
| SPECTRES DIAGNOSTIQUES DE R�FLEXION DES MINERAUX DANS
LE DOMAINE INFRAROUGE LOINTAIN.
OSTROUMOV MIKHAIL, LASNIER BERNARD, FRITSCH EMMANUEL, LEFRANT SERGE.
R�SUM�
Ce travail pr�sente la premi�re �tude min�ralogique en spectrom�trie
infrarouge de r�flexion dans le domaine lointain. Dans ce domaine, les spectres de
r�flexion sont surtout typiques pour les composes � force de liaison inter-atomique
relativement faible (sulfures, oxydes d' �l�ments de basse valence, halog�nures,
carbonates, sulfates, nitrates). En m�me temps, les compos�s chimiques a forces de
liaison relativement �lev�es (silicates) pr�sentent aussi des profils
caract�ristiques. Avec la spectrom�trie Raman, cette m�thode non destructive pourra
aider � la r�solution des probl�mes
actuels de min�ralogie mais offre aussi des perspectives dutilisation en g�ologie
cosmique, volcanologie, plan�tologie et astronomie.
Mots-cl�s: Spectrom�trie infrarouge de r�flexion, infrarouge lointain, min�raux
IINTRODUCTION Le
domaine infrarouge se subdivise en trois r�gions: infrarouge proche (PIR : 13333-4000 cm-1 ou 0.8-2.5 �m);
infrarouge moyen (IRM: 4000-400 cm-1 ou 2.5-25 �m); infrarouge lointain (IRL :
400-10 cm-1 ou 25-1000 �m).
Le domaine du proche infrarouge est favorable pour
lidentification des bandes typiques de certains groupes chimiques ou ions tels que
Fe 2+, H2O, OH, CO32-. On peut donc utiliser ces bandes
dabsorption pour lanalyse qualitative ou semiquantitative de ces entit�s et
aussi pour d�terminer quelques �l�ments. Dans
le domaine infrarouge moyen les bandes dabsorption ou de r�flexion sont normalement
dues aux divers groupements atomiques des min�raux. Les spectres dans l'infrarouge moyen
dun min�ral apportent toujours des informations importantes sur les groupements
fonctionnels qui le constituent. La plupart des bandes caract�ristiques des min�raux se
rencontrent dans la zone moyenne du spectre infrarouge. De ce fait, les recherches sur les
min�raux et les gemmes sont nombreuses dans ce domaine . En particulier, un catalogue des
spectres infrarouges de r�flexion des min�raux et des mat�riaux gemmes est maintenant
en cours dimpression (Ostroumov et al., � para�tre) car la spectrom�trie
infrarouge de r�flexion pr�sente de nombreux avantages compar�e � la spectrom�trie
infrarouge dabsorption des min�raux (Ostroumov et al., 1995). Le
domaine de linfrarouge lointain est la zone o� lon observe les bandes
fondamentales de basses fr�quences des diff�rents groupements atomiques. Cette zone
nest pas ci ce jour bien �tudi�e pour les min�raux. Ce
travail a �t� entrepris pour combler labsence de r�f�rences sur la
spectrom�trie infrarouge de r�flexion des min�raux en g�n�ral et des gemmes en
particulier dans le domaine lointain. Le
d�tail des m�thodes exp�rimentales, l�chantillonnage, lobtention des
spectres et les instruments utilis�s font l'objet d'une publication ant�rieur (Ostroumov
et al., 1995). Soulignons seulement que tous les spectres, discut�s dans ce travail, ont
�t� acquis au moyen dun spectrom�tre Nicolet 20SXC-FTIR. Enregistr�s sur
disquettes, tous les spectres sont disponibles au Laboratoire de Physique Cristalline de
lIMN et au Laboratoire de Gemmologie de lUniversit� de Nantes. QUELQUES DONN�ES TH�ORIQUE On
sait que la position des bandes fondamentales dans le spectre infrarouge des min�raux
d�pend de la force relative des liaisons chimiques entre des atomes adjacents. La force
relative � son tour d�pend de la valence du cation et de lanion, du nombre de
coordination du cation, de la distance inter-atomique cation-anion et de la masse du
cation. Les limites des fr�quences de vibration caract�ristiques de diff�rents groupes
atomiques ont �t� calcul�es en utilisant les donn�es structurales des min�raux (Povarennykh, 1978). Lauteur de cette
recherche a montr� que les limites des fr�quences vibrationelles pour chaque classe
cristallochimique d�pendent des variations de composition, de la dimension et de la masse
des atomes dune classe donn�e. Les donn�es calcul�es par A.Povarennykh confirment
la pr�sence des bandes caract�ristiques dans le domaine infrarouge lointain de certains
min�raux. On suppose que ces bandes sont surtout typiques des entit�s � faible force
relative de liaison inter - atomique comme c'est le cas dans les sulfures, les oxydes d'
�l�ments de basse valence, les halog�nures,
les carbonates, les sulfates et les nitrates. R�SULTATS ANALYTIQUES Ce
travail est la premi�re �tape d'une �tude syst�matique des spectres effectu�e en
r�flexion dans le domaine de l'infrarouge lointain de certains min�raux et gemmes. Nous
avons examin� environ 70 esp�ces et vari�t�s min�rales.
En consid�rant leffet dorientation des cristaux et des pierres brutes, nous
avons effectu� des enregistrements des spectres infrarouges en r�flexion sur les
cristaux dorientation connue, ce puis donne un total de plus de 100 spectres de
r�flexion. Selon
nos donn�es, il est possible d'affirmer que dans le domaine infrarouge lointain, les
min�raux sont caract�ris�s par plusieurs bandes �troites et intenses. Le spectre de
r�flexion dans linfrarouge lointain �tant li� directement � la structure de la
mati�re, cest-�-dire aux constantes physiques de celle-ci, il est donc tout
indiqu� pour tenter didentifier lesp�ce min�rale. Chaque min�ral, gemme
naturel ou de synth�se pr�sente un spectre de r�flexion linfrarouge lointain bien
particulier, ce qui permet, comment dans le domaine moyen, une identification rapide de
lesp�ce min�rale. La nature physique des bandes dabsorption et parfois de
r�flexion des min�raux a �t� d�j� examin�e par diff�rents auteurs (Lazarev,1966;
Povarennykh,1978; Farmer, 1983, etc.). Cette recherche n'est donc pas discut� ici, notre
recherche ayant surtout un but diagnostique. En
premier lieu, les donn�es exp�rimentales
confirment en g�n�ral les calculs th�oriques. Dans les spectres obtenus, nous observons
la pr�sence de bandes caract�ristiques des min�raux des diff�rents classes
cristallochimiques : sulfures, oxydes, halog�nures, carbonates, sulfates, phosphates
(Figure 1 A-H). En plus, dans le domaine infrarouge lointain, nous avons detect� quelques
bandes typiques pour les silicates. Il faut indiquer que pour plusieurs min�raux les
spectres de r�flexion de linfrarouge lointain sont souvent plus caract�ristiques
par la forme et le nombre des bandes que les m�mes spectres dans le domaine moyen. Dans
le tableau 1, on peut voir les bandes de r�flexion les plus intenses des diff�rents
min�raux. Toutes les bandes caract�ristiques, dintensit� moyenne ou faible seront
donn�es dans le catalogue sp�cial en pr�paration. Les
spectres infrarouges de r�flexion des silicates, comme bien s�r aussi des autres
min�raux, d�pendent de leur composition chimique et de leur particularit�s
structurales. Dans le domaine infrarouge lointain des silicates, nous pouvons observer
certaines bandes (Tableau 2) et donc obtenir beaucoup dinformations d�taill�es sur
la nature des esp�ces de cette classe cristallochimique. Dans ce domaine �galement les
spectres de r�flexion des compos�s chimiques avec force de liaison �lev�e (silicates)
pr�sentent aussi des profils caract�ristiques. QUELQUES EXEMPLES PRATIQUES La
litt�rature internationale ne montre pas beaucoup de recherches sur la spectrometrie
infrarouge des mineraux dans le domaine lointain. On sait, par exemple, une �tude
particuli�re et d�taill�e sur les spectres dabsorption des silicates dans ce
domaine (John et al.,1975). D'apr�s ces auteurs, les
spectres obtenus dans l' infrarouge lointain permettent en g�n�ral de d�terminer pour
certains silicates la sym�trie, le nombre de coordination et lordre du cation dans
la structure, les caract�ristiques des m�langes isomorphes et le degr� de d�sordre de
la structure cristalline. Nos r�sultats obtenus � laide des spectres de r�flexion
confirment ces possibilit�s pour les olivines, pyrox�nes, feldspaths, etc. Par exemple,
dans la s�rie des feldspaths Na-Ca (plagioclases), nous observons la bande
caract�ristique de vibration Cation-Anion pr�s de 200 cm-1. Dans le spectre
de r�flexion des plagioclases acides (albite-oligoclase) cette bande se situe � 187-184
cm-1 (Figure 1 G). La derni�re bande se place � des longueurs donde
plus courtes (fr�quences plus hautes) jusqu� 240-237 cm-1 selon
laugmentation de la teneur en anorthite dans la composition chimique des
plagioclases (Figure 1H). Dans ce cas il est possible de conna�tre lesp�ce du
feldspath en utilisant les courbes de calibrage. La
turquoise (phosphate complexe) est un autre exemple. La turquoise a �t� soumise depuis
longtemps � divers traitements afin dam�liorer sa valeur en tant que gemme. De
plus, on trouve sur le march� de nombreuses imitations. S�parer la turquoise naturelle
non trait�e de celle trait�e et identifier sans �quivoque la turquoise synth�tique ou
dimitation se r�v�le difficile avec les m�thodes courantes utilis�es
g�n�ralement en gemmologie. Cependant, en appliquant la spectrom�trie infrarouge de
r�flexion, le gemmologue peut obtenir les donn�es n�cessaires pour d�terminer
correctement la mati�re et son origine. Par exemple, la turquoise synth�tique de Russie,
qu on vend en Europe, donne un spectre de r�flexion dans le domaine lointain
identique � la Gibbsite (hydroxyde daluminium) avec les pics principaux de cette
phase situ�s � 363 et 241 cm-1 (Figure 1B). Sur le march� mexicain certains
echantillons de la turquoise montrent les spectres caract�ristiques de la
Magnesite. CONCLUSION La
spectrom�trie infrarouge de r�flexion dans le domaine lointain compl�te bien la
spectrom�trie dans linfrarouge moyen pour les diff�rentes classes
cristallochimiques des min�raux. Avec la spectrom�trie Raman, cette m�thode
non-destructive permet de d�terminer les esp�ces et les vari�t�s min�rales. A notre
avis, la spectrom�trie infrarouge de r�flexion dans les domaines diff�rents pourra
aider � la r�solution des probl�mes actuels de min�ralogie, comme par exemple, la
d�termination des min�raux proches par la composition chimique, les particularit�s de
zonation, dorientation optique, dinclusions et de pl�ochro�sme. De m�me
cette technique peut conduire a lidentification non-destructive des gemmes et des
objets dart, � la s�paration entre les cristaux naturels et synth�tiques, �
lidentification du traitement et de limpr�gnation des diff�rentes substances
de mat�riaux gemmes, etc. A laide de cette m�thode on peut identifier � distance,
de pr�s ou de loin, les min�raux bruts ou taill�s, dont les gemmes et les roches en
g�ologie cosmique, en astronomie, en plan�tologie, en volcanologie. R�F�RENCES Farmer, V.C., 1983, The infrared spectra of minerals. Mineralogical Society, London. Second Edition. John, K.J.; Hiser, A.L. ;y Karr, C.J., 1975, Far infrared spectroscopy of minerals. "Infrared and Raman Spectroscopy of Lunar and Terrestrial Minerals". Bureau of Mines, Morgantown Energy Research Center, Academic Press, New York, p.231-254. Lazarev, A.N., 1972, Vibrational Spectra of Silicates. Consultants Bureau, New York. Ostroumov, M.N.; Lasnier, B.; Fritsch, E.; y
Lefrant, S.(� para�tre), Catalogue des spectres infrarouges de r�flexion des min�raux
et des mat�riau gemmes. Br�ker. Ostroumov, M.N.; Lasnier, B.; y Lefrant, S., 1995, Spectrom�trie infrarouge de r�flexion des mat�riaux gemmes. Analusis, v.23, 1, p.39-44. Povarennykh, A.S., 1978, The use of infrared spectra for the determination of
minerals. American Mineralogist, v.63,
p.956-959.
LEGENDES DES TABLEAU ET DES
FIGURES : Tableau 1 : Bandes caracteristiques des certaines
composes avec faible liaison interatomiques. Characteristical bandes of compounds with a bonding relatively weak strenght of the interatomic bond. Tableau 2 : Bandes tipiques des composes avec
avec forte liaison interatomique (silicates). Typical bandes of compounds with a high energy ( silicates). Figure 1: Spectres infrarouges de reflexion des
mineraux dans le domaine lointain : A - Pyrite, B - Gibbsite, C Quartz I c, D
Quartz II c, E - Calcite, F - Apatite, G - Oligoclase, H - Labradorite. Far infrared reflexion spectra of minerals : A - Pyrite, B - Gibbsite, C Quartz I c, D Quartz II c, E - Calcite, F - Apatite, G - Oligoclase, H - Labradorite.
Tableau 1
Tableau 2
Figure 1: Spectres infrarouges
de reflexion des mineraux dan le domaine lontain: A- Pyrite,
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