Une social-démocratie dévoyée

 

 

Le Québec s’est fait soldat d’avant-garde pour la défense d’une forme de démocratie et de libertés excessives qui s’apparentent étrangement à la permissivité. Pour réaliser cet idéal, les gouvernements québécois (péquistes en particulier) depuis quelques décennies, n’ont rien ménagé. Le résultat, surtout pervers, est au rendez-vous. Permissivité et licence, individualisme et matérialisme connaissent leur heure de gloire. L’anarchie s’avance. Elle est à nos portes. Que faire pour éviter le pire quand une société fuit le collectif pour se camper dans l’individualiste ? Si parfois ses membres donnent des signes de rassemblement et de cohésion, c’est pour mieux défendre des intérêts égoïstes. Une fois l’objectif atteint, l’individualiste reprend ses droits. Nous sommes aller trop loin. Il faut stopper la machine de la décadence. Nous avons besoin de modération. Une période de réflexion s’impose pour faire le point sur les dernières décennies de bouleversement politique au Québec.

 

Il faut nous questionner sur l’équation à établir entre la montée de la violence, en particulier le meurtre gratuit,  les drames familiaux, le suicide et la chute de l’étique sociétal d’une part, et la conquête des valeurs délétères d’une certaine gauche, d’autres part. La réponse que nous devons rechercher ne sera valable que dans la mesure où tous les groupes de pensée pourront s’exprimer librement, ceux en particulier dont la capacité financière de se faire entendre est réduite, et qui n’ont pas les moyens de faire passer clairement leur message. À ceux-là, il faut tendre la main et chercher à connaître leurs désirs trop longtemps refoulés.

 

Faut-il y voir dans cette course frénétique à la présente forme de  démocratie l’expression de principes fondamentaux qui habiteraient nos gouvernements ou un agenouillement rentable devant l’assaut d’insatiables groupes de pression de toutes tendances, pourvoyeurs de fonds et de votes. Les deux, sans doute, mais avec une propension marquée pour tout ce qui peut assurer la pérennité du pouvoir. Qui a dit que la plus longue échéance d’une promesse de politicien est de quatre ou cinq ans,  le temps d’un mandat électoral ? Il y a beaucoup de vrai dans ce dicton à peine exagéré. 

 

À tel point qu’il lui est difficile d’éviter à la société la pente d’une certaine décadence de l’éthique sociale au bas de laquelle se trouvent le matérialisme,  l’individualisme et l’hédonisme effrénés. La seule éthique qui tienne encore de nos jours est celle de la rentabilité politique et du pouvoir de l’argent. La démocratie du  vote prend trop souvent la couleur de la démagogie, et celle de l’argent,  de la dictature  ploutocratique.

 

La pornographie, cette valorisation de l’animal en nous, cette invitation insistante à l’accouplement de l’humain devenu « bête », est une triste réalité quotidienne. En libérant outrancièrement le sexe, on l’a banalisé.  Il est maintenant présent partout et est perçu comme une normalité sans conséquence. Résultats : exacerbation du désir chez le (la) « drogué » du sexe, harcèlement, violence, viols, crimes passionnels, MTS, sida, etc..

 

Les gouvernements ont noté ce dérapage. Ils savent qu’ils sont allés trop loin. Mais comment retirer à la collectivité cette liberté promise, accordée avec tant d’empressement il y a quarante ans. On  s’attaquera donc à la personne. On deviendra profondément punitif envers ceux qui contreviennent aux règles du jeu, comme moyen de stopper ce comportement animalier qu’ils ont (les gouvernements) encouragé au nom de la liberté d’expression. Le sexe,  moyen de procréation, est devenu une fin en soi, souvent un unique objet de plaisir. De trop nombreuses personnes consacrent l’essentiel de leurs capacités intellectuelles à rendre la sexualité toujours plus grossière.

 

Nous utilisons mal notre liberté. Nous l’utilisons pour le crime, la délinquance, la pornographie, la fraude, le vol et la rapine. Nous applaudissons ce criminel en cravate (ou autrement) qui a su déjouer, tricher ou voler le client, le commerçant ou le gouvernement. Nous subissons l’influence de la modernité décadente. Les valeurs de l’esprit cèdent la place au matérialisme, à l’individualisme, à l’hédonisme. Notre pensée et notre jugement sont biaisés en faveur de l’omnipotent dieu argent. La corruption, en son nom, s’installe à tous les niveaux.

 

Débâcle familiale. Les parents, qui doivent travailler tous les deux pour donner un minimum de confort aux enfants, sont épuisés. D’autres, dépassés par les événements, fuient leurs responsabilités. L’éducation des enfants s’en ressent gravement. Comportement antisocial dès leur arrivée à la maternelle : violence, crises, insultes. Du jamais vu. Les principales causes : familles éclatées, valeurs douteuses véhiculées au sein de la famille, absence de règles comportementales claires liées à la prime éducation des enfants, permissivité comme moyen d’acheter la paix,  environnement violent, etc.

 

Devenus irresponsables dans notre comportement, l’État n’a d’autre choix que de limiter cette excessive liberté qui rend l’État ingouvernable. Comme on entoure l’animal d’une clôture pour le protéger des autres ou l’inverse, on sent le besoin d’emprisonner l’humain au moyen de  lois et de règlements sévères pour le protéger de lui-même ou des autres. La boucle est bouclée. La liberté exige la restriction. La  démocratie, la banalisation du désir collectif. Il faut en prendre conscience et travailler au changement de la mentalité du comportement. C’est le prix d’une saine liberté.

 

Le gouvernement doit bien saisir l’importance des enjeux sociétaux à long terme, les expliquer et assumer pleinement son rôle de guide de la nation. Pensons au monde de demain, pas seulement à celui d’aujourd’hui, pas seulement sur le plan économique. Mais aussi sur celui du comportement humain dans 30 ou 40 ans, celui issu de l’ordre social d’aujourd’hui. Nous y arrêtons-nous suffisamment ? Que les politiciens cessent de ne penser qu’à la prochaine élection qu’ils doivent gagner coûte que coûte !

 

Les gouvernements successifs depuis les années soixante ont dévoyé la social-démocratie.

 

Février 2002

 

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