Non au changement de  mode de scrutin électoral au Québec.

 

J'ai lu avec intérêt l'éditorial de Jean-Marc Salvet relatif au changement de mode de scrutin au Québec. Le texte de Salvet est intéressant. Il est rempli de gros bon sens et en période autre que celle que le Québec vit actuellement, les opinions et les suggestions qu'il expriment seraient les bienvenues. Pourtant, il faut reporter toutes modifications au mode de scrutin à plus tard à cause des effets pervers probables qu'il engendrera. Pour reprendre les termes utilisés par monsieur Salvet, je dis que les astres ne sont pas favorables à un tel changement.

 

 Le débat sur le changement de mode de scrutin au Québec revient régulièrement à l'ordre du jour depuis 1966, année où l'Union nationale de Daniel Johnson avait été portée au pouvoir sans avoir obtenu la majorité des votes. Il reprend au lendemain des scrutins de 1970 et de1973, alors que le PQ avec respectivement 23 % et 30% des votes, ne faisait élire qu'une poignée de députés. Un déséquilibre frappant. En 1984 ou 1985, une étude réalisée par le PLQ, qui recherchait une meilleure représentation de la minorité anglophone à l'Assemblée nationale, se montrait également en faveur d'une forme de scrutin à composante proportionnelle. Georges Lalande, député de Montréal-Maisonneuve de 1979 à 1981, en était le président. Pourtant, le mode de scrutin est demeuré le même. Il faut croire que, même si en apparence la démocratie devait être la grande gagnante de tout ce remue-ménage, les gouvernements successifs depuis trente ans, appréhendant l'instabilité gouvernementale, un plus grave danger pour la démocratie, ont finalement optés pour le statu quo. Et, visiblement, la population s'en accomode bien.

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Devant la Commission chargée de la présente étude sur l'opportunité de greffer la proportionnalité au mode de scrutin actuel, le professeur Vincent Lemieux, tout comme Jean-Marc Salvet, a fait dernièrement une communication très intéressante sur les avantages du scrutin proportionnel, n'hésitant pas à appuyer sa théorie d'exemples chiffrés. Il concluait à l'enrichissement de l'expression démocratique par l'utilisation du mode d'élection à la proportionnel. Il m'aurait probablement convaincu, n'eut été l'opinion du professeur Henri Brun exprimé dans "Changer pour changer", et publié dans la Presse il y a quelques jours. Je fais totalement mienne son opinion et j'ajoute ce qui suit.

 

Dans le contexte persistant d'affrontement Québec-Canada, où le gouvernement fédéral cherche par tous les moyens à occuper, à s'emparer même, de champs de compétence provinciaux, la mise en application de ce mode de scrutin est prématurée. Il pourrait même être dangereux pour le Québec pour plusieurs raisons. En voici quelques-unes.

 

Le scrutin proportionnel encouragerait la formation de nouveaux partis politiques, probablement assez nombreux. L'espoir d'être représenté en l'Assemblée nationale avec seulement 5 % du vote, par exemple, y serait pour beaucoup. Et, il y a aussi les partis marginaux actuels qui n'attendent que cette possibilité pour s'activer. Ils sont nombreux. Plus d'une quinzaine. Il suffit de consulter le site du Directeur général des élections pour s'en convaincre. L'expression démocratique gagne rarement à être trop morcelée.

 

Les députés, par comté ou même par région, victimes de la division du vote, seraient presque toujours élus de façon minoritaire, ce qui est de nature à nuire à leur légitimité et à leur représentativité. Sauf, très probablement, dans les comtés à forte majorité anglophone appuyant massivement le PLQ.

 

Le gouvernement lui-même serait souvent, sinon presque toujours, porté au pouvoir de façon minoritaire. Un phénomène amplifié par le vote proportionnel. La légitimité du gouvernement serait régulièrement contestée, indirectement ou en filigrane, tout au moins.

 

La formation de gouvernement de coalition deviendrait alors nécessaire. Et on sait qu'un gouvernement de coalition doit consacrer une partie importante de ses énergies à maintenir et à faire fonctionner la coalition. Ce type de gouvernement est par nature instable. Ce dont le Québec n'a absolument pas besoin face au gouvernement fédéral, trop désireux de profiter des hésitations et des faiblesses du gouvernement du Québec pour occuper ou s’approprier des domaines de compétence constitutionnels auxquels le Québec tient.

 

La minorité anglophone solidairement et solidement attachée au PLQ, pourrait détenir un pouvoir exagéré à l'Assemblée nationale. Seulement quelques comtés francophones remportés par le PLQ suffiraient pour lui donner le plus grands nombre de sièges à la suite d’une élection et, ainsi,  avec le soutien des petits partis, lui permettre de former le gouvernement. La majorité du vote francophone étant divisée entre plusieurs partis, le but recherché par le mode de scrutin proportionnel, pourrait bien produire quelques effets pervers, dont celui de provoquer la sous-représentation des Francophones au gouvernement et, par voie de conséquence, de  faciliter l’envahissement de champs de juridiction du Québec par le gouvernement fédéral.  En bref, dans la situation actuelle des forces politiques en présence au Québec, le scrutin à la proportionnelle diviserait le vote francophone et garderait intact le vote anglophone.

 

Le gouvernement du Québec, issu de quelque parti que ce soit, à besoin de stabilité, de latitude, de force et d'un appui solide venant de la population francophone pour résister aux envahissements du gouvernement fédéral. L'en priver, c'est lui attacher les mains devant un adversaire déjà plus gros que lui.

 

Le mode de scrutin proportionnel sera le bienvenue dans un Québec souverain ou, à tout le moins, assuré de son autonomie que le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral et le flou constitutionnel ne pourront saper.

 

 

Claude Lalande

26 novembre 2002

 

 

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