« Tout le monde en parle »
: une offense à la qualité de la langue française et de la culture au Québec.
« Tout le monde en parle » a été jusqu’à récemment une de mes
émissions de télévision préférées. Malheureusement,
pour plusieurs raisons, elle pourrait bien être reléguée assez rapidement à un
rang subalterne de mes priorités télévisuelles. Parmi les principales raisons
il faut noter la qualité douteuse de plusieurs invités, trop souvent enclins
aux pitreries de bas étages, davantage motivés par la promotion de leur
popularité et n’ayant rien de valable à offrir à notre culture populaire
québécoise.
À cette dernière raison s’ajoute la médiocrité du langage des
animateurs, laquelle, tristement, semble devenir une forme d’encouragement au
laissez-faire et à la vulgarité de la part des invités. Bien peu y échappent.
Avoir été ou être encore personnages de notoriété publique semble y changer
bien peu de chose. Paraître cool, montrer qu’on est ouvert à tout, même à la vulgarité, voire à la grossièreté,
apparaît primordial pour ceux et celles qui sont en mal de popularité. Que ne
ferait-on pas pour plaire ?
Certains cependant s’y refusent clairement. Un Bernard Pivot par
exemple, dont il était facile de lire sur sa figure le profond désarroi sinon le dégoût de ce
qu’il voyait et entendait à son passage à l’émission de Guy A. Lepage étaient
de ceux-là. Visiblement, notre Guy A. national était mal préparé à accueillir cet invité trop bien
élevé pour lui. L’insignifiance de plusieurs questions l’a démontrée. La
présence hautement qualitative de Bernard Pivot, a fait apparaître le bas
niveau de l’émission ce soir-là.
Des passages de « Tout le monde en parle », sont tellement de bas
niveau qu’il conviendrait pour les qualifier correctement, d’utiliser le mot
décadence. La façon dont on a parlé d’un sujet aussi délicat que
l’homosexualité, il y a quelques semaines, en recourant à des allusions sans
pudeur parfois à connotation scatologique pour en louer l’existence, et par
voie de conséquence en faire la promotion, est révélatrice de ce bas niveau
intellectuel des animateurs. Est-il vraiment utile de tenir un langage aussi
vulgaire pour être drôle ? Le rire « épais » de plusieurs invité(e)s
faisait triste à voir.
Est-il nécessaire de rappeler que la télévision constitue un
vecteur éducationnel de la plus haute importance pour l’évolution positive de
notre société. Que l’émission soit cataloguée de divertissement, d'information
publique, d'éducative ou autres, sa diffusion dans chacune de nos maisons
devient un acte éducatif d'un poids non négligeable pour chacun des membres de
la famille, peu importe l’âge. La
télévision pourrait bien être un des principaux instruments d’éducation
continue dans notre société, probablement autant que l’école formelle. Si le
contenu de la télévision et de la radio est pauvre et dégradé, et est diffusé
dans un langage qui l’est tout autant, il ne faut pas s’attendre à ce que le
niveau intellectuel, culturel et linguistique
de la population progresse.
En cette période actuelle de prise de conscience marquée de la
pauvreté du français parlé et écrit au Québec, ne serait-il pas juste de penser
que notre principale véhicule télévisuel et radiophonique, Radio-Canada, puisse
fournir un effort particulier pour diffuser des émissions où la qualité du
contenu et de la langue soit impérativement présente. N’est-ce pas là une
partie de la mission de Radio-Canada?
Il n’y a pas que la cote d’écoute qui compte.
Claude Lalande
Décembre 2007