Décret, les ressources de l’Autorité APSARA comprennent : « (…) les recettes propres à son activité, notamment les redevances et loyers perçus au titre des concessions accordées (…)».
 C’est grâce à ces articles que l’Autorité APSARA a pu signer en 1999 un « contrat de concession » qui est en fait un « contrat d’affermage »  autorisant une entreprise privée, appelée Sokha Hôtel, à percevoir des droits d’entrée dans le Parc d’Angkor en vendant des billets d’entrée. La durée du contrat est de cinq ans (1er mai 1999-30 avril 2004) et renouvelable .
Ce « contrat de concession » ne peut être révisé que sous deux conditions : « si le nombre de touristes visitant Angkor dépasse de 40% ceux de l’année précédente » et « cela seulement à partir de la troisième année d’exploitation, c’est à dire précisément en mai 2002 » .
Chaque année la société Sokha Hôtel verse une « redevance » (royalty)   à l’Autorité APSARA. La première « redevance » est un million de dollars. À partir de la deuxième année, ce chiffre sera automatiquement augmenté de 15% de plus que le montant de la redevance de l’année précédente et ainsi de suite pour les années successives 1ère année (1999-2000) : 1 000 000 dollars US  ; 2e année  (2000-2001) : 1150 000 dollars US; 3e année (2001-2002) : 1 322 500 dollars US; 4e année (2002-2003) : 1 520 875 dollars US; 5e année (2003-2004) : 1749 006 dollars US).
 L’Autorité APSARA a remarqué, dans son rapport annuel juin 1999-juin 2000, qu’il y a eu une grande différence entre le montant de la « redevance versée » et celui des « recettes perçues ». D’après l’article 11 du contrat, la redevance d’un million de dollar a été basée sur une estimation du nombre de touristes à 50 000 personnes (estimation faite fin 1998 par Ministère du Tourisme et approbation par l’Autorité APSARA et la Société Sokha Hôtel) avec le prix du billet à 20 dollars US. Le rapport annuel de l’Autorité APSARA a indiqué que la Société Sokha Hôtel a déclaré avoir vendu pour une durée de 11 mois des billets à 114 046 touristes et a perçu 3 837 620 dollars US pour la première année de la concession (mai 1999-mai 2000). Ce rapport a constaté que le nombre d’entrée était à multiplier par 2,5 et les revenus par 3,8 par rapport à la première redevance d’un million dollars US versée par la Société Sokha Hôtel à l’Autorité APSARA.
APSARA s’est demandée s’il était possible pour le Gouvernement de demander une révision de ce « contrat de concession ». Mais, selon les clauses de l’article 11 du contrat, le Gouvernement ne peut rien faire pendant les premières années et doit attendre jusqu’en mai 2002.
 La redevance annuelle versée par la Société Sokha Hôtel est répartie proportionnellement entre l’Autorité APSARA (80%), le Ministère du Tourisme (15%) et le Ministère de la Culture (5%).
Nous constatons que ce « contrat d’affermage », par ses clauses contractuelles (par exemple, son article 11 relatif à la base du calcul de la « redevance » et à la possibilité de révision de cette « redevance » ou son article 10 concernant le « montant de la redevance »), est très défavorable à l’Autorité APSARA qui est une personne publique. En revanche, il a donné beaucoup d’avantages au « fermier », la Société Sokha Hôtel.
 Avec ces clauses contractuelles, on doute de la « transparence » et de l’« efficacité » de la gestion du domaine public et du fond public. Le parti de l’opposition a critiqué ce contrat d’avoir été conclu sous la pression du Gouvernement et d’être entaché de corruption.
On peut se demander pourquoi le Gouvernement a choisi un mode de « délégation du service public » à une personne privée au lieu de la « régie directe » qu’il avait utilisé auparavant .
Les réponses à cette question sont nombreuses. D’abord, le Gouvernement n’a plus confiance en son administration ministérielle, surtout dans le domaine touristique  à Angkor, qui est connu pour sa corruption et son inefficacité Le montant des recettes obtenu par la vente des billets d’entrée dans le Parc avant la signature du « contrat d’affermage » était inférieur à celui de la redevance. Le Gouvernement veut lutter contre la corruption dans le secteur touristique à Angkor.
Ensuite, le Gouvernement, grâce à la redevance versée par le « fermier », veut donner à l’Autorité APSARA une autonomie financière conforme à son statut en tant qu’établissement public national.
Enfin, ce sont les intérêts privés de certains hauts personnages politiques du Gouvernement qui ont beaucoup fait pression pour qu’une société privée gère ce service public car avec cette méthode ils ont pu commettre des actes de corruption au moment de la passation du contrat. La corruption qui était auparavant présente à un niveau inférieur passe ainsi à un niveau supérieur.
Côté plus positif, nous trouvons que, avec son principal budget venu de la redevance, l’Autorité APSARA peut bien fonctionner et réaliser plusieurs projets notamment les programmes de formation, de recrutement, de conservation des monuments, d’aménagements de la Cité Hôtelière…
Dans le secteur touristique comme dans les autres secteurs, on constate qu’il y a beaucoup de manque de personnes compétentes pour assurer un développement convenable et une protection efficace.

3. Les moyens humains, une nécessité du programme de formation

 Le développement touristique d’Angkor doit aller de pair avec la protection du site. Pour bien protéger et mettre en valeur le site, il faut que des personnes qui travaillent dans le service touristique aient de bonnes connaissances sur le site et les mécanismes assurant sa protection et sa mise en valeur. Pour l’instant, il n’ y a pas assez de professionnels de tourisme de ce type pour cause d’absence de programme de formation.
 En 1997, le Président Directeur Général de l’Autorité APSARA a demandé au BIT ( Bureau International du Travail) de « financer une étude de faisabilité pour la formation des professionnels dans toutes les branches du tourisme : les métiers de l’hôtellerie, de la restauration, agents de tourisme…etc. ». Mais, malheureusement ce projet a été interrompu pour motif d’instabilité politique en juillet 1997. Selon le projet, une école hôtelière de classe internationale (École de Lausanne) se serait chargée d’assurer les cours de formation.
 Pour le Gouvernement, le tourisme à Angkor a un caractère culturel. Il faut donc que toutes les formations des futurs professionnels du tourisme intègrent des cours de protection, de sauvegarde, et de promotion du patrimoine culturel national.
 Jusqu’à maintenant, le programme de formation était très limité et existait seulement dans le métier de guide. Dans l’avenir, tous les guides qui déjà formés devront se perfectionner pour acquérir de nouvelles connaissances sur le site qui, ayant un statut de patrimoine national et mondial, est plus fortement protégé qu’avant.
 L’impact du tourisme sur l’économie et la société est considérable. De nouveaux métiers liés à ce domaine seront établis. Il est nécessaire donc de se préparer pour faire face à ce changement et surtout il faudrait avoir des programmes de formation à des métiers touristiques pour populations locales qui bénéficieront de ces opportunités.
 Parallèlement à la mise en place des moyens juridique, institutionnel et humain de gestion, le Gouvernement et l’Autorité APSARA ont un autre projet prioritaire qui est la création des infrastructures et des équipements de base dont a besoin le tourisme.
 B. Les infrastructures et les équipements
 L’aménagement et le développement des infrastructures et des équipements touristiques doivent être également considérés comme une des politiques prioritaires si le Gouvernement souhaite obtenir un développement touristique de qualité, apportant plus de ressources financières au pays. Bien que ces installations soient coûteuses et difficiles, le Gouvernement n’a pas d’autres choix. Ces infrastructures et équipements sont les hébergements, les routes, les aéroports, l’eau, l’électricité… qui sont des nécessités pour le tourisme.
 1. Les hébergements
 C’est une des priorités d’aménagement et de développement. Selon des analyses économiques, les hébergements et l’accueil des touristes sont la « première conséquence du développement touristique : c’est la retombée économique numéro un » .
 À Angkor, les principaux hébergements des clientèles sont les hôtels et la Guest House. Le Gouvernement veut maîtriser ce secteur afin de répondre à l’augmentation des touristes venant visiter Angkor.
 Le développement des hôtels dépend de l’augmentation des visites à Siem Reap-Angkor. Cependant, ce développement doit tenir compte  à la capacité limitée d’accueil du site.
 Afin de développer un tourisme culturel, respectueux de l’environnement et des populations du Parc Archéologique d’Angkor, tout en favorisant un développement économique équilibré, le Gouvernement a réalisé deux études importantes : une étude de développement touristique et une étude de développement urbain de la ville de Siem Reap. Financées par la Caisse Française de Développement et conduites respectivement par ARTE/BCEOM et DETENTE/SCORE/GIE Villes Nouvelles, elles ont été officiellement remises au Gouvernement royal du Cambodge en décembre 1995.
 Ces études proposent que le développement hôtelier s’organise autour de deux pôles :
- une Cité Hôtelière  pour les hôtels de luxe (4 et 5 étoiles)
- la ville de Siem Reap pour les hôtels de catégories intermédiaires
Un projet de création de Cité Hôtelière (20 hectares en première phase, 60 hectares en 2ème phase, environ 280 hectares de réserve foncière totale), séparée de la ville et rassemblant les grosses unités hôtelières, peut répondre aux flux prévus.
Quant aux petits hôtels, ils pourraient continuer à être bâtis dans le milieu urbain existant, à condition de respecter des normes strictes : moins de 60 chambres, gabarit limité aux fondations, matériaux locaux authentiques (bois, tuiles), arborisation requise…
On constate qu’en 1998, sept hôtels de catégorie intermédiaire (2 ou 3 étoiles) ont été construits. Trois d’entre eux se situent le long de la route de l’aéroport, trois autres sur la route qui relie la ville de Siem Reap à Angkor Vat, et un dernier près de la prison de Siem Reap. Ces différents travaux devraient porter la capacité hôtelière de la ville de Siem Reap à plus de 2 000 chambres.
Ces projets d’installation d’hôtels que nous avons indiqué ci-dessus n’ont pas bien réussi, car, de nombreux grands hôtels sont actuellement en rénovation ou en construction au sein même de la ville de Siem Reap. Certains ont été même construits dans les zones protégées définies par le Décret de zonage ou n’ont pas respecté des réglementations de construction et d’urbanisme .
L’installation des hôtels dans la Cité Hôtelière n’a pas connu d’avancées significatives pour des raisons d’instabilité politique en 1997-1998. Jusqu’à présent, seul un protocole d’accord pour la construction d’un hôtel haut de gamme, d’une capacité de trois cents chambres, dans la première tranche de la Cité Hôtelière (8 ha) a été signé par l’Autorité APSARA, le 14 juin 1998, avec le groupe Beta Mekong.
Selon des études de ZEMP , lorsque l’on aura atteint 400 000-500 000 touristes par an, il faudra 3 200-4 000 chambres. C’est une estimation qui correspond à une période de 1996/98-2005/6. Actuellement, si l’on estime le nombre de touristes venant visiter Angkor et celui des chambres d’hôtels à Siem Reap, cette évaluation est encore longue à atteindre.
 À Siem Reap, il y a une autre forme d’hébergement, ce sont les Guest House qui sont soit en concurrence avec les hôtels soit en complément de ces derniers.
 Durant ces dernières années, cette forme d’hébergement s’est multipliée rapidement dans le centre ville de Siem Reap grâce à l’arrivée de masse de touristes à Angkor. À l’heure actuelle, ces Guest House jouent un rôle important pour répondre au besoin des touristes nationaux puisque leurs tarifs sont bon marché. L’inconvénient qu’elles présentent est l’encouragement au tourisme de masse, ce que le Gouvernement veut éviter. C’est pourquoi, le Gouvernement désire les limiter par des réglementations d’urbanisme et de construction.
 L’un autre projet prioritaire pour le Gouvernement qui veut répondre aux nécessités touristiques et obtenir plus de ressources financières, est la rénovation de l’ancien aéroport et la construction d’un autre aéroport à Siem Reap.
 2. Le développement des aéroports
 L’aéroport de Siem Reap était en mauvais état et sa capacité ne lui a permis d’accueillir que de petits porteurs à concurrence de quelques dizaines de rotations journalières. Il est donc indispensable de le développer. Le développement de l’aéroport de Siem Reap est nécessaire car sa capacité d’accueil des avions et des voyageurs est très limitée. Il y a deux étapes de développement : premièrement, la rénovation de l’ancien aéroport de Siem Reap, et deuxièmement, un projet de construction d’un nouvel aéroport.
 Pour la première phase, on a constaté, en décembre 1996, qu’il y a déjà eu un projet de réhabilitation de l’aéroport de Siem Reap qui a été financé par la Banque Asiatique de Développement (BAD). Ce projet a pour objectifs de :
- Moderniser les infrastructures et les équipements de l’aéroport de Siem Reap (aérogare, piste, systèmes d’éclairage, de sécurité et de lutte contre les incendies) ;
- Améliorer les conditions de sécurité de l’aéroport pour les mettre en conformité avec les normes définies par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale ;
- Renforcer les capacités opérationnelles nationales pour les opérations aéroportuaires.
Le coût du projet a été estimé à 17,6 millions de dollars US. Quinze millions de dollars US seront financés par un prêt de la BAD, et 2,6 millions de dollars US directement par le Gouvernement royal du Cambodge. Le Secrétariat d’État de l’Aviation Civile est l’agence d’exécution du projet. L’année 1998 a été consacrée à la réalisation d’études d’ingénierie et de fouilles de sauvetage sur le site de l’aéroport. Les travaux proprement dits ont commencé au début du mois février 1999 et devraient s’achever au mois de mars 2000.
Après la réhabilitation, la piste pourra accueillir, dans des conditions de sécurité suffisantes, un atterrissage ou un décollage toutes les cinq minutes pour un avion de type ATR, toutes les quinze minutes pour un jet type B737 ou Airbus 310.
Cependant, le Gouvernement n’a pas voulu prolonger la piste pour accueillir de plus gros avions, car, cette extension aggraverait encore plus sur les plans archéologique et écologique de problèmes et de dangers qui se posent déjà pour l’aéroport actuel. Le gouvernement craint les risques de survol des monuments malgré des consignes de vols très strictes et les crashes sur les monuments situés dans le prolongement de la piste d’atterrissage. Il veut éviter des dégâts pouvant être causés par les gros jets sur les structures des monuments en encorbellement et sur les structures des reliefs et des statues par desquamation des matériaux. Il s’inquiète également des dangers pour les barays et les réserves d’eau et pour la faune et la flore, etc.
Actuellement, la politique « open sky »  du Gouvernement a très vite saturé l’aéroport actuel. La construction d’un nouvel aéroport serait nécessaire. L'installation de ce nouvel aéroport pourrait se faire à l’Est de l’agglomération de Siem Reap (à 10 km de l’actuelle bretelle menant à l’aéroport), devant la partie du district de Roluos jouxtant le district de Sot Nikum, sur l’axe de la route principale qui relie Roluos à Phnom Sach. Ce site présente l’avantage de se trouver à proximité immédiate des ressources en latérite et en dehors de sites archéologiques connus. Selon le Président Directeur Général de l’Autorité APSARA , il sera obligatoire de construire (vers 2005) un nouvel aéroport lorsque le nombre de visiteurs atteindra environ 1 600 000.
 Il reste encore d’ autres infrastructures et équipements de base à développer afin de promouvoir l’industrie touristique.

 3. Les autres infrastructures et équipements

 Ils concernent les routes, l’eau, électricité, télécommunication, les restaurants, transports, le Centre d’Accueil et d’information…etc.
 Tout d’abord, il faudrait améliorer le réseau routier de façon importante le niveau national, régional et urbain afin de faciliter la circulation des visiteurs et des populations et encourager les voyageurs à venir visiter le site. Actuellement ce réseau routier est en très mauvais état. À titre exemple, la route nationale n° 6 (RN6), la voie de communication terrestre principale qui joint la région de Siem Reap à la capitale (Phnom Penh) par l’est du Lac (Tonlé Sap), assure la liaison avec Battambang (une autre province) et la Thaïlande par l’ouest. Cette route se trouve à tel point dégradée qu’il faut une journée entière pour parcourir les 400 km qui séparent Siem Reap de Phnom Penh .
 Ensuite, ce sont l’eau potable, l’électricité, le téléphone et l’assainissement qui devraient également être développés le plus vite possible afin de répondre aux besoins du service touristique (les hôtels, les restaurants…) et de la population locale qui sont en augmentation.
 Puis, il s’agit des restaurants, des boutiques, équipements de loisirs touristiques qui devront être créés conformément à la réglementation de zonage et d’urbanisme et à la stratégie de développement touristique et qui ne nuiront pas à la valeur patrimoniale du site et au mode de vie de la population locale.
Enfin, c’est la création du Centre d’Accueil des Visiteurs . Ce Centre d’Accueil sera chargé d’informer les visiteurs sur la fragilité, la complexité du site et de leur donner les clefs nécessaires pour une découverte de ce dernier. Il servira d’une « alternative en cas de saturation (ou fermeture ponctuelle) d’un monument, en cas de pluie, ou comme une activité de soirée » . Selon le projet, ce Centre d’Accueil va disposer de tous les services nécessaires aux touristes : boutiques, sanitaires, restaurations, sécurité… Il sera la seule entrée du Parc Archéologique d’Angkor et sera le lieu où l’on achète son billet.
 Le développement touristique a non seulement des conséquences socio-économiques et patrimoniales mais également urbaines et régionales. Le développement touristique maîtrisé en faveur de la protection du patrimoine national et de la population locale sera également applicable dans le secteur urbain et régional.
 
 

CHAPITRE II : LES DÉVELOPPEMENTS URBAIN ET RÉGIONAL
 

 Le développement touristique d’Angkor va modifier toute la forme initiale de la région de Siem Reap, et surtout l’aspect urbain de la ville de Siem Reap et ses environs (I). Il aura également des impacts sur le Parc Archéologique, les espaces écologiques et agricoles…(II). Pour éviter tous les mauvais effets de ce développement sur la ville et le site, une politique globale de développement urbain et régional sera indispensable.

I. Le développement urbain de la ville de Siem Reap

Comme le développement touristique, le développement de la ville de Siem Reap devra être effectué avec la  contrainte de préserver le site et de respecter les périmètres urbains existants. C’est dans cet objectif que le Gouvernement a créé des mécanismes organisationnel et juridique de gestion et de protection et des stratégies de développement.

 A. Les outils institutionnel et juridique

 Le développement urbain de la ville de Siem Reap est également sous la responsabilité de l’Autorité APSARA, en collaboration avec d’autres services. En appliquant des réglementations relatives à la protection du site d’Angkor, ces autorités seront chargées de l’aménagement et du développement urbain de la ville de Siem Reap.

1. Instrument institutionnel

 C’est le Département de Développement Urbain de l’Autorité APSARA qui est responsable des affaires urbaines de la ville de Siem Reap . Comme le Département  de  Développement Touristique d’Angkor, c’est une direction technique de l’Autorité, chargé «de concevoir et de réaliser les aménagements en infrastructures et superstructures touristiques de la région de Siem Reap-Angkor ».
 Ce Département élabore et exécute les projets de développement urbain afin d’harmoniser les structures traditionnelles et l’évolution socio-économique de la région. Il prépare un Plan Directeur de développement pour la ville de Siem Reap en collaboration avec les autorités provinciales et le Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de la Construction.
Il est chargé de préparer la mise en place des moyens réglementaires, de la politique foncière et de la régulation du marché correspondant : droits de préemption, déclarations d’aliéner, opérations cadastrales et évaluations foncières, voire procédures d’expropriation et d’indemnisation.
Il délivre des permis de construire et accorde des licences aux entrepreneurs en basant sur la loi portant sur l’Aménagement du Territoire, l’Urbanisme et la Construction, le Décret royal relatif au zonage, le Sous-décret concernant la Zone Hôtelière et le Sous-décret sur le Plan d’Utilisation des Sols et de Construction de la région de Siem Reap-Angkor.
Il est aussi responsable de divers travaux d’infrastructures (réseaux routiers, assainissement des eaux, électricité…) et d’autres travaux comme l’aménagement d’espaces publics, de nouvelles zones résidentielles ou commerciales… dans le respect de l’environnement et du site. Il a actuellement une autre tâche importante qui est l’aménagement de la Cité Hôtelière.
Ce Département de Développement Urbain collabore avec les autres départements d’APSARA, les services de la province et ceux du Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de la Construction afin d’obtenir un développement cohérent pour la région de Siem Reap-Angkor.
Toutes les opérations du Département ont pour objectif principal de garantir la qualité de vie des populations du Parc et de la ville de Siem Reap dans le respect de l’architecture traditionnelle, des paysages urbains et ruraux du chef lieu de la province et ses environs.
La croissance touristique et démographique de la région nécessitera de nouveaux travaux d’infrastructure. Cependant, tous ces travaux devront se dérouler de manière à s’harmoniser avec la forme urbaine existante et sans atteindre le site d’Angkor.
Tout développement urbain de la ville de Siem Reap devrait donc être exécuté dans un cadre juridique prévoyant des obligations de respect du patrimoine culturel et urbain et de l’environnement.

 2. Dispositif juridique

Les règles juridiques qui encadrent le développement urbain afin de protéger le site d’Angkor sont les suivantes :
 D’abord, c’est la loi sur l’Aménagement du Territoire, l’Urbanisme et la Construction adoptée par l’Assemblée Nationale le 23 mai 1994. De nombreux articles de cette loi s’intéressent à la protection du patrimoine national. Aux termes de son article 5 : « (…) pour la protection du patrimoine et de l’environnement, (…), le C.N.A.T.U.C (Comité National de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de la Construction) est chargé d’établir le plan directeur d’aménagement et de développement pour cette zone et de le soumettre au Conseil des ministres pour décision (…) » .
 Cette loi interdit les constructions publiques ou privées sur les sites archéologiques et historiques . Elle permet au Gouvernement d’établir des « prescriptions spéciales et les servitudes d’urbanisme pour la mise en valeur des sites ou des immeubles qui présentent un intérêt archéologique, historique, culturel,… » . Ces prescriptions et ces servitudes vont être inscrites dans les plans directeurs d’aménagement et de développement et dans les plans d’utilisation des sols et de construction de chaque province. Ainsi, pour le site d’Angkor, ce sont le plan directeur d’aménagement et de développement et le plan d’utilisation des sols et de construction de la province de Siem Reap qui vont intégrer ces dispositions.
 En ce qui concerne le permis de construire, selon l’article 17 de la loi, il peut être refusé si le projet (de construction) risque de compromettre l’intérêt archéologique, historique, culturel ou s’il n’est pas conforme au plan directeur ou au plan d’utilisation des sols et de construction.
 La province de Siem Reap et ses environs sont riches de patrimoine culturel et de Parc Archéologique. Les documents relatifs à l’aménagement du territoire, l’urbanisme et la construction de la province de Siem Reap doivent ainsi, conformément aux dispositions de l’article 4 de la loi ci-dessus, protéger au maximum ces richesses .
 Ensuite, c’est le Décret royal relatif au zonage et à la gestion de la région de Siem Reap-Angkor qui prévoit des mesures de contrôle du développement, de protection  et de  mise en  valeur du site. Dans ce Décret, il y a  quelques  dispositions concernant le « développement » au sens général. En tout cas, avec ces dispositions, le Gouvernement veut effectivement maîtriser le développement quelque soit son objectif urbain, touristique ou régional afin de protéger le site.
 Selon l’article 7 du Décret délimitant la Zone 5 (Périmètre de Développement Socio-économique et Culturel de la région de Siem Reap-Angkor), tout le développement dans la province de Siem Reap doit être orienté vers le développement durable et la préservation du patrimoine culturel et naturel.
Pour tous les sites culturels protégés (Zones 1, 2, 3, 4, 5), il faut établir des « procédures de révision et d’approbation des projets de développement dans la région de Siem Reap-Angkor » . Il faut s’assurer que les projets soient accompagnés d’une évaluation des impacts sur l’environnement, comportent une alternative, et soient conçus de façon à minimiser les effets contraires. Il faut également entamer, si nécessaire, des fouilles de sauvetage avant que le développement ne soit mis en œuvre.
Pour les Zones 1 et 2, est interdit le « développement dans les Sites Monumentaux à l’exception du développement essentiel à la protection et à la mise en valeur des sites archéologiques ou essentiel à la conservation des modes de vie locaux » .
L’article 4 du Décret prévoit l’interdiction des « pratiques néfastes d’utilisation des sols » pour le développement dans les Zone 2 (Réserves Archéologiques Protégées) et Zone 3 (Paysages Culturels Protégés).
 Enfin, il y a deux Sous-décrets relatifs à la Zone Hôtelière et au Plan d’Utilisation des Sols et de Construction de la région de Siem Reap-Angkor qui sont utilisés pour aménager et contrôler le développement urbain de la ville de Siem Reap.
 En application du Décret sur le Zonage, un Sous-décret du 13 octobre 1995 a été élaboré par le Gouvernement afin de délimiter une Zone Hôtelière (ou Cité Hôtelière) dans la province de Siem Reap. Ce Sous-décret a pour objectif, d’une part de contrôler le développement de la région de Siem Reap, dans le respect du Décret sur le zonage et la gestion d’Angkor, et d’autre part de préserver les qualités de vie, les qualités architecturales, urbanistiques et paysagères de la ville existante .
 L’implantation de la Cité Hôtelière est réservée au Nord-Est de la ville, au sud de la limite de protection du Parc Archéologique, à l’Est de la rivière, au delà de la limite de 500 mètres de protection fixée par le Décret sur le Zonage .
 D’après l’article 5 de ce Sous-décret, certaines zones sont déclarées « zones particulièrement sensibles » conformément au Décret sur le Zonage. Ces zones auront droit à une protection particulière. Il faut obtenir une approbation préalable de l’Autorité APSARA pour toute opération en vue de diviser ou regrouper le parcellaire existant, ainsi que tout projet de modifications physiques relatif à ces zones.
Il s’agit d’abord des Zones de conservation urbaine et « visant à maintenir les caractères résidentiels et de faible densité des centres existants, tels Siem Reap » : Zone réglementée de 250 mètres de chaque côté de l’axe de la RN6 (plan B). Ce sont ensuite les berges protégées de Stung Siem Reap (rivière de Siem Reap) et du Stung Rolous : Zones protégées de 500 mètres de chaque côté de l’axe du Stung Siem Reap (plan C) et du Stung Rolous. Il s’agit enfin de la zone de gestion des paysages et des ressources naturelles : Zone protégée (plan D) comprise entre la RN6 au sud et la limite de protection de la Zone 2 Réserve Archéologique Protégée au nord.
Très récemment, le Gouvernement a adopté un Sous-décret concernant le Plan d’Utilisation des Sols et de Construction (PUSC) de la région de Siem Reap-Angkor .
 Selon l’Autorité APSARA, c’est un Sous-décret qui joue un rôle très important pour contrôler le développement urbain de la ville de Siem Reap qui, au cours de ces dernières années, « s’est déroulé d’une façon totalement anarchique ».  Elle a constaté que « peu de constructions d’hôtels ont fait l’objet de demandes régulières d’autorisations de construire » . Il y a eu des constructions d’hôtels sur des zones interdites, par exemple sur la Route des temples qui est réservée aux installations de grands équipements notamment culturels.
 En confirmant les dispositions du Décret du 22 janvier 1999,   ce Sous-décret confère à l’Autorité APSARA le droit exclusif de délivrer le permis de construire pour tout type de construction dans les Sites Culturels Protégés, la Zone Hôtelière, la Zone de reboisement et pour toutes les constructions ayant une surface de construction plus de 3000 m².
Ce droit de délivrer un permis de construire est partagé entre l’Autorité APSARA et les autorités provinciales de Siem Reap lorsque les projets de construction concernant les « zones particulièrement sensibles » (les berges protégées de Stung Siem Reap) prévues dans le Décret sur le Zonage et le Sous-décret relatif à la Zone Hôtelière sur une surface de construction de 200 m² ou plus et dans les zones d’extensions urbaines futures sur une surface de construction de 1000 m² ou plus .
Pour les petites constructions moins importantes dans les zones peu ou pas du tout protégées, le pouvoir exclusif de délivrer le permis de construire est attribué aux autorités provinciales de Siem Reap.
Grâce à ces textes réglementaires l’Autorité APSARA a bénéficié de plus de pouvoirs lui permettant de maîtriser le développement de la ville de Siem Reap et celui du site d’Angkor.
Après avoir étudié les mécanismes institutionnel et juridique qui ont été mis en place, nous abordons maintenant les actions concrètes de développement urbain de la ville de Siem Reap.

B. Les enjeux et les stratégies

 La politique de développement urbain doit accorder deux objectifs contradictoires : le site de la région de Siem Reap-Angkor, considéré comme le pôle touristique le plus important du pays, doit être bien préservé et le développement touristique nécessite un développement urbain qui va certainement menacer cette préservation. Cette question pousse le Gouvernement à prendre des mesures nécessaires afin d’obtenir un développement harmonieux.

1. Contexte

La croissance rapide de la population dans la ville de Siem Reap (77 000 habitants en l’an 2000, et selon les prévisions, 146 000 en l’an 2006) exige une expansion de la ville avec une grande ampleur de construction des maisons. L’arrivée de masse de touristes entraîne de nouvelles constructions d’hôtels, de guest house, des restaurants…etc. La ville de Siem Reap s’est développée rapidement durant ces dernières années.
Le développement urbain présente des risques à cause de la proximité immédiate (quelques kilomètres) du centre ville de Siem Reap et des zones archéologiques qui ont besoin de protection, de sauvegarde, de conservation…Ce sont des contraintes dont tout aménagement urbain doit tenir compte .
 Le développement urbain de la ville de Siem Reap doit concilier la nécessité de conservation du tissu urbain et rural traditionnel et le développement de la nouvelle ville moderne.
Il est difficile d’« intégrer harmonieusement dans un projet global d’aménagement du territoire pour le futur, et de développement urbain pour les populations locales, la protection du site et son développement économique (…) » .
C’est dans ces conditions que le Gouvernement cambodgien a pris beaucoup de précautions avant d’entamer sa politique de développement urbain de la ville de Siem Reap. Beaucoup de recommandations ont été faites par des rapports officiels préparés dans le cadre des études d’urbanisme de la ville de Siem Reap et financées par la Caisse Française de Développement.

2. Stratégies

Le Gouvernement a adopté des politiques élaborées par les études d’urbanisme de la ville de Siem Reap selon lesquelles il est nécessaire de « préserver les sites archéologiques », de « préserver aussi les paysages et les qualités de la ville de Siem Reap », de « maintenir un équilibre dans le développement de la ville et des villages environnants », d’« accorder une attention particulière aux populations locales et à leurs conditions de vie » et de « préserver le fragile équilibre d’un éco-système issu de longues traditions » .
 Pour atteindre ces objectifs, des « pôles structurants majeurs » seront mis en place par le Gouvernement dans le futur  :
- Un pôle culturel, espace de transition entre le site et la ville ;
- Des pôles touristiques : véritables cités hôtelières ;
- Le pôle urbain : développement de l’habitat, des équipements et de l’artisanat, mais aussi maîtrise et contrôle des effets liés au développement ;
- Les équipements liés aux grandes infrastructures de communication.
Après de longues études sur le terrain du groupe d’experts d’ARTE/ BCEOM, de nombreuses stratégies ont été recommandées au Gouvernement  :
- Créer des limites physiques entre la réserve archéologique protégée et les zones de développement urbain. Prévenir le développement vers le nord de la ville de Siem Reap dans les zones archéologiques.
- Préserver le périmètre agricole irrigué développé à l’ouest de la ville, au sud du Barray (réservoir) occidental ,
- Respecter la ville existante en conservant son caractère végétal abondant, sa faible densité et les hauteurs limités de son bâti. Les bords de la rivière, protégés par le Décret de Zonage, seront renforcés par des aménagements paysagers. Il faut réglementer les constructions le long de la RN6 afin de protéger les paysages naturels et promouvoir le tourisme par ce mode de développement urbain. Pour préserver l’aspect actuel de la ville de Siem Reap (rivière, berges, végétation, quartiers environnants…), il faut localiser distinctement les deux secteurs de développements : d’un côté à l’est les quartiers d’habitat et leurs équipements de proximité, de l’autre à l’ouest les implantations touristiques .
- Développer la ville à l’est de la rivière de Siem Reap. Pour les zones résidentielles et les nouveaux bâtiments publics, ils doivent être élargi au sud de la RN6. Une Cité Hôtelière va être installé au nord de la route.
- Reboiser le périmètre du Parc Archéologique des temples vers la limite sud de la Zone 2 (Réserve Archéologique Protégée), car la forêt crée un « écrin » pour les temples. Le Décret sur le Zonage prévoit une zone forestière dans ce secteur. Le reboisement va de plus former des « niches écologiques » pour les futures implantations de la Cité Hôtelière.
Jusqu’à présent, la plupart de ces stratégies recommandées ont été appliquées par le Gouvernement (par exemple, création d’une Cité Hôtelière, développement de la ville vers l’est : zone d’extension urbaine future prévue dans le PUSC…). Il y a aussi des recommandations concernant les implantations futures des infrastructures, des habitations…, les restructurations et les réhabilitations des routes, les découpages des lots, l’aménagement de l’irrigation, le développement de l’habitat…etc.
Parmi les principaux projets exécutés par l’Autorité APSARA pour le développement urbain, c’est celui de la création de la Cité Hôtelière qui est le plus coûteux, difficile à réaliser et ayant des enjeux politiques, économiques et financiers très importants.

3. Cité Hôtelière, un défi pour l’avenir

Le projet de Cité Hôtelière est l’une des principales recommandations des études Tourisme et Urbanisme de 1995 . Le Gouvernement a suivi cette recommandation en adoptant, en 1995, un Sous-décret   créant une Zone Hôtelière sur un terrain dans le secteur nord-est de la ville, au sud de la limite de protection du Parc Archéologique.
La création de cette Cité Hôtelière a objectif pour d’accueillir les investisseurs hôteliers internationaux qui veulent installer de grands hôtels de luxe à Siem Reap. Selon le projet, cette zone sera aménagée avec un programme de vaste reboisement aux alentours de la Cité.
Le Sous-décret ci-dessus a doté l’Autorité APSARA de terrains de 560 hectares pour y créer cette Cité Hôtelière. Un nouveau Sous-décret du 18 octobre 1999 a augmenté ces terrains à 1007 hectares. Il appartient à l’Autorité APSARA de les aménager et de les valoriser. L’aménagement sera effectué dans le cadre du « respect des traditions : associer les plantations, les constructions, les irrigations et les ouvrages hydrauliques de drainage angkoriennes…» .
La politique du Gouvernement pour les implantations des unités hôtelières à Siem Reap est de les répartir en deux zones d’accueil : en ville, pour les petits unités n’excédant pas 60 chambres et en Cité Hôtelière pour les hôtels de luxe et de confort (capacité jusqu’à 200-300 chambres).
Il est possible d’aménager, sur cinq ans, la première phase de 60 hectares afin d’accueillir 7 hôtels (capacité de 1700 chambres) avec des équipements de services et de loisirs.

La création des infrastructures (aménagements hydrauliques de surface, drainage, voirie, assainissement, adduction d’eau potable, électricité, téléphone..) est indispensable pour l’implantation des premiers hôtels. Il s’agit en premier lieu de créer les voies d’accès, qui serviront de support d’une part à la construction des hôtels, d’autre part au développement des autres réseaux. Deux axes principaux de desserte sont prévus : un axe est-ouest relié à l’actuelle route des temples et un axe nord-sud reliant la Cité à la route nationale 6 (RN6) . Au carrefour de ces axes, sur la nouvelle voie d’accès aux monuments, seront établis les équipements du centre d’accueil (première phase de 2000 m²) : un hall d’accueil, une salle d’exposition et d’information, la billetterie et le contrôle, les locaux techniques et administratifs, les parkings publics et privés, le départ des navettes .
L’aménagement de la Cité Hôtelière fait face à des problèmes fonciers relatifs à l’occupation légale ou illégale de certaine partie du terrain par la population locale et les procédures d’expropriation qui coûtent cher.
Le Gouvernement a classé ces terrains en « Zone d’Aménagement Différé ». Avec cette procédure, ces terrains n’ont que la valeur de terrains de rizières comme avant leur urbanisation, à la date de Sous-décret de 1995.
Selon l’article 4 du Sous-décret du 13 octobre 1994, « toutes les personnes, qui avant la date de signature du présent Sous-décret occupaient légalement une ou plusieurs parcelles de cette zone, doivent se faire connaître dans un délai d’un an auprès de l’APSARA, et apporter la preuve de cette occupation par la production d’un récépissé de déclaration ou d’un titre de possession temporaire délivrés par les autorités compétentes antérieurement à cette date ».
Les procédures d’expropriation rencontrent beaucoup d’obstacles pour cause de non-coopération avec l’Autorité APSARA et de non-respect des réglementations en vigueur de la part de l’administration provinciale et de la population locale. Aux termes de l’article 2 du Sous-décret, « à compter de la date de la signature du Sous-décret, aucun droit d’usage, prise de possession, transfert de droit ne peuvent être consentis légalement sur cette zone ». Mais, en réalité, il est difficile de faire respecter ces dispositions à cause des problèmes de corruption de l’administration et de pauvreté de la population locale.
Jusqu’aujourd’hui ces problèmes n’ont pas encore été tous réglés. Par exemple, dans la Cité Hôtelière, il y a 134 plans d’occupation des sols dont 108 expropriations. Sur l’axe est-ouest, il y a 20 plans dont 14 ont été libérés. Enfin, sur l’axe nord-sud, il y a 88 plans dont 86 ont été réglés.
L’Autorité APSARA a actuellement adopté deux modalités pour acquérir les terrains de la Cité Hôtelière, une procédure d’ « expropriation » pour cause d’utilité publique pour des terrains dans l’emprise des voies d’accès d’une part, et une procédure de « préemption » pour des terrains en dehors de ces emprises, d’autre part. C’est l’Autorité APSARA qui est chargée du coût de ces opérations. Une grande partie de ses dépenses est consacrée à ces opérations (plus de 300 000 dollars US pour l’année de 1999 sur son budget de 800 000).
Nous constatons que le projet de Cité Hôtelière n’a pas eu de grand succès depuis son lancement en 1995 jusqu’à aujourd’hui. Plusieurs grands hôtels ont été construits en dehors de la Cité Hôtelière (plus de 1 800 chambres seront achevées entre 1999 et 2005) en violation des réglementations sur le Zonage et la Zone Hôtelière. L’Autorité APSARA n’a pas le pouvoir d’interdire ces installations. Elle est incapable de mener de grands travaux d’infrastructures de base (voirie,  eau, électricité…) pour la Cité Hôtelière. Jusqu’à présent, on peut constater qu’il n’y a que des projets, des études de terrain (topographie, géotechnique…) et quelques travaux minimes.
On peut se demander jusqu’à quand l’Autorité APSARA peut contrôler la situation et jouer un rôle comme un vrai « aménageur » du Site d’Angkor. Un très récent rapport a conclu que : « C’est le moment, ou jamais, de reprendre les orientations du PUR (Plan Urbanisme de Référence) , et de démarrer très vite la Cité Hôtelière ».
Le développement urbain et touristique ont un aspect socio-économique. Il est donc nécessaire d’intégrer d’autres développements ayant un caractère socio-culturel et naturel dans la gestion de la région de Siem Reap-Angkor afin d’obtenir un développement équilibré. C’est une forme de développement intégré que souhaitent le Gouvernement royal du Cambodge et la communauté internationale. Ce mode de développement va permettre au Cambodge d’harmoniser les intérêts du tourisme, la recherche archéologique, la restauration des monuments, la protection de l’environnement et les besoins socio-économiques de la population.
II. L’intégration du développement régional
La volonté du Gouvernement est d’élaborer des stratégies communes permettant de développer non seulement le tourisme et la ville de Siem Reap mais aussi de réhabiliter l’espace forestier, agricole et archéologique de la région de Siem Reap dans son ensemble .
A. Développement du Parc Archéologique
Pour développer le Parc Archéologique d’Angkor, le Gouvernement a fixé des objectifs précis à atteindre avec des aménagements nécessaires. Le développement du Parc Archéologique s’inscrit dans la ligne politique de l’Autorité APSARA depuis sa création.

1. Objectif

Le développement du Parc Archéologique a pour but d’élaborer un plan de protection global du site, dans ses composantes archéologiques, historiques, naturelles, sociales…C’est dans le même objectif qu’une réflexion urbanistique, architecturale  et   paysagère   sera  nécessaire  afin  d’obtenir  une  préservation   de
l’équilibre écologique du milieu forestier et des monuments et une intégration de l’implantation humaine existante (villages, pagodes…).
Les moyens disponibles sont l’acquis foncier, les aides et les subventions, l’établissement des règles de préservation du paysage du Parc Archéologique et des zones périphériques et la création d’un cahier des charges paysagères avec la sélection des végétaux, l’alignement des plantations, le renforcement des lisières, le traitement des talus, le traitement paysagé des Barays, les réseaux hydrauliques…
Pour atteindre cet objectif, il faut avoir des aménagements efficaces et une bonne stratégie à long terme du Gouvernement avec l’appui de la communauté internationale.

2. Aménagement

Il y a deux projets importants qui vont servir comme outil d’aménagement et de développement du Parc Archéologique.
Il s’agit d’abord de la réalisation de cartes topographiques du Parc d’Angkor. Ce projet est effectué dans le cadre du plan de développement intégré à long terme de la région de Siem Reap-Angkor. C’est le Gouvernement du Japon qui est chargé de réaliser ce plan de développement intégré.
À la fin de l’étude, l’Agence de Coopération Internationale Japonaise (JICA) a confié, en mai 1998, au Gouvernement cambodgien 22 cartes topographiques (à 1/5 000e et à 1/10 000e ) couvrant une zone géographique de 530 km².
L’ensemble des documents produits ont été remis à l’Autorité APSARA dont: 130 clichés noir et blancs, à 1/20 000e couvrant une zone de 577 km² ; 354 clichés couleurs, à 1/5 000 km² couvrant une zone de 100 km² ; 2 jeux de résultats des triangulations aériennes ; 5 jeux de cartes topographiques à 1/5000e couvrant une zone de 100km² ; 5 jeux de cartes  topographiques au 1/10000e couvrant une zone de 430 km² ; 5 CD-ROM avec l’intégralité des données cartographiques à 1/5 000e et à 1/10 000e.
Tous documents topographiques et ces cartes seront utilisés comme support pour les programmes de conservation et de restauration des monuments et faciliteront la préparation d’un plan de développement des infrastructures aux alentours des sites archéologiques.
Il s’agit ensuite du projet de réhabilitation du réseau hydraulique du Parc d’Angkor. À l’occasion de la conférence organisée par La Banque Mondiale et l’UNESCO à Washington, les 28 et 29 septembre 1998, sur le thème Culture et Développement Durable, le Président Directeur Général de l’Autorité APSARA a demandé  à la Banque  Mondiale un financement  des programmes prioritaires de réhabilitation de la Cité Hydraulique (barays, canaux, douves, digues…) du Parc d’Angkor dont le coût est estimé à 5 à 12 millions de dollars US.
Il s’agit enfin des aménagements au sein du Parc Archéologique. Ils concernent l’accueil, la signalétique, la sécurité, les parvis, l’implantation religieuse, les circulations, les circuits de visite, la voirie, les transports…qui devront être améliorés et contrôlés au maximum pour les prochaines années.
Angkor est riche non seulement de monuments et de sites archéologiques, mais aussi de ressources naturelles variées, de baux paysages forestiers, d’espaces agricoles et ruraux…qui doivent être protégés et développés.
B. Développement des espaces écologique et rurale
La région de Siem Reap comme certaines autres régions du pays est victime de la destruction de son environnement et de ses précieuses ressources naturelles. La guerre et la non prise de conscience de l’importance de ces richesses sont les premiers facteurs de ces catastrophes. Après des années de dévastation, seule une politique de protection et de réhabilitation à grande ampleur pourrait sauver ces patrimoines naturels.

1. Problématique

C’est un problème d’environnement qui se pose actuellement à Angkor. Depuis longtemps, on s’intéressait plus à l’importante signification archéologique d’Angkor qu’à son environnement. L’intérêt de l’environnement angkorien n’a été soulevé qu’en 1993 par l’UNESCO dans ses études de ZEMP. Les études de ZEMP ont proposé un « cadre stratégique pour le développement et la gestion du patrimoine d’Angkor dans un contexte environnemental plus large »
Les problèmes d’environnement d’Angkor concernent d’une part la dégradation et la déforestation aux environs du Parc Archéologique, des hautes terres de la chaîne des plateaux Kulèn (Phnom Kulèn) et des plaines inondables du Tonlé Sap.(Grand Lac Tonlé Sap), et d’autre part, ce sont la pauvreté du sol et manque de ressources en eau dans les  laines agricoles. Nous  constatons  que la politique de sauvegarde et de protection des espèces, de la nature et des écosystèmes a été interrompue pendant les turbulentes années 70 et 80. Presque tous les écosystèmes du pays, y compris ceux de la région d’Angkor, ont été détruits au cours de ces années.
Angkor possède donc des Parcs Archéologiques, des forêts, des terres agricoles… dont la protection et le développement sont indispensables pour le bien-être de la population et la viabilité de la région. Angkor est un patrimoine culturel et naturel. Sa gestion sollicite une volonté politique intégrant un développement durable des ressources naturelles dans tous les domaines de développement : rural, urbain, touristique, régional…

2. Programme de conservation et de développement de lac Tonlé Sap

C’est un programme ayant pour but de préserver la biodiversité unique du pays. Avec l’esprit de la Convention sur le patrimoine mondial culturel et naturel et son concept de réserve de biosphère élaboré dans le programme « l’Homme et la Biosphère » (MAB), l’UNESCO a fait beaucoup d’efforts pour obtenir une « conservation de la biosphère et un développement durable des ressources du Tonlé Sap ».
Le Tonlé Sap (Grand Lac) est le plus grand lac d’eau douce de l’Asie du Sud-Est. Il se trouve au centre du pays, à proximité du site d’Angkor  . Il joue un rôle important dans la conservation de la biodiversité. Le lac couvre une grande étendue de forêts inondables et regroupe une faune diverse constituée notamment de nombreuses espèces d’oiseaux et de poissons. C’est une zone marécageuse qui crée un lieu de reproduction important pour les oiseaux sédentaires et migrateurs.
Le lac joue également un rôle important pour l’économie du pays (50% de production nationale de pêche, 40% du riz du pays provient des sept provinces bordant le lac) .
Il y a eu des études sur le lac (géographie, écologie, biodiversité) pour que celui-ci soit inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. Selon les études effectuées en 1993, « seuls les secteurs centraux ouest et est du lac, qui comportent encore des zones de forêts inondables et des écosystèmes d’un intérêt universel, justifient une inscription sur la Liste du patrimoine mondial.
Le Cambodge hésite à inscrire le lac dans son ensemble sur la Liste du patrimoine mondial puisque les obligations (conservation de la biodiversité) issues de cette inscription pourraient être incompatibles avec les exigences liées au maintien des activités économiques (agriculture, pêche…) indispensables à la population vivant sur les rives du lac. Un futur schéma de délimitation du lac et des aires d’habitation devrait vraisemblablement faire apparaître une superposition des zones identifiées pour la protection des écosystèmes et de la biodiversité, pour la gestion de la faune et de la pêche et pour les zones à usage multiple du lac.
Le concept de réserve de biosphère identifié par l’UNESCO est conçu pour déterminer une zone de conservation intégrée et d’utilisation durable des ressources du lac et de ses environs.
Selon l’expérience internationale en matière de gestion des sites naturels inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, le développement des zones habitées environnantes doit être pris en compte. Les experts réunis dans le cadre d’une rencontre internationale sur la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial depuis vingt ans ont estimé que le « concept de réserve de la biosphère » lié à celui de la gestion des sites devrait être utilisé pour résoudre les « antagonismes » entre les notions de « développement » et de « conservation » existant dans les zones entourant les sites du patrimoine mondial . Le Tonlé Sap pourrait ainsi constituer un cas type qui associerait d’une façon innovatrice les mesures prises dans le cadre de la Convention du patrimoine mondial en tant qu’ outil législatif, et le concept de réserve de biosphère, approche conceptuelle, pour conserver la biodiversité d’un écosystème d’importance régionale et mondiale.
Le Cambodge ne figure pas sur la Liste des parcs nationaux et des aires protégés établis par l’ONU en 1990. Il devrait donc lancer une politique de conservation de la biodiversité et de gestion des zones à protéger dans le pays en renforçant les bases légales existantes.
Avant de conserver sa biodiversité, le Cambodge devrait d’abord identifier et désigner des sites potentiels à protéger. Ensuite, il faudrait faire des inventaires de la faune et de la flore d’aires spécifiques avant d’élaborer des plans de gestion.
C’est dans ce contexte que le Gouvernement cambodgien a créé, en 1995, une Unité de Coordination Technique pour le Tonlé Sap (UCT), avec l’assistance technique et financière de l’UNESCO. L’UCT est sous la tutelle du ministère de l’Environnement. Cette Unité est chargée, en collaboration avec le Programme de la Communauté européenne d’appui au secteur de l’environnement au Cambodge (SPEC), d’établir une réserve de biosphère. Elle a les fonctions suivantes  :
- Fournir au ministère de l’Environnement des conseils sur toutes les questions concernant la conservation du Tonlé Sap ;
- Aider les ministères concernés à élaborer des projets et des programmes pour la gestion et le développement durable du Tonlé Sap ;
- Se charger de la rédaction du dossier de candidature du Gouvernement royal du Cambodge pour que les zones sélectionnées du Grand Lac et de son périmètre d’inondation soient inscrits sur la Liste des sites naturels du patrimoine mondial, en vertu de la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, et à titre de site Ramsar, en vertu de la Convention sur la conservation des zones humides d’importance internationale (ou Convention Ramsar) ;
- Élaborer des plans en vue de l’établissement d’une réserve de biosphère qui englobe ces sites, le lac Tonlé Sap et son bassin versant, en vertu du Programme de l’UNESCO sur l’Homme et la Biosphère ;
- Assurer la surveillance des activités du projet relatif au Tonlé Sap et identifier les conflits potentiels ou réels quant au développement et à la gestion ;
- Encourager l’établissement de liens interministériels et favoriser la coordination entre les bailleurs de fonds internationaux pour la planification et la gestion du développement ;
- Entretenir un dialogue avec la Commission du Mékong (MRC)  et d’autres organismes régionaux concernés ;
- Étudier, favoriser et renforcer les connaissances écologiques et les pratiques de gestion des communautés locales dans la région du Tonlé Sap ;
- Monter au niveau national et international l’importance de l’environnement naturel et culturel du Tonlé Sap ;
En 1997, avec l’aide de l’UNESCO et du SPEC, une demande d’inscription du Tonlé Sap comme Réserve de Biosphère a été envoyée à l’UNESCO à Paris. Le Comité consultatif d’UNESCO pour la Réserve de Biosphère a donné un avis favorable et recommandé au Comité MAB la reconnaissance de la Réserve de Biosphère proposée. Ce dernier a accepté cette inscription en fin d’année.
 Il y a eu un projet de Zonage de la Réserve de Biosphère de Tonlé Sap, selon lequel, des zones principales- une zone tampon et une zone provisoire- seront créées. Un Décret portant sur la création de la Réserve de Biosphère du Tonlé Sap a été préparé par l’UCT en septembre 1998 et soumis à la signature du Roi au mois de novembre de la même année.
 Bien que le Gouvernement royal du Cambodge ait réalisé de nombreux projets relatifs à la protection des ressources naturelles de la biodiversité du Grand Lac Tonlé Sap, jusqu’à présent, ce dernier n’est pas encore reconnu comme un patrimoine mondial naturel.
D’autres programmes de développement régional sont envisagés par le Gouvernement : ils s’intéressent aux problèmes de la réhabilitation de la forêt du Parc d’Angkor et du développement rural.
3. Programme de développement rural, de réhabilitation de la forêt
et de mise en valeur des paysages du Parc d’Angkor
L’écosystème forestier du Parc d’Angkor a été menacé pour cause d’exploitation non raisonnable des bois et de demande croissante des terres nouvelles destinées aux activités agricoles. Les terres, une fois déboisées, ne sont pas préparées à recevoir une nouvelle plantation forestière mais mises à la disposition de groupes ruraux disposant d’une technologie sommaire, ce qui entraîne de nouvelles dégradations écologiques.
En dehors de toutes considérations d’ordre esthétique ou de conservation de l’environnement, de l’habitat et de la biodiversité, le bois est l’une des matières premières qui place le Cambodge dans le commerce international. Il s’avère donc important, du point de vue économique, de créer des plantations pour répondre aux besoins domestiques et industriels en bois de chauffage des populations rurales et urbaines.
Selon les enquêtes sur le terrain, la population des campagnes de la région de Siem Reap-Angkor ne peut, avec ses techniques agricoles actuelles, vivre exclusivement des ressources dont elle dispose. La plupart des villages manquent de riz et doivent compenser cette absence par la collecte du bois de feu, les défrichements répétés sur les mêmes sols et l’exploitation de la résine de certains grands arbres de la forêt.
Les études de ZEMP de l’UNESCO recommandent que la région de Siem Reap-Angkor soit identifié comme périmètre d’intérêt culturel. Cette région est, en effet, destinée à promouvoir un développement socio-économique basé sur les activités touristiques lui permettant de vivre de ses ressources culturelles et naturelles.
L’importance de préserver l’environnement écologique a conduit à préconiser au sein de ce périmètre, l’établissement de plusieurs zones assorties de directives particulières en matière de développement et d’occupation des sols.
Le Décret sur le Zonage, dans son article 15, prévoit les modalités et les orientations de gestion des paysages du Parc d’Angkor. Pour tous les sites culturels protégés (Zones 1, 2, 3, 4, 5), il est indispensable que le « développement protége et améliore les valeurs culturelles des paysages » et que des « politiques et des orientations détaillées concernant la gestion des paysages soient intégrées dans les plans et les activités de gestion de sites » . Cet article prévoit des aménagements et des protections spéciales de paysages pour les Zones 1 et 2. Pour la Zone 1, il faut « créer une présentation ‘authentique’ de l’archéologie au travers de paysages appropriés », « maintenir la forêt native, les paysages forestiers et planter des arbres d’agrément » et « aménager les paysages autour des monuments ». Quant à la Zone 2, le Décret prévoit la création d’une zone tampon forestière entre la Conservation d’Angkor  et Angkor Vat et la mise en valeur du paysage à travers des améliorations agricoles et des pratiques d’aménagement du territoire.
En ce qui concerne la gestion des ressources naturelles du Parc d’Angkor, le Décret sur le Zonage dispose que, pour tous les sites culturels protégés (Zones 1, 2, 3, 4, 5) , la gestion des forêts et des zones boisées est indispensable afin d’augmenter la diversité biologique. Il prévoit également la nécessité de gérer la flore et la faune de façon à préserver et accroître les variétés de vie sauvage. La coupe de bois dans les sites protégés est interdite.
Pour la Zone 1, il faut avoir des programmes à fin de restaurer la forêt native et les terres boisées, d’entretenir les arbres autour des monuments, d’établir un jardin botanique et des sentiers de forêts et de maintenir l’utilisation traditionnelle des sols en rizières et en pâturages. Pour la Zone 2, il est important d’entreprendre un important programme de plantation d’arbres originaires de la région et d’encourager les implantations des espèces de valeur supérieure (vergers et potagers) autour des villages.
Récemment, une étude de faisabilité sur la réhabilitation de la forêt et la mise en valeur des paysages du Parc d’Angkor a été réalisée avec un financement du gouvernement néo-zélandais d’un montant de 478 000 dollars NZ (277 000 de dollars US). Cette étude a deux objectifs principaux  :
- Proposer une stratégie et élaborer des directives pour la mise en valeur et l’aménagement des paysages du Parc d’Angkor, de la ville de Siem Reap et de leurs environs, ainsi que pour la réhabilitation de la forêt et des paysages naturels existants ;
- Aboutir à la présentation d’un projet qui puisse être soumis au financement de bailleurs de fonds tels que la Banque Asiatique de Développement ou Banque Mondiale.
Pour réaliser le premier objectif indiqué ci-dessus a été proposé la création de conditions susceptibles de favoriser un développement économique durable en milieu rural, et de protéger et mettre en valeur les caractéristiques archéologiques et patrimoniales de la région d’Angkor, en tant que patrimoine national du Cambodge dont les populations locales font partie intégrante.
Un des points clés du projet vient du fait que les enjeux relatifs à la forêt et à sa gestion pérenne, se répercutent de façon décisive sur la vie de ses habitants.
Cette étude concerne de façon globale les questions relatives à la réhabilitation des paysages contemporains d’Angkor et à la façon dont ceux-ci pourraient et devraient être aménagés en tant que ressource durable. Ils se composent en effet d’un mélange dynamique et diversifié de monuments anciens, de restes forestiers, d’aspects naturels et artificiels, de terres exploitées et d’habitations. Actuellement ils semblent échapper à une gestion maîtrisée et être en état de déclin.
 

Les stratégies de développement agricole et rural de la région de Siem Reap-Angkor qui pourront être mises en place sont les suivantes  :
- Réhabilitation et amélioration du système d’irrigation pour permettre une augmentation de la production de riz et une production piscicole dans les mares des villages ;
- Intensification de l’élevage grâce à une sélection et amélioration du cheptel et des pâturages ;
- Attribution des terres et promotion de l’utilisation rationnelle des sols dans la région d’Angkor ;
- Planification des zones d’implantation rurale ;
- Création à Siem Reap d’un Institut de recherche et de formation sur le développement rural et l’utilisation des sols ;
- Développement d’alevinières dans la région d’Angkor.
Après avoir étudié toutes les politiques du Gouvernement cambodgien et celles de la communauté internationale pour la protection, l’aménagement et le développement du site d’Angkor, il est maintenant nécessaire de faire un bilan de critique de ces actions et à partir de cela de dégager une perspective générale.
 
 

CONCLUSION

« (…) C’est en sauvant Angkor que tout un peuple va retrouver sa fierté, son identité, sa volonté de vivre et cette énergie nouvelle pour reconstruire son pays (…) » .
Cela souligne bien la grande importance du site d’Angkor pour le peuple cambodgien. Le Gouvernement et la communauté ont fait énormément d’efforts pour que cet objectif soit réalisé. L’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial a été un grand succès. Cette inscription représentait aussi une obligation pour le Cambodge lui-même et la communauté internationale de sauvegarder et développer harmonieusement ce patrimoine mondial.
Le Gouvernement cambodgien et la communauté internationale estiment que la sauvegarde, la conservation, la mise en valeur et la gestion du site d’Angkor et ses monuments ne doivent pas être dissociés du développement de la région. Ils annoncent qu’« il s’agit de relever un grand défi et de faire en sorte qu’à travers la restauration des vestiges du passé soient mises en place les conditions d’un renouveau économique du Cambodge, de sa renaissance culturelle, de son essor social ».
En considérant de cette réalité, le Gouvernement a mis en place de 1993 à 1998 un « Plan d’Urgence quinquennal de sauvetage » (réhabilitation et restauration de l’environnement d’Angkor ; préservation, restauration et présentation des monuments ; lutte contre le pillage et le trafic illicite ; développement des ressources humaines ; stratégie d’information et de participation des populations ; développement socio-culturel de la région d’Angkor ; développement touristique).
La durée du Plan est maintenant écoulée. On constate que les résultats des stratégies de ce Plan sont positifs pour certains points et négatifs pour d’autres.
Du côté positif, il y a le programme de restauration et de conservation des monuments du site d’Angkor suite au succès remarquable de la politique du Gouvernement et de la communauté internationale pour faire classer Angkor comme patrimoine mondial. Cette réussite est due certainement à la bonne coopération entre les autorités cambodgiennes et la communauté internationale. Au niveau international certains pays (la France, le Japon..) et certaines organisations (l’UNESCO, CIC, PNUD…) jouent un rôle très important pour la restauration et la conservation d’Angkor. Actuellement, presque tous les monuments importants (Angkor Vat, Bayon, Preah Khan…) sont restaurés avec l’aide internationale. À ce niveau là, il y a un bon cadre de gestion et de coordination. Il s’agit du Comité International de Coordination (CIC). Dans ce secteur, le Cambodge est encore incapable d’être maître d’ouvrage sur son propre patrimoine. Il est simplement un « récepteur » des aides internationales. Il paraît difficile de dire quand le Cambodge sera techniquement et financièrement autonome pour les travaux de conservation et surtout de restauration. Mais, on n’espère pas cela avant longtemps.
Sur ce point, on trouve également que la mise en place de la politique de protection et d’aménagement du site d’Angkor permet au Cambodge de disposer des arsenaux institutionnels et juridiques prévus par les recommandations du Comité du Patrimoine Mondial pour la sauvegarde de son patrimoine culturel national et mondial. Cependant, il faut constater que l’efficacité de ces dispositifs reste encore très limitée.
Pour les autres programmes du Plan, les résultats sont légèrement non souhaitables, déviés ou échoués, surtout en ce qui concerne la protection du site contre le pillage, contre le développement touristique et urbain sauvage, la préservation de l’environnement et le développement socio-culturel et économique de la région de Siem Reap.
Bien que des progrès dans le domaine de lutte contre le pillage et le trafic illicite soient constatés, ils restent toujours minimes par rapport à l’ampleur de la dévastation. La négligence et la non prise de conscience des autorité locales et surtout des hommes politiques sont les premières causes de ces catastrophes. Sur ce problème, le commandant de la Police du Patrimoine d’Angkor l’a bien montré en critiquant que : « J’ai tenté à multiples reprises d’alerter les autorités de Phnom Penh. Notre patrimoine national est détruit, le patrimoine hérité de nos ancêtres et le bien de l’humanité tout entière. Mais les leaders khmers n’entendent pas. Les hommes politiques ferment leurs oreilles, regardent ailleurs. Ils ne voient que leurs dollars » .
Dans le contexte actuel, la Police du Patrimoine et les autres autorités concernées ne peuvent pas protéger le site d’Angkor du danger. Il faut ainsi avoir une bonne volonté politique du Gouvernement et de nouvelles mesures juridiques plus adéquates et plus contraignantes à l’égard des voleurs et des trafiquants des biens culturels.
En collaboration avec les organisations internationales ou les pays étrangers concernés par les Conventions internationales sur la protection du patrimoine culturel, le Gouvernement cambodgien doit prendre des initiatives pour le programme de renforcement des mécanismes de lutte contre le pillage et le trafic illicite existants.
En ce qui concerne le développement touristique et urbain, il provoque pas mal de problèmes néfastes pour le site d’Angkor en raison de la faiblesse de l’Autorité APSARA qui ne peut pas maîtriser la tendance de développement. Les réglementations sur le Zonage, la Cité Hôtelière et les constructions ne sont pas ou peu respectées par les autorités provinciales, les habitants, les investisseurs ou les constructeurs des hôtels, des maisons…Le développement urbain de la ville de Siem Reap se déroule de manière incontrôlable et cause gravement la destruction des paysages autour du site. La déforestation dans les zones protégées pour les projets de construction des immeubles liées au tourisme s’est multipliée au moment où les besoins des hébergements pour les touristes ont augmenté au cours de ces quelques années .
Pour le développement socio-culturel et économique, la politique du Gouvernement est de faire bénéficier les populations locales des opportunités touristiques. Il espère que, grâce au tourisme, de nouveaux emplois seront créés, et par conséquent le niveau de vie de la population de la région ou même du pays sera amélioré. Toutes ces prévisions ont eu peu de succès. Il y aura bientôt dix ans depuis le lancement de cette politique, mais la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté. On estime que c’était une politique trop ambitieuse.
Les reproches ne peuvent pas être adressées à l’Autorité APSARA toute seule, il faut également viser les autorités provinciales et le pouvoir central, c’est à dire le Gouvernement, pour leurs actions arbitraires et leurs interventions illégales dans la compétence de gestion de l’Autorité.
 En général, la politique d’aménagement et de protection du site d’Angkor qui a été adoptée par le Gouvernement, avec le grand soutien de la communauté internationale, a partiellement réussi. Les stratégies déterminées-le développement touristique, urbain maîtrisé, le développement régional intégré et le respect de l’intégrité du site -sont difficiles à concilier. La concrétisation de cette politique paraît ainsi difficile. Les stratégies fixées sont trop ambitieuses, elles ne correspondent pas à la réalité de la région et à la capacité de gestion et d’action des institutions nationales. Le Gouvernement, et particulièrement l’Autorité APSARA est un grand « stratège » mais non expérimenté !
 
 

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