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Urgence d’une politique nataliste pour le
Québec |
Après
avoir connu une fécondité démographique exceptionnellement élevée, jusqu’au
début des années 60, le Québec ne parvient plus à assurer le renouvellement naturel
de sa population. Pour ce faire, un indice de fécondité (ISF) de 2,1 est
nécessaire. À partir de 1960, cet indice a diminué constamment pour atteindre,
en 1986, le bas niveau record de 1,37.
En 1987, la
mise en place d’un programme nataliste par le gouvernement a permis de faire
remonter l’indice à 1,65 quelques années plus tard. Malheureusement, depuis
1992, la fécondité québécoise a renoué avec sa tendance à la baisse pour se
retrouver à 1,44 en 2001. Avec un si bas taux de reproduction, la dépopulation
du Québec devient inévitable, selon des projections récentes de
Statistiques-Canada.
Plusieurs
conséquences découlent de cette dénatalité :
1)
Le ratio entre individus en âge de
travailler et personnes âgées, actuellement de 5 pour 1, sera de 2 pour 1 en
2050. Un fardeau éventuellement trop lourd pour la classe travaillante, si le
régime de retraite doit se maintenir au niveau de qualité actuel.
2)
Les régions périphériques continueront
de se dépeupler et la population du Québec se concentrera de plus en plus dans
la grande région montréalaise (Île de Montréal, Laval, Montérégie, Laurentides,
Lanaudière), et autour des pôles urbains de Québec, Sherbrooke et
Ottawa-Hull, quoique de façon moindre.
3)
Avec une immigration majoritairement
non-francophone, se concentrant sur l’île de Montréal, les allophones y seront
bientôt majoritaires. La cassure linguistique et culturelle entre le cœur du
grand Montréal et le reste du Québec s’élargira dangereusement. La cohésion
sociale pourrait être menacée.
4)
L’activité économique du Québec,
victime d’une population qui a du mal à se renouveler, sera affectée à la
baisse et comptera de moins en moins dans l’économie canadienne.
5)
La proportion des francophones au
Canada est en constante diminution (22% en 2001 contre 17,5% en 2041). Le poids
politique de la minorité francophone au Canada et, par ricochet, celle du
Québec, s’affaiblira sensiblement.
Les
limites d’une politique migratoire
Contrairement
à une opinion largement répandue, l’immigration internationale et
interprovinciale ne sauraità elle seule compenserla chute des naissances. Le
déclin de la population québécoise, si les conditions migratoires actuelles
demeurent, est prévu pour la décennie 2020.
Au cours des
dernières années, quelques démographes ont tenté d’estimer le nombre
d’immigrants nécessaires pour compenser notre faible taux de natalité. En 1993, le démographe J. Ledent concluait
qu’il faudrait environ 60 000 immigrants par année avec un ISF de
1,65, ou 45000 avec un de 1,8. Le niveau actuel est de 1,44. Une immigration
intense est donc à prévoir.
Des problèmes
socioculturels découleront probablement d’un tel afflux d’immigrants,
(majoritairement non-francophones), compte tenu de leur concentration dans la
région de Montréal. Pour favoriser la venue du nombre nécessaire d’immigrants,
les contraintes migratoires actuelles devront être levées. Ils viendront
nombreux. Mais s’en suivra à la longue, la disparition de la spécificité
culturelle et linguistique du Québec.
Éléments
majeurs d’une politique familiale nataliste
Dans un
plaidoyer nataliste publié récemment par les Presses de l’Université du Québec,
j’ai présenté les principaux éléments d’une politique familiale nataliste.
Les mesures de conciliation famille-travail proposées actuellement par les
trois principaux partis politiques québécois, sont sans doute nécessaires et
utiles, mais elles sont nettement insuffisantes pour influencer la hausse du
taux de natalité. Sans renoncer au programme des garderies, qu’il conviendrait
cependant de corriger et d’aménager de
manière à ne pas pénaliser les parents qui préfèrent garder eux-mêmes leurs
enfants, il faudrait ajouter des allocations universelles généreuses versées
lors de la naissance du deuxième enfant, et des suivants. On devrait aussi
imposer les familles avec enfant(s) en divisant le revenu familial par le
nombre de personnes vivant de ce revenu. Par exemple, une famille biparentale
de deux enfants verrait son revenu imposable divisé par quatre.
Selon
plusieurs experts, très souvent la sécurité au sens large influence plus le
désir d’avoir des enfants que des avantages financiers. Or, depuis plusieurs
années, les emplois précaires et à temps partiel se sont multipliés, accentuant
l’insécurité économique des familles, à laquelle s’ajoute la fragilité
affective ou émotive des ménages. Pour atténuer les effets de l’insécurité
économique, ne faudrait-il pas adopter une politique de discrimination positive
à l’égard des parents en leur accordant, à compétence égale, des emplois
permanents ? En complément, des cours d’initiation à la vie familiale
devraient être donnés dans les écoles secondaires et dans les cégeps.
Dans le cadre
de la campagne électorale qui vient de se terminer, aucun des trois partis n’a
osé aborder le problème des interruptions volontaires de grossesse (IVG).
Pourtant, leur nombre est passé de 1275 en 1971 à 27184 en 1996, soit 32 IVG pour cent
naissances. Il dépasse les 30 000 en 2002. Un programme d’adoption simplifié,
adapté à la situation actuelle au Québec et s’inspirant de ce qui se fait en
France et aux États-Unis, pourrait aider à réduire le taux d’avortement
québécois, un des plus élevés en Occident.
Restructuration
budgétaire nécessaire
En 2000,
l’État québécois a dépensé seulement 3 % de son budget pour la famille,
l’enfance et la condition féminine. Un sous-investissement évident qui conduit,
via la chute de la natalité, au vieillissement de la population dont les
principaux effets sont un accroissement des coûts de la santé (ils accapareront
58% du budget en 2030), des régimes de pensions et une pénurie de main d’œuvre.
Les
principales propositions des partis politiques visent surtout à palier aux
conséquences du vieillissement. Malheureusement on néglige de se pencher
sérieusement sur la principale cause de ce coûteux vieillissement : la
dénatalité.
Il est
impensable de vouloir conserver à son
niveau actuel le coût du système complexe de protection sociale (24,4 % du PIB
en 1996) et y ajouter celui d’un véritable soutien à la famille. Le
gouvernement aura à faire des choix budgétaires difficiles s’il veut doter le
Québec d’une politique familiale et nataliste plus généreuse, tout en
poursuivant les objectifs d’un déficit nul, d’une baisse de la dette publique
et d’une diminution des impôts.
Un débat de
société s’impose.
Laurent Michaud, économiste
et géographe
2004