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L’art de construire des compétences |
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NE: Qu'est-ce
que qu'une compétence? S'il vous plaît, donnez-nous quelques Perrenoud: Une
compétence est la faculté de mobiliser un ensemble de ressources cognitives
(savoirs, capacités, informations, etc) pour faire face avec pertinence et efficacité à
une famille de situations. Trois exemples plus concrets: * Savoir voter
conformément à ses intérêt: cette compétence mobilise des capacités (savoir
s'informer, savoir remplir un bulletin de vote), mais aussi des savoirs:
connaissance des institutions politiques, des enjeux de l'élection, des
candidats, des partis, des programmes, des politiques de la majorité au pouvoir,
etc. Ce sont des
exemples d'une grande banalité. D'autres compétences sont plus liées à des
contextes culturels, à des métiers, à des conditions sociales. Les êtres
humains ne sont pas tous confrontés aux mêmes situations. Ils développent des
compétences adaptées à leur monde. La jungle des villes appelle d'autres compétences
que la forêt vierge, les pauvres ont d'autres problèmes à résoudre que les
riches, etc. Certaines compétences se construisent en grande partie à l'école,
d'autres pas du tout. Lorsqu'on
demande pourquoi on enseigne ceci ou cela, la justification est en général
fondée sur les exigences de la suite du cursus: il faut
apprendre à compter pour apprendre à résoudre des problèmes,
apprendre la grammaire pour apprendre à rédiger un texte, etc. Lorsqu'on fait
référence à la vie, c'est de façon assez globale: on apprend pour devenir un
bon citoyen, se débrouiller dans la vie, avoir un bon travail, prendre soin de
sa santé. La vogue
actuelle des compétences s'ancre dans deux constats : 1. Le
transfert et la mobilisation des capacités et des connaissances ne sont pas
donnés "par dessus le marché", il faut les travailler, les entraîner.
Cela exige du temps, des démarches didactiques et des situations appropriées. 2. A l'école,
on ne travaille pas assez le transfert et la mobilisation et on ne donne pas
assez d'importance à cet entraînement. Il est donc insuffisant. Si bien que
les élèves accumulent des savoirs, passent des examens, mais ne parviennent
pas à mobiliser ces acquis dans les situations de la vie, au travail et en
dehors (famille, cité, loisirs, etc.). Ce n'est pas
dramatique pour ceux qui font des études longues. C'est plus grave pour ceux
qui ne vont que quelques années à l'école. En formulant plus explicitement
des objectifs de formation en termes de compétences, on lutte ouvertement
contre à la tentation de l'école: de préparer
à elle-même, de marginaliser la référence à des situations de la vie; et de
ne pas prendre le temps d'entraîner la mobilisation des acquis en situation
complexe. L'approche par compétences est une façon de prendre au sérieux,
avec d'autres mots, une problématique
ancienne, celle du "transfert de connaissances". NE: Quelles
sont les compétences que les élèves doivent avoir acquises à la fin de l'école
? Perrenoud:
C'est un choix de société, qu'il vaudrait mieux fonder sur une connaissance étendue et
actualisée des pratiques sociales. Pour élaborer un "socle de compétences",
il ne suffit pas de nommer une commission de rédaction. Dans certains pays, on
s'est contenté de reformuler les programmes traditionnels en mettant un verbe
d'action devant les connaissances disciplinaires. Là où on lisait
"enseigner le théorème de Pythagore", on lit maintenant "se
servir du théorème de Pythagore
pour résoudre des problèmes de géométrie". C'est une mascarade. La description
des compétences doit partir de l'analyse des situations et de l'action et en dériver
des connaissances. On va trop vite, dans tous les pays, on se lance dans la rédaction
de programmes sans prendre le temps d'observer les pratiques sociales,
d'identifier les situations auxquelles les gens ordinaires sont et seront
vraiment confrontés. Que sait-on véritablement
des compétences dont a besoin, au quotidien, un chômeur, un migrant, un
handicapé, une mère célibataire, un dissident, un jeune des banlieues ? Si le système
éducatif ne prend pas le temps de reconstruire la transposition didactique, il
ne questionnera pas les finalités de l'école, il se contentera de verser des
contenus anciens dans un nouveau contenant. En formation
professionnelle, on établit un référentiel métier en analysant les
situations de travail, puis on élabore un référentiel de compétences, qui
fixe les objectifs de la formation. Rien de tel pour la formation générale. C'est
pourquoi, sous couvert de compétences, on met l'accent sur des capacités sans
contexte. Résultat: on sauvegarde l'essentiel des savoirs nécessaires aux études
longues, les lobbies disciplinaires sont satisfaits. NE: Avez-vous
un exemple de ce qu'il conviendrait de faire ? 1.
savoir
identifier, évaluer et faire valoir ses ressources, ses droits, ses limites et
ses besoins; 2.
savoir,
individuellement ou en groupe, former et conduire des projets, développer des
stratégies; 3.
savoir
analyser des situations, des relations, des champs de force de façon systémique; 4.
savoir coopérer,
agir en synergie, participer à un collectif, partager un leadership; 5.
savoir
construire et animer des organisations et des systèmes d'action collective de
type démocratique; 6.
savoir gérer
et dépasser les conflits; 7.
savoir jouer
avec les règles, s'en servir, en élaborer; 8.
savoir
construire des ordres négociés par-delà les différences culturelles. Il faut cesser
de penser l'école de base d'abord comme une préparation aux études longues,
l'envisager au contraire comme une préparation à la vie pour tous, y compris
la vie d'enfant et d'adolescent, qui n'est pas simple. NE: Dans ce
contexte, quels sont les changements quant au rôle du professeur ? Perrenoud: Il
est inutile de demander des efforts surhumains aux professeurs si le système éducatif
n'a fait qu'adopter le langage des compétences, sans rien changer de
fondamental. Le plus sûr indice d'un changement en profondeur, c'est l'allégement
radical des contenus disciplinaires et une évaluation formative et
certificative orientée clairement vers des compétences. Comme je l'ai
dit, les compétence ne tournent pas le dos aux savoirs, mais on ne peut prétendre
les développer sans accorder du temps à des mises en situation. Il ne suffit
pas d'ajouter une "situation de transfert" à la fin de chaque
chapitre d'un cours conventionnel. Si le système
change, non seulement en reformulant ses programmes en termes de compétences véritables,
mais en décloisonnant les disciplines, en introduisant des cycles
d'apprentissage pluriannuels tout au long du cursus, en appelant à la coopération
professionnelle, en invitant à une pédagogie différenciée, alors les
professeurs doivent changer leurs représentations et leurs pratiques. compétences
n'est pas une rupture. L'obstacle est en amont: comment amener des professeurs
habitués à faire des leçons à repenser leur métier? Ils ne développeront
des compétences qu'à la condition de se percevoir comme organisateur de
situations didactiques et d'activités qui ont du sens pour les élèves, les
impliquent, tout en engendrant des apprentissages fondamentaux. pour aider ses
élèves à développer des compétences ? des élèves
qui ne sont pas et ne veulent pas devenir "comme lui", il commencera
à chercher des moyens de les intéresser aux savoirs non en tant que tels, mais
comme des outils pour comprendre le monde et agir sur lui. La principale ressource du
professeur, c'est sa posture réflexive, sa capacité d'observer, de réguler,
d'innover, d'apprendre des autres, des élèves, de l'expérience. Mais bien sûr,
il y des capacités plus précises : - savoir gérer la classe
comme une communauté éducative; - savoir organiser le
travail au sein de plus vastes espaces-temps de formation (cycles, projets d'école); - savoir coopérer avec
des collègues, les parents, d'autres adultes; - savoir concevoir et
faire vivre des dispositifs pédagogiques complexes; - savoir susciter et
animer des démarches de projet comme mode de travail régulier; - savoir repérer et
modifier ce qui donne ou enlève du sens aux savoirs et aux activités
scolaires; - savoir créer et gérer
des situations-problèmes, identifier des obstacles, analyser et recadrer les tâches; - savoir observer les élèves
au travail; - savoir évaluer les compétences
en train de se construire. - l'évaluation
n'inclut que des tâches contextualisées; - l'évaluation
porte sur des problèmes complexes; - l'évaluation
doit contribuer à ce que les étudiants développent davantage leurs compétences; - l'évaluation
exige l'utilisation fonctionnelle de connaissances disciplinaires; - il n'y a
aucune contrainte de temps fixée arbitrairement lors de - la tâche et
ses exigences sont connues avant la situation d'évaluation; - l'évaluation
exige une certaine forme de collaboration avec des pairs; - la
correction prend en considération les stratégies cognitives et métacognitives
utilisées par les étudiants; - la
correction ne tient compte que des erreurs importantes dans l'optique de la
construction des compétences. s'opèrent,
pas seulement dans les textes, mais dans les esprits et les pratiques. Cela
prendra des années si on fait les choses sérieusement. Le pire serait de
croire qu'on transforme les pratiques d'enseignement et d'apprentissage par décret.
Le changement requis passera par une forme de révolution culturelle, d'abord
pour les professeurs, mais aussi pour les Lorsque les
pratiques auront changé à large échelle, le changement exigera encore des années
pour porter des fruits visibles, car il faudra attendre qu'une ou plusieurs générations
d'élèves aient traversé tout le cursus. En attendant, mieux vaut piloter,
accompagner et faire réussir le changement que de chercher des preuves prématurées
de succès. pédagogie et
à coopérer dans le cadre d'équipes ou de projets d'établissements. C'est
pourquoi il est judicieux d'intégrer dès maintenant l'approche par compétences
à la formation - initiale et continue - et à l'identité professionnelle des
professeurs. N'oublions pas qu'en fin de compte, l'objectif principal reste de démocratiser
l'accès aux savoirs et aux compétences. Tout le reste n'est que moyens!
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