Chapitre 8 :
 
 
Quand ils arrivèrent au campement, Aragorn émergeait
seulement de son sommeil. Il avait eu une nuit agitée,
peuplée de sombres cauchemars mais aussi de visions. Il
avait rêvé d’ Arwen, cela faisait si longtemps qu’il ne
l’avait pas vu, ne serait-ce que dans ses rêves. Elle lui
indiquait le Sud, son visage mélancolique semblait
l’implorer de l’écouter. Un château, entouré par la brume
lui était apparu. Quelle était la signification de ce
songe ? Il savait cependant que l’apparition d’Arwen ainsi
que son conseil n’étaient pas anodins. Il devait se fier à
elle, la suivre. Il se redressa, son épaule était encore
endolorie mais cela n’avait rien à voir avec la douleur
lancinante de la veille. Il aperçut Gimli Stalkia et
Legolas. Quelque chose semblait avoir changé dans le
comportement de celui-ci… Comme une légère allégresse….Les
elfes sont décidément bien étranges, un temps mélancolique,
un autre insouciant… Il se leva, légèrement gêné d’avoir
dormi si tard, ce qui n’était guère dans ses habitudes de
rodeur. Stalkia s’approcha de lui et lui demanda :
 
               -« Votre blessure vous fait-elle encore
souffrir ? »
 
               -« Non, vos soins l’ont guéri. »
 
               -« Laissez-moi voir… »
 
Pendant qu’elle regardait la plaie d’Aragorn, Legolas et
Gimli s’occupèrent de ranger le camp. Ils chargèrent avec
rapidité les chevaux et quand Stalkia eut finit de soigner
Aragorn, ils étaient prêts à partir. Ils montèrent sur
leurs chevaux et Aragorn annonça :
 
               -« Nous allons nous diriger vers le Sud »
 
               -« Le Sud ? » répéta Gimli, surpris, mais
n’ayant pas l’habitude de contredire les décisions
d’Aragorn, il acquiesça.
 
Ils chevauchèrent toute la matinée et toute la journée.
Aragorn ne parlait pas, plongé dans ses pensées, il
semblait hypnotisé par un but à atteindre à tous prix.
Legolas et Stalkia chevauchaient toujours ensemble et celui-
ci lui murmurait à son oreille de douces paroles elfiques.
Stalkia n’osait répondre à ces déclarations aussi poétiques
que passionnées, de crainte qu’Aragorn, qui comprenait lui
aussi ce langage, les remarque. Ils étaient légèrement en
retrait et Legolas se retenait pour ne pas embrasser la
tendre nuque blanche de la jeune femme. Ils parlèrent
longuement, toujours dans cette langue étrange, se
racontant leurs vies, si différentes mais qui se
rejoignaient. Legolas avait toujours été intéressé par les
humains. Ils n’avaient aucuns dons, ils étaient jugés comme
faibles par les elfes et les nains. Mais cette race
dévoilait sans cesse ses multiples facettes. Elle n’avait
pas, certes, l’immortalité des elfes ou la longévité des
nains, mais elle était obligée de développer une maturité
et une intelligence qui étaient remarquables en si peu de
temps. Aragorn, l’héritier du trône du Gondor en était
l’exemple et la preuve. Il avait tout de suite été
impressionné par l’aura de puissance et de sagesse qui se
dégageait de ce mortel. Il luttait pour se racheter , pour
faire oublier la faiblesse, la faute qu’Isildur avait
commise en conservant l’Anneau. Il était son descendant et
il estimait que c’était à lui maintenant de combattre cette
force maléfique. Et puis il y avait Stalkia…Si parfaite… La
première personne qui avait déclenché de tels sentiments et
émotions dans son corps. Malgré son jeune age, son âme
reflétait une maturité, une combativité unique. Mais elle
était aussi si douce, si fragile. Elle ignorait encore tant
de choses. Il voulait lui faire découvrir les plus beaux
aspects de ce monde mais aussi la protéger contre la force
malfaisante et sournoise qui étendait son emprise sur la
Terre du milieu. Le jour commençait à baisser ; Aragorn ne
semblait pas vouloir faire une halte, il se dirigeait
inlassablement vers le Sud.
 
               -« Aragorn va mal. » dit Stalkia
 
               -« Oui, il pense à Arwen. Je l’ai entendu
l’appeler la nuit dernière dans son sommeil. Je pense que
notre changement de direction est lié à ce rêve qu’il à
fait. » répondit Legolas.
 
               -« Je n’aime pas le voir comme ça… Bien
sur, cela fait des années que je ne l’ai pas vu. Je l’ai
connu jeune et insouciant mais depuis cette nuit…notre
séparation… J’ai l’impression de ne plus le connaître, il
est empreint d’une gravité… »
 
               -« La charge de l’Anneau lui pèse. »
 
               -« Il n’a pas à racheter la faute de nos
ancêtres… »
 
 
Aragorn s’arrêta subitement, son regard se perdit dans le
lointain, essayant de percer la ligne d’horizon. Stalkia et
Gimli stoppèrent leurs montures, attendant la réaction
d’Aragorn.
 
               -« Legolas ! Voyez-vous quelque chose au
loin ? »*
 
               -« Non Aragorn, l’horizon est lisse, il
n’y a rien » répondit Legolas en scrutant le paysage
désertique.
 
Argorn poussa un soupir de déception et de dépit. Cela ne
servait à rien, il n’aurait jamais du prêter tant
d’importance à ce songe. Encore une fois, une de ses
décisions se révélait mauvaise. Quand soudain, Legolas
laissa échapper une exclamation.
 
               -« Attendez ! Là, à l’Ouest, je crois
discerner des ombres dans la brume… »
 
               -« En êtes-vous sur ? » demanda vivement
Aragorn.
 
               -« Oui, la silhouette d’un château se
dessine… »
 
Aragorn sentit ses épaules se décharger d’une partie du
fardeau qui l’oppressait. Il essaya de voir ce que disait
Legolas mais seul l’elfe avait ce don. Il allait se
remettre en route quand Gimli l’arrêta.
 
               -« Aragorn ! Je ne sais pas ce qui vous
pousse à aller vers ce château mais soyez raisonnable…
Voyager de nuit dans ces plaines désertiques, sans aucuns
repères serait une folie. Même la vue de Legolas ne peut
nous aider par une nuit aussi sombre. Cette région regorge
d’Orcs… Arrêtons -nous. »
 
Aragorn sembla réfléchir quelques instants puis répondit :
 
               -« vous avez raison Gimli, nous
reprendrons la route demain. »
 
Ils installèrent le camp à proximité d’un rocher, qui leurs
offrait une protection minime mais non négligeable. La nuit
tombait vite dans las plaines et les quatre compagnons
furent bientôt entourés par une pesant obscurité. Dans les
forêts ou ils campaient, la multitude des bruits les arbres
leurs donnaient une légère impression de sécurité mais là,
le silence était oppressant, inquiétant. Un feu fut vite
allumé, ce qui dissipa quelque peu leur malaise. Stalkia
décida d’aller parler à Aragorn, tant de choses le
tracassaient, il devait avoir besoin de parler.
 
               -« Vous pensez à elle. »
 
               -« Oui, comment savez-vous ? »
 
-« Legolas et Gimli m’ont dit… Vous avez rêvé d’elle, vous
pensez la retrouver dans ce château ? »
 
-« Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle
et que je désire la retrouver. Mais ce rêve m’indiquait
autre chose. Outre le fait de la revoir peut-être, quelque
chose se prépare, quelque chose de grave… »
 
-« Les réponses à vos interrogations se trouvent sûrement
dans ce château. Les songes elfique n’interviennent jamais
sans raisons. »
 
-« Je l’espère »
 
Stalkia regarda quelque instants son frère puis l’enlaça
avec chaleur. Il ne devait pas savoir pour elle et Legolas.
Tant de choses le rongeaient déjà, il ne l’accepterait pas.
Aragorn se sentit un peu libéré après cette conversation.
Parler avec Stalkia d’Arwen l’avait soulagé. Il prit
conscience de son état d’esprit et décida qu’il ne devait
plus se laisser aller de la sorte, pour sa sœur, qu’il
avait enfin retrouvé.
Stalkia alla s’asseoir près du feu et Legolas la regarda
avec amour, de son regard brûlant et charmeur. Il aimerait
tant être seul avec elle. Maintenant que ce malentendu qui
les séparaient avait disparu, il mourrait d’envie de
l’embrasser, de sentir son corps contre le sien. Stalkia
répondit aussi discrètement que possible au regard plein
d’invite de Legolas mais ses pensées rejoignirent un
instant celles de l’elfe. Ils se regardèrent quelques
secondes, les yeux brillants d’émotions, le cœur battant à
tout rompre jusqu’à ce que Gimli, toussant bruyamment, les
rappelle à l’ordre. Cette situation commençait à devenir
compliquée mais ils ne pouvaient faire autrement. Pour
l’instant, cela valait mieux. Après avoir parlés, ils
allèrent tous se coucher mais Aragorn, ne pouvant trouver
le sommeil, décida de veiller. Il fut rejoint par Legolas
et tous les deux, regardant les braises rougeoyantes,
pensèrent aux deux femmes qu’il aimaient tant.
 
Chapitre 9 :
 
 
        Stalkia dormait profondément, elle rêvait de sa famille, elle était chez elle.
Rien n’était arrivé, elle était tellement bien. Elle vit Legolas, il
s’approchait d’elle, un sourire énigmatique aux lèvres. Il la prit dans ses bras
et l’embrassa. Elle sentit une légère pression sur son bras. Il lui parla, d’une
voix grave et suave. La pression sur son bras s’accentuait. «Je vous aime
tellement Stalkia… ». On le secouait légèrement. «  Stalkia… »
 
               -«  Stalkia ! »
 
        Stalkia se réveilla en sursaut.
 
               -«  L…. ». Elle allait prononcer le nom de l’elfe mais se retint à temps en
voyant le visage souriant d’Aragorn.
 
               -«  Je ne voulais pas vous réveiller mais nous devons nous mettre en route… »
dit Aragorn.
 
               -«  Non, vous avez eu raison… »
 
        Elle repoussa ses couvertures et s’étira. Son corps était engourdi par le
sommeil et une partie de son esprit demeurait encore dans ce rêve. Elle tourna
la tête et croisa le regard de Legolas. Elle se sentit fondre sous le regard si
tendre de l’elfe. Elle l’aimait tant. Elle se leva et entreprit de ranger ses
affaires. Legolas s’approcha d’elle et en l’aidant lui demanda :
 
               -«  Vous avez bien dormi ? »
 
               -«  Oui… J’ai rêvé de vous » continua t-elle en baissant la voix.
 
               -«  je n’ai cessé de penser à vous, toute la nuit… »
 
Il la regarda intensément. Elle se retint pour ne pas aller se blottir dans ses
bras, pour qu’il l’embrasse. Ils chargèrent les chevaux et après avoir pris un
léger repas, il se mirent en route. Le château était bien plus éloigné qu’ils ne
le pensaient. Ils traversèrent des plaines arides puis un marécage. A la mi
journée, ils aperçurent une forêt, une forêt immense qui étendait sa traînée
sombre sur l’horizon. Il était impossible de la contourner, ils devraient la
traverser. Ils arrivèrent à la lisière de la foret et s’arrêtèrent, essayant de
sonder les mystères qu’elle renfermait. Ils étaient tous ampli d’un sentiment
étrange, mêlé d’appréhension et de curiosité.
 
               -«  Cette foret est bien étrange… » fit Gimli.
 
               -«  L’atmosphère y est pesante… Quelque chose va se passer… » dit Legolas.
 
               -«  Nous sommes obligés de la traverser, la contourner prendrait trop de
temps… » dit Aragorn, répondant à la demande silencieuse des compagnons.
 
Legolas baissa la tête, il n’approuvait pas cette décision. Son esprit tentait
de l’alerter sur quelque chose. Il avait cette faculté de « sentir » les choses,
de les prévoir. Il ne pouvait expliquer d’ou lui venait cette impression. Tant
de choses n’allaient pas… La foret était ampli d’un silence sordide et ,
derrière les arbres touffus de l’orée, il voyait ces arbres morts, tordant leurs
branches nues vers le ciel. Il essaya de chasser de son esprit cette idée. Après
tout, ils avaient traversé maints lieux plus hostiles les uns que les autres.
Ils descendirent de leurs montures et pénétrèrent dans la foret. Legolas
marchait à coté de Stalkia et celle-ci remarqua l’inquiétude qui se lisait au
fond de ses yeux. Elle effleura délicatement et discrètement sa main.
 
               -«  Ne soyez pas si inquiet » lui souffla t-elle.
 
               -«  Tant de choses ne vont pas… »
 
Aragorn s’approcha des deux jeunes gens ; lui aussi avait noté l’inquiétude du
jeune elfe et il savait qu’elle était sûrement justifiée. Il était sur ses
gardes. Gimli les rejoignit et ils avancèrent en un groupe compact et scindé.
Ils marchèrent quelques temps quand soudain, Legolas se figea.
 
               -«  Avez-vous entendu ? »
 
Les trois compagnons, sans avoir la fine ouie de l’elfe, entendirent des
hurlements aigus et terrifiants, accompagnés d’hennissements stridents. Ces
bruits se rapprochaient à toute vitesse.
 
               -«  Quelle est cette chose ? » demanda Stalkia, effrayée par l’atrocité de ces
cris.
 
Un des hommes allait lui répondre quand ils virent la foret changer d’aspect
derrière eux. La foret offrait un passage sombre et lugubre aux créatures. Les
arbres semblaient se recroqueviller au passage de la force malfaisante. L’infime
partie de verdure se noircit, les rares fleurs flétrirent, comme brûlées par le
souffle de l’Enfer. La foret semblait rendre sa vie, son âme.
 
-«  Les Nazguls… » dit Aragorn en sortant son épée.
 
Legolas avait déjà comprit, son arc était bandé et il attendait fermement
l’ennemi. Gimli et Stalkia firent de même, ne sachant si leurs armes seraient
vraiment efficaces contre les Spectres de l’Anneau. Ils apparurent soudainement,
enveloppés dans leur linceul noir, leurs chevaux diaboliques piaffant. Ils
descendirent de leurs montures, leur forme immatérielle semblait flotter sur la
terre. Ils sortirent leurs épée aux lames aiguisées d’un tranchant mortel et,
d’un mouvement en parfait accord, les pointèrent vers les quatre compagnons. Ils
s’avancèrent, d’un même pas majestueux et inquiétant ; ils n’étaient qu’à
quelques mètres d’eux. Ils n’avanceraient pas davantage, la flèche de Legolas
vola et se planta dans le cou d’un des serviteurs de Sauron. Avec un hurlement
strident et sauvage, la créature se précipita sur  l’archer. Celui-ci, d’un
geste plus rapide que la vue avait déjà encoché une flèche dans son arc et visa
de nouveau le Spectre. Les autres Spectres fondirent avec rage sur Aragorn Gimli
et Stalkia. Stalkia regarda un instant son frère puis riposta contre l’attaque
d’une puissance inhumaine du Nazgul. Elle ne les avait jamais vu mais elle
connaissait l’histoire de ces rois déchus. Ils étaient dotés d’une force
inhumaine, maléfique et étaient animés par un seul et unique but : tuer pour
rendre l’Anneau à son Maître. Aragorn avait déjà eu affaire aux Spectres et il
parvenait à  maîtriser les trois créatures qui voulaient sa mort. Legolas avait
abandonné son arc et se battait avec son poignard. Il parvenait à éviter les
coups meurtriers grâce à sa souplesse et à sa légèreté digne des elfes. Sa
force, inférieur à celle des Nazguls était compensés par son extrême habilité.
Il ne cessait de frapper les Spectres mais ceux-ci étaient presque invincibles.
En voyant Stalkia non loin de là, son esprit s’anima de rage. Jamais ces
créatures ne la toucheraient. Il redoubla d’ardeur et d’effort et parvint à
faire fuir le premier Spectre. Mais il en restait encore huit, huit plus
meurtriers les uns que les autres, huit plus sanguinaires les uns que les
autres. Huit serviteurs du seigneur des Ténèbres, tous animés par la folie de
sauron. Les Spectres étaient infatigables, la force de leurs attaques ne
décroissaient pas et semblait au contraire gagner en puissance. Stalkia se
battait vaillamment, elle sentait ses forces l’abandonner progressivement mais
elle ne fléchissait pas. Elle planta sa dague dans l’épaule de son adversaire et
celui-ci fléchit sous la blessure. Elle baissa sa garde un instant , un instant
qui ne dura à peine plus d’une seconde. Mais ce court moment d’inattention lui
fut fatal : elle ne put éviter la lame tranchante et empoisonnée du Nazgul. Elle
sentit l’acier froid de l’épée pénétrer sa chair, au dessus de sa hanche. Elle
s’écroula avec un hurlement de douleur. Elle tomba lourdement sur le dos ,
voyant l’ombre sans visage du Spectre qui se penchait sur elle. Legolas et
Aragorn virent la femme qu’ils aimaient tant s’écrouler.
 
               -« STALKIA ! » hurla Legolas
 
Aragorn regarda l’elfe, vit l’amour et la souffrance infinie au fond de ses yeux
et comprit tout. Il se précipita vers sa sœur, repoussant le Spectre qui tentait
de l’achever mais un autre Nazgul se précipita sur lui. Legolas tentait lui
aussi de les repousser, il semblait avoir perdu toute raison. Gimli sentit sa
fureur croître, il allait tuer ces créatures, les faire payer. Les trois
compagnons se battirent pendant de longues minutes mais leur cause était vaine.
Ils ne pouvaient lutter, la fin était proche. Leurs espoirs s’amenuisaient quand
bruquement, une lumière blanche et éclatante ampli la foret. Le combat cessa ;
une chose s’avança, enveloppée dans le halo de lumière. Les trois hommes
entendirent des paroles, en une langue inconnu, une sorte d’incantation. Les
Spectres furent pris d’une frayeur inexplicable. Ils se sauvèrent, enfourchèrent
leurs chevaux et disparurent aussi vite qu’ils étaient arrivés. Les hommes se
retrouvèrent face à la mystérieuse chose. La lumière les éblouissait et il ne
pouvait voir de qui il s’agissait. Mais progressivement, l’intensité de la
lumière baissa et bientôt, ils purent discerner puis reconnaître le visage
bienveillant de celui qui était à l’origine de la Communauté de l’Anneau.
 
               -«  Gandalf ?! » s’écria Aragorn, ne sachant si son esprit était victime d’une
hallucination ou s’il avait bien devant lui son vieil ami le magicien.
 
Gandalf ne répondit pas. Il avait tout de suite compris la gravité de la
situation. Il s’approcha vivement de Stalkia. Legolas était agenouillé auprès
d’elle, pressant sa main. Elle respirait faiblement et difficilement. Aragorn ne
pouvait cacher son inquiétude. Lui aussi s’agenouilla auprès de sa sœur et,
regardant l’elfe, vit le reflet de sa propre souffrance dans son regard. Gandalf
les écarta doucement puis regarda la blessure de la jeune femme.
 
               -«  Je peux ralentir le poison de ces créatures mais le vaincre totalement est
au dessus de mes capacités de guérisseur. Elle a besoin de la médecine elfique
d’Elrond. Nous devons aller au plus vite à ce château. »
 
Gandalf prononça quelques mots en passant sa main au dessus de la blessure de
Stalkia puis appliqua un baume. Stalkia gémissait, son corps commençait à passer
dans le royaume des Ombres. Les hommes se remirent vite en selle et Aragorn,
prenant sa sœur devant lui ne put s’empêcher de penser que c’était sa faute. Il
ne supporterait pas d’être à nouveau séparé d’elle. Il mit son cheval au galop
et, dans l’obscurité naissante, toute la Communauté se mit en route, espérant
atteindre le château avant qu’il ne soit trop tard.
 
Chapitre 10 :
 
Les quatre hommes chevauchèrent toute la nuit, tous animés par la même angoisse
de la perdre. La sombre forêt était désormais derrière eux ; ils l’avaient
traversé à toute vitesse, fuyant ce lieu de malheurs. Le soleil se levait et,
dans l’aurore naissante, ils virent le château de plus en plus nettement. Mais
chaque seconde était précieuse pour Stalkia, le monde des Ombres étendait chaque
minute son emprise sur son esprit. Elle sera bientôt comme eux… Aragorn tenait
dans ses bras son corps tremblant, agité de frissons et de sueurs froides. Son
visage avait perdu toute expressions et était d’une pâleur extrême. Elle
gémissait et cette plainte incessante et monocorde emplissait le cœur d’Aragorn
d’une douleur intolérable. Legolas était dans le même état, la souffrance se
lisait sur chaque trait de son beau visage et chaque parcelle de son corps
ressentait l’infinie douleur que Stalkia subissait. Ils arrivèrent enfin devant
le château, un immense château qui se confondait avec les arbres alentours,
vieux de plusieurs millénaires. Elrond les attendait, le visage grave et
solennel. Il les avait vu arrivé depuis bien longtemps. Il savait qu’il devait
sauver cette jeune femme, pour Aragorn, pour Legolas mais aussi pour des raisons
bien plus graves. Son cheval était à peine arrêté qu’Aragorn sauta à terre puis
prit avec délicatesse le corps fragile de sa jeune sœur dans ses bras. Elrond
vit le supplice qui rongeait l’Héritier du trône du Gondor et le jeune Prince
elfe. Ses paroles étaient inutiles, par un regard, il se fit comprendre. Ils
pénétrèrent dans le château mais ils furent tous indifférents et insensibles à
la magnificence du lieu. Ce château était le vestige de l’age d’or des elfes. Il
avait été construit lorsque la civilisation elfique avait atteint son apogée
afin de rassembler tous les elfes de la Terre du Milieu. Le site était empreint
d’une mélancolie douce-amère. La nature et la pierre s’entrelaçaient et
donnaient l’étrange impression d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur.
Ils gravirent un imposant escalier de pierre, une douce lumière baignait tout le
château. Gimli leva la tête et vit le splendide plafond de cristal qui les
surplombait à plusieurs mètres. Les rayons du soleil perçaient le mince filet de
brume qui entourait le château et donnaient une teinte automnale. Mais l’air du
château était d’une agréable douceur, chargé de senteurs boisées et discrètes.
Tout le château reflétait le talent et l’art elfique. Le château se passait des
ornements habituels des hommes. La nature était au service des elfes et il
l’embellissait simplement. Chaque pierre avait été gravée, le bois était
sculpté. Les nombreuses statues les observaient de leur air grave et sage.
Chaque partie du château semblait vivante, animée d’une vie propre cependant
aucuns bruits ne se faisaient entendre. Il n’y avait personne dans le château ,
comme ci le temps de celui-ci était révolu. Ils avancèrent dans un grand couloir
dont les murs étaient tapissés d’une vigne aux couleurs flamboyantes et se
trouvèrent devant une vaste chambre. Un lit immense occupait la pièce et deux
fauteuils auprès de celui-ci complétait la chambre. L’extrême sobriété des lieux
était compensée par l’art magnifique dont les elfes avaient fait preuve pour
faire ces deux meubles. Un rideau légèrement transparent donnait sur un balcon
et laissait entrer une légère brise. Aragorn s’approcha du lit et y déposa
délicatement sa sœur. Elle n’avait plus aucune conscience du monde alentour et
semblait ne plus avoir la force de se plaindre.
 
               -« Aragorn, Legolas, Gimli, laissez-nous maintenant » ordonna Elrond.
 
Aragorn et Legolas allaient contester cet ordre mais le regard de Gandalf les en
dissuada. L’épaisse porte en bois sculptée se referma sur eux. Ils n’avaient
plus qu’à attendre et à espérer. Aragorn et Legolas se regardèrent quelques
instants puis partirent chacun de leur coté. Ils ne pouvaient parler, pas
maintenant, pas dans de tels moments.
Stalkia luttait de toutes ces forces contre la force obscure qui tentait de
l’entraîner dans son gouffre. Elle avait tellement froid, tellement mal. Elle
avait peur, peur que les Spectres reviennent. Elle vit une faible lueur mais
elle était tellement loin. Ses membres étaient engourdis et il y avait toujours
cette douleur lancinante à sa taille. Elle entendit une voix, lointaine mais
clair et profonde. Elle se concentra sur le point lumineux et sur la voix. Elle
sentait son corps partir, l’abandonner. Cela serait tellement facile…Non ! Elle
deviendrait comme eux… La lumière devint soudainement de plus en plus intense.
Elle fut bientôt enveloppée d’une lumière éblouissante. Elle sentit une douce
chaleur se répandre dans son corps. Elle entendit des paroles elfiques. Une voix
grave résonnait dans sa tête.
 
               -«  Stalkia…Revenez…Revenez à moi…Suivez la lumière…Laissez-vous guider.
 
      Elle aperçut un visage, c’était son père, pas le Roi du Gondor mais celui
qui l’avait élevé. Elle se sentit envahie d’un bonheur poignant mais la vision
disparut. Une sensation de vide et de perte inexplicable remplaça ce bref
instant. Le visage fut remplacé par celui d’un homme dont les yeux bleus aciers
reflétaient toute la sagesse du monde passé et présent. Elle essaya de le suivre
mais son corps ne répondait pas. La voix l ‘appela plus fermement, lui ordonnant
de la suivre.
 
               -«  Je ne peux pas » cria Stalkia
 
               -«  Si…Vous pouvez… » ordonna Elrond
 
               -«  Non ! C’est trop difficile…Je ne peux pas… »répondit Stalkia d’une voix
implorante. Elle était si fatiguée.
 
      La voix se fit plus dure, presque menaçante. Stalkia, au prix d’un effort
surhumain parvint à s’extirper du monde des Ombres. Elle avança vers Elrond. Ses
douleurs s’évanouirent et son corps devint léger. La voix se fit douce et
l’apaisa.
 
               -«  Maintenant, reposez-vous »
 
Stalkia sombra alors dans un lourd sommeil dépourvu de rêves. Gandalf regarda
intensément le seigneur Elfe. Il avait l’air lui aussi extenué.
 
               -«  Vous avez réussi… » lui dit Gandalf.
 
               -«  La magie elfique n’est pas la seule responsable. Beaucoup de personnes
auraient succombé à la lame d’un Spectre. Elle était dans la dernière phase ;
jamais un Homme ne s’en est sorti… C’est un miracle. »
 
               -«  Elle en gardera les traces à jamais. »
 
               -«  C’est un être exceptionnel… C’est Elle… »
 
               -«  En êtes-vous sur Elrond ? »
 
               -«  Du destin d’une humaine dépendra le salut et le renaissance des Elfes… »
 
               -«  Vous attendez cette prophétie depuis bien longtemps…Il est vrai que la
ressemblance de Stalkia avec l’Elue est troublante mais… »
 
               -«  Le sang royal du Gondor coule dans ses veines… »
 
               -«  Tout comme Aragorn… »
 
               -«  Aragorn est aussi lié à notre destin, bien plus que nous ne le pensons.
Mais Stalkia a été recueillie et élevé par le Roi des Elfes de l’Est…Leur sang
coule aussi dans ses veines. Elle représente l’alliance entre notre race et les
Hommes… »
 
               -«  Elle l’ignore Elrond, et cela vaut mieux. Elle accomplira sa quête mais
sans le savoir. »
 
               -«  Pour l’instant, seule sa guérison compte, Gandalf mais elle sera rapide. »
 
               -« Je vais aller prévenir Aragorn et Legolas… »
 
               -« Ils sont tous les deux liés à elle… En particulier Legolas… »
 
               -«  Ils s’aiment… »
 
Elrond ne répondit pas, il était difficile de voir quels étaient la nature de
ses sentiments sous l’impassibilité de son visage. Gandalf allait franchir la
porte quand Elrond l’arrêta.
 
               -«  Gandalf… » Il sembla réfléchir encore quelques secondes. » Dites à Aragorn
qu’Arwen l’attend… »
 
Gandalf sourit d’un air entendu et franchit la porte. Elrond resta quelques
minutes et regarda Stalkia.
 
               -«  Il vaut mieux que vous ne sachiez pas tout ce qui se passe autour de vous…
»
 
Il sortit ensuite de la chambre, laissant Stalkia qui dormait paisiblement.
 
Chapitre 11 :
 
 
        Aragorn était assis sur les premières marches de l’escalier de pierre, le
regard vide et hagard. Il jouait machinalement avec sa magnifique épée mais
toutes ses pensées convergeaient en un seul point. Il savait qu’Elrond et
Gandalf feraient tout pour la sauver, mais cela serait-il suffisant ? Cette
attente était insupportable. Une main se posa sur son épaule, surprit, il lâcha
son épée qui tomba quelques marches plus bas avec un bruit sonore et métallique.
Le château résonna quelques instants de ce bruit importun mais le silence reprit
vite ses droits.
 
               -«  Elle va bien… »
 
        Aragorn laissa échapper un soupir de soulagement, il sentit l’étau qui
enfermait son cœur se desserrer.
 
               -«  En êtes-vous sur Gandalf ? » demanda t-il néanmoins avec une pointe
d’inquiétude.
 
               -«  Cela a été difficile… Pénible…Mais Elrond l’a guérie… Enfin… »
 
               -«  Quoi Gandalf ?! Qu’ y a t-il ?
 
               -«  Vous n’êtes pas sans savoir que les blessures des Spectres ne se referment
jamais totalement. Elle sera marquée à jamais. »
 
               -«  Je sais… Je peux aller la voir ? »
 
               -«  Elle se repose mais elle ne va pas tarder à reprendre connaissance. »
 
Aragorn se releva, ramassa son épée et la remis dans son fourreau. Il regarda
quelques secondes Gandalf.
 
               -«  Gandalf… Merci de l’avoir sauvée… de nous avoir sauvé…Sans vous, nous
serions tous morts… »
 
Aragorn saisit la main de Gandalf avec chaleur. Sa sœur était guérie, son vieil
ami était vivant. Il se posait tant de questions.
 
               -«  Vous saurez tout Aragorn, bientôt… »
 
Aragorn se dirigeait vers la chambre de Stalkia quand Gandalf l’arrêta.
 
               -«  Aragorn… Arwen vous attendra ce soir, dans la cour Sud »
 
Aragorn parut un instant troublé et surpris. Elle était donc là…
 
               -«  Allez voir votre sœur, elle a besoin de vous… »
 
Ils se regardèrent quelques instants puis Aragorn disparut dans un couloir.
Gandalf soupira puis descendit l’escalier. Il franchissait la dernière marche
quand il fut assailli par Legolas.
 
               -«  Comment va t-elle ? »
 
Son regard azur exprimait l’inquiétude et la souffrance mais aussi l’espoir et
l’impatience.
 
               -«  Elle va bien… »
 
Le jeune elfe se sentit revivre, un léger sourire se dessina sur son visage et ,
après avoir plus que remercié le vieux magicien, il s’élança dans l’escalier,
manquant tout juste de bousculer celui-ci.
 
               -«  Legolas ! »
 
Legolas qui avait déjà atteint la dernière marche de l’escalier s’arrêta. Il se
retourna et fixa Gandalf d’un air interrogateur.
 
               -«  Qu’y a t-il ? »
 
               -«  Je désirerais vous parler, quelques minutes… »
 
Le jeune elfe descendit avec légèreté les marches et se posta devant Gandalf.
 
               -«  Je sais ce que vous allez me dire Gandalf.. Mais je n’ai pas voulu ce qui
est arrivé… Je l’aime… »
 
               -«  Je ne pourrais vous empêcher d’éprouver de tels sentiments mais faites
attention… »
 
               -«  Je sais Gandalf… Je sais.. »
 
Son regard refléta quelques secondes une profonde détresse. Il se retourna puis
se dirigea avec un peu plus de calme vers la chambre de Stalkia.
 
 
Aragorn regardait avec tendresse sa jeune sœur ; son visage candide avait
retrouvé quelques couleurs et elle dormait paisiblement. Il lui prit la main et,
repoussant délicatement une mèche de cheveux qui lui barrait son front, lui
murmura :
 
               -«  Pourquoi faut-il que vous soyez mêlée à tout cela… ? »
 
Stalkia s’agita et gémit doucement dans son sommeil. Elle paraissait si fragile.
Aragorn entendit des pas légers derrière lui. Il se retourna et vit Legolas,
dans l’entrebâillement de la porte, son regard se fit perçant. Il se leva et
alla à la rencontre de l’elfe. Ils se toisèrent quelques secondes puis Legolas
rompit le silence :
 
               -«  Nous devrions parler Aragorn… »
 
               -«  Et qu’allez-vous donc me dire ? » Aragorn parlait calmement mais la lueur
sauvage au fond de ses yeux trahissait les sentiments qui bouillonnaient dans
son esprit.
-«  Vous allez me dire que vous l’aimez… » continua t-il. «  Mais avez-vous
pensé aux problèmes de cette relation… Au futur… Aux sacrifices… ! ».
 
La voix d’Aragorn s’était élevée au fur et à mesure qu’il parlait. Il ne pouvait
s’empêcher de faire le rapprochement avec sa relation avec Arwen. Il ne voulait
pas que sa sœur ressente les même sentiments que lui.
 
               -« Aragorn ! Ce sacrifice me concerne uniquement ! ». les yeux bleus de
Legolas étincelaient et il faisait face à Aragorn de toute se hauteur.
 
               -«  Vous ne comprenez donc pas que Stalkia préférerait mourir plutôt que de
vous voir renoncer à votre immortalité ! »
 
               -«  Cela n’arrivera pas ! »
 
Le ton montait entre les deux jeunes hommes. Leur esprit n’était plus rationnel,
leurs yeux flamboyaient et leur discussion commençait à prendre la tournure d’un
sérieux règlement de compte.
 
               -«  ARRETEZ maintenant ! »
 
Legolas et Aragorn se turent subitement. Stalkia était devant eux, encore
affaiblie, s’appuyant légèrement contre le mur mais bien déterminé à les
arrêter.
 
               -«  Stalkia… » la voix de Legolas se fit douce et aimante.
 
               -«  Vous ne devriez pas être debout… » continua Aragorn en
essayant de la reconduire vers son lit.
 
               -«  Et vous, devriez-vous être sur le point de vous battre ? Aragorn, je sais
que nous aurions du vous dire la vérité… Nous voulions vous éviter cette
réaction. Je n’ai pas décidé cela, Legolas non plus… Je l’aime… »
 
Elle regarda avec amour Legolas et se rapprocha de lui. Aragorn regarda le jeune
couple. Il ne pouvait rien faire. C’était à eux de décider de leurs vies. Mais
il ne pourrait jamais les séparer. Il sentit sa colère fondre sous le regard de
Stalkia.
 
               -«  Legolas… Je me suis emporté… Je n’avais pas à… »
 
               -«  Non Aragorn, j’ai également eu tort…  Je comprends ce que vous ressentez…
»
 
Leur réconciliation naissante fut stoppée par l’arrivée impromptu d’Elrond. Sans
avoir assisté à la scène, son esprit sage et perspicace avait tout de suite
deviné le problème. Stalkia le regarda intensément, elle était fascinée par
Elrond. Son visage sans age, ses yeux aciers ou se reflétait tout le savoir de
ce monde, sa démarche majestueuse, son port royal. Il lui rappelait son père.
Elrond sourit à Stalkia, chose exceptionnelle pour un être aussi taciturne, et
celle-ci ne put s’empêcher de reporter l’amour qu’elle portait à son défunt père
pour le seigneur elfe. Sa voix grave et posée emplit la chambre :
 
               -«  Je désirais vous voir… Tous les elfes de la Terre du Milieu ont répondu à
mon appel… Leurs représentants seront là demain pour un Conseil… »
 
Il se tourna vers Legolas.
 
               -«  Legolas, fils de Thranduil, vous représenterez naturellement les elfes de
la foret Noire. Votre père m’a fait  savoir que désormais, vous aviez tous
droits sur votre Communauté en cette période de troubles… »
 
Legolas acquiesça d’un imperceptible hochement de tête. Elrond se tourna vers
Aragorn.
 
               -«  Votre présence est bien sur indispensable. Le fils d’Arathorn se doit
d’être là… »
 
Aragorn acquiesça lui aussi. Elrond s’approcha lentement de Stalkia.
 
               -«  En tant que fille d’Arathorn et sœur d’Aragorn, vous représenterez aussi
les Hommes… » Elrond marqua une légère pause. «  Mais je désire et je vous
demande de représenter les Elfes de l’Est… »
 
Les yeux de Stalkia s’agrandirent de surprise. Legolas et Aragorn parurent eux
aussi stupéfaits.
 
               -«  C’est impossible » répondit-elle. «  Bien sur je les considère comme mon
peuple, au même titre que le Gondor. Je me sens aussi elfe… Mais je n’ai pas le
statut… »
 
               -«  Le roi Eldrian vous a élevé, vous a transmis sa sagesse, lui qui n’avait
pas de fils… Vous faites partie de la lignée royale des Elfes de Forgorn… Et
vous en êtes la dernière représentante. Pour leur mémoire, vous devez les
représenter. »
 
Ses dernières paroles résonnèrent comme un ordre dans la tête de Stalkia. Elle
s’était jurée de les venger. Elle devait le faire pour ne pas les oublier,
jamais oublier ce qui s’était passé.
 
               -«  Je vais le faire…Pour ma famille… »
 
               -«  Bien , le Conseil aura lieu demain, dans la sale centrale, avant le
coucher du Soleil… »
 
Il jeta un rapide coup d’œil dehors le Soleil commençait à décliner.
 
               -«  Aragorn, Legolas, vous vouliez parler à Gandalf et il vous attend… »
 
Les deux hommes, sentant qu’Elrond désirait être seul avec Stalkia, se
retirèrent, non sans avoir jeté un dernier regard à la jeune femme.
Elrond regarda  Stalkia, celle-ci soutint son regard perçant même si elle avait
l’impression qu’il pouvait lire dans ses pensées, ce qui ne lui plaisait guère.
Elle lui dit finalement :
 
               -«  Je ne saurez assez vous remercier pour ce que vous avez fait… »
 
Elrond ne répondit pas immédiatement.
 
               -«  Vous êtes inquiète… »
 
               -«  Oui… »
 
Tant de choses étaient arrivées en si peu de temps : la mort de sa famille, les
retrouvailles avec son frère , sa découverte de l ‘amour avec Legolas, le
Conseil de demain. Et ce sentiment qui était en elle depuis l’attaque des
Nazguls. Cette impression dont elle n’arrivait pas à se défaire…
 
               -«  Mais il y a tant de choses… » continua t-elle.
 
               -«  Je comprends. »
 
Elrond comprit que la discussion n’irait pas plus loin, Stalkia ne se confierai
pas tout de suite à lui. Il ne pouvait s’empêcher de penser à ce que Stalkia
représentait pour lui, pour toute la communauté elfique. Les enfants d’Arathorn
ont hélas la lourde tache de réparer la faute d’Isildur ; ils sont voués à cette
quête malgré eux se dit-il.
 
               -«  Vous désirez peut-être vous restaurer ou vous changer » demanda t-il.
 
Stalkia acquiesça, il s’était passé tant d’évènements qu’elle avait du mal à
croire que cela faisait à peine une journée qu’elle été dans ce château.
Maintenant qu’Elrond le lui rappelait, elle sentait son estomac la tirailler et
désirait se laver.
 
               -«  Restez ici, quelqu'un viendra… Reposez-vous ensuite… »
 
Sur ces mots, Elrond sortit. Stalkia alla s’asseoir sur le lit, lissant
machinalement la magnifique draperie brodée qui le recouvrait. Quelques secondes
à peine s’étaient écoulées depuis le départ d’Elrond que deux jeunes femmes
elfes entrèrent dans la chambre. L’une tenait un plateau d’argent finement
ciselé qui regorgeait de victuailles appétissantes et l’autres tenait
apparemment des vêtements. Stalkia leurs adressa un sourire, cela faisait
tellement longtemps qu’elle ne s’était pas retrouvée avec des femmes et cette
compagnie lui manquait. Elle leur parla, en elfique, et bientôt, une
conversation animée débuta entre les trois femmes si différentes.
 
Chapitre 12 :
 
 
        Le château était plongé dans l’obscurité ; quelques torches éclairaient
l’escalier et les couloirs mais la pénombre enveloppait les moindres recoins
d’une aura de mystère. Cependant, il régnait une atmosphère rassurante de
sécurité. Le château était à l’abris des forces maléfiques, protégé par
l’association puissante des magies elfiques. Deux ombres se déplacèrent dans le
château ; l’une grande et élancée, se mouvant avec l’assurance d’un félin, se
dirigea vers l’escalier et gravit d’un pas léger les innombrables marches.
L’autre se dirigea lentement vers la partie sud du château.
        Legolas passa devant la chambre de Stalkia, il s’arrêta devant la porte,
semblant hésiter. Il continua son chemin mais après avoir fait quelques pas, il
s’arrêta de nouveau, réfléchi quelques secondes et rebroussa chemin. Il poussa
doucement et discrètement la lourde porte, il ne voulait pas la réveiller. Il la
réveillerait doucement… Il s’approcha à pas feutrés du lit, un léger sourire aux
lèvres. La chambre était entièrement plongée dans l’obscurité et même avec sa
vue d’elfe, il avait du mal à discerner les meubles de la pièce. Il s’agenouilla
près du lit, repoussa les couvertures mais là, surprise… Il n’y avait personne.
Ou était-elle ? Profondément désappointé et dépité, il se releva, regardant
autour de lui. La chambre était calme, son regard s’attarda sur le rideau
légèrement transparent. Une légère brise le faisait danser et virevolter. Il se
souleva et Legolas vit une silhouette sur le balcon. Il s’approcha, écarta le
voile et ne put réprimer un gémissement d’admiration et de plaisir. Elle était
là, accoudée sur la rambarde du balcon. La Lune la baignait de sa douce lumière
argentée, donnant un aspect nacré à sa peau. Elle était vêtue d’une robe de
soie, vaporeuse et irréelle, dévoilant ses épaules et son décolleté. La robe
allait parfaitement bien à son corps mince et élancé ; elle retombait
gracieusement jusqu’à terre, cachant ce que Legolas voulait découvrir. Elle
était fermée par un lacet qui se croisait dans son dos, jusqu’au creux de ses
reins. Ses cheveux étaient élégamment relevé, retenus par une lanière argentée,
dévoilant sa nuque blanche. Legolas ne put se retenir davantage, il s’approcha
silencieusement de Stalkia, pensant déjà au goût sucré de sa peau et à son
toucher velouté. Son cœur battant à tout rompre, ses muscles tendus, il n’était
qu’à quelques centimètres d’elle. Elle ne l’avait pas entendu, profondément
plongée dans ses pensées. Il ne pouvait plus se retenir, il l’enlaça avec
délicatesse, comme on touche une fleur fragile. Stalkia eut un léger sursaut ;
elle sentit les lèvres de Legolas dans son cou. Il l’embrassait délicatement,
couvrant chaque parcelle de sa peau de doux baisers. Il embrassa ses épaules
puis remonta vers sa nuque, mordillant tendrement la chair si délicate. Un
frisson parcourut le corps de Stalkia, elle laissa échapper un léger gémissement
de plaisir. Elle se tourna lentement, les yeux brillants d’émotions, le souffle
court. Legolas, la gorge nouée par l’émotion, sentit son cœur se serrer. Elle
était si belle, il la désirait tellement… Ils s’embrassèrent, leurs lèvres
fusionnant, leurs langues s’entrelaçant. Legolas promenait ses longues mains sur
le corps de Stalkia, l’effleurant à peine mais sentant les courbes parfaites de
son corps vibrant. Stalkia sentait son torse musclé contre son corps, elle lui
massait délicatement la nuque et sentait ses muscles se détendre. Ils
s’écartèrent quelques secondes, leurs yeux exprimant le même amour, leur esprit
désirant la même chose. Stalkia commença à déboutonner la fine chemise aux
reflets argentée de Legolas. Ses doigts tremblaient légèrement. Legolas lui
saisit les mains, embrassa le bout de ses doigts, l’intérieur de ses paumes.
Elle continua de défaire sa chemise. Un à un, les boutons de nacres sautèrent.
Arrivé au dernier, la chemise s’ouvrit, découvrant le torse élancé et musclé de
l’elfe. La chemise glissa sur ses épaules ; son corps était parfaitement
dessiné, ses muscles fins n’en étaient pas moins puissants. Elle passa ses mains
sur ses pectoraux puis effleura ses abdominaux, le sentant frémir sous ses
caresses. Elle sentit ses doigts agiles s’affairer dans son dos, dénouant la
fine lanière. Tout en l’embrassant, il défit lentement le lacet, l’ôtant trous
par trous. La robe glissa à terre dans un bruissement. Elle était entièrement
nue, entièrement à lui. Il l’embrassa avec plus d’ardeur, la sentant de plus en
plus réceptive à ses baisers. Il l’a regarda à nouveau. Ses yeux étaient devenus
d’un bleu foncé, presque noir et brûlaient de désir. Il enleva la lanière de sa
chevelure, libérant la vague de ses cheveux blonds qui tombèrent en cascade sur
ses épaules. Il l’embrassa encore. Les derniers vêtements de Legolas tombèrent
sur le sol. Plus rien ne le séparait du corps de Stalkia, il sentait sa douce
chaleur, son odeur. Stalkia, lui prenant la main, l’entraîna dans la chambre.
Elle s’allongea sur le vaste lit, tremblante d’émotion et Legolas vint la
rejoindre. Leurs souffles s’accéléraient et Stalkia, envahie par des ondes de
sensations voluptueuses, s’abandonna totalement dans ses bras. Legolas caressa
longuement son corps, souhaitant en découvrir les moindres parties puis, avec
une douceur et une tendresse exquise, lui fit l’amour pendant le restant de la
nuit.
        Le Soleil se levait ; la chambre devenait de plus en plus claire. Legolas,
heureux et complètement détendu était allongé sur le dos. Il tourna la tête et
contempla le corps endormi blotti contre lui. Elle soupira dans son sommeil et
se tourna légèrement. Le drap fin et léger glissa le long de son corps. Elle
frissonna et se lova un peu plus contre lui. Legolas ramena le drap sur ses
épaules. Il écarta ensuite les quelques mèches qui masquaient son visage,
découvrant ses lèvres rouges qu’il se retint de ne pas embrasser. Elle dormait
si bien… Elle souriait et Legolas aurait bien aimé savoir quel était son rêve. 
Elle s’agita, elle n’allait pas tarder à se réveiller. Stalkia ouvrit légèrement
les yeux, se demandant ou elle était. Cela faisait longtemps qu’elle avait perdu
l’habitude de se réveiller dans un lit moelleux avec des draps fins et propres…
Elle leva la tête et croisa le regard de Legolas. Elle se souleva légèrement sur
un coude et Legolas l’attirant, ils s’embrassèrent. Elle repensa à la nuit
passée et ce souvenir la fit frissonner de plaisir. Elle se souvint de ses
baisers passionnés, de leurs corps en sueur et de la sensation si agréable du
poids de son corps sur le sien. Son regard trahit ses pensées et Legolas la
regarda en esquissant un petit sourire. Il lui parla en elfique, lui disant
encore combien il l’aimait. Ils discutèrent quelques minutes puis Stalkia se
redressa, s’étira et s’assit en tailleur. Elle n’avait pas la moindre envie
qu’il parte mais elle lui dit :
 
               -«  Il faudrait peut-être que vous… »
 
        Legolas lui caressait le dos, il ne semblait pas avoir la moindre envie de se
lever. Il se redressa lui aussi, se colla derrière elle et lui murmura :
 
               -«  En êtes-vous sur… »
 
Il lui mordilla le lobe de l’oreille, puis sa nuque. Stalkia sentit sa volonté
fondre sous ses baisers si tendre. Legolas allait s’emparer de sa bouche quand
elle lui dit :
 
               -«  Je crois que cela vaudrait mieux… »
 
Legolas parut un instant déçu mais à l’idée que quelqu’un pouvait aisément les
surprendre, son ardeur se calma.
 
               -«  Vous avez raison… »
 
Il se leva, se mit à la recherche de ses vêtements puis s’habilla. Il revint
ensuite vers le lit, embrassa Stalkia brièvement puis sortit. Stalkia se laissa
tomber sur le dos, ramenant le drap sur elle. Maintenant que Legolas était
parti, elle ressentait à nouveau cette angoisse qui la tenaillait. Elle
appréhendait le Conseil de ce soir. Elle se leva à son tour et mit une des robes
qu’Elrond lui avait offerte. L’autre était destinée pour le Conseil, elle la
mettrai plus tard. Elle se rassit sur le lit, ramena ses genoux contre sa
poitrine et se perdit dans ses pensées.
 
Chapitre 13 :
 
 
        La journée avait  passée comme un éclair. Le temps passait et Stalkia,
impuissante, ne pouvait le retenir. Les heures s’étaient égrenées comme des
secondes et le Conseil était proche. La blessure de Stalkia était guérie mais
elle ressentait parfois encore une sourde douleur qui se répandait dans tout son
corps. Aragorn et Legolas avaient remarqué son trouble : elle essayait de
paraître calme et légèrement insouciante pour ne pas les inquiéter plus qu’ils
ne l’étaient déjà mais la lueur au fond de ses yeux trahissait la peur primitive
qui la tenait. Legolas et Aragorn avaient retrouvé leur relation passée quoi que
celle-ci était encore teintée d’une légère retenue… Ils étaient aussi tous les
deux tendus par le Conseil. Celui-ci leur rappelait celui qui s’était réuni à
Fondcombe. Ce jour leur paraissait tellement lointain et effacé. La Communauté
était désormais dissoute : Frodon et Sam était en Mordor et Merry et Pippin
étaient heureusement sains et saufs. Elrond les avait informé sur leur rencontre
extraordinaire avec Sylverbarbe. De ce nouveau Conseil dépendait tant de choses…
Un peu avant le couché du Soleil, Stalkia se retira dans sa chambre. Legolas
allait la suivre mais Aragorn le retint :
 
               -«  Laissez la… Elle a besoin d’être seule… »
 
               -« Je sais… Mais je n’aime pas la savoir isolée, pensant à toutes ses choses…
»
 
        Les deux hommes s’assirent. Ils se turent quelques instants, réfléchissant par
quel moyen ils pourraient l’aider. Aragorn rompit le silence :
 
               -«  Nous ne pouvons rien faire pour l’instant… Ne serait-ce l’aimer et la
protéger… »
 
        Il regarda l’elfe, celui-ci ne répondit pas mais son regard exprimait
clairement qu’il était du même avis. Aragorn continua :
 
               -«  Le Conseil approche… Allez vous préparer… »
 
        Legolas acquiesça et partit vers sa  chambre. Aragorn l’imita, le Soleil
déclinait, le Conseil commencerait bientôt.
 
        Le Soleil se couchait ; ses rayons orangés donnaient un reflet mordoré à la
pierre et à la végétation. Six chevaux arrivèrent au château, leurs pelages
luisant d’écume. Six elfes encapuchonnés aux silhouettes longilignes
descendirent avec légèreté de leurs montures. Un elfe s’avança en tête et les
cinq autre le suivirent d’une attitude empreinte de respect.
        Aragorn Legolas et Gimli étaient dans la salle centrale, attendant la venue des
représentant. Ils avaient tous revêtu des habits propres et correspondant à leur
statut d’homme, d’elfe ou de nain. Gimli arpentait la salle circulaire. Il ne
paraissait pas très ravi de se retrouver prochainement entouré par des elfes
inconnus. Cela faisait plusieurs minutes qu’il explorait la vaste salle.
Celle-ci était dallée par de minuscules éclats de mosaïque dans des tons ocres
et or. Elle baignait dans une douce lueur ambrée : de nombreuses ouvertures
ornées d’arabesques et de gravures laissaient entrer la lumière et donnaient sur
les jardins automnales. Elle ressemblait étrangement à celle de Fondcombe : le
même aspect intemporel, comme si les âges n’avaient aucune prise sur elle, la
même impression de gravité. Douze sièges étaient disposés en cercle et deux
d’entre eux étaient légèrement à l’écart et se démarquaient des autres par leurs
gravures encore plus belle et plus fines. Les six elfes pénétrèrent
silencieusement dans la salle. Gimli arrêta son inspection et se posta à côté de
Legolas. Son regard signifiait clairement que la moindre remarque déplacée de la
part des elfes ne serrait pas tolérée… L’elfe de tête s’arrêta devant les trois
hommes et les regarda quelques secondes. Ils ne pouvaient voir de qui il
s’agissait et Gimli allait bientôt faire une remarque pour que l’inconnu dévoile
son identité. L’elfe abaissa alors son capuchon et les trois hommes eurent
devant eux la lumineuse Galadriel. Son visage était toujours aussi beau et ses
yeux bleus et profonds les sondèrent. Les trois hommes étaient stupéfaits, la
Dame de Lumière devait rejoindre les Havres-Gris. Ils pensaient tous ne plus la
revoir car elle quittait la Terre du Milieu à tout jamais. La souhait le plus
cher de Gimli s’était réalisé : revoir une dernière fois la plus belle femme
qu’il ait jamais vu et qu’il aimait. Elle regarda Aragorn et lui dit de sa vois
profonde :
 
-«  Nos chemins se croisent à nouveau… Et personne n’aurait pu le prévoir… »
 
-«  Votre présence exceptionnelle nous rend profondément heureux… Soyez la
bienvenue… ». Il la salua avec respect puis regarda derrière elle les silhouette
encapuchonnée. » laissez moi saluer les représentant de la Communauté elfique de
la Terre du Milieu… »
 
Les cinq elfes découvrirent leurs visages. Aragorn et Gimli reconnurent
certaines personnes présentes au Conseil de Fondcombe et Legolas d’anciennes
connaissances. Les salutations teintées de formalisme pour Aragorn et Gimli
furent plus chaleureuses envers l’archer. Ils discutèrent quelques instants,
prenant des nouvelles de leurs communautés respectives. Aragorn parlait avec la
Reine des elfes et Gimli la contemplait intensément, insensible au regards plus
ou moins évocateurs des elfes. Legolas avait remarqué les coups d’œil hautains
de certains elfes. Ils n’iraient pas plus loin ; Gimli était désormais un ami
qui lui était cher, ses préjugés envers les nains avaient disparus. Les
discussions s’arrêtèrent, Elrond venait d’apparaître. Il salua Galadriel puis de
sa voix grave et profonde, s’adressa à l’assemblée :
 
-«  Elfes de la Terre du Milieu, bienvenue… Je sais à quel prix vous êtes ici et
ce Conseil est de la plus haute importance. » Il s’arrêta de parler, scrutant
les personnes présentes. Il leurs fit alors signe de s’asseoir :  «
Asseyez-vous… »
 
Elrond et Galadriel s’assirent sur les deus sièges faisant face à l’assemblée.
Aragorn, Legolas, Gimli et les cinq autres elfes s’installèrent également.
Gandal et Stalkia n’étaient pas là et les deux sièges vides suscitaient les
interrogations. Un elfe aux cheveux bruns pris la parole :
 
-«  Seigneur Elrond, deux sièges demeurent inoccupés… Quand… »
 
sa question fût stoppée par l’arrivée de Gandalf et Stalkia. Stalkia s’apprêtait
à descendre quand Gandalf était venu lui parler. Elle paraissait légèrement
confuse de susciter tant de question par son retard. Elle ne désirait pas se
faire remarquer plus qu’elle ne l’était déjà… Gandalf était entièrement vêtu de
blanc, il se dégageait toujours de sa personne cette aura mystérieuse de force,
renforcée par la lumière qui émanait de lui. Cependant, cette aura était
légèrement éclipsé par la jeune femme à son bras. Les cinq elfes connaissaient
Gandalf mais leurs yeux s’écarquillèrent à la vue de Stalkia. Qui était cette
étrangère ? Un murmure mêlé d’admiration et d’interrogation parcourut
l’assemblée. Stalkia les regarda timidement et sa main agrippa plus fermement le
bras du magicien. Elle croisa les regards d’Aragorn et de Legolas et, sous la
tendresse de leurs regards, se sentit plus confiante. Elle leva plus fièrement
la tête et se redressa. Legolas sentit son cœur s’emballer, sa respiration
s’accélérer. Elle n’avait rein à envier aux Princesses elfes, elle marchait avec
grâce et son maintien était celui d’une reine. Elle était vêtu d’une robe de
velours bleu nuit qui rehaussait et qui contrastait avec son teint de
porcelaine. Mais tout lui allait parfaitement et legolas ne put s’empêcher de
penser à la beauté de son corps, quand aucuns artifices ne le dissimulait. Sa
peau était la plus belle des soieries. Autour de son coup brillait le pendentif
brisé, elle ne s’en séparait jamais et un diadème d’argent, symbole de la
royauté elfique, lui ceignait le front. Les cinq elfes se posaient des questions
et même Galadriel semblait perplexe. Ils ne savaient que penser. Elle n’était
pas une elfe, comment pouvait-elle arborer la couronne elfique ? Elrond coupa
court à leurs interrogations :
 
-«  Je vous présente Stalkia… Fille d’Arathorn, élevée par le défunt roi Eldrian
et Reine de Forgorn et des elfes de l’Est. »
 
le murmure d’admiration fit place à un bourdonnement  puis à un grondement de
surprise et de colère. Un elfe aux cheveux d’un noir de jais et aux yeux d’un
vert chatoyant se leva vivement :
-«  Elrond ! Comment peut-elle prétendre à un tel titre ? Je ne sais par quels
artifices elle a pu vous tromper mais cela est impossible ! Elle appartient à la
race des hommes » rajouta t-il avec dédain.e
 
Legolas et Aragorn se levèrent d’un même bond mais ce fut Legolas qui devança
Aragorn :
 
-«  Vestrial ! Oseriez vous mettre en doute la sagesse et la sagacité du
Seigneur Elrond ainsi que la parole de la sœur de l’héritier du trône du Gondor
? ses yeux azur brillaient d’une rage froide et contenue. Il connaissait et
n’avait jamais très apprécié cet elfe, souverain de son peuple depuis peu de
temps.
 
Le roi Vestrial s’apprêtait à répondre des paroles cinglantes. Les elfes
étrangers s’étaient aussi levés mais ne savait quel camp choisir. La main
d’Aragorn effleura le manche de son épée mais il se repentit aussitôt de ce
geste. Le recours à la violence ne ferrait qu’envenimer la situation et ne
résoudrait pas cette dispute orageuse. Elrond jeta un regard à Stalkia. Celle-ci
tremblait, agitée par des mouvements convulsifs, les yeux mi-clos, elle semblait
être dans un autre monde. Galadriel s’approcha vivement d’elle, elle connaissait
le mal qui la rongeait. Elle lui prit la tête dans ses douces et fines mains et
lui parla en elfique. La réaction de Stalkia fut immédiate, elle sursauta et
inspira profondément, comme si elle avait manqué de se noyer. Haletante, elle
regarda autour d’elle, vit Galadriel puis toutes les personnes debout, prête à
se battre. Elle sentait le mal parcourir la salle, elle le sentait s’insinuer
dans ses veines. Elle jeta un regard suppliant à Elrond et à Gandalf. Celui qui
avait déjà essayer de rétablir l’ordre, brandit son bâton et d’une voix
caverneuse et menaçante, avec l’aide des éléments ordonna le silence. Ils se
turent tous, effrayés par l’obscurité qui avait enveloppé la pièce et par le
vent déchaîné qui soufflait. Chaque traits du visage de Gandalf était animé par
une fureur glacée. Il baissa son bâton et, aussi subitement qu’ils s’étaient
déchaînés, les éléments se calmèrent. Elrond se leva et regarda sévèrement
l’assemblée. Galadriel fit de même et, sous les regards combinés des trois
puissantes personnes, tous se sentir frémir.
 
-«  Vestrial ! Asseyez-vous ! » ordonna Elrond.
 
Le jeune roi n’osa contester et se rassit, imité par les autres elfes. Legolas
et Aragorn n’attendirent pas l’ordre d’Elrond, ils se rassirent et essayèrent de
retrouver leur calme. Gimli s’était lui aussi levé et avait pris la défense de
Stalkia, connaissant cette attitude des elfes envers les autres races. Il se
rassit néanmoins après avoir regardé Gandalf.
 
-«  Je pensais que l’importance de ce Conseil aurait pu vous éviter de tenir de
tels propos » continua Elrond. « Dans le climat actuel, la cohésion entre les
peuples de la Terre du Milieu est indispensable ! »
 
Un elfe qui était présent au Conseil de Fondcombe prit la parole :
 
-«  Votre précédent Conseil a formée la Communauté de l’Anneau. Vous désiriez
unir elfes, hommes, nains et… hobbits, les semi-hommes. Mais quant est il
maintenant ? la Communauté a été corrompue et dissoute… Deux hobbits sont en
Mordor mais accompliront-ils leur quête ? L’alliance a échoué Elrond… »
 
-« Vous avez tort » répliqua Gimli. «  L’alliance entre hommes, elfes et nains
subsiste » continua t-il en regardant Aragorn et Legolas.
 
-«  Gimli, fils de Gloin a raison. L’alliance entre les nains et les elfes
renaît et celle entre hommes et elfes ne sera bientôt que plus forte. » Il
regarda Aragorn puis Stalkia et Legolas. «  L’union de nos peuples est
essentielle. Sauron va revenir et le traître Saroumane prépare une armée, une
armée de millions de soldats sanguinaires et sans pitié prête à attaquer le
Gondor et toute la Terre du Milieu. Toutes les terres seront dévastées, personne
ne sera à l’abris nulle part… Tout deviendra stérile, tout ne sera que chaos,
tout ne sera que Ténèbres… Unissez-vous ou périssez… »
 
Un profond silence suivit ces paroles. Les elfes étaient en proie à un sérieux
dilemme. Ils pensaient tous rejoindre les Havres-Gris mais seraient- ils à
l’abris là bas ? Devaient-ils au contraire combattre comme ils l’avaient fait
des millénaires auparavant eu côté d’Isildur ?
Un elfe aux cheveux blond et aux yeux bleus, lointainement apparenté à Legolas
décida de parler :
 
-«  dès que Sauron aura sous sa sombre emprise toute la Terre du Milieu, il
souhaitera étendre son pouvoir… Sa soif de domination ne sera jamais rassasiée…
Même les Havres-Gris ne seront plus à l’abris… » Il se leva et s’approcha
d’Elrond et de Galadriel. « je protègerai cette terre comme je l’ai déjà fait à
vos côtés seigneur Elrond. »
 
Un deuxième elfe se leva :
 
-«  Mon armée est à votre service… »
 
Deux elfes se concertèrent puis dirent :
 
-«  Nous combinerons nos forces et nous vaincrons Sauron, une fois pour toute. »
 
Seul le roi Vestrial avait gardé le silence. Son frot était baré d’un pli
d’inquiétude et es sourcils étaient froncés.
Elrond reprit la parole :
 
-«  Ensemble, nous vaincrons le Seigneur des Ténèbres  mais le temps presse,
vous devez vous hâter, retourner à votre royaume et préparer votre armée. »
 
Les quatre rois elfes acquiescèrent, ils saluèrent Elrond et Galadriel ainsi que
le reste des personnes. Avant de partir, ils se retournèrent une dernière fois
et adressèrent le salut destiné aux rois elfiques à Stalkia. Celle-ci, la gorge
nouée et les yeux brillant leur rendit leur salut en leurs adressant un de ses
magnifiques sourires. Galadriel et Elrond se regardèrent puis  la reine des
elfes s’approcha de Stalkia :
 
-«  je désirerai m’entretenir avec vous, reine de Forgorn »
 
Stalkia, comme ensorcelée par les yeux de la Dame de Lumière acquiesça et la
suivit. L’air grave de Galadriel annonçait clairement l’importance de cette
entrevue. Les deux femmes sortirent de la salle, laissant les hommes entre eux.
Il ne restait plus comme représentant que le roi Vestrial. Elrond semblait
vouloir leur demander ou leur dire une chose très importante. L’obscurité était
de plus en plus marquée, le Soleil avait presque complètement disparut et la
salle du conseil s’assombrissait. Après avoir jeté un regard à Elrond, Gandalf
murmura quelques mots. Aussitôt, des milliers de lumières s’échappèrent de son
bâton et restèrent en suspension dans les airs, éclairant les six hommes. La
lumière bleutée accentuait la gravité des visages et tous attendaient, tendus,
la révélation d’Elrond.
 
 

 

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