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(source : actes du
colloque Duplessis,
entre la grande noirceur et la société libérale, Alain G. Gagnon, Michel
Sarra-Bournet (Édition Québec
Amérique) et la participation de
plusieurs sociologues :
Jacques Beauchemin,
Jocelyn Létourneau,
Gilles Paquet,
Françopis-Albert Angers,
Jules Duchastel
Parlant du conservatisme
duplessiste, l’auteur nous rapporte que Fernand Dumont a écrit ceci dans la Genèse
de la société québécoise « (...) c’est la société qui était
conservatrice. Elle l’était par le poids des contraintes, par sa structure et
par la logique de son développement » (Jacques Beauchemin, p.33)
« Le Québec duplessiste
constituait une société moderne et libérale au sens plein du terme. (...) Cette
société se situe sur cet horizon moderne du progrès et du changement ».
(Jacques Beauchemin, p.51).
« La société duplessiste
n’est pas conservatrice parce que traditionnelle et religieuse. Elle l’est
parce que les contradictions qu’elle doit assumer l’obligent à recourir à un
discours de régulation dans lequel, l’exhortation à la soumission et au
maintien de l’ordre est omniprésente. Ce discours contraignant est rendu
nécessaire parce que les forces libérales en marche parviennent difficilement à maîtriser les
forces centrifuges de l’émancipation qu’elle libère.(...) ... la régulation
éthique dans les sociétés libérales est par définition conservatrice »
(Jacques Beauchemin, p.48, 53, 54.
Les pratiques de gestion de
Duplessis : « En cela, Duplessis, s’inscrit largement dans la
continuité de son prédécesseur Taschereau à la différnce près qu’il entendait
faire profiter le petit capital des retombées des grands projets d’exploitation
industrielle mis en oeuvre par le capital étranger et anglo-canadien ».
(Jocelyn Létourneau, p 105).
« C’est également par sa
volonté de maintenir un certain nombre d’avantages spécifiques au Québec qu’il
faut comprendre la question de l’autonomie provinciale et celle de
l’affirmationnisme de Duplessis . (Jocelyn Létourneau. (P. 150) Et qui persiste encore très bien de nos jours -
C. Lalande.
« On peut parfaitement
prétendre comme l’a affirmé Léon Dion, que le discours autonomiste de Duplessis
prépare l’avenir et forge les formules qui légitimeront l’action des
gouvernements ultérieurs ; que ce discours cré l’embryon d’un style de
relations fédérales-provinciales dont Lesage saura tirer profit; et que
Duplessis a eu le mérite non négligeable de contribuer à accroître l’espace
géographique, physique et mental des Québécois en leur faisant connaître le
Nord et ses richesses inépuisables »
(J. Létourneau, p.110).
« La grande noirceur et la
Révolution participent d’un mythe d’origine....Il s’agit là de catégories
identitaires grâce auxquelles les Québécois francophones se situent par rapport
à eux-mêmes » (J.Létourneau, p.116).
Duplessis a été le pasteur qui
a vaillamment gardé son troupeau à travers les difficultés de la vie
quotidienne et les écueils d’un monde hostile. Il est l’incarnation du père.
(Louis Martin p.180).
« Il y a une contradiction
étrange dans les travaux sur la période Duplessis entre le jugement très sévère
qu’a porté toute une génération de spécialistes des sciences humaines sur cette
ère de « grande noirceur » et l’accord presque unanime sur le fait
que le Québec a suivit un sentier économique tout à fait comparable à celui des
autres régions du continent nord-américain au cours de la même période »
(Gilles Paquet, p.207)
On a accusé Duplessis d’avoir
retardé la croissance économique alors que le taux de croissance du Québec
était à peu près le même qu’en Ontario à la fin des années cinquante.
(G.Paquet, p.207)
« Un autre contraste
surprenant est celui qui existe entre la représentation triomphante de la
Révolution tranquille et la détérioration relative de la situation économique
du Québec qui s’est détériorée au fil des décennies depuis 1960 (...) Il
faut se demander pourquoi, malgré ses faiblesses, la stratégie Duplessis
a-t-elle bien fonctionné et pourquoi, malgré ses promesses, celle de Lesage
a-t-elle mal tournée ? » (G. Paquet, p.208).
On peut expliquer une partie du
succès d’avant 1960 et les déboires de l’après 1960 en faisant appel à la
notion de capital social (Coleman), que l’on présente en parallèle avec celles
du capital financier, du capital physique et du capital humain. Le capital
social est un capital associatif qui sert de point d’ancrage et de support pour
l’économie et que l’absence d’un tel capital est source de nombreuses
difficultés économiques. (G. Paquet, p. 214).
« L’obstination à
présenter le bagage institutionnel, traditionnel et culturel des Québécois comme
une source de ralentissement économique et à conclure que le délestage de ces
institutions a constitué un progrès vers la modernité pourrait donc être mal
inspirée. (...) Il est en effet possible que le capital social ait pu
contribuer de manière importante à la croissance économique dans la période
Duplessis et que l’érosion et la dilapidation de ce capital perpétré par la
Révolution tranquille dans son ardeur pour liquider tout l’acquis construit
autour de la famille, la communauté et la religion aient pu jouer un rôle
négatif en affaiblissant les communautés d’action et de signification dans la
politique, l’économie et la société québécoise ». (G. Paquet, p. 215).
« On ne sait pas à quel
rythme le glissement vers un État plus interventionnisme se serait fait si Paul
Sauvé était resté au pouvoir, mais on sait que cela ne se serait pas fait dans
l’orgie de centralisation administrative choisie par le gouvernement Lesage.
L’État se substituant à la société civile dans de nombreux secteurs, il a engendré
une érosion importante du capital social québécois ». (G. Paquet, p218).
« On a sous-estimé
dramatiquement les effets positifs de la cohésion sociale et de la
collaboration gouvernement-monde des affaires sur la croissance économique dans
la période Duplessis. On a également sous-estimé les effets du déclin et de
l’érosion du capital social qui ont résulté de la place énorme qu’a réclamé
l’État dans la période de l’après Révolution tranquille». (G.Paquet, p.226).
« C’est probablement grâce
à Duplessis et à lui seul, si l’on ne s’occupe que des chefs politiques et des
politiciens, si le Québec n’a pas perdu aujourd’hui le sens d’un destin de
peuple issu de son histoire et si son évolution se continue dans le sens de
l’indépendance nationale. (...) Duplessis a pris la position de la résistance
totale. Il a ainsi créé l’atmosphère et établi les bases qui ont rendu possible
vers la fin de son régime la naissance d’un mouvement indépendantiste.
(François-Albert Angers, p.233)
« À une conférence
fédéral-provincial, où le procureur général de Manitoba avait déclaré que le
Québec était un obstacle au progrès du Canada, Duplessis avait rétorqué
froidement : Si l’on considère la présence du Québec au sein de la
Confédération comme un obstacle, nous sommes prêts à nous retirer. (F.-A.
Angers, p.234)
C’est grâce à la sagacité de
Duplessis que Jean Lesage a pu mettre sur pied le Régime de rentes du Québec et
la Caisse de dépôt et de placement, au début des années 1960. Dès 1937,
Duplessis avait exigé qu’on inscrive dans le texte de loi d’amendement
constitutionnel permettant la mise en place du régime fédéral de la vieillesse,
que toute loi provinciale ultérieure sur le sujet aurait priorité sur la loi
fédérale, de sorte que Ottawa ne pouvait bloquer les intentions de Lesage
(F.-A. Angers, p242)
.
« Le rôle de Duplessis
dans la transmission aux générations actuelles du sens de la souveraineté d’un
peuple assujetti fut-ce démocratiquement à une majorité étrangère à sa culture
ne peut en aucune façon être sous estimé. C’est par le biais de sa résistance
farouche aux empiètements fédéraux et du rappel constant de la signification
historique des relations fédérales-provinciales que s’est maintenu dans la population
canadienne-française le sentiment d’une différence culturelle qui était
peut-être sur le point de se perdre dans l’intégration lucide au Canada
proposée ou pratiquée implicitement par des membres canadiens-francais du Parti
libéral ». (F.-A. Angers, p.243).
« L’examen des données
montre l’importance et la cohérence sur les valeurs modernes dans le discours
constitutionnel unioniste. Les droits constitutionnels dont le discours
revendique la pleine jouissance mobilisent en effet, dans leur entourage, un
ensemble solidement articulées de valeurs émancipatrices. Outre les notions de
progrès, de justice et de prospérité, la réunion des idées de droit, de liberté
et de respect forme un dispositif notionnel émancipateur très serré à partir
duquel on revendiquera le statu quo constitutionnel ». (Jules Duchastel, p.259)
Les Éditions de l’Homme.
« Malgré les marées
successives de paroles hypocrites, de sensiblerie et de révisionnisme, au sujet
du legs de Duplessis, il est généralement reconnu aujourd’hui comme un leader
politique d’une étonnante habileté, et l’on admet que, sur le plan du
développement physique et économique de la province et du renforcement des
juridictions québécoises, ses réalisations ont été remarquables et ont profité
à tous ses successeurs ». , p.8).
En payant de très petits
salaires au personnel clérical oeuvrant dans l’éducation et la santé, il a pu
élever l’infrastructure physique du Québec au même niveau d’efficacité moderne
que celle du Canada anglais pour la première fois de l’histoire. (Introduction,
p. 10).
La plupart des autoroutes,
toutes les universités, sauf McGill et Bishop, la plupart des hôpitaux du
Québec ont été construits durant les cinq mandats de Duplessis, ( ...) Sous
Duplessis, les habitants des régions rurales du Québec sont sortis de
l’isolement qu’avaient connu leurs ancêtres du 18ème siècle. (...)
Entre 1944 et 1959, le pourcentage d’habitations rurales reliées au réseau
électrique est passé de 20 à 97 %. (...) Sous Duplessis, le Québec s’est
métamorphosé en État prospère, moderne à tous égards, sauf en matière de
méthodologie politique avec un gouvernement qui défendait les intérêts du
Québec sans équivoque. (p.12).
Pendant la totalité des 15
dernières années qu’il a passé à la tête du Québec, Duplessis a été le seul des
premiers ministres provinciaux à résister au gouvernement fédéral. (...) Avant
Duplessis, il n’y avait eu aucune résistance efficace de la part du Québec ou
d’autres provinces au pouvoir exclusif du gouvernement fédéral de percevoir des
impôts et de dépenser dans les champs de compétence officiellement partagés.
(p.14).
« Duplessis croyait qu’une
association avec le Canada assortie d’une souveraineté partielle, qu’il
appelait autonomie, était ce qui servirait le mieux les intérêts du Québec.
(...) Malgré l’opprobre qu’on a pris l’habitude de jeter sur Duplessis, sa
perspective et son adresse, sinon certaines de ses méthodes, manquent cruellement
au Québec depuis une quarantaine d’années ». (p. 16)
Duplessis avait si pleinement
doté la province des attributs d’un État moderne – routes, écoles, universités,
hôpitaux – tout en éliminant presque entièrement la dette, que ses successeurs
ont pu pendant un certain temps se livrer à une prodigalité insouciante. (p.20)
« Ce que Duplessis avait
craint, c’était que les nationalistes de gauche, comme ils l’ont fait,
décléricalisent le Québec, nuisent à l’investissement, augmentent les taxes et
les impôts, et se prêtent aux folles exigences des leaders syndicaux. Il avait
craint également que le gouvernement
fédéral - qui, à son époque avait invoqué la crise, la guerre et la
reconstruction d’après guerre pour tenter de s’approprier les pouvoirs des
provinces - ne réponde à la situation par une invasion massive des champs de
compétence provinciaux et par une orgie de dépenses pour la plupart inutiles
et, aux yeux de Duplessis, inconstitutionnelles. C’est plus ou moins ce qui
s’est produit. (p. 22).
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