Sculpture inside La Sagrada

�t� 2002 d�p�ches forums archives quotidien Aux origines de Gaudi A Barcelone, une des expositions qui c�l�brent les 150 ans de la naissance de l'architecte catalan �voque ses influences. Par Edouard WAINTROP mardi 06 ao�t 2002 Le seul voyage qu'Antoni Gaudi effectue � l'�tranger pour voir le travail d'un contemporain a pour destination la citadelle de Carcassonne et le couvent des Jacobins � Toulouse, deux r�alisations de Viollet-le-Duc. Univers Gaudi Jusqu'au 8 septembre, au Centre de culture contemporaine de Barcelone, 5, rue Montal�gre, t�l : 00 34 933 064 100. Catalogue : 25 a. n 1922, le jeune Andr� Breton, forte t�te d'un surr�alisme naissant, voit la Sagrada Familia, la grande �glise qu'Antoni Gaudi est en train de b�tir, et il en est tout interloqu�. Donnant une conf�rence � l'Ateneu Barcelon�s, le po�te, pourtant fichtrement antireligieux, avoue son trouble : �Nous sommes � Barcelone et je suis parfaitement ignorant de la culture espagnole, du d�sir espagnol, mais il y a cette �glise en construction, la Sagrada Familia, qui ne me d�pla�t pas, m�me si c'est une �glise...� Toujours � propos de ce monument inachev�, Cocteau dira de son c�t� : �Ce n'est pas un gratte-ciel, c'est un gratte-id�es.� Et l'architecte Le Corbusier, que l'exub�rance des cr�ations du Catalan laisse plus perplexe, conc�dera qu'il y a derri�re le d�lire d�coratif une merveille de cons truction, un rayonnement math�matique qui le fascine. Pas isol�. Aujourd'hui, Gaudi fait partie des arguments touristiques de Barcelone. Pour preuve, les foules polyglottes qui font la queue devant la Pedrera sur le Paseig de Gracia ou, plus nombreuses encore, qui poireautent sous la Sagrada Familia, la cath�drale �ternellement en travaux que le po�te Maragall qualifiait de �destruction r�demption de toutes les destructions�. Cent cinquante ans apr�s sa naissance et soixante-seize apr�s sa mort, les Catalans sont toujours redevables � Antoni Gaudi d'avoir projet� Barcelone au coeur du monde artistique. Mais comment resituer cette oeuvre ? Alors que bat son plein une Ann�e Gaudi marqu�e par des comm�morations, des conf�rences, des articles d'int�r�t in�gal, une exposition permet de se faire une id�e plus pr�cise sur le sujet. �Univers Gaudi� a �t� mont�e par l'historien d'art Juan Jos� Lahuerta au coeur de ce qui fut autrefois le Barrio Chino. Elle montre combien cette architecture des exag�rations, que l'on a souvent pr�sent�e comme l'oeuvre d'un g�nie isol�, �tait au contraire bien ancr�e dans son �poque. Gaudi n'�tait pas recroquevill� sur lui-m�me mais ouvert aux influences d'un Ruskin, d'un Dechaume, d'un Rodin ou de l'art religieux du moment. �Gaudi n'�tait pas le g�nie solitaire et incompris que de nombreux biographes, on devrait dire hagiographes, nous ont pr�sent�, �crit Lahuerta dans la Vanguardia. Son oeuvre s'est d�velopp�e � l'int�rieur de strat�gies politiques et id�ologiques tr�s concr�tes. Ce qui ne veut pas dire qu'il ait �t� lui-m�me un id�ologue, ni que son architecture ait �t� d�termin�e par les int�r�ts id�ologiques de ses clients, qu'ils soient hommes d'Eglise ou grands bourgeois.� Pour Lahuerta, si la fa�on dont Gaudi envisageait son art l'a amen� parfois � affronter la soci�t�, sa sup�riorit� vient de sa capacit� � concentrer toute son �poque dans ses constructions. Pauvre mais �duqu�. Antoni Gaudi est n� le 25 juin 1852 � Reus, dans le sud de la Catalogne, au sein d'une famille de chaudronniers. Son origine modeste ne l'emp�che pas d'avoir une �ducation soign�e. En 1869, il quitte sa ville natale, cit� turbulente travaill�e par l'anarchisme naissant et le �catalanisme�, pour Barcelone. Il va y suivre des �tudes � la facult� des sciences. Pauvre, il cherche vite du travail pour payer ses universit�s. Il en trouve chez Jos� Fonts�r� Domenech. Ses bonnes relations avec cet architecte de la ville et ses fils lui permettent d'entrer de plain-pied dans le milieu. En 1878, quand il obtient son dipl�me, il travaille ainsi d�j� beaucoup. A l'�poque, il fr�quente aussi les milieux boh�mes de Barcelone. Autour de lui, on parle de r�volution, d'ath�isme, on lit Marx et Bakounine. Le jeune homme �duqu� dans le catholicisme le plus traditionnel a-t-il partag� ces tendances ou les a-t-il travers�es en dandy ? Les avis sont partag�s. Il est en tout cas fascin� par les pr�mices de l'art nouveau, le retour � l'esth�tique gothique et par le go�t de la nature chez ses contemporains. Il n'est sans doute pas indiff�rent � la franc-ma�onnerie, au spiritisme, � l'astrologie et � la magie, alors en vogue. Ses r�alisations futures, ses dragons, ses croix � quatre bras, ne manqueront pas de porter t�moignage de cet int�r�t pour les enseignements �sot�riques. C'est de cette �poque que datent les premiers dessins sign�s Gaudi qui nous sont pr�sent�s dans l'exposition du CCCB. On y d�couvre un grand technicien de la forme d�j� port� vers un projet excentrique. Ce ne sont pas ses relations de travail avec Joan Martorell, ma�tre et adepte du n�ogothique, qui vont freiner son �lan vers la surcharge d�corative. L� aussi, l'exposition permet de se faire une id�e pr�cise de l'atmosph�re artistique qui entoure le jeune homme. Les temps sont � la saturation de d�tails, aussi bien en peinture qu'en d�coration. Ils sont �galement au retour du pr�rapha�lisme et de l'harmonie m�di�vale. La tendance rationnelle, g�om�trique, de ce mouvement est repr�sent�e en France par Viollet-le-Duc, que le Catalan admire profond�ment. Et le seul voyage qu'il effectue � l'�tranger pour voir le travail d'un contemporain a pour destinations la citadelle de Carcassonne et le couvent des Jacobins � Toulouse, deux r�alisations de Viollet-le-Duc. En 1878, il construit une vitrine en bronze, bois et verre, pour le gantier Esteban Comella, pr�sent�e � l'Exposition universelle de Paris. Cette oeuvre est remarqu�e par le comte Eusebi G�ell Bacigalupi, richissime homme d'affaires barcelonais passionn� d'art. Le comte se fait pr�senter le cr�ateur, son cadet de six ans. Il s'entend imm�diatement avec lui, et va devenir son ami, doubl� d'un m�c�ne, pendant quarante ans. Ainsi financ�, Gaudi couvre Barcelone et ses environs de chefs-d'oeuvre. Il y a d'abord le palais G�ell, situ� rue Nou de la Rambla, dans le vieux quartier du Raval, qui m�lange les mat�riaux, bois travaill�s, fers forg�s, c�ramiques �clat�es, briques cuites, mais aussi les ombres et les lumi�res, les styles, moderne et gothique, la rigueur et le d�lire. Il y a ensuite les travaux qu'il entreprend, sans jamais les terminer, dans la colonie ouvri�re de Santa Coloma de Cervello, une utopie patriarcale dont r�ve le comte G�ell pour lutter contre la pauvret� de ses employ�s. Et encore le parc G�ell, fantasmagorie paysagiste qui, trente ans plus tard, fascinera la photographe Dora Maar. Antiurbain. Inspir� des th�ories d'Ebenezer Howard, ce parc tout en v�g�taux et en mosa�ques, en constructions et en buissons, devait �tre le prototype d'une grande ville-jardin. Il est aussi, �crit Lahuerta, la meilleure figure de l'id�ologie antiurbaine partag�e par Gaudi et G�ell, des id�es qui prennent � contre-pied la croissance industrielle pr�conis�e par la bourgeoisie : �A la ville comme lieu du p�ch� et de la perdition, ou encore celle de la lutte des classes, ils opposent ce paysage imaginaire dont le ventre est un temple...� Son m�c�ne de comte ne sera pas l'unique destinataire du talent de Gaudi. Pour Jos� Battlo Casanovas, il transforme une grande maison situ�e Paseig de Gracia, y r�alise un toit ondulant superbe, l'agr�mente d'une croix � quatre bras �nigmatique. Pour d'autres grands bourgeois barcelonais, il r�alise des ouvrages remarquables. Par exemple la Pedrera, un immeuble qui, situ� au coeur de l'Eixample (l'extension), attire au d�but des ann�es 30 le regard de Man Ray. Foi. En 1908, il dessine un projet d'h�tel gratte-ciel pour New York, tel un grand organisme dans la ville, proprement visionnaire, qui m�lange l'�nergie de la cit� am�ricaine, o� il n'a jamais mis les pieds, et sa foi en Dieu et en l'architecture. Son grand oeuvre reste cependant la Sagrada Familia. Frugal, aust�re, sans v�ritable vie sentimentale, Gaudi est revenu au catholicisme fervent de ses parents chaudronniers de Reus. Et d�s les ann�es 1880, il a commenc� � concevoir ce qui devait �tre la cath�drale des pauvres, �la couronne de Barcelone, d�passant ses contradictions, l'id�alisation du g�nie du peuple catalan, r�veur et pragmatique, religieux et r�aliste�, �crit Lahuerta. Un monument adapt� aux espoirs d'une Eglise qui cherche � reprendre pouvoir sur des travailleurs commen�ant � la fuir, et � impressionner une bourgeoisie empreinte de nationalisme catalan et de conservatisme. Gaudi, cet homme qui discute d'�gal � �gal avec les �v�ques de la foi, de l'esp�rance et de la charit�, aura beau consacrer la fin de sa vie (surtout apr�s la mort de son ami Eusebi G�ell, en 1918) � achever ce chantier, il ne le finira pas. Il meurt le 7 juin 1926, renvers� par un tramway, laissant un monstre aujourd'hui encore en voie perp�tuelle d'ach�vement. haut de page Accueil | Monde | Politiques | Soci�t� | Economie | Sports | Sciences | M�dias | Num�riques | Culture | Musique | Cin�ma | Livres | Chroniques | Rebonds| Forums | Newsletters | Echecs | M�t�o | Guide TV | Bourse | Emploi | Recherche | Archives | Nous contacter �Lib�ration (voir la licence) Notre politique de protection des donn�es personnelles et la charte d'�dition �lectronique. (Publicit�)

 

 

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