La levée du tabou antisémite
Ce qui étonne le plus du texte de Denis
Gaumond, ce n’est pas tant le propos, mais le fait qu’il ait été écrit par une
personne de sa qualité et publié par un quotidien aussi réfléchi et sérieux que
le Devoir. Des choses à peu près impensables, il y a peu de temps. Demandez-le
à Yves Michaud. Il faut se réjouir de
la levée de ce tabou pudibond qui oblitérait la partie sombre de la réalité
juive d’aujourd’hui. Merci monsieur Gaumond de briser ce silence malsain.
Depuis
quelques années, des personnalités d’origine juive, tels Yehudi Menuhin et
Jonathan Teleb ne se gênent plus pour dénoncer le comportement des Israéliens
et de leur gouvernement face à ceux dont on a usurpé le territoire, il y a
cinquante-cinq ans. Pour le premier, le
gouvernement israélien a détruit le capital de sympathie dont bénéficiaient les
Juifs depuis la Seconde guerre mondiale. Pour le second, les Palestiniens ont
été victimes d’une terrible injustice par la dépossession de leur territoire et
les Juifs, qui considèrent les Arabes comme inférieurs, sont devenus arrogants,
brutaux, immoraux et corrompus. S’il doit y avoir une solidarité, logiquement,
elle ne peut aller dans le sens que nous suggère madame Paquot.
On assiste actuellement à une montée sans
précédent de l’antisémitisme depuis les années trente. Les raisons : 1)
Une meilleure connaissance, dans la population en général, des faits entourant
la naissance d’Israël et de sa politique expansionniste dans la région. 2) Le traitement
de faveur dont bénéficie Israël dans l’affrontement qui les oppose aux
Palestiniens, en raison du comportement « deux poids, deux mesures »
des Américains dans la région (Quelques semaines de désobéissance à un ordre du
Conseil de sécurité de l’ONU ont valu une guerre implacable à l’Irak - Trente
ans de désobéissance de la part d’Israël n’ont pas nui à ses relations avec les
USA.
Parmi les raisons de la montée de
l’antisémitisme actuel, il y a aussi, l’arrogance et la brutalité du
gouvernement israélien et des militaires à son service qui, sans égards aux
plus démunis du camp adverse, se font régulièrement justice à coup de
roquettes, d’obus et de tirs de char. Il n’en fallait pas plus pour réveiller
le vieux démon de l’antisémitisme.
Depuis
quelque temps, des paroles, allusions et opinions antipathiques aux Juifs sont
devenus monnaies courantes, dans plusieurs milieux. Les plus irréfléchis, mais
non les moins nombreux, iront jusqu’à tenir des propos dignes des années
trente. Cette constatation est grave. Elle indique cependant un refoulement,
chez ces personnes, d’une forme de
ressentiment instinctif issue de la vision de l’arrogance et de gestes immoraux et brutaux commis envers un ennemi
dépouillé, qu’auparavant on a dépossédé de son territoire.
Par
leur comportement, plusieurs dirigeants israéliens sont en train de
réhabiliter bon nombre d’intellectuels de droite et même d’hommes politiques de
la première moitié du vingtième siècle, qui dans leurs écrits et en paroles, pourfendaient la "juiverie internationale" et
prédisaient assez bien, malheureusement,
le comportement des Juifs en possession de leur État.
Claude
Lalande, Août 2006